‹ Œuvres completes de P.-L. Courier (volume 5)Chapitre 44 sur 57 · APRES LA FUITE D'HELENE · texte numérisé non relu

APRES LA FUITE D'HELENE

Il était allé en Crète demander à ses ondes rhéritage de sa mère. A son retour, quand on lui apprit que sa femme s'était enfuie avec Paris , il courut chez Tyudare, outré de dépit. Rends-moi. lui dit-ily tout ce que je t'ai donné pour avoir ta fiUe, et tout ce qu'elle m'emporte avec elle, et reprénds-la si tu veux; car ta fille est belle , mais elle est trompeuse. Tyndare lui répondit: Écoute; ton frère Âgamemnon est un puissant seigneur; allons le trouver , et voyons ce qu'il nous dira. Ils allèrent donc ensemble trouver Agamemnon qui régnait à Mycène^ auquel ils racontèrent le faity et Tyndare le voyant vivement irrité : Croyez* moi tous deux , leur dit-il , envoyez des hérauts à ces princes et che& qui ont demandé avec toi ma fille en mariage. Vous savez qu'ils ont tous juré sur les entrailles des victimes de s'armer et de marcher contre quiconque tenterait de la raVir à

384 M^NKLAS.

scA époux. Que nos hérauts les aillent sommer de tenir aiijourd'hui leur serment^ et de se trouver à Argos avant le lever d'Orion. Lorsqu'ils seront assemblés nous verrons ce qu'il faudra faire.

D'après ce conseil, les hérauts partirent , et marquèrent à tous ces princes Argos pour le lieu de leur rendez -vous, auquel pas tin d'eux ne manqua y de sorte que; l'assemblée se trouvant^ complète au temps prescrit , Ménélas conta dé point en point ce qui s!était passé , comment il avait reçu Paris dans sa maison, comment il l'avait laissé près de sa femme en son absence, et sa confiance trahie, et l'ho^italité violée. Tyndare rappela les sermens faits entre ses mainsi , et - en demanda l'exécution. Agsunemnon déclara^ qu'il emploierait tout ce qu'il avait de pouvoir et de richesse à venger son frère et à poursuivre le Troyen»

Ces princes, amans d'Hélène, étaient tous jeunes gens de Tâge à peu près de Ménélas, qui entrèrent avec chaleur dajfis son ressentiment, disant que sa plainte était juste , qu'il fallait sans différer assembler ce qu'on avait . de vaisseaux, et . aller à Troie. Il y ^n eut pourtant d'un avis contraire , et qui s'opposèrent tant qu'ils purent à ce que voulaient les Atrides. De ceux-là étaient Philoctète, Protésilas marié depuis peu, Ulysse, auquel il déplaisait de> quitter sa Péiiélope, dont il

APR]ÈS LA FUITE d'hÉLÈNE. 385

venait d'avoir un fils. Penséz-y bien, disait Ulyilse ; l'expédition- dont vous parlez n'est pas un voyage à Delphes ou une course dans l'Ëubée ; vous al« lez traverser des mers où le^ débris de naufrages se rencontrent plus souvent que les nids des alcyons. Et pourquoi? pour ravoir Hélène. Celui qui te l'a prise , Ménâas, n'a qu'un seul vaisseau; combieu .t'en £Etut-ril pour la r^rendre? Était-il plus aisé d'enlever Hélène reine à sa £sunillè) au sein de sa ville natale, que de reprendre Hélène fugitive à des étrangers? On nous allègue le serment que nous avons £siit chês^ Tyildare: nous y. étions depuis un an, demandant sa fille en mariage, et nous le pressions de se choisir entre nous un gendre. Chacun se flattait de la pr^rence , j^ croyait y avoir dès droits; mais soit qu^il ne se lassât pas de recevoir les présens que nous nous lassions de lui faire , Soit que, comme il le disait, il craignit que celui de nous auqudi il donnerait sa fille n'eut ensuite à la disputer contre tous les autres, il différait de jour en jour l'explication que nous lui deman^ dions. Alors par mon conseil, s'il vous en souvient., pour oter tottt prétexte à de nouveaux délais, nous primes devant lui tous les Dieux à témoin , que si jamais un de nous enlevait Hdène à celui qui l'aurait obtenue de son père , tous les autres viendraient en armes au secours de Féponx outragé. Voilà ce que nous promîmes alors. Main- IV. Si 5

