I>K L.ÉQUITATION
soit aux chevaux ), ou chatouilleux y tous défauts fâcheux pour le maître.
La répugnance d'un cheval à se laisser bnider ou monter, et ses autres vices se coiinaitront mieux encore ^ si, le travail fini, on essaie de lui fafre tout ce qui se fait avant de commeneerj tous ceux qui, ayant achevé leur travail, se montreront prêts à recommencer , donneront par là une preuve suffisante de^eur courage.
En un- mot 9 un cheval bien jambe , do^x, assez léger, ayant ^orce, bonne volQ&ti^. obéissance surtout, dev^ être le plus manjialiie et le phis sur à la guerre; tnais ceux qui, ou par lâcheté, ont besoin d'être poussés, ou, par trop de feù, exigent beaucoup de ménagement et d'attention , embarrassent le cav/alier dont ils occupent trop les mains , et le découragent dans tes dangers.
Lorsque, satisfait d'un cheval , on l'aura aoheté et conduit chez soi , il sera bon que l'écurie soit d'abord tellement située que le,, maître y puisse avoir Icdil, et voir son cheval le>p](iiB souvent possible, puis construite de iiiaBi.J^rà qu'il soit aussi difficile de dérober ^jii cheval sa nourriture du râtelier, qu'au maître la sienne du buËfet. Qui oblige ces soins, à mon sens, se néglige soimême; car il est clair qu^à l^J^erre, l'homme confie sa vie à son cheval : et ce n'est pas seulement à raison de la nourriture, qu'il faut une écurie sûre, mais afin que si «l'animal rend son
DE L'iQUlTATlOW. 1*49
grain sans le digérer^ on s'en aperçoive pi^mptement; ce qu'ayant reconnu, on s assurera si le mal provient ou de trop de sang qui lui empâte laJ^iotiche * , et Ton y remédiera ; ou d'un excès de fatigue, et alors on le laissera reposer; ou enfin si c'est une fourbure, ou quelque autre incommodité qui se déclare : car aux' chevaux comme aux hommes , tout mal, à son commencement, est plus facile à guérir que lorsqu'il a fait des progrès et s'est répandu par tout le corps. Mais en même temps qu'on s'occupe de sa nourriture et de ses exercices pour lui fortifier le corps j il faut former aussi ses pieds *: oç, les
1 C'est le mal très-commun qu*on appelle empas. On y remédie par une incision au palais.
> Les anciens ne ferraient |)oint leurs chcTaux ; cela se ^-oit par lous les écrits et les monumens qui nous restent d'eux, et n'a pu étonner que des gens qui ne savaient pas en combien de pays l'usage de ferrer les chevaux n'est point encore introduit. Les Tunguses, ainsi que la plupart des Tartares, les meilleurs et les plus infatigables cavaliers du monde , ne sachant forger que très-grossièremgnt, sont par cela seul dans l'impossibilité de ferrer leurs chevaux. « Les Hollandais du Cap ont de petits chevaux « qu'on ne fSerre jamais, » dit Sparmann; et M. Thûmberg a^ fait la même remarque daqs l'ile de Java. Un autre voyageur assure qu'à Mogador, et sur la côte occidentale de l'Afrique, lous les chevaux vont sans fers, et Niebuhr en dit autant de ceux de l'Yemen. M. Pallas a vu les chevaux de Kalmouks, « qui ont, dil-il, le sabot peiil et extrêmement dur : on les « monte en un temps sans qu'ils soient ferrés. » Ailleurs, parlant des Coisaques des bords du Jaîk : « Leurs chevaux , dit-il , ne sont point ferrés , mais i) leur vient, dans un sol sec, un sabot très-beau et très-dur. » En effet , c'est dans les terrains secs et pierreux que le cheval se fait un sabot qui résiste à tout , mais il faut pour cela qu'il soit libre et sauvage dans ses premières années, comme on laisse errer les poulains autour d«s montagnes de la Calabre et de l'Andalousie, jusqu'à l'âge de quatre ans. En-
tàOO DE l'ÉQUITATION.
écuries dout le sol est humide ou uni gâteront La meilleure corne ; mais celles où l'on a pratiqué des écoulemens, pour ôter rhumidité, et qu'on a pavées ( pour que le sol ne fût pas urii Vde
fermés à Téeurie, comme nous tenons les nôtres, ou paissant dans des
prairies, leur corne ne durcit point. Ce que désirerait M , qu'on accoutumât nos chevaux de cavalerie à marcher sans fers,,serait exécutable, et d'un grand avantage, si Ton pouvait n'y employer que des chevaipL nés et élevés dans des pays secs , ce qui exclurait la plupart de nos races de Fnmce et d'Allemagne.
Dans les chemins trop acres , les anciens , non du temps de Xcnophon , mais plus tard , chaussaient leurs ch^evaux de trait et de bât , ainsi que leurs mulets, d'une espèce de sabot de fer, appelé en latin solea {pantouffle ) qui s'ôtait et se mettait à volonté : c'était un usage des Romains , et par la périphrase qu'emploie Artémidorc, on peut Juger qu'il n'y avait point de nom grec pour cela. On mettait aussi , dans certaines provinces de l'empire, aux chameaux surtout, des chaussures tissues de ficelles, qu'on appelait spai-tia. Les montagnards des Pyrénées en portent de semblables pour gravir les rochers , et les nomment aussi espardeilles. Mais tout cela n'avait rien de commun avec notre ferrure actuelle. Les chevaux de monture allaient toujours pieds nns.
