‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 6 sur 77 · I. Œuvres, édition Marty-Laveaux, t. 1, p · texte numérisé non relu

I. Œuvres, édition Marty-Laveaux, t. 1, p

Ce fut là qu'il bâtit le château de la Possonnière, dont Binet, biographe du poète, cherche ainsi à nous expliquer le nom : « Roffard fignifiant en la langue du pays, comme qui diroit cœur cheualeureux : auffi les armes de cefte maifon femblent l'exprimer, ayant pour tymbre vn cheual, & dans l'efcuffon trois poiffons, qu'on dit en la mefme langue le nommer Roff, c'eft à dire cheuaux, & fe trouuer dans le Danube. De là pourroit auoir efté nommée la feigneurie de la Poiffonniere, maifon paternelle de Ronfard '. «

Ce château est situé dans la vallée du Loir, à sept lieues ouest de Vendôme, sur le penchant d'une colline qui domine le bourg de Couture et est elle-même surmontée par la forêt de Gastine. Son architecture, qui date des environs de 151 5, indique qu'il a été reconstruit ou du moins entièrement remanié par le père du poète. Il a été restauré avec soin au milieu du xix^ siècle par son propriétaire, Gabriel Delahaye, du moins la partie centrale et principale, que le temps avait épargnée.

Sur la porte d'entrée on lit : Ici naquit Pierre de Ronsard, gentilhomme Vendômois. Outre cette inscription, qui est récente, on en trouve dans cette demeure un grand nombre d'anciennes. Une d'entre elles revient plusieurs fois au-dessus des fenêtres et s'impose comme une pensée dominante : Avant partir. On l'a diversement interprétée et l'on est allé

I. Sur ces prétendues origines de la famille du poète, cf. mon édition critique de la Vie de Ronsard (Hachette, 1910), pp. 53 et suiv,, et le Pierre de Ronsard de H, Longnon (Champion, 1912), chap. I et pièces justificatives. — Quant à l'explication de Binet, publiée seulement en 1597, c'est de la fantaisie. Le nom primitif du manoir est la Possonnière, et son étymologie a été donnée par Amadis Jamyn, secrétaire de Ronsard. Cf. Annales FlccJjoises, mai 1903, p. 2)1. et mon édition critique de la Vie de Ronsard, p. 59. — P. L.

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en chercher assez loin le sens, qui, suivant nous, se présente de lui-même. Ces deux mots avant partir n'indiquent-ils pas tout simplement que ce manoir est la demeure de prédilection de son maître, son étape dernière avant le départ final?

Les autres inscriptions sont, pour la plupart, beaucoup moins mélancoliques. La tourelle octogone contenant l'escalier, qui peut être considérée comme l'entrée principale du logis, nous présente cette consécration : Vohiplati et Gratiis, à la Volupté et aux Grâces. Sur la fenêtre de la mansarde de la tourelle une inscription chargée d'abréviations, mais qui semble devoir se lire ainsi : Douiini ociilus longe spectat, signale aux visiteurs la vue étendue dont on jouit de cet endroit. D'autres croisées portent les inscriptions suivantes : Veritas filia teniporis, Domine concerva me, Respice finem, placées chacune entre deux initiales E. L. La lettre L est la première du prénom du père de Ronsard, Z.(P)'5^ qui figure en toutes lettres dans plusieurs des sculptures du manoir. Quant à l'E, dont le trait horizontal supérieur est plus court que le trait horizontal inférieur, il serait, d'après les plus récents archéologues, la combinaison d'un L et d'un F, indiquant que la reconstruction du manoir, commencée sous Louis XII, fut terminée après l'avènement de François I'-''.

A l'intérieur, ce qui mérite surtout d'être remarqué, c'est la cheminée de la grande salle, ornée d'une série de médaillons où sont sculptés les écussons des protecteurs et alliés de la famille. Là figure cette devise qui dut plus d'une fois fortifier le poète dans des moments de découragement : Non fallunt futura merenteni (l'avenir appartient au mérite). Elle est tracée en lettres enlacées et conjointes, et se trouve coupée en son miheu par le blason des Ronsart « d'azur à trois ross d'argent posés de fasce ». Au-dessous sont sculptées des plantes dont le pied est dévoré par des flammes. Ces emblèmes ont reçu bien des interprétations diverses. La plus probable est que ces tiges sont des ronces qui brûlent

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(ardent) Qt que ce symbole, formant armes parlantes, signifie : Ronce-ard ' .