386 MçnÉLAs

tenant, si l'un de nous est le ravisseur d'Hélène^ je serai le premier à le poursuivre avec Ménélas ; mais si quelque pirate lui a pris sa femme , estce à nous de la lui rendre? Qui pensait alors qu'Hélène pût être à un autre qu'à un Grec? et qu'un barbare viendrait d'une terre éloignée enlever une femme à Sparte? Quels engagemens avons-nous donc pu prendre pour un événement que personne ne prévoyait ?

' Mais attelons nos chars, partons : qtie chacun dise adieu à sa douce patrie , et coure au loin chercher la mort; car le fils d'Atrée a petdu sa femme I Pour une femme qui s'enfuit, croyezvous* donc qu'Agamemnon passât les monts et les mérjs? Non. Mais c'ejst peu pour lui de se voir honoré à Mycènes comnie le premier de nos princes, d'avoir une maison pleine d'qr et d'airain , des chars , des troupeaux innombrables, dés milliers d'esclaves et cinquante villes qui lui font des présens; il faut que la Grèce- marche sous ses ordres, que princes et peuples. quittant leurs, foyers servent de cortège aux Atrides. Il va faire voir à l'Asie combien de rois lui obéissent ,

et nous, nous, allons mourir inconnus pour la gloire d'Agamemnon. Nous demanderons Hélène k Troie; mais y sera-t-elle encore quaiid nous arriverons ? Thésée l'eut ayant Ménélas , auquel Paris l'a dérobée : croyez-vous qulelle lui demeure, et qu'un adultère fixera celle que n'ont

APRÈS LA FUltE d'hELÈNE. 38^

pu retenir ni le toit paternel ni le lit conjugal? De long-temps nous ne réviendrons, s'il^ious la faut suivre partout où Femportercmt ses folles amours, ^t que n'attçndons-*nous que la même inconstance qui cause sa fuite produise son retour ? Un amant Temmène , un autt^ là ramènera. Qui sait même si, de main en màîlivi|uelqite^ç)ur elle ne reviendra pas dâna celles' fe'aon épôiix , sans armer pour cela l'Europe et VA^ë? ■

Mais tous ces discours touchaient peu ceux qui désiraient la guerre , , et qui l'emportaient par le nombre; ils ne manquaient pas non plus de raisons ni de paroles pour soutenir ce parti. C^est dé nous, disaient-ils, que triomphe Paris en emportant nos dépouilles; c'était pour ce Phrygien que nous donnions à Hélène des voiles , des bijoux, des esclaves, sans parler de ce nombre infini de bœufs et d'agneaux que nous avons menés chez son père. Si les plus puissans de nos rois reçoivent de' tels affronts , à quoi ne doivent pas s'attendre les autres? Ces barbares croiront aisément que la Grèce a plus- d'une Hélène; et .qui se flattera de conserver sa feiiime ou sa fille , lorsqu'on aura vu la fille de Tyndare çnlevée impunément au frère d'Agamemnon? Mais , tairt de nations, tant de rois, faire la guerre pour une femme*! Voilà ce que l'on nous dit. Quoi! un arbre coupé sur dés terres contei^tées , un sanglier poursuivi , une cavale égarée , mettent deux peuples

388 MliNÉLAS

en armes; et nous n'oserions avouer que nous combattpns. pour Hélène ! Encore, de ces guerres acbarnées qu'on se £sdt ainsi de ville à ville <pxe rapporte-t-on chez soi? de nûséral>les dépouilles^ un bétail expirant , quelques chétives esclaves. A Troie , dieux immortels ! quel butin nous attend ! Là se trouvent entassés J'or^ lairaip^ les étoffes précieuses , et tant d'autres choses que nous ne pouvons même imaginer; car ils ont l'usage de mille biens inconnus chez nous; mais., pour en juger, que n'avonsrnous pas vu sur ce vaisseau plus* riche à lui tout seul que la Grèce entière !

