‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 47 sur 77 · I. Or. l'un., texte de 162^,, à peu près le texte prineeps · texte numérisé non relu

I. Or. l'un., texte de 162^,, à peu près le texte prineeps

Ce n'était pas la force, l'énergie, qu'il avait demandées aux Anciens. Son épicuréisme n'avait rien de commun avec celui de Lucrèce; et les mâles accents de Sénèque et de Lucain, qui devaient si souvent inspirer notre Corneille, n'avaient jamais tenté sa Muse'. Néanmoins, sevré des plaisirs par la maladie, rassasié de gloire, il abjura de bonne foi des doctrines qui avaient régné sur son cœur autant que sur son esprit; et, désabusé des espérances de la vie, il aspira avec une avide sincérité à celles de l'au-delà.

Après s'être ainsi mis en règle avec Dieu, il s'occupa de faire son testament, qu'il avait ajourné, nous l'avons vu, mais pour lequel il ne croyait plus pouvoir attendre. Le dimanche 22 décembre, il partagea ses biens entre l'Eglise, les pauvres de Dieu, ce sont ses termes, et ses parents et serviteurs. Nous n'avons pas le texte de ce testament, mais seulement celui d'une autre disposition dernière, datée de l'après-midi du même jour, et que nous ne pouvons nous expliquer. Ronsard y déclare, devant notaire, résigner Saint- Guingalois et Croixval en faveur de Catien Moreau et René Guetier, prêtres du diocèse du Mans, et Saint-Gilles de Montoire en faveur de Pierre Mouzay, prêtre du diocèse de Tours. Il ne fait dans cet acte aucune allusion aux dispositions analogues que, deux mois auparavant, il avait prises en faveur de son ami Galland. M. Louis Froger n'a pu deviner non plus à quelle influence était dû ce revirement. Nous

I. Ceci est inexact et injuste. II est vrai que Ronsard, de tempérament voluptueux et d'imagination lascive, a bien réussi dans la poésie légère, et que, en dépit de la thèse de Gandar, son goût naturel le portait à imiter Anacréon, Horace, les élégiaques latins et néo-latins, les erotiques italiens. Mais il s'est élevé souvent à la poésie noble et aux mâles accents par l'imitation de la Bible, d'Homère, de Pindare, de Lucrèce et d'autres auteurs graves, y compris Sénèque et Lucain. Voir ses Odes, son Bocage royal, ses Hymnes, ses Poëmes et ses Difcoiirs. — P. L.

ferons remarquer seulement que les témoins de cet acte sont tous des ecclésiastiques, et que Jacques Desguez, l'aumônier de Saint-Cosme, qui avait assisté Ronsard, le signe le premier. Par bonheur, ces dispositions, qui n'étaient évidemment pas conformes aux véritables intentions du poète, n'eurent qu'un effet momentané. Ceux qu'elles avaient désignés se hâtèrent de prendre possession des bénéfices qui leur avaient été attribués; mais M. Louis Froger nous apprend que Galland réussit plus tard à écarter ses concurrents et à demeurer paisible possesseur de tout ce que son ami lui avait abandonné ^

Le jour de Noël, il demanda au sous-prieur d'entendre sa confession, de « célébrer en fa chambre, & luy diftribuer la Communion, qu'il receut d'vne fmguliere deuotion & plus grande qu'on n'euft attendu d'vn perfonnage nourry parmy les desbauches irreligieufes d'vne Cour, difant inceffamment, que Dieu n'eftoit Dieu de vengeance, ains de mifericorde, & que cefte diuine douceur, qu'il auoit entièrement en l'imagination, luy aydoit fort à fupporter fes douleurs, lefquelles il meritoit bien & de plus grandes- ». Quoiqu'il eût renoncé à tout et que sa faiblesse fût extrême, le poète survivait encore, et son incessante occupation était de dicter des vers. Enfin, s'étant senti fort mal le 27 décembre, « il commanda fur les trois ou quatre heures qu'on luy apportaft les Sacremens requis en telles extremitez, lefquels ayant faindement &: deuotement receus, & ayant dit les dernières paroles, il fe tourna vers la paroy pour repofer... Enuiron... vne heure

1. Ronsard ecclésiastique, pp. 50-51. — Voir ci-après les Pièces justificatives, n°^ VI et VII, et mon édition de la Vie de Ronsard, pp. 35 et 187. Cf. Annales Flcchoises de mai 1907, p. 169, article de Louis Froger intitulé : De trois hèncfices vacants à la mort de Ronsard. — P. L.

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