Le traducteur ayant eu la curiosité et l'occasion d'essayer la méthode de Xénôphon pour durcir la corne des chevaux, voici ce qui en est résulté : A Bari , ville maritime de la Fouille pierreuse , on garnit le sol d'une écurie construite pour quatre chevaux , d'un lit de cailloux pris sur la plage, et arrondis par la mer, dunt les plus gros pouvaient avoir le volume d'un boulet de quatre. Ce Ut , de dix-huit pouces à peu près de hauteur sous la mangeoire , qui fut exhaussée d'autant , s'abaissait en pente vers le mur opposé. Trois chevaux y furent placés pieds nus : l'un , poulain de quatre ans , race des environs de Cirignola , qui n^avait jamais eu de fers ; l'autre, de huit ans, d*Acquaviva, ferré ordinairement de devant; le troisième, vieux cheval de troupe. De ces trois chevaux ,' le premier seulement avait le sabot bien fait et la corne assez bonne. On les pansait à l'écurie, d'où ils ne sortaient que pour la promenade : on mettait sous eux la nnit , au lieu de litière , quelques brins de sarment. Leur urine, tombant à travers les pierres sur le pavé très-uni de l'écurie, s'écoulait à l'ordinaire avec l'eau qu'on y jetait de temps en tf mps pour nettoyer la place , de sorlç
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pierres grosses à peu près comme le sabot ' , ces écuries-là d'abord durciss ent la corne ^ qui pose continuellement sur ce pavé ; puis , comme l^a* lefrenier devra panser le cheval dehors , et après le déjeuner , l'ôter dui>atelier, pour qu'il revienne * souper avec plus d'appétit , dans cet endroit où on le panse et l'attache hprs de l'écurie , le pied se fortifiera encore , si l'on y fait verser quatre ou cinq tombereaux de pierres rondes , de grosseur à emplir la main , et contenues par un en-
que le dieval était toujoars à sec. Chaque jour, soir et matin, le poulain trottait plusieurs reprises «da longe, sur la grève, où Von avait amassé des cailloux pareils à ceux de Técurie. Au bout de deux mois et demi , sa corne était plus comj^te , et la fourchette surtout avait acquis une solidité remarquable. Il fiffliroyage 'de Bari à Tarenle, passant par Monopoli, Ostuni, Brindisi, Lecce, Manduria , tous chemins de traversç -■- ^pierres , et rfevint sans être ferré ni incommodé : à la vérité monté que deux jours; mais il aurait résisté à de plus grandesTatigi il était aisé de voir que les mêiçes soins continués Tauraient npis en état de se passer de fers toute sa vie : il fut vendu. Les deux autres uVurent pas le même succès : leur corne , gâtée par les clous , se fendait et s^exfoUiait pour peu qu^ils marchassent; mais peut-être qu'avec le temps ils se seraient ^it un bon pied.
Cette épreuve eut lieu dans' les mois de juillet, août et septembre; on ne peut douter qu'elle n*eùt complètement réussi sur des chevaux calabrois , qui ont meilleur pied que ceux de la Fouille. .
Outre ce qu'enseigne ici Xénophon pour consolider le pied des clievauz» ou avait d'autres^ méthodes dont il ne dit rien ; cela se voit par ce passage du discours précédent : « Pour durcir le sabot, si quelqu'un sait une « pratique et plus facile et plus sûre , qu'il s'cd serve. »
> On traduit littéralement; mais le texte dit plus en moins de mots , et fait entendre que ces pierres doivent être de forme et de dimension telles qu'elles puisseut, le nied posant dessus , entrer dans le creux du sabot, et porter sui' la fourchette.
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tourage de fer pour les empêcher de se répandre: ]e cheval étant à cette place , ce sera comme s'il marchait tous les jours quelques heures dans un chemin plein de cailloux; car, soit qu'on l'é tri Ile, soit que les mouches le piquent , il battra du pied, de même qu'en marchant , sur ces pierres mobiles et roulantes , qui affermiront la fourchette. S'il est nécessaire de durcir la corne , il ne l'est pas moins d'amollir la bouche ' : leç mêmes choses qui amolhssent la chair de l'homme, produisent cet effet sur la bouche du cheval.
Un autre objet d'attention pour le cavalier , c'est que le palefrenier soit instruit des soins qu'il doit donner au cheval. Il faut qu'il sache premièrement que le licol d'écuriô ne se doit jamais nouer à l'endroit où se portSla têtière, parce l^ejjj^E^vent le cheval en se grattant la tête contre la mangeoire, si le licol n'est pas bien mis autour des oreilles, s'écorche, et cette partie une fois blessée, il ne se peut que le cheval ne devienne ensuite difficile et à brider et à panser. Il est bon de prescrire encore au palefrenier d'enlever chaque jour le crottin et la litière , qu'on amassera dans un endroit séparé : au moyen de cette attention, il aura lui-même moins de peine , * et le cheval s'en portera mieux. I^ palefi^nier doit savoir
^ Ceci vcat dire , suivant Pollux , qu'il faut lui frotter les barres avec les doigts, lui laver la bouche avec de Teau tiède, et de temps en temps avec de Thuile.
DE l'ÉQITITATÏON.
aus^ lui mettre la muselière lorsqu'il le fait sortir , soit pour le panser, soit pour le mener à l'endroit où il se poudre \ En un mcM: , il faut le museler toutes les fois qu'il sort sans être briaé ; . car la muselière ne lui gène point la respiration , l'empêche de mordre, et lui ôte plus que mil autre moyen tout pouvoir de nuire par malice *..
Il faut l'attacher au dessus dé la tête , car ce qui l'incommode autour de la face , il cjM à s'en débarrasser, et secoue la tête 'ei^^a léysfi en haut, mouvement qui tend à relâcher le lien^ plutôt qu'à le rompre , lorsqu'il est placé comme nous l'avons dit.