Us parlaient de cette sorte dans les assemblées. Bors de là ce n'était que projets de départ et de débarquement; on calculait combien de vaisseaux la Grèce pouvait assembler, d'où et quand il £siudrait partir , combien de temps on serait en mer, combien, à prendre la ville, et déjà plus d'un pensait en revenir qui ne devait pas même y.

arriviQr. Véritablement, disaient quelques-uns, il y a loih d'ici à Troie; notais puisqu'un vaisseau y va, mille peuvent y aller. , Ajax disait : Nos pères l'ont prise sous Hercule; Et Diomède ajoutait : Nous sommes meilleurs guerriers que nos pères.

La plupart se trouvant dans ces disposition^, la. guerre eût été bien déclarée ; mais Ulysse fit remarquer qu'il était inouï qu'on €!ut* décidé ifX^e ai&ire de cette importance sans consulter les

APHàs LÀ FUITE d'h^I^ÈNE. SSq

vieillards; Oar, après tout , pourquoi tant de précipitation? Nous ne pouvons rien entreprendre avant là saison favorable. S'il s'agissait de quelque chasse, de jeux qu'on voulût célébrer, nous écou* terioiis nos anciens, nous suivrions les avis.de ceux qui ont acquis avec le temps là connais^ sance de ces choses*; et pour aller si loin , à travers tant de mers^ chercher une guerre dont l'issue peut être fatale à toute la Grèce, nous ne pre-. nous aucuii. conseil!

Malgré la fougue de cette jeunesse qui n'avait dé pensée que pour la guerre , Ulysse pourtant fut écouté. On • convint que ce qu'il disait était conforme à la raison, et. à Pusage de tous 1^ temps; il fut résolu d'une commune voix qu'on assemblerait les vieillards le plus tôt possible. Philoctète, Ulysse, Éumèle, Antiloque, et plusieurs autres, allèrent quérir leurs pères , et jpar^ tout où l'on connaissait des hommes que Texpërience et le don de la parole rendaient propres au conseil ^ on envoya des hérauts leur dire de venir à Ârgos. Ceux des lieux voisins tardèrent peu , il fallut attendre les autres. Mais dès que

Nestor et Pelée furent arrivés, on fee mit à délibérer ) alors on vit dans l'assemblée une grande, contrariété de sentimens et de volontés ; car les vieux étaient tous d'avis de laisser Ménélas et soii frère démêler eiix seuls leur querelle avec le Troyen^ I^s sermens faits par des amans dans

390 MÛlXÉhAS y .

l'ivresse de la passion leur semblaient d^ faibles œotifs pour envoyer de-là la mer toutes les, forces de la Grèce ; étant d'ailleurs chose assurée qv.e 4^ tels serraens ne vont jamais jusqu'aux oreilles des Dieuiç. Mais les. jeiines gens ne. pouvaient souffrir ce langage, et demandaient ^ guerre à graixds pris. S'ils n'étaient pas soqitenus ouvertemeiit par les Atrides , ils étaient sûrs jde leiur plaire ; et llnfluençe secrète d'une maison si puissante était faiblement balancée par l'autogrité des vi^illards> qui de leur coté se faisaieiii; Tiin point capital de ne rien accorder à l'orgueil de cette famille. Ainsi l'obstination des uns et la témérité des autres allaient donner lieu à de grands dés^ordres, qua^nd Nestor se leva et dit :

