‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 24 sur 77 · V, 584. Voir aussi V · texte numérisé non relu

V, 584. Voir aussi V

2. VII, 549. — Pour cet alinéa, voir mon édition de la Vie de Ronsard, pp. 151-154. Si le pape Pie V a félicité Ronsard, ce ne peut être que de janvier 1566 à. mai 1572, dates de son pontificat. — Quant aux pseudonymes des adversaires de Ronsard, A. Zamariel désigne bien Antoine de la Roche-Chandieu, F. de la Baronie Florent Chrestien; mais B. de Mont-Dieu désigne Bernard de Montméia, pasteur en 1561 de Chauny en Picardie et auteur de Poënies chrejliens publiés en 1574 par Philippes de Pas, pasteur à Genève. — Enfin le seul reproche que Marty-Laveaux retient parmi ceux que ces protestants adressèrent à Ronsard n'est pas plus sérieux que les autres. Voir les notes suivantes. — P. L,

Au X Vie siècle et même jusqu'à la Révolution, la prêtrise n'avait pas des caractères aussi nets, aussi tranchés qu'aujourd'hui. Les poètes, les artistes, rétribués à l'aide de bénéfices, prieurés, abbayes ou cures, étaient obligés en certains cas à faire office extérieur d'ecclésiastique et à en revêtir le costume; mais, tant qu'ils ne célébraient point personnellement la messe et ne recevaient pas la confession des fidèles, ils ne portaient point le titre de prêtre.

Ronsard, qui, nous l'avons vu, était curé d'Évaillé, qui plus tard prendra, en tête du Tombeau du Roy Charles IX, la qualité à'Aumofnier ordinaire de fa Majejîé\ ne songe pas un instant à nier sa participation aux offices en costume ecclésiastique (V, 413) :

D'vn furpelis onde les ejpaides ie m'arme, D'vne hanmujfe le hras, d'vne chape le dos,

le ne perds vn iiionicnl des prières diuives : Dés la poinâe du ionr le m'en vais à matines, l'ay mon hreuiaire an poing, ie chanlc quelquefois, Mais c'ejl bien rarement, car i'ay mauuaife vois : Le deiioir dn feruice en rien te n'abandonne, le fuis à Prime, à Sexte & à Tierce & à Nonne, Toy dire la grand'MeJfe, & auecques l'encent,

l'honore mon Prélat des autres l'outre-pajfe. Oui a pris d' Agenor fon furnom & fa race.

Ce prélat est l'évêque du Mans, cardinal de Rambouillet, de la maison d'Angennes, qui, nous dit Claude Garnier, « fe r'apporte au nom d'Agenor, Prince du temps de la

I. Ronsard est qualifié « aumoluier ordinaire du Roy » dès 1559, dans le privilège de deux plaquettes publiées cette année-là ; tandis que le Tombeau du Roy Charles IX n'a paru qu'uni 1574, quinze ans plus tard. Au reste, ce titre ne prouve nullement que Ronsard fut prêtre, non plus que son titre de curé, ni celui d'archidiacre ou de chanoine. — P. L.

guerre Troyenne ». Ajoutons, pour être Juste, qu'il termine sa note avec une légère ironie par la réflexion suivante : « Voylà que c'eft d'efl:re amy des Poëtes ' . »

Le commentateur avait conclu de tout ceci, par pure conjecture, que le poète était archidiacre du Mans. De nos jours, un ecclésiastique qui s'est occupé de cet aspect de la vie de Ronsard avec autant de compétence que de bonheur, M. l'abbé Froger, nous le montre, preuves en main, investi le i6 juin 1560 de l'archidiaconé de Château-du- Loir et le même jour d'un canonicat de Saint-Julien du Mans-.

Malgré tous les détails que le poète nous donne sur ses occupations ecclésiastiques, il affirme, assez faiblement d'ailleurs, qu'il n'est point prêtre (V, 399) :

Or fus, vion frère ai Chrijî, in dis que ie fuis Preftre : l'ailcfte l'Eternel que ie le voudrais efire, Et auoir tout le chef & h dos cmpefché Deffous la pef auteur d'vne honne Euefché.

Plus loin il dit encore (V, 401) :

Si tu veux confeffer que Lou-garou tu fois, Hojle mclancoliq' des tombeaux & des crois, Pour te donner plaifir vrayment ie te confejfe Que ie fuis Prejlre ra:^, que i'ay dit la grand' Meffc 3.

1. Cet évêque, auquel Ronsard adressa une pièce de vers latins placée en 1567 en tête des Difcours politiques, avait succédé en 1556 au cardinal Jean du Bellay. Voir t. VI, p. 517, et note. — P. L.

