PREFACE XIX
« Soldat par devoir , écrivain par passe-temps , paysan par goût, dit Armand Carrel, tel il se donnait, tel il fut pris. Tout dans sa vie passée revêtit sans effort le caractère du patriotisme le plus ardent. »
Cet ancien soldat, qui se posait en dévot de la vieille gloire nationale, avait été, comme nous l'avons vu, un officier mécontent, désagréable, hérissé, médisant de ses chefs, et se moquant [vous m'entendez bien) de la gloire et des panaches. Ce paysan qui disait de lui-même . « Je suis du peuple , je ne suis pas des hautes classes, j'ignore leur langage et n'ai pas pu l'apprendre, n'ayant vu que les camps et les champs », ce singulier paysan était un lettré nourri du plus pur froment de la langue française, un délicat qui avait pour maxime: « Peu de matière et beaucoup d'art »; un raffiné en gros sabots qui méprisait les hommes, un aristocrate de l'intelligence avec toutes les passions mesquines de la bourgeoisie.
Cet écrivain par passe-temps limait' avec un soin infini le moindre de ses billets; si amoureux de sa prose qu'il en pouvait par cœur débiter de longs fragments à ses amis, très -exigeant pour lui-même comme pour les autres, trouvant volontiers tout médiocre et banal, et n'arrivant que très-rarement à se contenter .
Avait-il des convictions politiques ?
Il n'en était pas bien sûr lui-même. Il répond un