O mes amis 9 nous ne sayom pas quelle sera la fin de tout ceci ^ mais topjours les dieux jaloux, de. la prospéHté dès mortels pift fait par la femme le malheur du monde. Il fut un temps où la terre fournissait tout d'elle-même aux besoins de Thum^uité; les hommes vivaient s^s soins, et au terme ,de la vieiUèssè qu^ttsuent la vie sans douleur.' Ils égalaient le^ .dieux; dans cet état de paix et de félicité; mais u6e femme vint du oiél apportant au fils de Japet le vase qui contenait tous les maux; il le feçut, l'insensé!' Bon père Savait averti; maiç^ en la regardant il fie se sôUt viiït plus de son père> et la perte du genre humain fut l'ouvrage d'un sourire; Pepuis, cendbi^a

aprjÈs la FUiTB d'Hélène. Sgi

de héros les femmes n'ont-elles pas £ait périr \ que de guerres désastreuses n'ont-elles pa$ aUiin niées! J'ai vu la jeupe Iole> en qui tout respirait l'innocence et les grâces ^causer la ruine de son pays et la mort du jgrand Hercule. Hélène est peu^étre. plus belle, certainement plus vantée; veuillent Icss dieux qu'elle ne fasse pas plus de mal ehcore. Ah! si vous pouviez, Atrides,^ eh-» tendre im conseil salutaire... Mais non, vous êtes jeunçs, vous voulez vous venger, combattre, et perdre tout plutôt qu'une ieipme. Déjà,, parce que vous avez à vous plaindre d'iin Troyen > vous allez . attaquer Trpie, et vous en prendre à tout un peuple de la folie.' d'un :particuUer; <?omme si Paris était venu séduire une femme à Lacédémoue de l'avis du sénat et des princes trpyejbs^ Ah! jeunesse imprudente, que les dieux font ré-: gnerpour la perte des peuples, "se peut-il que les passions vous- aveugl^ent à ce point, et que nulle modération ne pré^i^e ai vos conseils! Qer lui qui vous offense n'est pas un vagabond , un homme obscur et inconnu ; il a sa famille , son prince et les. grands.de s^. nation, auxquels la raison veut que vous demandiez justice avant d'en venyr aux armesl Envoyez à Troie des hommes prudeng, sous la protection, des dieux immortels, offrir aux Troyensla paix ou là guerre; qu'ails vous fassent rendre Hélène et toutes les richesses qu'elle a eiiiportées, et d'autres encore

3gd MSNiLAS

que Pâm ou Priam y -ajouteront de Jkfurs propres biens, en réparation de l'injure Csiite à Ménélas. A céê conditiQnf, que tout spit oublié; c<Hr il n'y a pas d'offense que les présens ne réparent. >Lie meurtrier apaise par des dcms le père e% la £17 mille dont il a versé le sang, et demeuré dans sa ville au sein de ses dieux domestiques* Par-, donneraiton moins Tenlèvement d'une femjne que la mort d'un fils ou d!un frère ? Mais si les^ Troyens vous refusent toute satisfaction, alors» vous marcheres contre eux ; vous aurez pour Vou$ la justice ^ peût-^tre les D^eux.

Gé coni^ii plut à tout le monde , et fut approuvé par Â-gamemnon : le lendemain il en fit part aux princes* assemblés, qui furent du même avîs; mais quaîid ce vint à nommer, ceux qu'on enverrait, personne ne voulut en être,. car chactih peiisait eh soi-même que le voyage serait^ long, accompagné de beaucoup de. peines et de peu de profit;, qu'on ne connaissait pas les TroyeM , et qu'on ne savait pas comment i'am* bassade serait reçue.

Quelques-uns proposaient Ajax , parce que sa mère étant de Troie il devait avoir dans le pays des alliés et des amis ; d'autres Idoménée^ comme ayant à ses ordres des matelots et des v/iisseàux qui fréquentaient les ports de. toutes les nations, depuis qt^e son aïeul avait instruit ses peuples à parcourir les mers; d'ailleuri^ il ^tait le plus âgé

APRÈS LA FUITE d'hJSLÈNE. ^^

de tousr Çtai parla même de Philoctète^ soit pour faire )diépit aux A;tride8v soit qu'on imaginât que, s'étant ^posé à la guerre , il se chargerait plutôt qu'un autre de négocier la p^ix. Âjax dit qu'il ac** cepterait si l'on ne trouvait pas* quelqu'un qui fut plus pçopre que lui à celte commisision ; mats qu'il n'avait ,pas appris à parler dans lés assemblées, et qu'en général il était de peu d'utilité dans, toutes Jes affaires qui se décidaient par des discours. .

