‹ Œuvres complètes de P.-L. Courier (volume 2)Chapitre 10 sur 31 · XVJ PREFACE · texte numérisé non relu

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côtés, les côtés sympathiques de cette correspondance.

J'y relève d'autres traits qui ne sont pas moins curieux, quoique le panégyriste de Paul-Louis les ait plus volontiers laissés dans l'ombre. Je ne sais, mais j'inclinerais à croire, après avoir lu cette correspondance avec beaucoup de soin, que Courier était d'un naturel mécontent, acariâtre, et qu'il réunissait en lui cet ensemble de qualités désagréables qui est compris d'ordinaire sous l'appellation, en usage chez le peuple, de mauvais coucheur.

// a un penchant secret à voir les hommes en laid, les choses en niai, à croire et à dire qu'on lui fait des injustices et des passe-droits, à s'en plaindre avec un ton de raillerie où l'on sent plus l'amertume du dépit que la bonne humeur du Français qui raille. Il a sur tous ses camarades des mots, qui sont peut-être justes, mais qui à coup sûr sont cruels.

(( Tout de bon, écrit-il, cela est trop drôle! Salvat qui meurt réellement et en vérité de la peur! Dedon qui en est bien malade, l'autre qui se tient loin : voilà de ces choses qu'on ne peut savoir, à moins d'être du métier. En lisant la gazette, personne n'imagine qu'à travers tant de guerres, on puisse parvenir aux premiers emplois de l'armée sans être en rien un homme de guerre. Ma foi, quant au reste du monde, je ne t'en saurais que dire; mais j'ai vu deux classes dans ma vie : j'ai connu gens de lettres, gens de sabre et d'épée. Non, la postérité ne se doutera

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jamais combien, dans ce siècle de lumières et de batailles, il y eut de savants qui ne savaient pas lire, et de braves qui faisaient dans leurs chausses ! Combien de Laridons passaient pour des Césars, sans parler de César Berthier! »

Voilà la note. Elle est plaisante, on ne saurait le nier, mais un peu aigre, et peut-être revient-elle trop souvent. Elle explique comment, avec uncourage incontestable, une instruction rare, une éloquence merveilleuse, on ne fit jamais rien à l'armée de ce bâton épineux. Voyez un peu ce que devait penser un ministre de la guerre, recevant un billet si parfaitement sec :

« Monseigneur, par votre lettre du 3 novembre, vous me demandez l'état de mes services. Ayant été en Calabre une fois pris et trois fois dépouillé par les brigands, j'ai perdu tous mes papiers. Je ne me souviens d'aucune date. Les renseignements que vous me demandez ne peuvent se trouver que dans vos bureaux. Je n'ai d'ailleurs ni blessures ni action' d'éclat à citer. Mes services ne sont rien et ne méritent aucune attention. Ce qu'il importe de vous rappeler, c'est que je suis ici aux arrêts par votre ordre pour avoir dit, à Naples, au général Dedon ce que tout le monde pense de lui. «

Ai-je besoin de rappeler la fameuse histoire de la tache d'encre, dont vous trouverez le long récit dans cette édition? Nous ne la connaissons que par les let-

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très et le pamphlet de Courier lui-même. Eh bien, j'ai quelque regret à le dire, c'est sur son propre plaidoyer que je le condamnerais. Il me parait à peu près certain qu'il avait tort dans l'affaire, qu'il commit exprès le malencontreux et célèbre pâté, et qu'il fit rire tous les honnêtes gens aux dépens de ses adversaires , sans réussir à mettre les rieurs de son côté. On put, à la suite de ce débat, lui appliquer, à lui qui aimait citer les anciens, cet hémistiche d'Horace : Cornu ferit ille, caveto. C'est un méchant animal, il rue et mord; prends garde au coup de dent.

Je ne saurais trop vous recommander la lecture de ces lettres, qui, par malheur, ne sont pas fort nombreuses. Outre que la plupart sont des chefs-d'auvre de bien dire, elles vous en apprendront plus long sur Courier lui-même que toutes les réflexions du monde; elles vous expliqueront le rôle qu'il allait prendre sous la Restauration et la façon dont il le devait remplir.

Armand Carrel nous a montré avec une rare ingéniosité d'esprit, et aussi, il faut l'avouer, avec l'expérience d'un homme politique à qui toutes les roueries sont familières, comment Paul-Louis avait senti, aussi bien qu'un autre, le besoin d'arranger son personnage , nous dirions aujourd'hui « de se faire une tête », et jamais cette locution, empruntée à l'argot des contédiens, n'eût été plus à sa place.

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