CONSEILS
moi ^ je le regardait avec admiration, et plus .je l'observais, plus il me semblait que Tétude et la nature avaient mis en lui tout ce qui peut rendre un homme propr^ à conduii:e les autres hommes, soit dans la paix soit dans la guerre, ^çus lui rendiez la même justice. Tout le monde en tombait d'accord , et cependant qui songeait à hii , quand il fut tué devant Mantoue ?
Que manquait-il à Cyprien , tant du côté de là bravoure et de la science militaire qu'à l'égard de la morale et des ornemens de l'esprit , par où il tenait tout ce que promettaient les gi%ces de son Itiaintien et l'expression si prévenante de sa physionomie? Combien de fois et par qui l'avonsnous vu rebuté? Parmi les chefs auxquels il voulut s'attacher , l'un redoutait \at supériorité connue de son esprit et de jj^s talens ; l'autre , i^entant le contraste de sa propre grossièreté avec la politesse aimable de Cyprien , r^avait garde de s'exposer aux désagrémens de la comparaison. Sa figure lui nuisait auprès du grand nombre de ceux qui avaient sur cet article plus de prétention que lui, sans avoir les mêmes droits. Be sorte qu'il n'y avait pas une de ces belles qualités , si vantées en lui depuis sa mort, qui ne fût un obstacle à son avancement. Faut-il s'étonner de cela , quand on en voit' d'autres , comme F.... et P...., éprouver aussi tristement l'influence funeste d'une réputation bien moins méritée? Voos savez ce qu^ dit
Berthier quand on lui proposa Dal... pour aidède-camp. Les auteurs que Dal... cite à tous pro-* pos ^rent croire à Berthier qu'il lisait. Il le refiisa en disant : c'est un savant. Jugez du tort que doit faire un savoir réel si Tombre seule en est nuisible. t
Pourquoi Debelle est-il ignoré, enseveli au fond de la Bretagne, n'osant aujourd'hui se montrer i Paris , où brillent des gens qui n'osaient jadis le regarder en face? C'est parce qu'il a eu cinq chevaux Ixkês sous*ylui, parce qu'il est couvert de blessures, parce qu'il a décidé la bataille de Neuwied et contribué au gain dei^nt d'atitres; sans parjer de Fleurus. En un mot , c'est parce quHI était connu de toute l'armée , aimé de ses camarades, admiré des ennemie, adoré des soldats, lorsqu'un autre était obscur qui alors enviait et craint aujourd'hui son courage. Le corps où il s'est distingué par des actions si éclatantes est maintenant en faveur : les grades , les récompenses, les honneurs vont au-devant de ses camarades : il en aurait comme eux sa part , s'il les avait moins mérités.
Je n'aurais jamais fini, si je voulais vous nommer tous les officiers (je dis ceux de notre connaissance) auxquels un mérite, non seulement rare, mais reconnu, n'a servi qu'à faire espérer un avancement qui les fuit; mais ces exemples, et ceux que votre mémoire peut y joindre, suffisent
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pour TOUS montrer à quel poînl vous Vous abusez, si, pour faire votre chenûti, vous fondez quelque espérance sur les talens qu'on vou# ac* corde , et croyez avoir de l'avantage sur des gens connus pour valoir moins que vous. Pour moi, quaud j'y pense, je crois la fortune plus maligne qu'aveugle. Car , enfin , si elle n'y vott goutte , comment fait-elle pour ne jamais se rencontrer avec le mérite?
Ce n'est pas d'aujourd'hui au'ils sont brouillés ensemble, et pour faire voir qi* ce qui est à cet égard fut et sem dans tous les temps, je ne veux que ^^ous répéter'yps propres expressions dans une occasion que vous vous rappellerez jiisément. Moreau, me disiQz-vous , vante Ch... dans ses rapports, l'emploie, lui donne de^ comman- (|emens, et parait n'avoir de confiance qu'en lui. Tout le monde s'en étonne , ou demande comment Moreau peut s'aveugler au point de choisir^ pour te seconder daiis les opérations lés plus importantes de la guerre , un homtne dont l'incapacité choque les moins (jairvoyans. Mais Moreau ne se trompe point: il*distingue très bien dans Chi.. un homme eiïcore pluA borné que lui, e* le seul , geut-^tre , de tous ceux qui l'appro- (ïhent, dans leqlie) il ne voie rien qui lui fasse ombrage : c'est par là qu'il le préfère. Dans la nécessité de confier à quelqu'un les fils de l'autorité, qu'il ne peut tenir lui-même, il ehoisit non
A UN COtONFL- - 3^9
cHui qu'il estime -^ plus , mais qu'il craiitt le moint, et^git en cela cosime l|>at le mondejicar on ne veut pas être écKpsé par le compagndti qa'on se donner et quelque mérite qu'on §t sup* pose, on ne laisse pas de se défier toujours* du ^.mérite des autres, ë^ d'éloigner de mpcé^qui eut donner lieu à de fâcheuses çpmparaisons : en quoi l'intéjKt de l'ambition est d'accord avec celui de la vanné. Morea^fe s^t de G|)^.. parce qu'il n'est bon à rien , et "ne peut être rien sans lui. •
C'étaient aussi des gens de rien que Louis XI^ employait, quoi qu'on en#pût^dire. Si Pompé^^ eût su de bonne heore «ipp^pécier fli^r, il ne l'eût'pas fait son gendre; César jyu|Hipiêux Antoine , et vit en lui l'honfin^qu'il^nerchait pour jouer sous lui les seconds roleg; il ji'eût pas confié l'Italie à Co^us ni à Curion , sachant t|pp biende^uelftmçon Marins, après avoir supplanté son général , s'était repenti lilRnéme d'avoir élevé Sylla. Le gilj^ Scipion voulut servir sous les ordres de souTrere, qui, peut-être, si le choix eût dépendu d« lui, n'eût eu garde de se donner" un pareil lieutqfiant^.
En général, tdMIs les fois que, 'selon l'usage des armées romaines, vir virum legiù, personne ne s'associe un plus vaillant que soi,||t c'est \e cas dont il s'agit; car un homme ne saurait s'é^ lever sur les tréteaux de l'ambition qu'à Taide
33o CONSEILS A un COLONEL.
de .quelqu'autre ; mais per^apne n'y veut faire monter d'acteur gui joue mieux que hii y d'où il arrrve nécessairement que les meilleurs restent en bas faute de quelqu'un qdi leur (lende la main.
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