‹ Œuvres completes de P.-L. Courier (volume 5)Chapitre 40 sur 57 · DE BUFFON · texte numérisé non relu

DE BUFFON

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Citoyens j

Je crains qu'à la tête d'un écrit tel que celui-ci le nom d'un soldat ne vous surprenne et ne vous paraisse déplacé : car vous pourriez ne pas approuver qu'au moment où une guerre nouvelle rend à l'armée dont je fais partie toute son activité, je m'applique encore à des études qui supposent ordinairement beaucoup de loisir, qui exigent toujours quelque méditation; et blâm'er en moi, appelé par mon devoir à d'autres travaux, d'ailleurs inconnu, peu fait pour donner ou pour concevoir quelques^ espérances de succès, des essais que vous encouragez dans ces jeunes littérateurs que le public distingue parmi vos disciples, et dont il attend la conservation du flambeau des arts que vous leur transmettez. Peut-

être même penserez-vous qu'un liomme destiné par état à servir son pays , non de la plume^ mais de Tépée, non dans leç .consei}^, mais sur le champ de bataille, non par. la ]persuasion , mais par la force , n'a de talens à, cultiver que ceux qui as-* surent à nos ^rcpes upe supériorité redoutable aux autres nations, et que, pour toute science, en un mot , Thomme de guerre doit savoir obéir, combattre et mourir.

Vous m'interdiriez donc vous-même Fart où je me flattais que mes premiers pas obtiendraient de vous un regard favorable. Loin de m'accueillir et de- me rassurer en souriant à mon embarras, dans cette carrière où vous donnez et des leçons CQxnipe maîtres, et de^ palmes comm^ juges, à peine me pardonnçriez-vous d'avoir osé m'y pré^epter, et ce qMe je croyais up titre de plus à voire indulgence rp'attirerïût vptrç censure. Quelque rigowrfîviise qu'elle p\iisse être, je pa'y soumets ^j^ murmurer; mai$ de grâce écoute?^ : ne me cpyidaiîmw pg» S*ns ^)i'^^t^^4re , et souffres que j'essaie i^u moins de détoiirper uu arr^ (Ipnt je redputç la ^vérité,

Dès l'âge où j'ai comuji^nçé à fgire quelque usage de mon intelligence, j'^i çu le désir 4^ m'instryir^, et \a, passion de }'étu4e. Je puis at* te^t!?r tQus les chçfs a\ix OT4i'es desquels j'ai ^rvi, tous les soldats que j'ai commandés, tpu^ ceux que j'ai 4ù pu s^givre, oii accoïpp^gEiçx , ou gui-

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der dans les fatigues de la guerre , que jamais ces douces occupations n'ont retardé d'un instant mon obéissance, ni distrait mon attention des moindres ordres que j'ai eu à recevoir ou à donner.

Mais §aas insister davant^e sur ma conduite particulière, tous pe pensez sûrement pas que les arts, la littérature, que la philosophie , en un mot, contrarient les obligations que la société nous imposé , et rende ceux qui la cultivent moins propres ou moins prompts à servir la patrie, puisque la science qu'elle enseigne avant toutes les autres est celle des devoirs. Seulement vous pourriez croire que des goûts de ce genre ne conviennent qu'à ceux auxquels leur état , leurs fonctions , publiques ou particulières, laissent le temps de s'y livrer. Et quelle profession est accompagnée de plus de loisir que celle' des armes ? Toutes occupent sans relâche ceux qui les exercent. Le public dispute à l'homme de loi cfaaque< heure ^e sa vie. Les * spéculations du commercé ne laissent au marchand ni plaisirs sans soins, ni sommeil paisible, et le laboureur n'interrompt jamais le cercle de ses travaux. Le soldat ne combat pas toujours ; son action étant plus violente est plus souvent suspendue. Son repos d'ailleurs le livre à lui-même exempt de mille soitis que les autres homines ne déposent jamais, etie plus laborieux de tous les états de-

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vient alors le plus oisif. Croit-on que dans ces intervalles d'une liberté si précieuse, où le militaire ordonne à son gré ses occupations , Tétude soit plus dangereuse et nuise plus à ses devoirs que les plaisirs qu'on lui permet partout où il peut' s'y livrer? Oh! combien j'en pourrais nommer qui y méconnus de tous ceux dont les mœurs sont trop différentes, doivent à un pareil emploi de leur temps et de leur retraite une exactitude dans le service, une constance dans les travaux, une stabilité d'ame que la nature ^ule ne donne point, la confiance de leurs chefs, l'amour de leurs camarades, et l'estime des uns et des autres ! Le silence accompagne leurs études, et la source de leur sagesse échappe aisément à des yeux moins attentifs ; car ils aiment de la science non le faste mais l'utile; et plus contens d'être instruits que de le paraître, les uns apprennent dans l'histoire à juger les hommes et les évènemens; les autres s'élèvent, dans le calcul et les abstractions de la haute géométrie, aux plus sublimes efforts de l'esprit humain. D'autres encore ( car -tant de routes mènent à la sagesse ) prennent pour objet de leurs méditations les ouvrages de la nature , et conçoivent pour cette-étude un goût ou plutôt une passion qui ne s'éteint plus dans Tame où elle est une fois allumée par l'éloquence de Buffon. Ce nom me remet devant les yeux tonte l'inconséquence de mon entreprise.

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