‹ Œuvres completes de P.-L. Courier (volume 5)Chapitre 29 sur 57 · IV. j · texte numérisé non relu

IV. j

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lets ' pendant du milieu des canons , afin que le cheval les poursuivant (ces annelets) avec la langue et les dents y oublie de saisir le mors. Si l'on demande maintenantjce qui fait qu'un mors est coulant ou rude , nous expliquerons encore cela. Il est coulant lorsque les brisures et les pièces du canon, qui s'emboîtent l'une dans l'autre, jouent librement, et que toutes celles que traversent les canons ne sont ni serrées, ni gênées dans leur mouvement : quand, au contraire , toutes ces pièces roulent et jouent difficilement, alors le mors est rude ; mais quel qu'il soit, la

> Ces annelets , ces rouelles , et autres pièces mobiles , que le cheval mâchait sans cesse , lui entretenaient la bouche fraîche , et pour peu qn*on voulût le (enir dans la main et dans les jambes , sa bouche devait s*ouvrir en jouant avec le mors , comme on le voit aux statues antiques. Dans la cavalerie hongroise et dans celle des Polonais,. ou conserve Tusage des embouchures brisées à patenôtres et annelets, mais sans rouelles.

On ne sera peut-être pas fâché de trouver ici la description que fart Arrien du mors des Indiens, apparemment d*après quelqu'un des historiens d'Alexandre. La voici traduite mot à mot : « Leurs chevaux , dit-il , « ne sont ni équipés ni bridés comme ceux des Grecs ou des Celles , mais « ils ont autour du museau uue pièce de cuir de bœuf cru , armée en de- « dans de pointes de cuivre ou de fer, non trop aiguës ; les riches mettent «* des pointeflc d'ivoire; outre cela, le cheval a dans la bouche une espèce « de broche de fer à laquelle sont attachées les rênes ; ainsi , lorsqu'on « ramène les rênes, le cheval est retenu par cette broche, et le cuir garni c de pointes, qui tient aussi à la même broche , agissant alors , le force • d'obéir à la main. »

Cette bride demandait sans doute une main fort légère , et par conséquent ne devait pas être d'un bon usage à la guerre. C'est l'objection qu'on peut faire à nielle du maréchal de Saxe , dont il attribue l'invention à Charles XII , mais qui n'est autre chose que le tnorsofiito^ ou mors faux, employé de tout temps par les Napolitains pour les chevaux indociles.

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maaière de s'en servir, sera toujours la même. Pour faire prendre au cheval l'allure que nous avons dit y il &udra lui ramener la tête par dif- ,férens temps de bride ^ non trop durement j de façon qu'il batte à la main, iii si doucement qu'il n'en sente rien ; et dès qu'obéissant au temps de bride il relèvera son encolure, il Ésiut sur-lechamp lui i^endre la main : de même pour tout le reste , nous ne saurions trop le répéter , dès qu'il exécute bien ce qu'on lui demande, qu'on le récompense aussitôt , en lui accordant quelque chose qui lui soit agréable. Lorsqu^on verra qu'il porte beau , et sent avec plaisir la légèreté de la main > qu'on se garde bien alors de le cha-^ griner en rien , comme pour le faire travailler ; mais qu'on le caresse , au contraire , comme pour cesser k travail : de la sorte , comptant en être bientôt quitte, il prendra plus volontiers un gà- . lop franc et soutenu. Que le cheval de soi aime k galoper , cela se voit , en ce que tout cheval qui s'échappe, galope d'abord et ne va point au pas; c'est que naturelle^nent la course lui plaît, tant qu'on, ne l'y force point au delà de ce qu'il peut faire : car pour le cheval comme pour l'homme , rien n'est plaisir, passé la mesure. Ix>rs donc qu'on sera parvenu à lui doniier cette allure fière (bien entendu qu'on Tait d'abord exercé à partir de vitesse après la demi-volte) ; si, dîs-je , l'ayant instruit à cela, en même temps qu'on ramène la

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bcide, on emploie quelqu'une des aidés propres à le faire partir ^ alors contenu par le mors, excité par les aides qui le chassent en avant, il avance la poitrine, il lève haut les bras, par colère, nonjplusmoelleusement; cap le cheval gêné ne peut guère avoir les mouvemens moelleux :

mais si après l'avoir de la sorte enflammé, on lui rend la bride , par Taise qu'il éprouve en se trouvant délivré de la sujétion du mors , il élève fié- ' rement sa tête, ploie les jambes avec grâce, et prend absolument le même air que lorsqu'il veut paraître beau près des autres chevaux ; et quiconque le regarde en ce moment, l'appelle gêné-, reux, noble, courageux, plein de feu, superbe^ gracieux et terrible à voir; et ceci soit écrit pour ceux qui désirent à leurs chevaux de telles louanges.