Idoménée ne pouvait s'éloigiiër de Cnosse^ parce qu'il craignait, disait-il r Une irruption des f^ëlasges, avec lesquels il avait eu quelques différends; mais il ofirit un vaisseau pour conduire les ambassadeurs. Philottète répondit que c'était à Ménélas d'aller chercher isa femme.

Ménélas alors se -leva -et dit: Aux Dieux ne plaise qu'on aille sans^ moi redemander Hélène à Troie ! mais je ne dois pas y aller seul. Je ne pourrais parler qu'en mon propre nom ; et dans une affaire qui me regarde on ns me croirait pas député par toute la Grèce. Il mé faut donc un cotàpaghon^ et, ^ vous me le.làissea choisir, il ne m'ei^faut point d'autre. qu'Uly$se : il a lin cœur .intrépide, l'esprit prompt , la langue persuasive, et cm sait que Minerve Tatme. Nous en avons vu des preuves en mille occasions : quand nous étions tous dansl)» palais de Tyndare prétendant à la main de/M fille, si nous ne mîines

394 MKICÉLAS

pas Tingt fois répée à lamain, si tant de guerriers rivaux se séparèrent sans quïl y eût du sang. répandu^ la prudence d'Ulysse en fut cau;se. Avec lui je ne connais pas d'entreprise qui ne puisisiei réunir y point d'obstacles insurmontables ,. ni de inalbeurs sans remède. .

Cette demande parut juste, et jtout ^'nne voix On nomma/Ulysse pour accompagner Ménëlas^ quoiqu'il ne fut pas présent ;. car étant aUé. à Ithaque chercher son père , il y était resté , laiss^ant partir ensemble Laërte et MentcM?« £ux à leur retour lui apprirent ce que l'assemblée avait décidé; nouvelle qui le rdit fort en peine^^ car il ne pouvait se résoudre à quitter Itbaqué^. où iTop^e choses lui tenaient àii coeur. Alo?s jl se rç-

pentit d'avoir enipeçbé les Gi:eGs de déclarer tout d'un; coup U .guerre. Car.il eût f^lujse disaitril,

bien du temps ppur se préparer à une si.grande expédition; et ^^i sait , dans cet intervalle ,Hçe qui aurait puarriv^?aiiliew que maintenantil&u^partir ! J'ai hâté iVPi-mém^Qi^ue je voulais éloigner. L'esprit plein, de ces pen^éf^ 9 il. alla hors dé la ville , ;à un endroit où il y avait un autélfde Hinerve avec un petit bois de peupliers; qu'il a^yait plànte's autour de cet autel.;Là levant les yeux au ciel av«c un soupir : Trompeur .déesse, dit-il, tu inç prcH mis, quand j'épousai la fille d'Içarius, que je serais riche et heureu;;: entre, toijs Içs Grecs , et tu m'envoies parrdelà les mars à présent ; que ma

