‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 78 sur 167 · LE PHILTRE · texte numérisé non relu

LE PHILTRE

Air des Comédiens.

Meurs , il le faut ; meurs , ô toi qui recèles Des dons puissants , à la volupté chers ! Rends à l'Amour tous les feux que tes ailes Ont à ce dieu dérobés dans les airs.

« Clara , » m'a dit cette femme si vieille Qui chaque jour pleure encor son printemps , a Quoi ! votre joue est déjà moins vermeille ! « Vous languissez , et n'avez que vingt ans !

« Un père altier , que seul l'intérêt touche , « Vous a jetée au lit d'un vieil époux. « L'espoir en «vain sourit sur. votre bouche; « L'hymen l'effleure , et s'endort près de vous.

iQo LA CANTHARIDE.

« A votre abord naît la froide risée.

« L'Amour se dit : On m'a fait un larcin ; a Mais cette terre a des nuits sans rosée , a Et d'aucun fruit ne parera son sein.

a Trompez l'amour , croyez-en ma sagesse ; « Qu'un philtre heureux , par vos mains préparé , « De votre époux rallumant la jeunesse , « Donne à la vôtre un fils tant désiré. »

I^a vieille alors y baissant sa voix tremblante y M'enseigne l'art de ce philtre charmant. J'allais j sans elle , en ma fièvre brûlante , Maudire époux , père , autel et serment."

Mais , vers ce frêne accourant dès l'aurore , Dans ses rameaux j'ai su glisser ma main. La cantharide y reposait encore :

Heureuse aussi , je dormirai demain.

Meurs , il le faut ; meurs, ô toi qui recèles Des dons puissants, à la volupté chers ! Rends à l'Amour tous les feux que tes ailes Ont à ce dieu dérobés dans les airs*

Mes jours, mes nuits, ma vie, étaientsans charmes; Je répugnais à d'innocents plaisirs.

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