LES PAUVRES AMOURS
Ain : Jupiter un Jour en fureur.
Trois douzaines de Cupidons ^ Qu'une actrice a mis sur la paille ^ Hier mendiaient, et la marmaille Les poursuivait de gais lardons.
Chez Lise ils frappent d'un air triste ; Lise répond : Nous sommes sourds.
Quoi! vivrez-vous donc toujours , Vieux petits culs nus d'Amours ?
Allez , Dieu vous assiste ! (bis,)
Partout en France on vous fourra.
Vous avez guindé la sculpture ,
Vous avez fardé la peinture ,
Vous affadissez l'Opéra.
Des Anacréons j'ai la liste ;
Ils enconibrent ville et faubourgs.
2,3S sp^iw^ass
LES PAUVRES AMOURS. 3o5
Vous les couronnez toujours , Vieux petits culs nus d'Amours ; Allez, Dieu vous assiste !
Quittez votre Olympe en débris. Que Mars , Phébus , Bacchus , Minerve , Voguent avec vous de conserve ; A Gnide remmenez Cypris.
Les Grâces suivront à la piste , Phébé guidera votre cours.
Emigrez y mais pour toujours ,
Vieux petits culs nus d'Amours ; Allez , Dieu vous assiste !
Emballez avec tous vos dieux Flore et l'Aurore aux doigts de roses ; Par leur nom appelons les choses , Les choses n'en plairont que mieux.
Mon cœur à Famant qui persiste Se rend bien sans votre secours.
Sans vous j'aimerai toujours ,
Vieux petits culs nus d'Amours; Allez , Dieu vous assiste !
En leur fermant la porte au nez ,
Parlait ainsi la tendre Lise ,
Quand près d'eux passe une marquise
Il au
3o6 LES PAUVRES AMOURS.
Dont à peine ils sont les aines.
La dame y quoique moraliste , Leur dit : Rendez-moi mes beaux jours.
Dans ma chambre et pour toujours , Chers petits culs nus d'Amours ' , Venez ; Dieu vous assiste !
3o8 A M. GOHIER.
Tout gai frondeur, semant le ridicule y Ne peut chez nous qu'en recueillir du mal. Notre empereur portait longue férule , Puis est venu le martinet royal ; Et puis le knout , et puis les fils d'Ignace , Dont tous les fouets contre nous sont dressés. Dieu soit béni ! mais y s'il île nous fait grâce , T^s chansonniers seront toujours fessés.
J'ai bien reçu ma part des étrivières ! Grippe-Minaud m'en donna pour trois mois. En refaisant des nœuds à ses lanières , Il me poursuit encor d'un œil sournois. Si de Tartufe on n'entehd les trois messes y Si pour les grands l'encens ne brûle assez , C'est fait de nous ! nos seigneurs les Jean-fesses Aiment à voir les bonnes gens fessés^
Vous qui chantez comme on chante au bel âge* y Des rois y des saints, ne plaisantez donc pas ; Ou , trop enclin au joyeux persiflage y Vivez long-temps, allez bien tard là bas. Car en enfer on marque votre place ; Des noirs démons les bras sont retroussés. Vous et Collé , même aussi votre Horace , Ensemble un jour vous serez tous fessés.
3io LE SACRE.
Sans illustrer son vieux pennon.
Pourtant à son sacre on se presse :
Oiseaux et flatteurs ont chanté.
Le peuple s'écrie : Oiseaux , point de folle alégresse ;, * Gardez bien , gardez bien votre liberté.
Chamarré de vieux oripeaux^ Ce roi , grand avaleur d'impôts y Marche entouré de ses fidèles , Qui tous y en des temps moins heureux ^ Ont suivi les drapeaux rebelles D un usurpateur généreux- Un milliard les met en haleine :
C'est peu pour la fidélité.
Le peuple s'écrie : Oiseaux^nouspayons notre chaîne ; Gardez bien, gardez bien votre liberté.
Aux pieds de prélats cousus d'or, Charles dit son Confiieor.
On l'habille, on le baise, on l'huile \ Puis , au bruit des hymnes sacrés ,.
Il met la main sur l'Évangile.
Son confesseur lui dit : « Jurez.
tf Rome, que l'article concerne'" ,^ a Relève d'un serment prêté. »
Le peuple s'écrie : Oiseaux, voilà comme on gouverne ; Gardez bien , gardez bien votre Hberlé.
DE CHARLES-LE-SIMPLE. 3ii
De Charlemagne , en vrai luron , Dès qu'il a mis le ceinturon ^ Charles s'étend sur la poussière.
« Roi ! crie un soldat , levez-vous !
a Non, dit Tévéque ; et , par saint Pierre y <x Je te couronne , enrichis-nous.
<x Ce qui vient de Dieu vient des prêtres. a Vive la légitimité ! »
1^ peuple s*écrie : Oiseaux, notre maître a des maîtres ; Gardez bien , gardez bien votre liberté.
Oiseaux , ce roi miraculeux Va guérir tous les scrofuleux.
Fuyez , vous qui , de son cortège , Dissipez seuls l'ennui mortel :
Vous pourriez faire un sacrilège En voltigeant sur cet autel.
Des bourreaux sont les sentinelles Que pose ici la piété.
I^e peuple s'écrie : Oiseaux, nous envions vos ailes ; Gardez bien , gardez bien votre liberté.