‹ Œuvres complètes de P. J. de BérangerChapitre 125 sur 199 · DEVENUS MINISTRES · texte numérisé non relu

DEVENUS MINISTRES

Air ■

Non, mes amis, non, je ne veux rien ('tre; Semez ailleurs places, titres et croix.

Non , pour les cours Dieu ne m’a |)as fait naître : Oiseau craintif je fuis la glu des rois.

Que me faut-il? maîtresse à fine taille.

Petit repas et joyeux entretien.

De mon berceau près de bénir la paille.

En me créant Dieu m’a dit : Ne sois rien.

Un sort brillant serait chose importune Pour moi, rimeur, qui vis de temps perdu. M’est-il tombé des miettes de fortune.

Tout bas je dis : (îe pain ne m’est pas dil.

Quel artisan, pauvre, hélas! quoi qu’il fasse.

N’a plus que moi droit à ce peu de bien?

Sans trop rougir fouillons dans ma besace.

En me créant Dieu m’a dit : Ne sois rien.

Au ciel , un jour, une extase profonde Vient me ravir, et je regarde en bas.

De 1;'(, mon œil confond dans notre inonde Rois el sujets, généraux et soldats.

Un bruit m’arrive; est-ce un bruit de victoire'.’ On crie un nom; je ne l’entends pas bien, (jrands, dont là-bas je vois ramper la gloire, En me créant Dieu m’a dit : Ne sois rien.

Sachez pourtant, pilotes du royaume, t^ombien j’admire un liomme de vertu.

Qui , regrettant son bétel ou son chaume *®, .Monte au vaisseau par tous les vents battu. De loin ma voix lui cric : Heureux voyage! Priant de cœur pour tout grand citoyen. Mais au soleil je m’endors sur la plage.

En me créant Dieu m’a dit : .Ne sois rien.

Votre tomlxeau sera pompeux sans doute ; J'aurai, sous l’herbe, une fos.se à l’écart.

Un peuple en deuil vous fait cortège en route; Du pauvre, moi, j’attends le corbillard.

En vain on court oii votre étoile tomlie; Qu’importe alors votre gîte ou le mien’’

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