Si l'on veut un cheval de parade , relevé , brillant, tous ne sont pas susceptibles de ces airs % mais ceux-là seulement qui joignent à ui)e ame noble un corps vigoureux. Il n'est pas vrai, comme quelques uns le croient, que le cheval qui a le pli des membres le plus moelleux , ait par cela seul plus de facilité à' s'enlever de l'avant-main; mais plutôt celui qui aura les reins

> Il ne faat pas prendre ici ces mois airt et reiévé dans le sens strict de UQs écoles. Xéoophon n*einploie nulle part de terme générique pour désigner' ce que uous nommons proprement les airsy et il n'a point du tout connu les airt rêleiv't.

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souples I courts et forts ( et nous a'entendons pas seulement la partie située vers la queue|, mais tout le rable ) , celui-là pourra porter plus avant les jambes de 46rrière sous celles de devant; et au moment qu'il le fera , si on lui soutient la main ^ il fléchira le train de derrière dans, les astragales y et s'enlèvera de l'avant-main , de manière, que par devant on lui verra le ventre et les génitoires. Il faut rendre la main dès qu'il exécute ceci f afin qu'il semble aux spectateurs agir de lui-même dans ce qu'on lui fait faire. Il y a des gens qui dressent leurs chevaux à ces airs, en les frappant d'une baguette au dessous des astragales ;.d'autres même en faisant courir auprès d'eux quelqu'uh qui, avec un bâton , leur donne des coups, au dessous des cuisses et des bras '. Quanta nous, nous croyons, et nous ne cessei*ons de répéter que la meilleure méthode pour instruire un cheval , c'est de lui accorder quelque relâche dès qu'il a fait ce qu'on exige ; car , comme dit Simon., ce qu'un cheval fait par force il ne l'apprend pas, et cela ne peut être beau , non plus que si on voulait faire danser un homme à coups de fouet et d'aiguillon : les mauvais traitemens ne produiront jamais que maladresse et mauvaise grâce. 11 faut que le cheval , au moyen des aides , prenne coinme de lui-même les airs

> Cela se foil encore dantf le royaume de Naples , où 4*oii ii*a point d'autre méthode pour dresser les chevaux aux couH»etlet eMu passéger.

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les plus beaux et les plus brillans ; si dans les allures ordinaires on le fatigue jus({u'à le faire suer , et que dès qu'il s'enlève bien on le descende et le débride , on peut compter qu'après cela il en viendra volontiers à s'enlever de même . lorsqu'il sera monté. Tels sont les chevaux qu'on représente portant les dieux et les héros , et ceux qui les savent manier se font grand honneur. Le cheval dans ses airs est une chose en effet si belle , si gracieuse , si aimable , que lorsqu'il s'enlève ainsi sous la main du cavalier, il attire les regards de tout le moi\de ; il charme jeunes et vieux ; on n'en peut détacher sa vue , on ne se lasse point de l'admirer, tant qu'il développe par ses mouvemens sa grâce et gentillesse. Que s'il arrive à celui qui possède un tel cheval d'être nommé commandant de la cavalerie, ou d'un escadron , il ne doit pas chercher à briller tout seul, mais à faire paraître avantageusement le corps à la tête duquel il se trouve. Or , s'il monte un de ces chevaux tels qu'on en voit vanter beaucoup, qui, s'enlevant haut et fréqyemment % avancent peu , il est clair que tous ceux qui le suivront iront au pas ; or , que peut avoir de brillant un pareil spectacle ? Mais si , animant son cheval , il conduit sa troupe d'un pas ni trop vite

I II y avait, du temps de Xénophoo , des termes pour dire ce que n^ou.s (ippelons manier aux courbettes, piaffer^ passéger, mais Xénophon les ignorfiit ou n'a pas touIu "s'en servir.

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ni trop lent , tel qu'il convient pour montrer la vivacité , la bonne volonté et la grâce des chevaux , s'il les conduit ainsi , leurs pieds battront la terre ensemble , et de tous ensemble , on entendra le frémissement de la bouche et le souffle des narines, ce qui donnera un air imposant non seulement au chef, mais k tout le corps qui le suit.

En un mot ,. dès qu'on saura bien choisir les chevaux en les achetant , les entretenir de sorte .qu'ils supportent le travail , et s'en servir comme il faut dans les exercices militaires, dans- les manœuvres de parade et dans les combats , qui peut empêcher que ces chevaux , en.de telles mains , n'acquièrent une nouvelle valeur , et le maître tout l'honneifr qui lui en doit revenir si quelque dieu ne s'y oppose?

Nous croyons devoir marquer aussi comment il faut être armé pour faire la guerre à cheval. D'abord nous dirons que la cuirasse doit être faite à la. taille : quand elle joint bien, c'est tout le corps qui la porte ; maî^lorsqu'elle est trop large, les épaules seules en sont chargées; trop étroite, c'est une prison, non pas une défense. Et comme les blessures du col sont dangereuses , nous dirons qu'il faut le défendre , au moyen d'une pièce tenante à la cuirasse et de même forme que le col; car, outre l'ornement qui en résultera, cette pièce , si elle est bien faite , couvrira quand.