Pour le panser on commencera par la tête eè la crinière; car de nettoyer le bas avant que le. haut fut propre, ce serait sottise. On peut, sur 1^ reste du corps , employer tous les instrumens du pansement , d'abord à rebrousse poil , puis en
. ^ QQtnd le cheval était en sueur, on le menait dans un endroit où Ton avait amassé du sable fin, ou de la poussière. Cette poussière ou ce sable d^ns lequel il se roulait , en absorbant Ja sueur , prévenait les inconvéniens d*une transpiration arrêtée; ensuite le cheval étant bien sec^ on le lavait dans la mer ou dans l'eau courante. Les athlètes se poudraient de même à la fia de leurs exercices, et les Romains faisaient venirVle rÉgypte les sables d^tinés à cet usage.
Les Parthes , après la course> promenaient leurs chevaux au soleil jus^ qu'à ce qu'ils fussent parfaitement secs , et c'est la pratique qu'on suit encore dans l'Orient, en Angleterre et ailleurs.
* Xénophon parle de chevaux élevés sauvages dans les montagnes jusqu'à l'âge de quatre ans , comme ceux de la Calabre. l( s'en voit de trèsfarouches , qui m^e ne s'apprivoisent jamais.
DE l'ÉQUITATION.
époussetant dans le sens du poil ; mais sur Tépine du dos , il ne faut se servir que de la main j en frottant et adoucissant le poil dans son sens na-
. tufel : ainsi faisant , on ne risque point de blesser cette, partie.
' Il faut simplement laver la tête avec de l'eau ;
car , comme elle est tout osseuse, en la nettoyant
avec le fer ou le bois > on chagrinerait le cheval.
.mouiller le toupet, car ces crins, devenant
^'én^ &i^e longueur, n'empêchent point le che-
.val dé voilai et lui servent à écarter les insectes qui l'incommodent autour des yeux. Il est même à croire que la nature les a voulu donner au chey al, au lieu de ces longues oreilles qu'ont les ânes ^t les mulets, pour la défense de leurs yeux. ■ On lavera aussi la crinière et la queue : car il est bon que tous les crins deviennent longs et touffus ; ceux de la queue , afin qu'atteignant plus loin , ils servent au cheval à chasser les mou- , ches ; ceux du col , pour donner plus de, prise au cavalier : d'ailleurs<îe sont présens que les Dieux ont faits au cheval pour sa parure ( Ip toupet, la queue , la crinière ) , et desquels dépend sa fierté : etc'qu'il soit vrai , les jumens , au haras , ne se laissent point saillir par des ânes tant qu'elles ont tous leurs crins ; d'où vient que l'on tond pour la monte les cavales destinées à produire des mulets.
Laver les jambes ne sert de rien , çt cette irri-
gation journalière gâte la corne: ainsi c'est .un usage que nous intenjirons. On pqut encore se dispenser de nettoyer trop soignetisement le dessous du ventre, opération qui chagriije beaucoup le cheval; plus cette partie est nette, plus les mouches s'y portent et tourmentent l'animal ; d^lleurs, quelque peiné qu'on se donne pour nettoyer le dessous du ventre, le cheval n'est pas plus tôt dehors qu'il n'y paraît plus; il fau^donc laisser cela. C'est assez de fiAitter les jambes avec la main seulement; et pour montrer de quelle manière cette opération se peut faire très bien et sans danger, nous dirons que si on se place la tête tournée du même côté où reg'a/de le cheval on risque d'êtrfe frappé de la corne ou du genou au visage ; mais si , au contraire ,- regardant à l'opposite du cheval, hors de la ligne des jambes, on s'accroupit vers l'omoplate, çn n'aura rien du tout à craindre , et on pourra nettoyer la fourchette en levant le pied de terre: on aura Je même soin des pieds 4© derrière.
En général, pour cela et pour toute autre chose, le palefrenier doit savoir qu'il faut, le moins qu'on peut , approcher le cheval par derrière et par devant-- car dans ces deux sens, s'il veut nuire, il est plus fort que l'homme ; mais c'est en l'approchant de côté qu'on aura le plus dç sûreté à Ipi faire ce que l'on voudra.
S'agit-il de conduire le cheval en main? le me-
^56 . I>E l'équitation.
ner derrière soi est une manière que nous n'approuvons pa^, parce qu ainsi on peut moins aisément s'en garder , et il est plus maître de faire ce qu'il veut. Lui apprendre à marcher devant , tenu par une longe d'une certaine longfieur , ne vaut pas mieux ^ par d'autres raisons ; car , de la sorte y d'abord le cheval peut faire du mal à droite et à gauche, et même , en se retoumané; faire tête à son conducteur ; puis plusieurs chevaux ensemble étant condliits de cette manière^ comment pourrait-on les empêcher de se battre ?
Mais un cheval habitué à être mené de côté , ne pourra "blesser ni homme ni ' chevaux , et se présentera Jtrès bien au cavalier, dans le .cas même où il faudrait monter de plein saut.
Pour bien brider le cheval,^ le palefrenier premièrement l'approchera par la gauche ; ensuite , passant les rênes par<iessu& la tête , il les posera sur le garrot; puis il prendra la têtière avec la main droite, et de la gauche présentera le mors à la bouche du cheval ; bien entendu que s'il le reçoit sans difficulté , il faudra le coiffer: mais s'il n'entr'ouvre pas la bouche , il faut , en même temps qu'on applique le mors contre les dents , introduire à l'endroit de& barres le grand doigt de la main gauche ; la plupart cèdent à^cela et ouvrent la»bouche : mais s'il résistait encore , on pressera la lèvre contre le crochet ^ ; il en est bien peu
* Ceci ne saurait s^appliquer aux jumens qui n'ont point de crochets;
DE l'ÉQUITATION. 267
que ce moyen n'oblige à desserrer les dents.
