‹ Œuvres completes de P.-L. Courier (volume 5)Chapitre 14 sur 57 · DE CLAVIER-BLOJVDEAU. III · texte numérisé non relu

DE CLAVIER-BLOJVDEAU. III

à l'église, au prône, ma sentence d'emprisonnement, flétrissure nouvelle et inouie, espèce de carcan invçnté your moi seul, exprès par M. le maire, qui, de sa propre autorité, ajoute cette peine à la peine portée contre moi. J'eusse mieux aimé qu'il doublât la durée de ma détention ^ et me tînt, puisqu'il fait ainsi tout ce qu'il veut, six mois en prison au lieu d'un. Père de famille de soixante ans, me voir diffamé, moi présent, en pleine assemblée , devant- tous mes amis , mes voisins, mes pàrens, tous les regards sur moi; me voir noté par le doigt du pasteur, quel affront! quelle honte! J'eusse voulu être mort; et quand je sus que cet affront n'était qu'un plaisir de M. le maire, que les juges n'avaient pu l'ordonner, je ne vous dirai point, messieurs, ce qui me vint à l'esprit. J'ai soutenu les cruelles éprouves où m'a mis la haine de M. de Beaune, sans que, jusqu'à présent, grâces à Dieu, la prudence m'ait abandonné. Heureusement pour lui, les années m'ont fait sage; il le sait, et compte làdessus : veuille le ciel qu'il ne se trompe pas, et que ma patience dure autant que ses persécutions !

Tous les gens de loi consultés déclarent cet acte du maire illégal et contraire , non-seuleinént aux lois, mais aux plus communes notions de poUce et d'administration, au bon sens. Yôilà ce qu'en pensent les gens de loi généralement; Leur chef et le vôtre, messieurs, dont l'autorité serait

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grande eiv cette matière , indépendamment de sa place 9 monseigneur le garde-de^-sceaux , informé de ce fait , sur le simple récit , refusa de le croire , en disant : Cela esù impossible; et depuis ^ convaincu par des preuves de la vérité de ce que d'abord il jugeait impossible , il a dit : Cela est incroyable, J'ose vous citer ces paroles et m'en prévaloir devant vous, parce que ces paroles sont mon bien y dans le malheur où je me trouve, et ont un grand poids, montrant mieux que je tie saurais faire, avec quelle audace M. de Beaune a foulé aux pieds toute justice, dans sa conduite à mon égard. Sa conduite, dans cette affaire, a été de tout point incroyable*

Passons 6ur le serment qui nie coûte cinquante francs. Mais son refus d'autoriser la recherche des bois volés a M. Courier, que vous en semble , messieurs? Un maire, la seule autorité à laquelle on puisse, loin des villes, recourir contre les yoleurs, se faire ouvertement leur protecteur, le fauteur, le receleur, en quelque sorte, d'un vol public et manifei^te, d'une suite continuelle de vols, cela est-il croyable? y voyez-vovis,: messieurs, la moindre vraisemblance? Puis, cette fantaisie de se dire insulté, quand je vais malgré moi (je ne le voulais pas, on m'y força), lui faire une réquisition légale, nécessaire^, sur un objet pressant : cela encore se peut-il croire ? et . cette ragç epsuite, cette guérie acharnée, ce soin d'à-

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meuter contre inoi tout ce qui peut avoir ombre d'autorité dans le département, ce piège préparé d'une feinte douceur, pour me faire souscrire des aveux propres à me perdre ; cette publica* tion, cette amplification de jugement qui me condamne, cette signature du greffier^ cet extrait prétendu conforme, tout cela,, non, messieurs, ne me paraît pas possible, et n'est croyable que pour^ceux qui en ont été les témoins ^ ou qui ' habitent les campagnes et savent ce que c'est qu'un maire. x

Mais la plainte même, qui fait le fond de ce procès 9 a-t-elle apparence de sens? et se peut-il qu'un homme, je ne dis plus un maire, mais un homme en âge de raison , hors des faiblesses de l'enfance, se tienne offensé pour un mot (car j'accorde, je veux que je l'aie dit ce mot), pour un mot, tout au plus grossier, qui n'attaque ni^ l'honneur ni la réputation, ni la probité ni les moeurs de celui auquel il s'adresse, et ne peut faire tort qu'à celui qui le prononce? que, pour ce mot, il veuille poursuivre, exterminer urt pauvre domestique, qu'il fatigue les juges, entasse* des écritures, amène des témoins, remue des gens en place , abuse des actes publics , afin d'obtenir, quoi? que ce malheureux, ruiné, malade, diffamé, après six mois de chagrins, d'angoisses, languisse un mois dans les prisons.

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