X PREFACE
eux seuls. Il semble que Paul-Louis Courier n'ait pas eu cette puissance; que la nature lui ait donné plus de goût que de génie. Il s'est fabriqué laborieusement un style composite, où l'on retrouve, mêlés dans la trame de la langue courante du jour, des fils d'or empruntés à ses études grecques et à ses souvenirs classiques, et dont la nuance n'est pas toujours harmonieusement fondue avec le ton de l'ensemble.
C'est que pour lui, et de bonne heure sans doute, la façon d'exprimer une idée fut plus importante que l'idée même. Il dit quelque part en badinant dans une de ses lettres :
« Je corrige un Plutarque qu'on imprime à Paris. C'est un plaisant historien et bien peu connu de ceux qui ne le lisent pas en sa langue; son mérite est tout dans le style. Il se moque des faits et n'en prend que ce qui lui plaît, n'ayant souci que de paraître habile écrivain. Il ferait gagner à Pompée la bataille de Pharsale, si cela pouvait arrondir tant soit peu sa phrase. Il a raison. Toutes ces sottises qu'on appelle histoires ne peuvent valoir quelque chose qu'avec les ornenients du goût. »
Je ne voudrais pas que l'on prit trop au sérieux ce qui peut n'avoir été qu'une boutade lancée par forme d'amusement. Il n'en est pas moins vrai qu'il perce sous cette raillerie je ne sais quelle préférence pour le style, considéré en lui-même, indépendamment des choses qu'il est chargé de traduire. Il y a en France,