‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 130 sur 167 · LES PAUVRES AMOURS · texte numérisé non relu

LES PAUVRES AMOURS

Ain : Jupiter un Jour en fureur.

Trois douzaines de Cupidons ^ Qu'une actrice a mis sur la paille ^ Hier mendiaient, et la marmaille Les poursuivait de gais lardons.

Chez Lise ils frappent d'un air triste ; Lise répond : Nous sommes sourds.

Quoi! vivrez-vous donc toujours , Vieux petits culs nus d'Amours ?

Allez , Dieu vous assiste ! (bis,)

Partout en France on vous fourra.

Vous avez guindé la sculpture ,

Vous avez fardé la peinture ,

Vous affadissez l'Opéra.

Des Anacréons j'ai la liste ;

Ils enconibrent ville et faubourgs.

2,3S sp^iw^ass

LES PAUVRES AMOURS. 3o5

Vous les couronnez toujours , Vieux petits culs nus d'Amours ; Allez, Dieu vous assiste !

Quittez votre Olympe en débris. Que Mars , Phébus , Bacchus , Minerve , Voguent avec vous de conserve ; A Gnide remmenez Cypris.

Les Grâces suivront à la piste , Phébé guidera votre cours.

Emigrez y mais pour toujours ,

Vieux petits culs nus d'Amours ; Allez , Dieu vous assiste !

Emballez avec tous vos dieux Flore et l'Aurore aux doigts de roses ; Par leur nom appelons les choses , Les choses n'en plairont que mieux.

Mon cœur à Famant qui persiste Se rend bien sans votre secours.

Sans vous j'aimerai toujours ,

Vieux petits culs nus d'Amours; Allez , Dieu vous assiste !

En leur fermant la porte au nez ,

Parlait ainsi la tendre Lise ,

Quand près d'eux passe une marquise

Il au

3o6 LES PAUVRES AMOURS.

Dont à peine ils sont les aines.

La dame y quoique moraliste , Leur dit : Rendez-moi mes beaux jours.

Dans ma chambre et pour toujours , Chers petits culs nus d'Amours ' , Venez ; Dieu vous assiste !

3o8 A M. GOHIER.

Tout gai frondeur, semant le ridicule y Ne peut chez nous qu'en recueillir du mal. Notre empereur portait longue férule , Puis est venu le martinet royal ; Et puis le knout , et puis les fils d'Ignace , Dont tous les fouets contre nous sont dressés. Dieu soit béni ! mais y s'il île nous fait grâce , T^s chansonniers seront toujours fessés.

J'ai bien reçu ma part des étrivières ! Grippe-Minaud m'en donna pour trois mois. En refaisant des nœuds à ses lanières , Il me poursuit encor d'un œil sournois. Si de Tartufe on n'entehd les trois messes y Si pour les grands l'encens ne brûle assez , C'est fait de nous ! nos seigneurs les Jean-fesses Aiment à voir les bonnes gens fessés^

Vous qui chantez comme on chante au bel âge* y Des rois y des saints, ne plaisantez donc pas ; Ou , trop enclin au joyeux persiflage y Vivez long-temps, allez bien tard là bas. Car en enfer on marque votre place ; Des noirs démons les bras sont retroussés. Vous et Collé , même aussi votre Horace , Ensemble un jour vous serez tous fessés.

3io LE SACRE.

Sans illustrer son vieux pennon.

Pourtant à son sacre on se presse :

Oiseaux et flatteurs ont chanté.

Le peuple s'écrie : Oiseaux , point de folle alégresse ;, * Gardez bien , gardez bien votre liberté.

Chamarré de vieux oripeaux^ Ce roi , grand avaleur d'impôts y Marche entouré de ses fidèles , Qui tous y en des temps moins heureux ^ Ont suivi les drapeaux rebelles D un usurpateur généreux- Un milliard les met en haleine :

C'est peu pour la fidélité.

Le peuple s'écrie : Oiseaux^nouspayons notre chaîne ; Gardez bien, gardez bien votre liberté.

Aux pieds de prélats cousus d'or, Charles dit son Confiieor.

On l'habille, on le baise, on l'huile \ Puis , au bruit des hymnes sacrés ,.

Il met la main sur l'Évangile.

Son confesseur lui dit : « Jurez.

tf Rome, que l'article concerne'" ,^ a Relève d'un serment prêté. »

Le peuple s'écrie : Oiseaux, voilà comme on gouverne ; Gardez bien , gardez bien votre Hberlé.

DE CHARLES-LE-SIMPLE. 3ii

De Charlemagne , en vrai luron , Dès qu'il a mis le ceinturon ^ Charles s'étend sur la poussière.

« Roi ! crie un soldat , levez-vous !

a Non, dit Tévéque ; et , par saint Pierre y <x Je te couronne , enrichis-nous.

<x Ce qui vient de Dieu vient des prêtres. a Vive la légitimité ! »

1^ peuple s*écrie : Oiseaux, notre maître a des maîtres ; Gardez bien , gardez bien votre liberté.

Oiseaux , ce roi miraculeux Va guérir tous les scrofuleux.

Fuyez , vous qui , de son cortège , Dissipez seuls l'ennui mortel :

Vous pourriez faire un sacrilège En voltigeant sur cet autel.

Des bourreaux sont les sentinelles Que pose ici la piété.

I^e peuple s'écrie : Oiseaux, nous envions vos ailes ; Gardez bien , gardez bien votre liberté.

Page 1