Le palefrenier saura de plus qu'il ne faut jamais mener le cheval par use des rênes;, cela gâte la bouche. On lui apprendra aussi comment le mors doit être placé , à quelle distauLce des dents molaires : trop haut il blesse la bouche ( éest-à* dire les lèvres ) , qui deviendra calleuse , et par conséquent moins sensible; trop bas, le cheval pourra le saisir avec les dents et forcer la main. Ce sont là des choses qui méritent toute l'attention et les soins du palefrenier; car cette docilité à re-* cevoir le mors est une qualité si essentielle au cheval , qu'avec le vice contraire il ne peut servir à rien. Lui mettant d'ordinaire la bride non-seulement pour travailler , mais encore au moment de prendire sa nourriture, pu de rentrer à l'écurie après sa leçon finie, on le verra bientôt saisir de lui-même le mors dès qu'on lé lui présentera v
Il est encore bon que le palefrenier sache tenir le pied à la manière des Perses ', afin que son maître, devenant ou vieux ou incommodé, ait toujours le moyen de monter à cheval sans peine, et puisse , quand il voudra , prêter ce secours à
mais les anciens ne se servaient f;uère des jimens que pour le trait , auquel eUes sont plus propres, étant basses de devant, et c'est ainsi qu!on eu use dans les pays comme la Grèce, où tous les chevaux sont entiers.
> Cest ce que nous appelons donner le pied à l'anglaise. ( Voyez les notes sur le texte. )
iV. 1 7
aÔS DB l'équiïation.
quelqu'un, ayant un homme instruit à cela.
Avec les chevaux , ne rien faire par colère, c'est la première de toutes les règles, et la loi qu'on doit sMmposer; car la colère ne prévoit rien, et ce qu'elle fait faire est presque toujours suivi de repentir. *
Quand un cheval a peur de quelque objet et n'en veut point approcher, il faut seulement lui montrer que cet objet n'a rien de dangereux, surtout si c'est un cheval naturellement courageux ; sinon il faut toucher soi-même ce qui l'effraie, en l'amenant doucement auprès. L'en faire approcher en le maltraitant , c'est augmenter sa peur et le i*endre plus vicieux; car alors un cheval attribue à l'objet qu'il craint le mal qu'il éprouve.
En présentant le cheval , si le palefrenier sait lui faire baisser la croupe pour qu'on monte plus aisément ', nous ne blâmons point cela, mais nous croyons qu'il est bon de s'habituer à monter sans que le cheval s'y prête ; car on ne trouve pas toujours des chevaux dressés de la sorte, et l'on n'a pas toujours le même palefrenier. Sur le point de monter à cheval , le cavalier se trouvant placé €t disposé convenablement, voici ce qu'il faut ob-
* Pollux explique bien ce que cela veut dire. « Le cheral avance, dit-i), « les jambes de devaut , et abaisse sa croupe en alongeaut les jambes de « derrière, « comme font les chevaux pour uriner ou lorsqu'ils sont fatigués. Le traducteur a vu en Allemagne des chevaux dressés de la sorte. l\ ne faut pas citei* ici ce que dit Busbeck , vrai ou fiiux , des chevaux turcs » ' qu'ili s'agenouillent pour recevoir le cavalier.
DE LÉQUITATIOir. Î^Sq
server y pour le bien de rhomme et du cheval : le cavalier doit d'abord avoir prête, dans la main gauche, la longe qui tient à la gourmette' ou à la muserolle , ayant soin de tenir cette longe assez lâche pour ne point tirer , soit qu'il s'enlève en prenant une poignée de crins près des oreilles , soit qu'il saute au moyen de la pique ' : de la droite
I Le mors des aocifiàs n'ayant point de branches ^ cette gourmette ne faisait pas le même effet que la nôlre : elle serrait seulement à assujétir Femboucliure, et quelquefois on y attachait cette longe, que l'homme teoait de la maiu gauche ou entortillait autour de son bras, soit pour monter à cheval , soit pour combattl'e ou agir en quelque manière que ce fût, laissant les rênes sur le garrot, comme font encore les Tartares poor tirer de Tare au galop.
Que leurs mors n'eussent point de branches , cela parait par quelques endroits de ce livre même de Xénophon , et se voit d'ailleurs sur plusieurs mouumens antiques ,. parmi lesquds on peut citer les deux figures équestres tirées d'Herculanum , et transfiortées depuis peu au palais degli Studj. Les tètes de chevaux sont bien conservées, et quoique l'artiste n'ait pas mis beaucoup d'exactitude daus le dessin de la bride, dont la têtière est mal placée , cependant on y voit clairement que les rênes partent des coins de la bouche, qui sont recouveils par des bossettes. Ceux qui ont donné les gravures de la colonne Trajane , y ont figuré à leur fontaisie des branches de mors, dont il n'y a pas la moindre trace sur le marbre non plus que dans les bas-reliefs de l'arc de Constantin , qui sont du même temps , comme on sait.
Les rênes tenaient à l'embouchure par des anneaux ; Pollux le dit expressément.
* Tout ce qu'on a dit là-dl^us d'un prétendu échelon placé au bas de la lance pour appuyer le pied , est uue rêverie fort inutile. Quiconque aura vu les hulans autrichiens ou polonais, mais surtout les Cosaques, entendra ceci. Leur manière de monter à cheval , en s'aidant de la pique , dif-* fère peu de ce qu'iodique ici Xénophon. Ils saisissent de la main gauche les rênes et une poignée de crins , et s'appuyant de la droite sur la pique , un peu penchée vers la croupe du cheval, ils s'enlèvent tout d'un temps, en mettant le pied à l'étrier , et le' cavalier se trouve en selle la lance à la
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il saisira près du garrot les rênes et la crinière ensemble, de sorte que le npiors n^agisse en aucune façon sur la bouche; après qnoi prenant Télan pour se mettre en selle \ il s'enlèvera de la main gauche et s'aidera de l'autre , fortement tendue ( ainsi on évitera toute posture indécente ) ; puis, la jambe pliée , qu'il ne pose pas le genou sur le dos du cheval, mais qu'il passe la jambe sur les côtes droites, et quand son pied sera placé, qu'il pose alors les fesses sur le cheval.
