LE PHILTRE
Air des Comédiens.
Meurs , il le faut ; meurs , ô toi qui recèles Des dons puissants , à la volupté chers ! Rends à l'Amour tous les feux que tes ailes Ont à ce dieu dérobés dans les airs.
« Clara , » m'a dit cette femme si vieille Qui chaque jour pleure encor son printemps , a Quoi ! votre joue est déjà moins vermeille ! « Vous languissez , et n'avez que vingt ans !
« Un père altier , que seul l'intérêt touche , « Vous a jetée au lit d'un vieil époux. « L'espoir en «vain sourit sur. votre bouche; « L'hymen l'effleure , et s'endort près de vous.
iQo LA CANTHARIDE.
« A votre abord naît la froide risée.
« L'Amour se dit : On m'a fait un larcin ; a Mais cette terre a des nuits sans rosée , a Et d'aucun fruit ne parera son sein.
a Trompez l'amour , croyez-en ma sagesse ; « Qu'un philtre heureux , par vos mains préparé , « De votre époux rallumant la jeunesse , « Donne à la vôtre un fils tant désiré. »
I^a vieille alors y baissant sa voix tremblante y M'enseigne l'art de ce philtre charmant. J'allais j sans elle , en ma fièvre brûlante , Maudire époux , père , autel et serment."
Mais , vers ce frêne accourant dès l'aurore , Dans ses rameaux j'ai su glisser ma main. La cantharide y reposait encore :
Heureuse aussi , je dormirai demain.
Meurs , il le faut ; meurs, ô toi qui recèles Des dons puissants, à la volupté chers ! Rends à l'Amour tous les feux que tes ailes Ont à ce dieu dérobés dans les airs*
Mes jours, mes nuits, ma vie, étaientsans charmes; Je répugnais à d'innocents plaisirs.