‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 30 sur 77 · Voir les Pièces justificatives, n° III · texte numérisé non relu

Voir les Pièces justificatives, n° III

3. Le Tasse arriva à Paris le 13 novembre 1570 et en repartit le 20 mars 1571. Cf. J. Marsan, thèse de 1905 sur la Pastorale dramatique en France au. xvi^ siècle, p. 150. — P. L.

admiration; une tradition bien établie constate leur passagère mais réelle intimité. Les œuvres du Tasse prouvent l'estime qu'il faisait de Ronsard. Dans le dialogue intitulé : Le Catanais ou des idoles (Il Cataneo ovvero degl' idoli), il le compare au Caro, et semble donner la préférence au poète français, du moins quant au choix des expressions et à la sublimité des pensées ^

Le Tasse et Ronsard durent s'entretenir souvent, dans leur courte entrevue, du rêve commun qui occupait leur pensée : la composition d'un poème épique. Le poète italien, plus heureux en cela que le poète français, conduisit à bonne fin sd. Jénisalein délivrée, tandis que Ronsard ne put donner qu'un échantillon de sa Franciade.

Nous l'avons vu solliciter d'Henri II la subvention nécessaire à l'accomplissement de son œuvre, nous le retrouvons plus pressant encore auprès de Charles IX :

... mon Roy, s'il vous plaijl que ie face La Franciade, œunre de long eJJ)acc, Oye-^ vies vœux : il feroit bien /ai/on Qu'eujffiei efgard à mon cheueul gri/on, Sur qui dejia l'autonnalc tenipejle A fait grejler quarante ans fur la tejlc-.

1. A. Dupré, Relations du Tasse avec Ronsard, Vendôme, Lemercier, 1874. In-8°, 15 pp. (Extrait du Bulletin de la Société archéologique du Vendônwis.) Voir encore sur ces relations : Giornalc storico délia litteratura ilaliana, vol. XIV, 1889, p. 102; Angelo Solerti, Appendice aile opère in prosa di Torqnato, Firenze, 1892, p. 359, — et le récit, fliit par le même Solerti, du voyage du Tasse en France, Revue des langues romanes, 1892, — Nous avons supprimé l'alinéa suivant, Marty-Laveaux ayant reconnu lui-même (Langue de la Pléiade, II, 412) la fausseté du document dont il s'était servi. — P. L.

2. Voir t. III, p. 236. Ces vers remontent aux entrevues de novembre 1565 entre Charles IX et Ronsard, à Plessis-lès-Tours et au prieuré de Saint-Cosme, tout proche du château. C'est alors

Dès 1568 on annonçait comme très prochaine la publication du poème. Cette année-là, le médecin du cardinal de Guise adresse à Ronsard un aduertijjenwit^ dans lequel il s'exprime ainsi : « Sachant, Ronfard, que tu n'atensplus que l'heure de mettre en lumière ta Franciade, ie t'ay bien & amiablement voulu aduertir, de ce qui eft bon, honnefte, & neceffaire à cognoiftre & à fçauoir (combien que tu fçaches toutes chofes) pour le comble & perfedion de ton euure, pour la prééminence & reuanche de noftre patrie... » L'auteur de cet opuscule a surtout pour but de mettre le poète en garde contre « ces menfongers Alemans lefquels fans honte s'attribuent tout ce que le papier peut endurer & porter » .

La pubHcation, même partielle, de l'ouvrage, était encore assez éloignée, mais, aussitôt qu'un livre du poème était écrit, il était sans doute présenté au roi, afin d'émouvoir sa libéralité. Telle a été, selon toute apparence, la destination d'un manuscrit du second livre, portant les armes de France, qui est actuellement conservé à la Bibliothèque nationale-.

Quant à l'édition originale des quatre premiers livres du poème, les seuls publiés, elle date, d'après l'achevé d'imprimer, du 13 septembre 1572; elle est donc à peine postérieure de quelques semaines à la Saint-Barthélémy. Cela explique

que notre poète reprit son projet d'épopée abandonné depuis 1556. Il reçut la promesse d'un nouveau bénéfice, le prieuré de Croixval; mais le jeune roi lui demanda d'écrire sa Franciade en vers décasyllabiques. Cf. t. VII, p. 59 et la note de la ligne 11 : 5/ ie n'ay comuiencé... — P. L.

1. Aâuertijfoiient du médecin de Monfeigneur le Cardinal de Gnyfe> à Ronfard. Touchant fa Franciade. A Lyon. Par Benoift Rigaud. 1568. (A la fin du 16^ ft : « A Paris ce 15. iour d'Auril. 1568. ») In-8° de 16 fts.

2. Ms. français 19. 141. Cf. deux articles d'E. Faral, Revue d'Hisf. litt. de la France, 1910, p. 685 ; 1913, p. 672; et, dans la présente édition, la note du t. III, p. 41. — P. L,

en partie le peu de bruit que ce poème, si vanté et si attendu, fit après son apparition.

Ronsard semble toutefois très préoccupé de l'achèvement de son oeuvre. Le ii novembre suivant, il écrit aux chanoines de Saint-Martin de Tours afin d'être autorisé à se faire remplacer dans les fonctions de semainier, qu'il devait remplir à la collégiale, de huit semaines l'une (VII, 128). La raison qu'il leur donne, c'est la nécessité de continuer la Francinde, dont il vient, grâce à Dieu, de voir paraître le commencement ' .