Mais s'il arrive que le cavalier mène son cheval de la main gauche , ayant la pique dans la main droite, alors nous croyons qu'il convient de s'être habitué à monter du côté droit. Ce qu'il faut savoir pour cela se réduit à faire de la droite ce qu'on faisait de la gauche, et de la gauche ce que nous avons dit de la droite. Cette pratique est utile , et nous la recommandons , parce qu'ainsi le cavalier se trouve tout d'un coup en selle et prêt à combattre en cas de surprise. Lorsqu'on sera assis , soit à poil , soit sur la selle , la bonne assiette n'est pas de se tenir comme sur un siège, mais plutôt comme si oh était debout, les jambes
main: tout cela se fait rapidement, et avec beaucoup de grâce, quand l*faomme est adroit. Les anciens n*apnt point l'usage des étriers , prenaient leur^ian, une main appuyée sur la pique, l'autre sur le garrot; la même main tenait la pique et cette louge dont parle Xénopbon.
' Ils n'avaient point proprement de selles, mais des paniieaux recouverts d'une peau de mouton pareille aux chabraqires de nos hussards. L'usage des arçons date du Bus -Empire.
DE l'ÉQUITA'ÏIOW. 261
écartées : ainsi placé,, on se tiendra mieux des cuisses, et cette position droite donnera plus de force pour lancer le dard , ou frapper de près au besoin. Il faut lâcher librement la jambe et le pied, à partir du genou ' : car, .que l'on raidisse la jambe, si elte rencontre quelque chose , l'assiette en sera dérangée; au lieu que la jambe, étant molle, cède si elle vient à heurter, et ne dérange point la cuisse. Le cavalier doit travailler à s'assouplir le plus possible les reins eft le corps, de la ceinture en haut ; de cette manière il aura plus de liberté d'à* gir, et tombera plus difficilement, s'il reçoit quelque secousse en combattant corps à corps.
Quand on sera en selle, il faut apprendre au cheval à rester immobile, jusqu'à ce que le cavalier ait arrangé sous soi ce qui sera néôessaire, ajusté ses rênes et pris sa pique de la manière la plus commode à la main. Tenant le bras gauche près des côtes, l'homme en aura meilleure mine et la main plus ferme. Nous appreuvona le!s rênes bien égales, non faibles, ni glissantes, ni grosses; en sorte que la main puisse les contenir et la lance avec, au besoin.
Puis, pour faire marcher le cheval y il faut d'abord le mettre au pas, c'est le moyeu de ne le point troubler : s'il porte bas la tête, qu'on lui
* Ce précepte en soi est bon, mais la raison qu'en donne ici Xéuophoii peut paraître faible : peut-être n'est.-ce qu'une addition à ce qu'en avait dit Simon.
l6a DE l'éqditatioit.
tienne la main haute ; basse au contraire, s'il porte beau. On lui donnera de cette manière le meilleur air qu'il puisse avoir.
Ensuite prenant le trot naturel , il faut laisser aller son corps sans gène, et dans cette allure n'en jamais venir à toucher le cheval du bois de la pique : puis, le beau galop étant celui où la gauche entame le chemin *, on mettra aisément le cheval dans sa position, si, pendant qu'il trotte, on saisit l'instant où il pose le pied droit à terre, pour alors le toucher du bois de la pique; car ayant à lever le pied gauche, il partira de ce pied, et ainsi, tournant à gauche, il se trouvera juste et dans sa vraie position, attendu que naturellement le cheval, quand il tourne à droite, avance les parties droites, les gauches au contraire, quand il tourne à gauche. Nous approuvons la leçon qu'on appelle l'entrave * : elle accoutume le cheval à tourner aux deux mains ; et il est bon, pbur exercer également les deux barres, de varier en tous sens les changemens de main. Nous préférons aussi l'entrave alongée à l'entrave ronde ; le cheval tourne plus volontiers, après avoir couru en ligne droite, et apprend ainsi en même temps à marcher droit et à se plier.
* c'est le contraire aujourd'hui. Le pied gauche alors était le bon pied.
■ Ce terme , expliqué à demi \\m Pollux , désigne le galop sur un cercle avec des changemens de main , dans lesquels on décrit la figure de Tentrave ou du chiffre 8. Il est facile après cela de concevoir ce qre c'était que reolrave alongée.
DE l'^quitatioit. a63
Il faut soutenir la main dans les voltes S car il n'est ni facile au cheval, ni sûr de tourner au galop sur un cercle étroit , surtout quand le terrain est battu ou glissant ; et dans le moment qu'on soutient la main, le cheval ni Thomme ne doivent se pencher; autrement peu de chose suffira pour les mettre à bas l'un et l'autre. Quand , la volte étant terminée, le cheval se trouvera droit, c'est là l'instant de le lancer; car les voltes se font pour joindre ou éviter l'ennemi : il est donc utile de s'exercer à partir de vitesse aussitôt qu'on s'est retourné.
