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Mes marchands de bois m'ont promis de m'apporter aujourd'hui les cinq mille francs , mais je n'ai garde d'y compter; il faudra en venir aux coups, c'est-à-dire aux assignations. Ils seront bien étonnés, car jamais jen'ai fait rien de pareil. Mais je vais les étonner bien plus en leur demandant en justice des dommages et intérêts pour l'exécrable massacre de mon pauvre bois. Je comprends maintenant pourquoi mon père avait tou jours quelque procès; c'était pour ne pas se laisser manger la laine sur le dos. Moi , je suis tombé dans l'autre excès , et on me dévore depuis vingtcinq ans. Croirais-tu bien que d'une pièce de
LETTRES INÉDITES
quatorze arpents de bois il ne m'en reste plus que six ? les huit autres sont passés du côté de mes voisins. Il y a des morceaux plus petits qui ont disparu entièrement ; on sait seulement par tradition que je dois avoir là quelque chose. J'ai fait toutes ces découvertes dans l'énorme fatras des papiers de mon père. Ou ne me croyait pas homme à mettre le nez là-dedans. J'ai fait bien d'autres découvertes. Par exemple, je croyais mes fermes au même prix que du temps de mon père ; cela me donnait de l'humeur. Le fait est qu'elles sont beaucoup plus bas. Il en est résulté cependant une sorte de bien , en ce cjue les fermiers, se regardant comme chez eux, ont beaucoup amélioré le fonds. Un seul m'a défriché , sans en être prié , six arpents de terre qui autrefois étaient incultes et inutiles ; un autre a rebâti une grange. Aussi me garderai-je bien de les dégoûter par des augmentations trop fortes. Je veux seulement les engager à me faire meilleure part de mon bien.
Voici la nouvelle de Luynes : le curé allait avec un mort, un homme venait avecson cheval. Le curé lui crie de s'arrêter; il n'en a souci, et passe outre sans ôter son chapeau , note bien. Le prêtre se plaint, six gendarmes s'emparent du paysan , l'emmènent lié et garrotté entre deux voleurs de grand chemin. Il est au cachot depuis trois semaines, et depuis autant de temps sa famille se passe de pain.
Autre nouvelle du même pays. Le curé a défendu de boire pendant la messe ; tous les cabarets à cette heure doivent être fermés. Le maire y tient la main. L'autre jour mon ami Bourdon , honnête cabaretier, s'avise de donnera déjeuner à son beau-frère : or c'était un dimanche , et on lisait la messe ; le maire arrive , les voit , et les met à l'amende , qu'ils ont très-bien payée. Mais voici bien pis. Le curé a défendu aux vignerons , qui voulaient célébrer la fête de saint Vincent leur patron, d'aller ce jour-là au cabaret. J'ai vu le curé , et je lui ai dit : Vous avez bien raison; c'est une chose horrible d'aller au cabaret, un jour de fête surtout ; et vous faites très-bien, vous , Monsieur le curé , de ne jamais vous griser qu'en bonne compagnie dans le courant de la semaine. Cependant raisonnons , s'il vous plaît ; saint Vincent aime les vignerons, puisqu'il est leur patron. Aimant les vignerons, il doit aimer la vigne, et par conséquent le vin, et aussi le cabaret, car tout cela se suit. Comment donc trouve-t-il mauvais que le jour de sa fête on aille au cabaret? Il n'a su que me répondre.
Je te conte des balivernes; l'heure de la poste arrive , adieu.
A MADAME COURIER
Tours, le 30 Janvier I8I6.
Tes lettres me ravissent. Tu as bien raison de dire qu'il ne faut point d'économie sur cet article. Le plaisir qu'elles me font ne peut se comparer aux dix sous qu'elles me coûtent.
J'ai vu I Sa maison est bien ce qu'il nous
faudrait. Elle est plus simple que je ne l'aurais cru en la voyant de loin. Il dit qu'il ne veut point la vendre. Cependant il me l'a fait voir dans le plus grand détail, et il me la vantait du ton d'un homme qui veut faire valoir sa marchandise. Moi je l'ai fort approuvé de ne point vouloir s'en défaire , et j'ai refusé de voir les appartements qu'il voulait aussi me montrer. C'est l'histoire de Vaslin. Il s'est mis en tête que je voulais avoir sa maison.