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on voudra le visage jusqu'au nez. Le casque de Béotie nous paraît le meilleur ; car s'unissant au collet , il couvre tout ce qui est au dessus de la cuirasse , et n'empêche point de voir. Que la cuirasse au reste soit faite de manière à n'empêcher ' ni de se baisser ni de s'asseoir. Pour couvrir le nombril , les parties naturelles, et ce qui les avoisine , on aura des pennes ' en nombre et en grandeur suffisante; et attendu qu'unue blessure au bras gauche met le cavalier hors de combat, nous approuvons fort la défense qu'on a inventée 'pour, cette partie, et qu'on appelle brassard; Ce brassard couvre l'épaule , le bras , l'avant-bras et la main de la bride, s'étend et se plie à volonté, en même temps qu'il pare au défaut de la cuirasse sous l'aisselle. Soit pour lancer le dard, soit pour

> On appelait ainsi des lames circulaires couchées les unes sur les autres, 'en queue d ecrevisse , pour couvrir Tépaule et d*autres endroits du corps, sans nuire aux mouvemens.

* Cette invention était sans doute dlphicrate, qui avaiV imaginé beaucoup de changèmens dans Tarmement : plusieurs de ses idées furent reçues. Ou a déjà vu Xénophon , dau^M^iscours précédent, parler dlphicrate sans le nommer.

On peut remarquer que Xénophon ne donne point de bouclier à sa cavalerie. Dans le deuxième livre de THUtoire , où il parle do bouclier des cavaliers, il faut prendre garde que ce sont des gens qui font le service tautôt à pied , tantôt à cheval. Il y eut de son temps, ou peu après, une grosse cavalerie bardée de toutes pièces ; mais tout le monde n*a[^ prouvait pas Tusage de cette arme. Polybe même se moque quelque part de. la contradiction que présentent ces deux mots , cavalerie pesante: « La « cavalerie étant , dit-il , une chose de soi légère et mobile , comment « peut-elle être pesante ?»

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frapper de près , il faut lever le bras droit : on otera donc de la cuirasse ce qui s'oppose à ce mouvement, et on le remplacera par des pennes à charnières y qui puissent s'ôter et se remettre , et qui f dans Faction de lever le bras , se déploieront , dansi celle de le baisser , se serreront. Cette pièce, qui se met autour du bras comme une

bottine, nous parait mieux séparée que fixée

à la cuirasse. La partie qui demeure à nu quand on lève le bras droit , doit être couverte près de la cuirasse av^c du cuir de veau • ou du cuivre ; autrement on serait sans défense dans Tendroit le plus dangereux. Comme le cavalier court un ' péril extrême quand son cheval est tué sous lui , le cheval aussi doit être armé d'un chanfrein, d'un poitrail et de garde-flancs qui en même temps serviront de garde-cuisses au cavalier; mais surtout que le ventre du cheval soit couvert ' avec le plus grand soin , car cette partie, où les blessures sont le plus à craindre , est , outre cela ^ une des plus faibles. On peut le couvrir avec la housse même. Il faudra que le siège soit construit de manière à donner au cavalier une assiette plus ferme , sans blesser le dos du cheval. Ainsi doivent être armées ces parties du corps de l'homme et du cheval; mais les garde-cuisses ne couvriront ni le pied, ni la jambe de l'homme, qui seront bien défendus , si l'on a des bottes du même cuir dont se font les semelles. Ces bottes

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servent en même temps de défense à la jambe et de chaussure. Pour se garantir des coups, avec l'aide des Dieux, voilà les armes qu'il faut; mais pour frapper l'ennemi, nous préférons le sabre à l'épée : car dans la position élevée du cavalier , le coup d'espadon vaudra mieux que le coup d'épée. La pique longue étant faible et embarras* santé, nous approuvons davantage les deux javelots de cornouiller : on peut , sachant manier cette arme, en lancer d'abord un, et se servir de l'autre en avant , de côté et en arrière; ils sont en un mot plus forts et plus maniables que la pique. Darder du plus loin qu'on pourra, ce sera le mieux à notre avis : car ainsi , on a plus de temps pour se retourner et saisir le second javelot. Nous marquerons ici en peu de mots la meilleure manièk^e de darder. En avançant la gauche, effaçant la droite, et s'élevant des cuisses , si on lâche le fer de manière que la pointe soit un peu tournée en haut, le coup partira avec plus de violence, portera le plus loin possible, et le plus juste aussi, pourvu qu'en lâchant le fer on ait •soin que la pointe regarde toujours droit au but. Tout ceci soit dit pour l'instruction et l'exercice du simple cavalier. Quant au colonel, ce qu'il devrait et savoir et pratiquer a été expliqué dans un autre discours.

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