Lorsqu'on jugera que le cheval a bientôt assez travaillé, il sera bon , après une pause, de le faire tout à coup partir avec vitesse (tant en s'éloîgnant des autres chevaux qu'en venant vers eux): ainsi lancé, le retenir le plus près possible dti point de départ ; et après l'arrêt, faisant la demivoLte, le lancer de même dans le sens opposé (à la guerre, on se trouvera dans le cas de faire son-i vent usage de cette leçon), la prise finie, ne le jamais descendre au milieu des chevaux, ni près d'un groupe de gens, ni hors du manège; mais
> Le mot qui est daos le texte répond exactement a l'Italien ttoUa; mais Xénophon n'y attache jamais l'idée précise de ce qu'on nomme les voltes dans nos écoles. Il parle ici de la demi-volte à faire pour terminer la passade. C'est en cela que consiste encore tout l'art de l'équitation chez les Orientaux. La Tollige et les exercices qu'ils pratiquent n'ont rien de commun avec nos manèges.
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que dans le inéaie lieu où il travaille il trouve ensuite le repos.
Puisque le cheval devra ^ selon la nature du terrain, galoper, tantôt en montant, tantôt en descendant , tantôt obliquement ; en quelques endroits, franchir un espace; en d'autres, s'élancer hors d'un £Dnd ou d'une enceinte , ou même sauter de haut en bas : ce sont autant de leçons et d'exercices à pratiquer pour l'homme et le cheval, afin qu'ils agissent d'accord, et s'aident l'un l'autre dans le péril. S'il parait à quelqu'un que nous répétions ici ce que nous avons déjà enseigné, qu'on y prenne garde, ce n'est pas une redite : il s'agissait d'acheter un cheval , et nous recomix^ndions de l'éprouver ; n^aintenant il est question d'instruire le cheval que l'on a, et voici comme on l'instruira. Quand on monte un cheval qui ne sait point du tout sauter, il faut mettre pied à terre, et, prenani: la longe en main^ passer le premier le fossé ; puis tirer à soi le cheval par la longe pour le faire sauter : s'il refuse, que quelqu'un par-derrière, avec un fouet, ou une gaule, le touche vigoureusement ; il sautera , non l'espace qu'il faut, mais beaucoup plus; et ensuite il ne sera plus nécessaire de le frapper; mais lorsqu'il verra seulement quelqu'un venir par- derrière, il s élancera de lui-même. Après l'avoir ainsi habitué à sauter, on le montera, et on lui fera franchir d'abord les petits fossés, puis les plus grands,
DE L'jèQDiTATiorr. !i6Cy
par degrés ; et sur le point de prendre rélan , on le pincera de l'éperon. De même, pour l'exercer à sauter de bas en haut , et de haut en bas, on lui fera sentir l'éperon ; car, pour sa sûreté comme pour celle du caValier, en exécutant ces sauts , il vaut mieux quUl se rassemble et fasse agir en même temps tout son corps, que d'abandonner le train de derrière. Pour l'accoutumer slxdl descentes , il faut le conduire , en commençant , par des pentes douces, et une fois habitué il courra plus volontiers en descendant qu'en montant.
Quekjues-uns , craignant pour leurs chevaux un écart d'épa^le , n'osent les pousser dans les descentes; mais qu'ils soient sur cela sans inquiétude; les Perses et les Odryses qui font des courses de défi dans des pentes rapides, n'estropient pas plus leurs chevaux que les Grecs '.
Disons maintenant comment se doit conduire le cavalier, pour agir d'accord avec son cheval, dans l'exécution de tout ce que nous vexions d'exj^iquer. Au partir de la main , il faut se pencher en avant ; par ce moyen , le cheval pourra moins se dérober et renverser son homme. Dans l'arrêt
* Chardin p^riaut des Géorgiens : « lis ont , dit-il , de jolis chevaux « Son vifs et iofatigables , et ils vont toujours au galop , même dans les « descentes, sans crainte que le cheval ne s*abatte; car ces animaiiz/sont «« ai vigoureux qn'il n'arrive guère d*accidens. » il dit ailleurs Iftie ces ohevaux ne sont point j'erre». Ceux dont parle ici Xéaophon ne Tétaient pas non plus, et parla i!s devaient avoir le pied plus sûr que les noires.
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court, il faudra porter le corps en arrière ; on diminuera ainsi l'effet de la secousse.
Quand on saute les fossés, ou qu'on monte avec vitesse , il est bon de saisir la crinière , pour ne pas ajouter la gêne du mors à la fatigue de l'action. Dans les descentes , au contraire , on penchera le corps en arrière, soutenant le cheval de la main , de peur qu'il ne s'abatte. Il n'est pas mal non plus de changer le lieu du travail, et de varier la durée des reprises ^ en les faisant tantôt courtes, tantôt plus longues; le cheval s'ennuiera moins que si on le faisait travailler toujours au même endroit et de la même manière.
Comme il faut savoir, dans quelque terrain que ce soit , courir à toute bride , et manier ses armes, en gardant une assiette ferme, on ne peut qu^approuver l'exercice de Ja chasse, dans les lieux qui y sont propres, et où se trouvent des bêtes fauves. Mais dans un pays où l'on ne peut chasser, un exercice fort utile, c'est que deux cavaliers -courent l'un après l'autre à travers champs, et franchissent toute sorte d'obstacles, l'un fuyant, le fer de sa pique tourné en arrière, et cherchant à éviter l'autre, qui le poursuit avec des javelots boutonnés, et une lance également terminée par un bouton : puis, celui-ci joignant le premier à portée du trait, le darde avec ses fleurets; à portée de la pique, le frappe :
i>E l'équitation. 267
si l'on en vient corps à corps , on tire à soi son adversaire, et on le repousse tout d'un coup; cela est fort propre à désarçonner; mais celui qui se sent tiré, qu'il se serre sur l'autre, cheval contre cheval, ce sera lui qui l'abattra bien plutôt qu'il ne tombera \
> Les chroniques de Sicile rapportent que le roi Richard Cœur- de- Lion étant à Messine , se promenait iin jour à cheval avec quelques sei- ^eurs de sa cour. Vint h passer un paysan qui menait un âne chargé de cannes. Le roi et «es courtisans, «Par manière de jeu, dit le chroni- « queur, prenant de ces cannes, s*en portaient des bottes , comme si c'eus- » sent été lances ou espadons, et les cannes rompues, ils en venaient aux « mains, se colletant, et tirant Tun Tautre à se désarçonner, et quand il « en tombait quelqu*un , c'étaient de grandes risées. Or il arriva que le •t roi luttant avec Guillaume Desbarres, gentilhomme breton et vaillant «capitaine, la selle dudit roi tourna, et il tomba sous son cheval, et « ainsi porté par terre, il semblait vaincu , dont bien lui fâchait , et non « moins au brave capitaine , qui trop tard connut la folie que c*est de se « jouer à son maître; car le roi , plein de dépit, se remîlfi^ltellejBns mot « dire, et jamais depuis ne lui voulut de bien. »
C'était là ce qu'on appelait le jeu des cannes^, fort en usage au commencement du quinzième siècle, comme on le voit par le conte du Piovano Arlotlo^ où il en est fait mention.
