II 4 • PROCÈS
Un mois , messieurs ! avant de confirmer cet arrêt, vous y penserez, je l'espère^ Qu'un soldat reût.dit à son chef, ce mot dont se plaint M. de Beaune, on eut mis peut-être ce soldat en prison deux jours; et pour le même mot, du paysan au maire, vous ordonnerez un mois, non de la même peine. Le soldat, deux jours en prison, y voit des soldats comme lui^ en sort sans déshonneur, et n'a point de famille dont le sort l'inquiète. Moi , je serais un mois avec des malfaiteurs (on le croira du moins), laissant ma maison désolée et mes enf ans à l'abandon ; je les rejoindrais couvert de honte ! Quelle différence , messieurs. Est-ce à vous, juges, d'établir cette différence en feiveur de l'homme armé? La loi civile est-elle plus dure que la discipline des camps ?
Mais non, messieurs, non, je n'ai point outragé M. le maire . Même, selon sa déclaration , je ne lui ai rien dit où l'on puisse trouver une injure. Qu'il amasse des preuves, qu'il produise, ^ l'appui de son procès-verbal , ses fermiers pour témoins, ses débiteurs^ ses gens; je ne l'ai point outragé. Je l'eusse outragé en l'appelant menteur, faussaire, parjure, lâche persécuteur du faible; et j'outragerais qui que ce soit en lui reprochant la moitié de ce que m'a fait M. de Beaune. Mais le mot dont il m'accuse n'est un outrage pour personne. Avec lui, n'user qud.4e ce mot, c'eût ^té le ménager, c'eût été de tria part une rare
DE GLAVIKR-BLOIfDEAn. Il5
prudence, et pourtant, ce mot même, il est vrai que je ne l'ai pas dit.
Ne craignez point d'ailleurs , messieurs , si vous me renvoyez absous, que l'autorité de M. le maire en soit affaiblie, qu'on le respecte moins pour cela, qu'on ait moins peur de l'offenser. Il n'y a personne dans le pays que mon exemple n'épouvante, et qui ne tremble de gagner un pareil procès. Je n'ai eu, six mois durant, de repos ni jour ni nuit. Je paie des frais énormes , et perds m6n travail d'un an. Une coupe de bois , dans laqnelle j'ai quelque intérêt, li peine en ai-je pu faire le quart. N'en doutez points quoi qu'il arrive, quelque arrêt que vous prononciez , je serai toujours assez puni d'avoir fâché M. de Beaune, et, de long-temps, ceux qui le servent ne lui demanderont en justice leur salaire, s'ils veulent habiter la commune de Véretz.