‹ Œuvres complètes de P. J. de BérangerChapitre 115 sur 199 · L’ALCHIMISTE · texte numérisé non relu

L’ALCHIMISTE

AiH de la lionne vieille ^ ou d'Aristippe.

Tu vas, dis-tu, vieux et pauvi-e alchimiste.

Tirer de l’or des métaux indigents.

Et, faisant plus pour moi que l’àgc attriste,

Me rajeunir par de secrets agents.

J’ouvre ma bourse à ta science occulte.

.Mon cœur crédule au grand œuvre a recours. Chacun pourtant conservera son culte :

Tout l’or pour toi, mais rends-moi mes Ix'aux jours.

Sur ce brasier souille donc en silence,

Ou d’un vieux livre interroge les mots Ton art est sûr; le Pactole et Jouvence Dans ce creuset vont marier leurs flots.

L’œil sur ce feu, que tu rôves de choses!

Vois-tu déjà le sourire des cours?

Jlüi, pour mon front je n’attends que des roses. Tout l’oi' jinur toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Ivre d'espoir, quel délire t’égare!

i( ü rois, dis-tu, baisez mes pieds poudreux.

» J’aurai plus d’or que Cortez et Pizarre » N’en ont conquis pour d’autres que pour eux. » Naguère encor, loi qui vivais d’aumônes,

Déjà l’orgueil rugit dans tes discours.

.\(‘héte au poids et sceptres et couronnes.

Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Oui, rends-moi-les avec leur indigence;

Hends à mon àme un corps plus vigoureux.

mon esprit ôle l’expérience;

Souille en mon cœur un sang plus généreux.

Puis l’échappant de tou palais de marbre.

En char pompeux berce sur le velours.

Vois-moi dormir, heureux au pied d’un arbre. Tout l’or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Je sais pourtant ce que vaut la richesse;

.Mais j’aime encor; je possède et, cent fois.

J’ai craint de voir ma trop jeune maîtresse Compter mes ans cl les siens par scs doigts.

DK BKKANGKR.

C’est du soleil qui sied à sa peau brune;

C'est de lelé qu’il faut à nos amours.

Celle que j’aime est sourde à la fortune.

Tout l’or pour toi, mais rends-moi mes beaux joui's.

Mais au creuset ta main que trouve-t-elle?

Rien! te voilà plus pauvre et moi plus vieux.

« Non, non, dis-tu; demain, lune nouvelle;

» Recommençons; demain nous serons dieux. » Tu mens, vieillard; mais d'erreurs caressantes J’ai tant Ixîsoin, que je te crois toujoui’s.

Sur mon front nu, vois ces rides naissantes.

Tout l’or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

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