Au reste tous les exercices que recommande ici Xénophon se pratiquent en Orient. On peut voir ce que les voyageurs disent de la cavalerie desSeykes si redoutée dans le nord de l'Asie. Dallowai, parlant des Tores : «• Ils se livrent à une espèce d'exercice militaire appelé dijirit. Deux ou •t plusieurs combattans , sur des chevaux très-vifs , sont armés d'une ha- K guette blanche d'environ quatre pieds de long , qu'ils se lancent l'un à «* l'autre avec une grande violence. L'adresse consiste à éditer le coup et à « poursuivre l'antagoniste dans sa retraite, à arrêter son cheval au galop , « ou à se baisser assez sans quitter la selle pour ramasser Te dljmt à terre. » Cela se rapporte à ce que dit Pietro délia Falle qui compare aussi cet exercice à celui des cannes. « Fanno il giuoco délie canne, nel quale e per ^ passateropo e per insegnamento d'atteggiare à caf allô , con certi bastoni « corli, ( in vece délie canne che noi usiamo, ) che a chi colgono non de-
a68 DE l'équitation-
Lors([ii'on escarmouche devant un camp , poursuivant son adversaire jusqu'à la ligne enifemie, et fuyant jusqu'à la sienne, là il est bon de savoir que tant qu'on est près des siens ^ le meilleur et le plus sûr est ^ d'abord en se retournant, de lancer son cheval et de presser l'ennemi; arrivé près de la ligne ennemie , on ralentira son allure. C'est ainsi que l'on profitera de tous ses avantages , et qu'on pourra faire à l'ennemi tout le mal possible , avec le moins de risques pour soi.
En un mot y l'homme instruit l'homme, au moyen de la parole que les dieux lui ont donnée: maison ne peut, avec la parole, rien apprendre à un cheval ; c'est en le récompensant lorsqu'il a fait votre volonté, et le punissant lorsqu'il y manque, que vous lui ferez comprendre ce qu'on exige de lui. C'est là la règle générale et le résumé pour ain^i dire de tout l'art de lequitation. Par exemple, il recevra le mors volontiers, si après qu'il l'a reçu, on lui fait quelque bien dont il se souvienne, et de même il sautera, ou fera telle autre chose qu'on lui demandera , s'il s'attend à obtenir, en obéissant, la cessation de quelque peine.
« vono fare troppo baon servigio, sogliono tutto il giorno esercitani. » Lettre de Constantioople, i5 octobre x6i4<
La chicane, ou jeu de paume à cheval usité à ConstanliDO|)le nous les empereur» grecs. n*a rien. de commun avec ceci.
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Yoilà donc ce qu'il faut observer pour n'élre point trompé lorsqu'on achète soit un cheval , s6it un poulain 9 et pour ne point non plus le gâter en s'en servant ^ surtout si on veut le rendre tel que doit iêtre un cheval de guerre. Peutêtre ne sera-t-il pas hors de propos maintenant de marquer comment on devra traiter un che^ val ou fougueux ou paresseux, si par li^^iand^^A se trouve dans le cas d'en monter de (jât-ëœ^Il faut savoir premièrement que la fondue est aii cheval ce que la colère est à l'homme; et comme un homme ne ^e met point en colère si on ne l'offense eh actions ou en paroles, de même un cheval , qtielqu'impatient qu'il soit , ne se fâchera jamais si on ne lui fait quelque déplaisir. Le premier point sera dans . l'actioQ de monter à cheval, d'éviter avec soin tout ce qui peut le chagriner; puis, lorsqu'on sera en selle, on doit d'abord se tenir tranquiUe un peu plus qu'il n'est d'usage aux autres chevaux , ensuite le mettre en mouvement par des aides très douces; et ainsi partant de l'allure la plus lente , l'accélérer par degrés, de sorte qu'il se trouve au galop saqs pour ainsi dire s'en être aperçu. Toute aide brusque trouble un cheval impatient, comme tout i bruit , toute apparition , toute sensation soudaine trouble l'homme : généralement le cheval appréhende et se brouille à tout ce qui est trop suJ:>it. Si sa fougue l'emporte, pour s'en rendre
a^O DE L JiQUlTATIOir.
le maître y il ne faut pas tirer la bride tout à coup 9 mais la ramener doucement à soi^ et, par gradations 9 le réduire sans violence. Les courses droites le calmeront mieux que les voltes et contre-voltes , et si on les fait non rapides , mais longues, elles arrêteront y sans Tirriter, le cheval impatient. Que si quelqu'un ; en le faisant courir à perte d'iialeine, pense l'adoucir , il se trompe; car alors sa fougue naturelle se changeant en
fureur 9 plus on le pousse, plus il s'emporte, et souvent ( ainsi qu'il arrive à l'homme dans la colère ) il se fait à lui-même et à qui le monte des maux sans remède. Il faut retenir le cheval fougueux et l'empêcher de tix)p se lancer, mais surtout éviter les courses de cheval contre cheval à l'envi l'un de l'autre; car presque toujours ceux qui montrent le plus d'ardeur et d'émulation deviennent les plus impatiens.