Le cabinet de travail possède aussi une cheminée sculptée, beaucoup moins belle, provenant d'un pavillon aujourd'hui disparu; on lit sur l'un des chapiteaux du soubassement le mot LOYS, et sur une pierre scellée la devise nyq.vit NYMis, qu'il faut lire Ne qiiid nimis (rien de trop).

Quant aux communs creusés en plein roc, ils étaient ornés aussi d'arabesques et d'inscriptions. C'était d'abord la buanderie telle, puis lafouriere, puis un petit local désigné par les mots Viilcano ù' diligeiitice; ensuite le cellier aux Vina barhara, qu'on a traduits par « vins étrangers », mais qu'on doit plutôt rendre, à notre avis, par vins grossiers, vins destinés aux serviteurs, ce qu'on appellerait aujourd'hui vins d'office. La porte suivante est surmontée d'un broc et de deux verres au-dessous desquels on lit : Cui des videto (vois à qui il convient de le donner). Cela n'indique-t-il pas un vin de choix, un vin réservé aux gourmets et qui ne doit pas être prodigué à ceux qui ne seraient pas dignes de l'apprécier? Ce n'est pas là, nous devons l'avouer, l'opinion commune : les uns font au contraire de cet endroit le caveau des vins moins estimés, et les autres le réduit « oii l'on traitait les pauvres errants ». Ensuite, c'est le garde-manger : Custodia dapum, enfin la cave principale avec ce sage conseil : Siistine et ahstine.

Au-dessus de ces communs s'avançait au xvie siècle une galerie soutenue par des colonnes, dont on a retrouvé les

I. En oLiue. quatre écussons peints sur les murs de cette salle ont été récemment découverts : l'un d'eux porte les armoiries de Jeanne Chaudrier, mère du poète. Cf. mon étude sur la Jeunesse de Pierre de Ronsard, dans la Revue de la Renaissance, 1901, pp. 96 à 106, et surtout l'ouvrage illustré de L.-A. Hallopeau, propriétaire actuel de la Possonnière, sur Le Bas-Vendâmois (La Chartre-sur-le- Loir, libr. Moire, 1906, in-8), pp. 74 à 92. — P. L.

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fondations et quelques chapiteaux. Enfin, après la septième cave s'élevait une tourelle d'escalier qu'on a prise à tort pour un oratoire dédié à saint Jacques; elle donnait accès dans la galerie supérieure et dans un pavillon terminus. Au-dessus de sa porte d'entrée existe encore un fronton d'une belle décoration renaissance, avec l'inscription Tibi soli gloria. En face s'ouvrait une chapelle sans intérêt architectural, en ruines vers 1855, et démolie alors par le propriétaire.

Si nous avons insisté sur la description si souvent reproduite de cette demeure, c'est pour rectifier quelques interprétations qui nous ont paru erronées, et surtout parce que nous avons trouvé utile de constater une fois de plus, dans un logis de cette époque, le mélange de souvenirs profanes et d'idées chrétiennes, si ordinaire alors, et qui devait précisément rencontrer dans les vers de Ronsard sa plus haute expression poétique \

Dans l'élégie où Ronsard nous raconte sa jeunesse, il nous dit (IV, 96) :

Mon père fut ioujiours en fou viiiant ic\ Maifire-d' hoftcl du Roy, & le fui ait aujfi Tant qu'il fut ptijonnier pour fon père eu E/paioue.

Il y a dans cette période de la vie du père de Ronsard des actions dont le poète avait le droit de s'enorgueillir et qui eurent sur sa carrière une influence des plus directes.

1. Voir notamment ¥. de l'étigny, Histoire archéologique du Veudôiuois, 1849, in-4°; Achille de Rocliambeau, La Famille de Ronsarf, Paris, A. Franck, 1868, in-8°, avec album de 19 pi.; [Pasty de la Hylais], Le Bas-Vendôniois historique et mouuiiiental, Saint-Calais, Peltier, 1878, in-8°; Marie Dronsart, La Maisou de Rousard, dans le Figaro du 24 août 1889. — Depuis cette note de Marty-Laveaux, d'autres études ont paru, citées plus liaut, qui nous ont permis de nouvelles rectifications dans tout ce passage. — P. !..