APRàs LA FUITE d'hELÈNE. ^5

maison est à peine finie, et ma femme sji jeune ejàr core-avec un fils àw berceau. Adieu m^s champs^ ma femme y mon fils! adieu mes vdgne$ nouvellefi; et mes troupeaux de Zacynthe! CrueHe l arrache nies plants, fait mourir tout mon bétail, et qme ma maison s'écroule , si tu ne veux que je j.ôui^ç de mes travaux! Minerve lui répondit : Insensé l tu n^es pas digne .des desseins que -j'ai sur toi s cette gloire que je t'ai promise , tu l'atteAdrais auprès de ta femme: tu passeirais ici t£^ vie à compter tés agneaux et à serrer te$ moissoqs! Crains, malheureux , que je ne t'abandonne comme j'ai abandonna Tjdée , qui mi^ fut aussi cher que toi! Je veux que tu'ailles à Troie,, et je te .prépare bien d'autres travaux. Tu parcourrais la terreet les mers: Les .peuples t'admireront. JL>es rois te feront des pré-: sens.Ju seras sembls^ble aux Dieux, et tu auras plps de biens que jamais n'en amassèrent, par. la faveur deMeraure,ni tonaieul Autolycus, ni Tindûstriei^ Sisyphe. Ulysse repartit : Déesse , je.t'obéimi,^mais que deviendra ma^femme? Je vois ce qu'il en coûte à Méhélas ppiir avoir youlu vojager. Hélèneeit Pénér^ lope sont de même pays , de m^éme ^ge,* de même f^rmille;quand!runes:'estmariee^rautreenafaitau-^ tant; lorsque Hélène a été me^e, Pénélope ^'a pa& tardé à le devenir .On sait çie; qu'Hélène.a fait en l'absence de son mari, et vQilà celui de Pénélope qui part pourvun long voyage. Seri^ient-elles destinées à se ressembler en tout? Peuvent-elles, dit Minerve ,

3^ MàjKÈLkH

se resiiembler momfli en effet? L'une a été enlevée ayant son mariage ^ l'autre a quitté sa mère jpour la première fois quand elle a suiri son époux; Tune est fille dé Léda, Tautrè est née dans une maison où depuis qu'elle ouvrit les yeux elle n'a vu autour d'elle que sagesse et paddestie. ' L'une est protégée par Vénus , l'autre par Minerve. Que te fàut-ii déplus ? Suis ta destinée; tu épràu* vivras partout les effets dé ma bienveillance*

Il répliqua quelques inots; mais la déesse était déjà dans les demeurées de l'Olympe.

Le lendemain, ayant pris congé de sa fétnmë et de son pèrej^ il partit avec Eurybate^ et vînt à Ârgbsy où M éhélàs F^ttëndait. Agamemnon et Nes^ tor l'atteridaiènt aussi , les autres princes étaient retournés chez eux. Là on fit des sacrifices daùs la liaison de Diomède. On immola des bdeùfis, âes porcs i desi chèvres et des agneaux à Jupiter ^ à Junon , déesse tutélaire de la ville , à Neptune , et à: Mercure, sahsoùbliei* les autres dieux^On tint taïile dix jours entiers^ pendant lesquels tourtes chose» furent concertée* et prévues , autant que possible, pour le succès de l'ambassade, <!;hactii| tâchant de deviner ce qui arriverait et ce qu'il faudrait faire où dire. Nestor donna aux députés force conseils et instructions «ur la conduite qu'ils devaient tenir, leur racontant de quelle manière il s'était conduit lui-même en une infinité de rencontres, où il avait été comme eux chargé de porter la pa-

APRÈS LA FUITE d'hÉLHNE. 3^7

rôle $Qit dans la paix soit dans.la guerre; Or consulta les devins , on observa les oiseaux.^ et tout annonçant les dieux Êivorables^ Ménélas et Ulj^sse partirent ^ur le f aiss^u d'Idoménée qui retournait & Gnossé, accompagnés Fuii d'Ëai^y-

bâte > l'autre ^'Étéonée; 4yd^t <loul>l^ 1^ cap de Malée, ils vogUaie^t à pleinejs.yoiles, et yôyarenl; déjà dans le lointain les raontggnes de Crète ^ quand le vent changea tout à coup:^ et Tes repoussa vers les cotes de la Laconie^ en grand danger d'y périr. Mais l^ile de Cranaé leur ofïrit uii port où ils abordèrent non sans l'aide de quçlq^e

