‹ Œuvres complètes de P. J. de BérangerChapitre 110 sur 199 · LA FORCE, I82D · texte numérisé non relu

LA FORCE, I82D

Am : li /au/ bien/d/ (/ui//er l'enipn e.

Denys, chassé de Syracuse,

A (!orinlhe .se fait pédant.

(!e roi que tout un peuple accuse.

Pauvre et déchu, st; console en grondant, hin.) Maîli'e d'école au moins il prime;

DK BKKAA’GKU. 223

Son l)on plaisir fait et défait des lois, (tii.v.)

Il règne encor, car il opprime.

Jamais l’e.xil n’a corrigé les rois, (èi'.v.)

Sur le dîner de chaque élève Iæ tyran des Syracusains,

Comme impôt, chaque jour prélève Trois quarts des noix, du miel et des raisins.

Çà, dit-il, (ju'on le reconnaisse :

J’ai droit sur tout, je l’ai prouvé cent fois.

Baisez la main : je vous en laisse.

Jamais l’exil n’a corrigé les rois.

Un .sournois, dernier de sa classt',

.Au bas d’un thème mal tourné Met ces mots : Grand roi , qu’un dieu fa.sse Périr tous ceux qui vous ont détrôné!

Vite un prix au sot qui l’adule!

Mon fds, dit-il, tout sceptixi est un grand |M)ids.

Sois mon second, prends la fénde.

Jamais l’exil n’a corrigé les rois.

Un autre en secret vient lui dire ;

Seigneur, un écolier transcrit.

Là-bas, je crois, quelque satire;

C’est contre vous, car voyez comme il rit!

Ce maître d’humeur répressive, üe l’accusé courant tordre les doigts,

Dit ; Je ne veux plus qu’on écrive.

Jamais l’exil n’a corrigé les rois.

IWvanl un jour que l’on conspire ;

Rêvant qu’il court de grands dangers,

Ce fou , tremblant pour son empire ,

Voit ses marmots narguer deux étrangers.

Chers étrangers, dans ce repaire Entrez, dit-il; sur eux vengez mes droits;

Frappez; pour eux je suis un père.

Jamais l’exil n’a corrigé les rois.

Enfin, pères, mères, grand’mères De maint enfant trop bien fes.sé.

L’accablant de plaintes amères,

L’ancien tyran, de Corinthe est chassé, {hix.)

Mais pour agir encore en maître.

Maudire encor sa patrie et ses lois, [his.)

De pédant, Denys se fait prêtre.

Jamais l’exil n’a corrigé les rois, {bvt.}

LAIDElll ET BEAUTÉ.

Am ■. C'rsl II timn mnUre en l'nrl de /ilnire.

Sa lmp grande Ijeauté m’obst'de; (î’est un mascjne ai.sement trompeur.

Oui, je voudrais qu’elle fêt laide.

Mais laide, laide à faire peur.

ftrr^c:%r.

Belle ainsi faut-il que je l’aime!

Dieu, reprends ce don éclatant;

Je le demande à l'enfer même.

Qu’elle soit laide et que je l’aime autant.

A ces mots m’a|>parait le diable;

(i’est le père de la laideur :

Cl Rendons-la, dit-il, ell'royable,

» De tes rivaux tronq)ons l’ardeur.

» J’aime assez ces métamorphoses.

» Ta belle ici vient en chantant :

» Perles, tombez; fanez-vous, roses.

» La voilà laide et tu l'aimes autant. »

[.aide! moi! dit-elle, étonnée.

Elle s’approche d'un miroir,

Doute d’abord, puis, consternré.

Tombe en un morne désespoir.

« Pour moi smd tu jurais de vivre,

» Lui dis-je, à sc*s pieds me jetant :

» mon seul amour il te livre.

)) Plus laide encor, je t’aimerais autant. »

Ses yeux éteints fondent en larni(!s, ■Mors sa douleur m’attendrit :

Ah! rendez, rendez-lui ses charmes.

Soit! répond Satan (|ui sourit.

-\insi que naît la fraîche aurore,

Sa beauté renaît à l’instant.

Elle est, je crois, plus belle encore; Elle est plus l)ello et moi je l’aime autant.

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