La mort de Charles IX empêcha la continuation de l'œuvre, ainsi que le poète nous le dit formellement (III, 176):

SI le Roy Charles enjl vefcu, l'ciiffe achené ce long ouiirage.

A l'avènement d'Henri III, Ronsard a grand soin de lui remettre en mémoire toutes les occasions où il a célébré les hauts faits des membres de sa famille. Les premiers vers que vous adressa votre poète, lui dit-il, étaient une ode. Vous étiez encore au berceau (III, 200),

Etfaifie:^ tout raui, la tejle fou-leiiant, Semblant, ce liiy femhloit, de l'aller approuiiant...

ensuite viennent d'assez fermes conseils (III, 201) :

Sire, coiiuneticei bien à vojlre aduenement, De tout aâe la fin fuit le comrnencemeut . Il faut bien enfourner...

puis Ronsard offre ses services, non sans fierté, mais avec un visible découragement (III, 203) :

I. Nous avons dû supprimer, comme étant erroné, l'alinéa qui suivait dans la notice de Marty-Laveaux. — P. L.

S'il vous plaiji l'appdler, fans farder vne exciife Il vous ira irouuer auec la viefiiic Mnfe Dont il chanta Henry, fou Charles, 6" aiijfi Vous à prefcnt, fan Roy, des Mufes le fond :

Ou fi voflre difgracc à ce coup il effaye, Il fera casanier comme vn vieil Morte-paye Oui renferme fa vie en quelque vieil chafteau, Parcffeux, accrochant fes armes au rafleau, Au païs inutile, & veine u de pareffe Près de fou vieil harnais confine fa vieilleffe^.

Dans son désir d'attirer l'attention du roi, il trace, après en avoir obtenu la permission, les portraits des personnages qui fréquentent la Cour (III, 206) :

...fi ie vous puis plaire.

Il me plaiji, vous plaifant, d'efcrire & de dejplaire.

La galerie est assez curieuse : ce sont les prélats qui ne vont pas à leurs églises, les marchands qui se veulent mêler de gouverner l'État, les hâbleurs qui prétendent avoir dépensé leur bien en faisant le voyage de Pologne pour le service du roi. A ces esquisses s'en ajoutait une autre, celle du mignon :

Si quelque dameret fc farde ou fe defguife. S'il porte vne putain au lieu d'vne chemife, Atifé, gaudronnè, au collet eiiipoiié, La cape retrouffée & le cheueul fri'^é :

I. Les deux citations qui suivaient dans la Notice de Marty-Laveaux appartiennent à une pièce postérieure de cinq à sept ans. Aussi avons-nous dû les supprimer, quitte à y revenir un peu plus loin. — Les craintes que Ronsard exprimait à Henri III en 1574 étaient en partie fondées. Sans subir une disgrâce à proprement parler, notre poète devait bientôt se voir détrôné par un jeune disciple, Philippe Desportes, qui avait accompagné Henri d'Anjou dans son royaume de Pologne et rimé pour lui à Cracovie des élégies amoureuses. — P. L.

SI plies ie voy porter ces larges verdugades, La coiffure ehontée & ces ratepenades, Ces cheueux eniprtinte:( d'vn page ou d'vn garfoii ; Si plus des ejlraiigers quelqu'vn fuit la façon, Qu'il craigne via fureur '...

Le portrait ne fut probablement pas du goût du roi, car il ne figure que dans la première édition-.

Dans le Panégyrique de la Renommée, publié en 1579, Ro^isard vante le talent poétique de Henri III :

Apollon qui Vefcoulc, & les Mufes qui vont Danfant autour de luy, l'injpirent de leîir grâce, Soit qu'il veille tourner vue chanfon d'Horace, Soit qu'il veille chanter en accords plus parfaiâs Les gejles martiaux que luy viefvics a faicls.

Il dit encore, un peu plus loin :

Nul poète François des Mufes fer uiteur Ne prefenta iantais ouurage à fa hauteur, Qu'il n'ait recompenfé d'vn prcfent magnifique, Honorant le bel art que luy vicfine il pra tique i.

1. Ce sont les seuls vers authentiques où Ronsard ait attaqué les jeunes efféminés de la Cour. On trouve bien quelques pièces manuscrites de ce genre, qui portent le nom du poète et où le roi n'est pas ménagé, mais leur authenticité est douteuse (VI, 484- 488). Quant aux Sonnets d'Eflat, que Blanchemain lui avait d'abord attribués dans son recueil d'Œuvres inédites (Paris, Aubry, 1855), ils ont été rejetés avec raison des éditions postérieures.

2. Voir l'édition de Blanchemain, VII, 306. Henri III ne voulut entendre ni conseils ni satires de la Cour, et Ronsard en fut réduit à écrire quelques mascarades insignifiantes et quelques sonnets hyperboliquement flatteurs, lorsque le nouveau roi, sacré et marié à Reims, eut fait enfin son entrée à Paris (fin de février 1575). Henri III demanda des vers d'amour et des discours en prose. Ronsard obéit, mais sans enthousiasme, et ne tarda pas à quitter la Cour pour ses prieurés de Croixval et de Saint-Cosme. — P. L.

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