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Louis de Ronsard, chevalier de Tordre de Saint-Michel, était maître d'hôtel de François 1er, qu'il accompagna en Italie'. Ce roi, prisonnier en Espagne pendant toute une année après la défaite de Pavie, ne recouvra sa liberté que par le traité de Madrid, en abandonnant pour otages ses deux fils aînés, le dauphin François, né le 28 février 15 18, mort en 1536, et le duc d'Orléans, qui succéda à son père sous le nom d'Henri II. Louise de Savoie, leur grand'mère, régente pendant la captivité de François lei", et à qui Charles-Quint avait demandé les deux enfants de France ou un certain nombre de grands capitaines, eut l'habileté et le courage de préférer la première proposition, plus dure en apparence, mais en réalité moins funeste à l'Etat. L'échange du roi contre les princes se fit le 17 mars 1526, à Fontarabie, sur une barque amarrée au milieu de la Bidassoa, et leur mise en liberté n'eut lieu que quatre ans plus tard, le ler juillet 1530, moyennant une rançon considérable, et avec un cérémonial analogue à celui qui avait été observé lors de l'échange précédent-.

Louis de Ronsard, chargé de les accompagner, eut pour eux, pendant ce long exil, la solHcitude la plus constante. Nous en avons un témoignage dans une lettre écrite par lui à monseigneur de Montmorency « grant Maiftre «, à qui il envoie des nouvelles des princes confiés à sa garde 3.

1. Il y a là une erreur dont est responsable le biographe Cl. Biner. Louis de Ronsard ne fut pas maître d'hôtel de François I", mais seulement l'un de ses cent « mansionnaires » ou gardes du corps. Il fut le maître d'hôtel des deux fils aînés de ce roi. Pour la démonstration, voir mon édition critique de la Vie de Ronsard^ pp. 61 et 62. — P. L.

2. Champollion-Figeac, CaplivUc de François 1" , Introd., Lxm; Mignet, Rivalité de François I^" et de Charles-Quint, 3* éd., 1886, t. II, pp. 188, 455 et suiv. — P. L.

3. Outre cette lettre datée de Pedrazza le 15 janvier [1530], que Marty-Laveaux avait reproduite dans l'Appendice de sa Notice, après

Après quelques détails généalogiques sur la famille de sa mère Jeanne Chaudrier du Bouchaige, veuve de M^e Guy des Roches, chevalier, sieur de la Basme, mariée en secondes noces à Louis de Ronsard le 2 février 15 14, le poète en arrive à sa biographie personnelle ' . Avant de l'aborder nous devons constater que la date de sa naissance n'est pas fixée avec certitude. Le désir de la faire concorder avec certaines opinions médicales ou astrologiques, ou de la faire coïncider avec quelque grand événement, en est évidemment la cause. Rien ne le fait mieux comprendre que ce passage de son oraison funèbre par Du Perron :

« Quant au temps de fa naiffance, il y en a diuerfes opinions. Les vns veulent qu'il foit né l'an mil cinq cens vingtdeux, & par ainfi mort en fon an climaderique; chofe que l'on a remarqué arriuer à beaucoup de grands perfonnages : Les autres s'arreftent à ce qu'il en a efcrit, ayant fignalé l'année de fa natiuité par la prife du grand Roy François, comme fouuent il fe rencontre de ces fortunes notables à la naiffance des hommes illuftres -. »

En effet, Ronsard, ainsi que l'indique Du Perron, a tâché

Blanchemaiii {Œuvres de Ronsard, VIII, 175) et Rochambeau (op. cit., p. 27), on en possède deux autres également écrites d'Espagne en 1528 et 1529, et une quatrième datée de Cognac le 12 août [1530]. Je les ai réunies et commentées sous ce titre : La Correspondance de Loys de Ronsart, dans les Annales Flêchoiscs de septembre 191 1. — P. L.

