PREFACE • X
(7 y avait surtout en ce temps-là une foule d'esprits distingués qui partageaient ce préjugé; à qui il ne semblait pas fâcheux que l'on parlât pour ne rien dire si l'on parlait élégamment. Il pourrait bien st faire que Paul-Louis, au moins dans les premières années de sa jeunesse, eût été porté et par les tendances de son génie propre, et par les conseils de son éducation, vers ces idées fausses et ces regrettables pratiques. Il y a toujours eu, même en ses plus beaux temps de fécondité littéraire, du scholar en lui; nous allions dire du pédant.
Il est vraisemblable que, si Paul-Louis Courier eût vécu dans une de ces époques tranquilles où les hommes d'étude ont tout le loisir de s'enfoncer dans leurs livres, sans se laisser pénétrer aux bruits du dehors, son goût se fût encore rétréci; qu'il eût pris un je ne sais quoi de plus âpre et de plus maussade. Les événements le forcèrent à sortir de ses bouquins, à voir le monde, à s'imprégner de cette instruction forte et variée que l'expérience d'une vie accidentée vous enfonce dans les yeux et pour ainsi dire dans tous les sens.
Vous verrez, en lisant sa biographie écrite par Armand Carrel, comment cet helléniste, devenu soldat malgré lui, et soldat toujours grognon, s'en alla par toute l'Italie, visitant les musées après avoir vu les champs de bataille, furetant les bibliothèques quand il n'était pas de corvée, donnant au diable les