I. Cf. t. VI, p. 58 : La mcre des Amours... — Nous avons dû
Malgré ses rigueurs, Hélène était très sensible à la gloire que lui apportait l'amour de Ronsard. Un jour elle lui présente une couronne et le proclame son poète (I, 323) :
De Myrte & de Laurier fneillc à fiieille enferre:^ Hélène entrehjfant vne Mie Couronne, M'appella par mon nom : Voyla que îe vous donne, De moy feule, Ronfard, l'efcrtuain vous fere^.
Chantée par lui, elle le fut par d'autres poètes du temps :
... Ronfard adorant ta vertu non vulgaire L'a tant mife en aiiant parmy tous les endrois Qu'on ne vante qu' Hélène...
dit Amadis Jamyn^ ; et, ce qui se comprend moins et ne paraît pas fort délicat, Ronsard s'exprime de même (VI, 59) :
Quand an connnenceincnt i admiré ion mérite. Tu viuois à la Cour fans loilange & fans bruit : Maintenant vn renom par la France te fuit.
Soit par reconnaissance, soit par réelle sympathie, Hélène s'était enfin décidée à s'engager envers le poète à une sérieuse affection (I, 286) :
ici supprimer de la Notice de Marty-Laveaux une demi-page, qui contenait des citations relatives à Astrée (Françoise d'Estrée), et non pas à Hélène. — P. L.
I. Le fécond volume des Œtiuvcs d'Amadis laviin, Sonnets, f. 83 r°. Paris, Félix le Mangnier, 1584. Cf. du même poète les deux pièces signalées plus haut, pp. 251-232; Desportes, Premières Œuures, éd. de 1575, section des Meflanges, f. 97 r° :
Comme on voit au. printemps le bouton rougiffant...
et Passerat, Œuures, éd. de 1606, p. 227 :
Vous n'auci rien de cette antique Hélène Fors que le nom & la rare beauté...
Tous vantent h la fois sa beauté et sa vertu. — P. L.
Dejfus l'autel d'Amour planté fur vojlre table Mefijles vn fervient, ie vous le fis aujfi, Que d'vn cœur mutuel à s'aimer endurcy Nofire am.îtic ùromi/e iroit inuiolahle.
On serait d'abord tenté de ne voir là qu'une expression figurée; il n'en est rien. Au x vie siècle, cette mise en scène païenne n'ornait pas seulement les vers des poètes, elle prenait dans leur vie une réalité matérielle. Richelet, qui a commenté ce livre des Amours pour l'édition de 1597, dit à ce propos : « l'ay appris du fieur Binet que ce ferment fut iuré fur vne table tapiffée de Lauriers, fymbole d'éternité, pour remarquer la mutuelle liaifon de leur amitié procédante de la Vertu, qui eft immortelle, m
Une fois ce pacte juré, des rapports plus fréquents s'établirent entre Hélène et Ronsard.
Souvent ils allaient en voiture ensemble et se livraient à de longs entretiens (I, 284) :
Coche cent fois heureux, oit ma belle MaitreJJ'e Et luoy nous promenons raifonnans de l'amour.
Quand le poète était retenu au lit par la maladie, Hélène n'hésitait pas à l'aller voir (VI, 59) :
l'auoy dedans le licl vu teint iaunement fade. Quand celle qui pouuoit me remettre en vigueur, Ayant quelque pitié de ma trifie langueur, Me vint voir, guariffant mon mal dcfon oeillade.
Elle ne marquait pas d'ailleurs une bien vive sollicitude pour celui à qui elle rendait visite (I, 311) :
l'auois efté faigné, ma Dame me vint voir
Lors que ie languijfois d'vne humeur froide & lente : Se tournant vers mon fang, comme toute riante Me difi en fe louant. Que vojlre fang efi noir!
Ronsard s'efforçait-il de transformer l'affection qui existait
entre eux en un sentiment plus vif, Hélène lui répondait par des considérations physiologiques fort naïvement exprimées, suivies d'un refus des plus nets (VI, 60-61) :
D'vne extrême froideur tout mon corps fe compo/e,
le n'aime point Venus, i'ahhorre telle chofe,
Et les prcfens d' Amour me font vue poijon : Puis ie ne le veux pas...
De telles déclarations désolaient Ronsard et lui donnaient l'envie de rompre brusquement une liaison qui ne lui causait guère que des chagrins (I, 271) :
Puis quelle ejl tout hyucr, toute la me/ine glace, Toute neige, & fou cœur tout arme de glaçons, Qui ne m'aime Jînon pour auoir mes chanfons, Pourquoy fuis-ie fi fol que ic ne m'en délace^?
L'intimité des deux amants dura six années =. La pièce qui clôt en 1584 les deux livres consacrés à Hélène est de mai 1574 :
le chantais ces Sonnets amoureux d'vne Hélène, En ce funejlc mois que mon Prince mourut K
Le poète y confond le chagrin que lui causent les rigueurs de sa dame et la perte de son roi, puis il conclut par un vers d'une poignante tristesse, que lui envieraient les poètes pessimistes de notre temps :
1. Ici encore nous avons dû supprimer cinq lignes, où Marty- Laveaux a fait état d'un sonnet très réaliste qui ne concerne pas Hélène (cf. t. VI, p. 389, et la note). — P. L.