2. L. Froger, Ronsard ecclésiastique, tirage à part, pp. 21, 58 et 60.

3. Ronsard ne pouvait pas affirmer plus énergiquement qu'il n'était pas prêtre. Dans la première de ces citations il prend à témoin Dieu lui-même. Dans la seconde il use de la plus forte ironie. Le tout est précédé de ces trois vers :

Et f tu as fond d'ouyr la vérité,

le iure du grand Dieu l'ivimcnfe Deïtè,

Que ie diray le vray fans fard ny fans iniure.

Ce serment solennel ne nous laisse pas le droit de douter de sa parole. — P. L.

C'est dans ce dernier vers que se trouve exprimé dans toute sa rigueur le nœud de la question, mais elle paraît résolue par l'acte même d'installation dans le canonicat du Mans conféré à Pierre de Ronsart prêtre {magiftnim Petrum de Ronfart presUterum) .

« Ainsi pour conclure, dit à ce sujet M. l'abbé Froger (p. 27), à moins d'admettre que le scribe chargé d'enregistrer la prise de possession ne se soit trompé et qu'il n'ait écrit prêtre là où il eût dû transcrire clerc, il est presque impossible de mettre en doute la prêtrise de Ronsard ^ »

On trouve d'ailleurs dans le Difcoiirs à Odet de Colligny (V, 227) une sorte d'aveu assez formel. Le poète s'amuse à parcourir tous les états, toutes les conditions sociales, et nous montre comme

... la farce humaine Au plaifir de Fortune au monde fe demaine.

Puis, arrivant à parler de lui-même et de sa propre condition, il nous dit :

Dés le commencement que ie fus donné Page Pour vfer ta plus part de la fleur de mon âge Au royaume Efcojfois de vagues emmuré : Oui m'euft, en m' embarquant fur la poupe, iiiré Que changeant mon ejpée aux armes lien apprifc, l'euffe pris le bonnet des Pafleurs de VEglife, le ne l'euffe pas creu...

I. L'argumentation de L. Froger tombe devant ce fait que Ronsard est simplement qualifié clericus dans l'acte de nomination au canonicat du Mans, ainsi que dans plusieurs autres de la même époque et jusqu'à sa mort. L'acte d'installation audit canonicat est le seul de toute son existence où il soit appelé presbyter, soit par inadvertance ou par malice du greffier des Insinuations, qui passa peu après dans le camp huguenot, soit parce que ce terme n'impliquait pas nécessairement un pouvoir d'ordre, mais un pouvoir de juridiction. — P. L.

et plus loin il ajoute, dans l'édition de 1560 :

Or puis que homme d'eglife il faut en bonnet rond louer piihiiquemcnf comme les antres font...

Mais plus tard ce terme trop précis d'homme d'église a été remplacé par celui, beaucoup plus vague, àc protenoiaire^

A toutes les autres accusations Ronsard répond d'une façon précise et victorieuse. Loin de rien dissimuler, il saisit au vol l'occasion de faire connaître ses doctrines, ses opinions, sa façon d'être.

Sa Rejponfe affecte de parti pris l'allure rigoureuse d'une réfutation en quelque sorte judiciaire, paragraphe par paragraphe ; mais la vivacité du ton, l'élévation des pensées, l'indignation et l'indulgence dédaigneuse, qui circulent tour à tour dans ce morceau, lui conservent toute sa valeur poétique (V, 410) :

Tu dis, en vomijfant defur vioy ta malice, One i'ay fait d'vn grand Bouc à Bacchus facrifice : Tu viens impudemment : cinquante gens de bien Oui ejîoient au banquet, diront qu'il n'en eft rien.

Nous n'avons pas à revenir ici sur ce banquet d'Arcueil en l'honneur de Jodelle, raconté par nous dans la biographie de ce poète : nous nous contentons de rappeler que sur ce point la justification de Ronsard n'a laissé de doute à personnel

1. Aucun de ces termes (pasteur de l'église, homme d'église, protenotaire) n'impliquait nécessairement le sacerdoce. Quant au « bonnet rond », dont Ronsard a encore parlé dans un sonnet de 1560 (VI, 334), c'était la coiffure des tonsurés, qu'ils fussent simples clercs ou prêtres. Sur toute cette question je partage l'opinion de Sainte-Beuve, confirmée par de nombreux textes qu'il ne connaissait pas : Ronsard n'a jamais été qu'un bénéficiaire ecclésiastique; seuls au xvi" siècle ses adversaires huguenots ont cru, ou plutôt feint de croire, qu'il était prêtre. Cf. article des Annales Flcchoises de février 1904, tome III, pp. 67 et suiv. — P. L.

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