Le mors vaudra mieux doux que dur; mais si on emploie un mors dur, il faut le rendre doux par la légèreté de la main. Il est bon de s'accoutumer à garder en selle l'immobilité, surtout si on monte un cheval impatient, et à ne le toucher que par les points qui doivent être en contact pour que l'homme soit bien assis.
Le cheval apprendra encore, et c'est une leçon nécessaire , à se calmer lorsqu'on le pipe , et à s'animer au temps de langue : mais si dans les commencemens , on joint les caresses au temps
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de langue y et la rigueur am piper f il prendra l'habitude contraire, se calmera au temps de langue, et s'animera aussitôt qu'il s'entendra piper.
Il faut éviter soi-même d'éprouver, au son de trompette, ou au cri de la charge, aucun tres^ saillement dont le cheval s'aperçoive, et encore plus de rien faire alors qui puisse le troubler; mais , autant qu'on pourra en pareille rencontre, on tâchera de le rendre tranquille, et même, s'il est: possible, on le fera manger.au bruit. Après tout,' le meilleur conseil qu'on puisse suivre, c'est de n'avoir point pour la guerre de chevaux trop ardens. Quant au cheval lâche et paresseux , c'est assez de dire qu'il faut avec lui employer les traitemens contraires à ceux qu'on a prescrits pour les chevaux fougueux.
Si quelqu'un montant un bon cheval de guerre, veut le faire paraître avantageusement , et prendre les plus belles allures , qu'il se garde bien de le tourmenter, soit en lui tirant la bride, soit en le pinçant de l'éperon ou le frappant avec un fouet, par où plusieurs pensent briller; mais de tels moyens produisent justement le contraire de ce qu'on en attend : car, obUgeant le cheval à porter au vent, on l'empêche de voir devant lui, et on le fait marcher en aveugle ; en le piquant et le battant on le désespère , non sans danger pour soi-même : d'ailleurs, ainsi maltraité, il se déplaît
o.-yti DE L EQUlTATIONiP
au travail, et loin d'avoir. de la grâce , ne montre dans ce qu'il fait que douleur et chagrin. Conduit,' au contraire, par une main légère, sans que les rênes soient tendues, relevant son encolure , et ramenant sa tête avec grâce, il prendra l'allui'e fière et noble dans laquelle d'ailleurs il se plaît naturellement; car, quand il revient près des autres chevaux, surtout si ce sont des femelles, c'est alors qu'il relève le plus son encolure, ramène sa tête d'un air fier et vif, lève mtoelleuse-' ment les jambes,. et porte la queue haute. Toutes les fois donc qu^on saura l'amener à faire ce qu'il fait de lui-même lorsqu'il veut paraître beau, on trouvera un cheval qui, travaillant avec plaisir, aur^ l'air vif, noble et brillant. Comment on pourra parvenir à ce but, c'est ce que noifô allons tâcher d'expliquer.
Il faut premièrement avoir au moins deux mors, l'un desquels soit doux, ayant ses rouelles ' d'une bonne grandeur; l'autre avec des
1 Ce passage ei quelques autres des Uippiatriques /avec tes gloses àe. PoUux, font voir clairement ce que c'était que ces roueUes , dans lesquelles passaient lei canons ou axes de l'embouchure, qui était toujours brisée. Il y en avait une (rouelle) de c|iaque côté de la boqche, entrt^ ies barres et la langue. Pour moins gêner le cheval , elles doivent être minces : leur fonction était d'empêcher qu'il ne pût fermer entièrement la bouche ni saisir le mors ; et c'est une chose à remarquer que dans toutes les figures équestres qui nous restent de l'antiquité , le cheval a la bouche ouverte. Il pouvait bien fermer les lèvres et joindre même les pinces , mais non serrer les mâchoires.
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rouelles petites et plates, des hérissons ' aigus^ afin que le cheval qu'on aura bridé avec celui-ci , le haïssant à cause de son âpreté, le quitte volontiers pour preiMre le premier , dont par ce changement la douceur lui fera plus de plaisir, et qu'il exécute avec ce mors doux tout ce qu'on hii aura appris avec l'autre: que si, méprisant la douceur de la première embouchure, il cherche à s'en faire un appui , et pèse fréquemment à la main, c*est pour cela que nous avons mis au mors doux de grandes rouelles , afin que , forcé par elles à ouvrir la bouche , il se dessaisisse du canon: l'on peut d'ailleurs faire d'un mors dur ce qu'on voudra , et par la légèreté de la main , le modifier à tous les degrés. Au reste quelque nombre et diversité de mors que l'on ait, ils doivent être tous coulans: car celui qui est rude, par quelque endroit que le cheval le saisisse , il , le tient comme une broche de fer, (par quel- ' que point qu'on la prenne, on la fixe tout entière); mais l'autre fait l'effet d'une chaîne, dont la partie seule que l'on tient est fixe, le teste fléchit et demeure pendant. Ainsi le cheval cherchant toujours à saisir ce qui lui échappe , lâche la partie qu'il tient , et ne se rend jamais ipaîlre du mors. A cela servent aussi les anne-
1 C'étaient des patenôtres rayées dans le sens de Taxe , qui portaient sur les barres. Dans le mors uni ces patenôtres n'étaient point rayées , ou fêtaient légèrement. Cela se voit mieux parla phrase grerque.