1. Sur Jeanne Chaudrier, voir Rochambeau, oh. cit., pp. 23-24; H. Longnon, op. cit., chap, 11 : le père et la mère de Ronsard; Hallopeau, Annales Fléchoises 1905, p. 189, et op. cit., pp. 89-90; et mon édition critique de la Vie de Ronsard, p. 64 et planche. Le Chartrier de Thouars, publié en 1877 par le duc Louis de la Trémoille, contient aux pp. 39 et 46 troi;i lettres du roi Louis XII relatives à elle. — P. L.

2. Œuiires de Ron/ard, édition de 1623, p. 1670. C'est à peu de chose près le texte princeps du Du Perron (1586). — P. L.

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le premier de faire concorder le mieux possible sa naissance avec la capture de François I^r. Pour établir ce fait, en apparence si simple, il prend un soin minutieux et excessif de se montrer sincère, et tombe, à force d'insister, dans un pléonasme qui serait inexplicable si sa préoccupation n'en était la cause (IV, 96) :

... fans mentir îe diray vérité Et de l'an & du iour de via natiuité.

L'an que le Roy François fut pris deiiant Panie, Le iour d'vn Sainedy, Dieu me prejla la vie L'onzième de Septonhre...

Binet confirme cette date et achève en même temps la pensée du poète : « Du Mariage de Lo3's & de leanne de Chaudrier nafquit Pierre de Ronfard... vn Samedy xi de Septembre l'an 1524. Auquel iour, le Roy François I. fut prins deuant Pauie. Et pourroit-on douter fi en mefme temps la France receut par cefte prinfe mal-encontreufe vn plus grand dommage, ou vn plus grand bien par cefte heureufe naiffance, à laquelle eftoit aduenu comme à d'autres de grands perfonnages, d'eftre remarquée d'vne fi mémorable rencontre. Ainfi que la naiffance du grand Alexandre fut fignalée & comme efclairée par l'embrafement du Temple de Diane en la ville d'Ephefe. )>

De Thou a reproduit dans son Histoire (liv. LXXXII) l'idée de cette singulière compensation; mais moins préoccupé de la pousser à l'extrême rigueur, et surtout plus soucieux de l'exactitude historique, il ne prétend pas avec Binet que Ronsard est né le jour de la bataille de Pavie, ce qui est matériellement impossible, puisqu'elle a eu lieu le 24 février 1525; il se contente de dire, avec le poète lui-même, que sa naissance a eu lieu dans l'année de cette bataille, et c'est en 1525, et non en 1524, qu'il la mentionne; il n'en reste pas moins difficile d'expliquer le texte de Ronsard, car le 1 1 septembre ne tombe un samedi dans aucune de ces deux

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années : en 1524, c'est un dimanche, en 1525 un lundi'. Concluons donc que Ronsard est né à une date assez rapprochée de la bataille de Pavie et qu'il a sans doute un peu forcé la stricte exactitude des faits pour rendre plus frappant un rapport qui flattait son imagination et surtout sa vanité-.

Tout ce qui se rattache à lui prend ainsi, sous la plume de ses contemporains, une importance singuHère. Un accident, qui aurait pu lui être funeste et qu'il se contente d'indiquer (IV, 97):

... prefque ie me vy Tout anjji tojl que ne, de la Parque ratix,

devient pour Blnet un indice de gloire future : « Comme on le portoit baptizer du Chafteau de la Poiffonniere en l'Eglife du lieu, celle qui le portoit trauerfant vn pré, le laiffa tomber par mefgarde à terre, mais ce fut fur l'herbe &: fur les fleurs, qui le receurent plus doucement : & eut encor cet accident, vne autre rencontre qu'vne Damoifelle qui portoit vn vaiffeau plein d'eau rofe & d'amas de diuerfes herbes & fleurs félon la couftume, penfant aider à recueillir l'enfant, luy renuerfa fur le chef vne partie de l'eau de

1. Ronsard, lui-même, fournit sur son âge des renseignements contradictoires. Plus loin (p. 170), il dit qu'il avait à peine seize ans en 1540, ce qui concorde avec l'assertion de Binet qui le foit naître en septembre 1524, mais ailleurs il se prétend plus jeune (voyez ci-après p. 212, etc.).