dieu, car autrementibne pouvaièt^t éviter de faire paùfrage. L^embouçhure d'une rivière y formait nn abri commbdé, où, se trouvant en sûreté , ils dcfscendirent à t^re, saluant les die^x^du^]^aysf et firent des libations à Jupiter Sauveur* et an fleuve qui leur «vait donné un asile. Après quoi, oofnme ils voyaient bien qu'il leur faudrait atten-^ dre là le temps et le veoit favorables , ils se mireat à chasser pour- épargqçr leurs provisions , et se

dispersèrent dans i'ile^ ' Ulysse et Ménélas ne ie séparèrent point, et chassèrent tout le jour eur semble. -Sur te sbir, comme ils revenaient Êitiguéè du chemin , de la chaleur e^ (^u gibier Qu'ils portaient , se trouvjant au bord du fleuve^ non loin du vaisseau , iMeup prit envie de se baigner : Tendroit paraissait fait exprès, défendu du vent par les-mphtagnes environnantes, et du soleil par des arbres

3g8 MÉPîÉLAS

dont Iciliertesetlàyigne sauvage rendaient le couvert plus sombre. La même verdure tapissait' fè

rocher au pied duquel Peau du flejive entretenait

une fraîcheur continuelle. Là on n'entendait guère que quelque léger souffle qui agitait les feuilles, on iie voyait qiie le ci^l, et il semblait qti'on fât loin de tout le reste du monde. Ce fut là, qu'lïlyssé * et son compagnon, voulant ôter là poussière et' la sueur qui les couvraient , se jeté-

rent daffô le fleuve. Ménélàs, en s -approchant ^e la rivé opposée', Vit quelque çhoâe qui avait Fair d'une bahdè d'étoffe, que le courant de Veàix auriaît emportée si elle n'eût été retenue par des roseaux. Comme il y portait une main , une voix se fit entendre du milieu du Qeuvé , et lui dît: Étranger, qui que ttit soiSy-ne m'ôte pascésott^ venir de^ là beauté la- plus parfaite qui ait paru sur ces bords. J'àî vu les nymphes Orcades- et celles de la suite de Diane: entre lès BTéréidès j^ai admiré (ialàtée , et je ne ctoyais jatttais voir tien dé ptris beau qné Doriis?;'màiii ni Doris> ni Gâlàtée , iii THétîs elle-même, ne pçuvènt se comparer à Hélène, Nous l'avoiis vue ici avec ce beau Troyen que Vénus lui donne pour époux , et, un ^i*r comme- à présent , sou^ cet antre;qùe tu vois , Ces ga2ons leur ont. servi de lit nuptial. Ce quHb dirent', Écho.j si tu veux , té le redira , car elle, a totit répété : 'ce* qu'ils firent, densaridele aujc satyres; de ce bois, qui les épiaient Centre

APRÈS LA fVltE D^HiLÈNE. . .399

les broussailleâv Zé^ihyre* enréva en se jouant la ceinture d'Hélène.déposée sur ùa buisson , et là fit toïnber dans mon onde : ils ne. sVn aperçurent pas, trop occupés d'autt^s choses. Moi je la cachai dans i^es roseaux, ne voulant pas faire à la mer un d6n si précieux. Avant de partir^ elle, bietltôt se levarit,chéreha sa ceinture etiic la trouva plus,et lui^ l'aidant à la chercher, disait r Belle! ta ceinture est perdue. AmoUr Taura prise pour celle de sa mère. Ainsi folâtrant, ils s'en retournèrent le long de mes bords^ non sans s'arrêter en ptusf d'un endroit ; et crois-moi qu'il n'esten amour ni passereauxni tottrtereUes qui ne soient paresseu:&au prixd'eux.Téniis elle-même, du haut de ce rocher, prenait plaisir à voirleurs jêux,ets6uriaiténles regardant;. .Maisde graeej si je t'ai fait quelque bien,"si}'ai reçuton vaisseau battu par la tempête,^ si tout ai'heure j'ai rafraîchi ton corps fatigué, pour tout salaire^ je t'^n conjure, laisse^moi une dépouille si ^hère, que je la serre dans m^ grotte ^ et personne plus ne la. verra. .Toi,^si jamais^ tu vois Hélène y 'parle-lui de Cranaé, «t diis-^lui que lé fleuve Amîsu? garde sa ceinture. ♦

