‹ Œuvres completes de P.-L. Courier (volume 5)Chapitre 45 sur 57 · IV. a · texte numérisé non relu

IV. a

40!2 MlÊOrÉLAS

géra à tout événement. Ainsi vous ne serez pas obligés d'aller en supplians demander l'hospitalité à des inconnus. Car, que Priam veuille vous recevoir cliez lui , il y a peu d'apparence. Étant dotic partis avec Onétor, ils vinrent en peu de temps 2| 3igée, qui était le port le plus proche <fe Troie. Ménélas et Ulysse se rendirent à la ville accompagnés d'Onétor et des deux hérauts. Le . premier édifice qui s'offrit à eux en entrant, était un temple achevé depuis peu, à ce qu^il paraissait. Pendant qu'ils s'arrêtaient à le -considérer, quelqu'un qui se trouvait là leur dit : Ce tem{^ vient d'être bâti par Paris à la manière grecque, pour une divinité qui préfère cette ville à son ancien séjour. Nous adorions Vénus sous un nom différent, et dans la citadelle comme tous les Dieux du pays; mais Hélène..... qui que vous soyez, vous avez entendu parier d'Hélèiie....; Lorsqu'elle partit de Lacédémone , Vénus lui dit en songe d'emporter à Troie son image , révérée de tous les temps dans la Grèce. ËUç te fit, et vint ici avec la déesse qu'elle porta dans ses bras depuis le port jusqu'à Ta place où ce temple est aujourd'hui. Là, f image lui étant échappée des mains, il n'y eut force au monde qui pût seulement la remuer de l'endroit où elle était tombée, lies devins, consultés,* déclarèrent que ce lieu plaisait à Vénus , et qu'il fallait qu'elle demeurât où elle-même s'était fixée venant de si loin. On lui

APRES LA FUITE D'HlêLèWE. 4o3

éleva ce temple, dont Hélène est la prêtresse, et où elle enseigne aux femmes du pays le culte de la déesse. Elle y est en ce moment même.

Ces mots furent à peine prononcés, que Menélas courut à la porte du temple ; Ulysse le suivit, d'abord pour le retenir, ensuite pour ne pas le laisser seul. Apres Ulysse vinrent Onétor et les deux hérauts. Parvenus au seuil de l'enceinte, ils s'arrêtèrent; Ménélas se tint à l'entrée ayant les autres derrière lui , la tête avancée , le corps en -dehors, caché par la porte; de serte qu'il voyait , sans être, aperçu , ce qui se passait dans l'intérieur. Hélène était auprès de l'autel entourée de ses femmes, qui tenaient un grand voile déployé devant la déesse. Elle levait les mains au ciel : Vénus, je t'offre ce voile que j'ai tissu et orné de tout ce que la pourpre et l'or ont de pluis précieux. Depuis que j'ai commencé cet ouvrage, mes mains n'en ont plus touché d'autre. Hélas! quand je commençai, ce fut le jour même que Paris partit en me disant adieu. Je ne croyais pas le finir avant son retour, et passer toute seule ces longues nuits ayant deux maris dans le monde. Déesse , que veux-tu que je devienne ? Pour t'obéir, j'avais quitté mon premier époux; le second me quitte à son tour, fàudra-t-il bientôt que j'en suive un troisième ? On ne sait où Paris est allé , personne depuis son départ n'en a eu de nouvelles. Cependant les chefâ de la ville et les princes

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troyens me font la cour. Chaque jour Éraste et Sarpédon m'apportent de nouveaux présens.

Déesse, fais de moi ce que tu voudras ; traîne-moi comme une esclave par les villes de l'Asie ; livre moi tour à tour à tous tes favoris f je ne trouverai pas un autre Paris ! Ah ! plutôt ramène-le-moi , nous te sacrifierons des. hécatombes parfaites. Ne sépare plus deux cœurs qui. ne te servent jamais mieu^ que lorsqu'ils sont unis.. Si tu ne veux pas me laisser fidèle, du moins rends-le-moi quelquefois,, .et que je ne sois plus à d'autres qu'à lui,....

A la Véronique, le ^6 septembre 1801.

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