2. Sur cette question, voir mon édition critique de la Vie de Ronsard, pp. 66 et suiv. — H. Longnon, op. cit., a conjecturé ingénieusement que Rotîsard naquit le 2 septembre 1525, qui était bien un samedi. Je pense pourtant qu'il vaut mieux s'en tenir à la date traditionnelle du 11 septembre 1524, et J.-J. Jusserand s'est rangé à mon opinion dans son Ronsard (Hachette, coll. des Grands Écrivains français. 1913). — P. f--

fenteurs, qui fut vn prefage des bonnes odeurs, dont il deuoit remplir la France, des fleurs de fes dodes efcrits. »

Si lo/l que l'eu neuf ans, au collège on me meine (IV. 97).

Il s'agit du collège de Navarre, où il fut condisciple de Charles, cardinal de Lorraine, ce qu'il ne manqua pas de lui rappeler en mainte occasion (III, 270; IV, 409) :

Il dit par fes raisons que dés lafienne enfance (SI cela peut feruir) eut de vous cognoij/ance, Et eu vieftnc Collège, & fous mefme Regenl.

... ie viefens ejtre Heureux, d'auolr apris dejfous vn mefme maiftrc. Et en mefme collège auecques toy, Seigneur Oui connue vn petit aflre e/lois defia l'honneur De tous les compaignons eu meurs & en fcience.

Cette camaraderie fut toutefois de courte durée; au bout de six mois il quittait le collège (IV, 97) :

/(• mis tant feulement vn deiny an. de peine D'apprendre les leçons du rcgcnt de Vailly.

Son panégyriste Du Perron trouve moyen de l'en féliciter : « Ce libre & généreux efprit, qui ne fe pouuoit forcer par les loix & par la feuerité d'vn précepteur, mais auoit befoin de quelque pafiion intérieure pour l'exciter à defployer fa vigueur, fe dcfgoufta du premier coup des lettres & de l'eftude ^ »

Dès lors, malgré rinsuflisancc de cette éducation, il s'essayait déjà dans la poésie, ainsi qu'il nous le raconte en vers charmants qui évoquent l'image de certains paysages de Corot (V, 176) :

I. Œnures de Ronfird, éd. de 1623, p. 1670. C'est à quelques mots près le texte princeps de Du Perron (1586). — P. L.

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le n'auois pas douie ans qu'au profond des vallées, Dans les hautes forefts des hommes reciillêes, Dans les antres fecrets de frayeur toui-conuers. Sans a noir foin de rien ie compofois des vers :

Et le gentil troupeau des fantajliijiies Fées Autour de moy danfoient à cottes dégrafées.

Les goûts littéraires semblaient innés dans sa famille. Dans VEpitafe de lehan de Ronfard fon oncle (VI, 215), il le loue d'avoir usé en faveur des Muses

... tant d'hnille & de chandelles \

Son père écrivait très bien en français et en latin. « Ce Loys, dit assez dédaigneusement Binet, auoit quelque cognoiffance des lettres, & principalement de la Poëfie, mefmes faifoit quelquefois des vers, tels toutefois que le temps pouuoit porter : & me fouuient en auoir ouy reciter quelques-vns à noftre Ronfard. » Il était le protecteur et l'ami de Jean Bouchet, le fameux Traverseur des voyes périlleuses, qui devait tant prêter à rire aux compagnons de son fils, et notamment à Joachim du Bellay-. Il le conseillait, lui

1. Voyez sur ses rapports avec cet oncle : Velliard, P. Ronfardi... laudatio funehris. Pariliis, Buon, 1546 (sic, 1586). In-4",

ft 6 v° : « Habebat ab Auunculo viro omni liberali lacraque dodrina politiliimo, non folum bibliothecani varia & multiplici librorum lupelleclile inftrudam, fcd etiam cxcmplum hnius reconditioris difciplinas quod sibi proponeret ad imitanduni. »

C'est l'abbc Louis Froger qui attira le premier l'attention sur cet oncle du poète, curé de Bessé-sur-Braye et vicaire général de l'évêque du Mans (Nouvelles recherches sur la famille de Ronsard, dans la Revue historique et archéologique du Maine, t. XV, 1884. p. 98). Cf. la revue La Province du Maine, t. XV. 1907, pp. 17-19. — P. L.

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