À ce discours 7 Ménélas demeura quelque temps saQs pouvoir parler. Le dépit et la colère étouffaient sa voix.; A la.fin^ il éclata en-reproches contre Vénus. Ingrate déesse , dit-il , je t'ai préférée à. toutes les âivinités; j'ai ptodigué sur tes autels et Tencêns et les victimes ". aucun morr

400 MENÉLAS

tel sur la terre ne t'a honorée €pmmé moi; et voilà marécompense. Me traiterais4:u.plcis cruirïlemen t si j'eu9se profané ton temple. et méprisé tes mystères? Âhi puissé-je'périr^i jainais je te sacrifiei et si je n'abhorre ton culte autant que je Pai chéri ! .

Ulysse/à ces mots lui mit la main sut la. boU-che : Malheureux! que &is-tu? lui dit*il^ veuxtu donc te perdre, et nous avec toi? Ah! que je crains que la déesse , ne t'ait entendu, et né dise à Neptune de nous faire tous périr ! Tu ne sais pas ce que c'est que la colère de Vénus, toi qu'elle a toujours aimé , et tu çtois qu'elfe par* donne tout à ses lavoris. Mais, voycms., de quoi te plains-tu? Tu parles de tes sacrifices! Wsâs qui t'a donné Hélène? Quelle autre que Vénus t'a fait préférer à tant de rois qui la demandaient çomnie toi? Une seule nukdllélène.èùt payé tes hétacotnhés 9 et tu l'a^. gardée deu$anSrPeùl-é|re te reviendra-t-«lle j peut-^e si Vénùà : le veut , ser^t-elie. encore à qu^que sfutre;^ mais , quoi qu'il arrive, enfin, peu comme toi pourront se vantçr d'avoir eu part à la couche de la fille de Jupiter. La posséder sans partage eut été trop pour izn. mortel; tant de beauté n!étaât pas faîte

pour un sieul homme. Le dernier de /ses amaxkS

sera encore égal aux dieux; et tu.oises te plaindre^

toi qui crois être le premier ! Ttt appelles Vénus

ingrate ajprès tant de bienfaits ! Hâte-tôl de .l'apaiser, et,*pQur lui faire oublier ces téméraires

APRÈS LÀ FUITK D'HlÊLàlfE. 4^ ^

paroles , promets-hii à ton retour un sacrifice des cent premiers nés de tes agneaux.

Cela dit, il prit la ceinture, et faisant signe à Ménélas de détourner la vue ^ il la jeta loin derrière lui. Elle tomba au milieu du fleuve, .et disparut aussitôt. Ayant achevé de se baigner, ils reprirent leurs habits , et Regagnèrent le vaisseau où,. trouvant de retour tous leurs compagnons, ils. se mirent à préparer le repas.- Oîi' brûla en l'honneur des dieux les prémices dû gibier, sur lesquelles Ménélias répandit du vin pur avec une coupe d'or destinée à cet usage, et, se souvenant des conseils d'Ulysse, promit à Vénus de lui sacrifier, aussitôt son retour à* Sparte^ les cent premiers nés des agneaux.

Le repas fait , ils s'endormirent , quelques-uns sur le vaisseau, les autres sur le rivage même, et dès le matin, comme le vent se trouva favorable, on mit à la voile. Ce jour et la nuit leur suffirent pour aller en Crète , où . ils laissèrent Idoménée ; et de là le même vent les conduisit à Lemnôs. Le roi Eumée , £ls de Jasoxi j les traita magnifiquement; et ayant appris le sujet de leur voyage, il voulut que son fils Onétor les accompagnât. Sa présence, leur dit -il, vous épargnera les qtiife^;,

tions dont la curiosité du peuple fatigue leiétran-

gers. Il .vous conduira chez un ancien hôte et

ami de notre maison , An ténor, homme riche et

considéré, qui vous accueillera et vous protêt

Page 1