Demain je fais encore une course à Larçay, et puis une autre à Luynes pour mes marchands de bois , qui finalement se moquent de moi. Je m'en vais leur lâcher des huissiers , ce qui ne m'est jamais arrivé, sans compter un procès-verbal que je vais faire faire du dommage causé à mes bois. Je ne veux plus , ma foi , passer pour un benêt , et je vais leur montrer les dents. Je dis comme madame de Pimbêche : Ces coquins viendront nous manger jusqu'à l'âme , et nous ne dirons mot! ils vont me trouver bien changé. Us t'attribueront ce changement ; tu ne seras pas aimée de tes vassaux. Tu as pourtant une grande réputation dans le pays. Tu passes pour une beauté parfaite. Heureux ceux qui t'ont vue. A propos de beauté , un de nos fermiers a un fils qui passe avec raison pour le plus beau garçon du pays. Il est blond et a dix-huit ans. Ce ne sont point ces gros traits des Anglais et des Allemands. Sa tête est toute grecque. Il est loin de s'en douter, et cela lui donne une grâce et un naturel que n'ont point vos messieurs de Paris. Avec sa blouse et ses sabots , il a tout à fait l'air d'Apollon chez Admète.
Quand je serai revenu de Luynes, il faudra retourner à Larçay pour mes impositions. Tu vois quelle vie. Je me donne au diable, mais j'espère que cela finira. Le pis est que je ne puis m'occuper d'aucune étude, et que j'ai beaucoup de moments où je ne sais que faire. Alors je meurs d'ennui. J'ai trop ou trop peu d'occupations.
Je t'entretiens de mes sottes affaires qui ne peuvent que t'ennuyer. Il vaut mieux répondre à
tes lettres. Je suis bien aise que tu aies remarqué le monsieur en pantoufles. Rien n'est plus choquant , je t'assure
Je veux croire qu'au fond il ne se passe rien ; Mais enfin on en cause, el cela n'est pas bien.
Je t'assure que tu fais trop d'avances à ces gens qui n'y répondent pas. Il faut se garder d'être dupe en amitié, c'est-à-dire, d'y mettre trop du sien. On joue un mauvais personnage.
Tu peins madame S. C'est une pauvre étude et un maigre sujet , mais cela vaut mieux que de ne rien faire. Je ne m'étonne pas que tu aies de la peine à te mettre au travail. J'éprouverais lamême chose. Nous nous prêcherons l'un l'autre. J'ai des projets admirables, et je les exécuterai en dépit de la paume.
A MADAME COURIER
Tours, le I*"^ fémer 1816.
J'espère qu'enfin tu auras reçu de mes lettres; je t'ai écrit il y a eu hier huit jours, c'est-à-dire un mercredi , et je vois que le dimanche d'après tu n'avais encore rien reçu. Cela est étrange ; mais tu t'es trop désolée, tu devrais être accoutumée aux sottises de la poste. Tu avais raison de m'attendre, j'étais à tout moment sur le point de partir, et c'est ce qui m'empêchait de t'écrire.
Tes lettres me font toujours un plaisir infini.
Leur miel dans tous mes sens fait couler à longs traits Une suavité qu'on ne goûta jamais.
C'est du Tartufe. Je suis bien aise que tu n'ailles pas chez les C. ; pour que nous puissions former quelque liaison avec eux , il faudrait qu'ils fussent bonnes gens ; et rien n'est si rare. Tous tes détails sont bien aimables et valent de l'or pour moi. Les la Beraudière ne sont pour rien dans l'usurpation dont je t'ai parlé ; leur gentilhommerie à part , ce sont des gens fort estimables ; encore sont-ils sur leur noblesse plus supportables que les autres. Je voudrais être auprès de toi pour te faire travailler, tu auras de la peine à t'y remettre ; mais il faut tenir bon , c'est laff£iire de quelques jours ; je te prêcherai d'exemple. Tu ne m'as pas encore \u travailler tout de bon ; je veux finir mon Ane tout d'un trait.
une querelle avec sa femme ; c'est l'histoire de M. et madame de Sottenville. Sa femme lui disait : Comment avez- vous pu ne pas acheter cela? Il s'en justifie de son mieux; il dit que c'était trop cher. Moi je trouve qu'il aurait bien pu, lui ou quelque autre Sottenville, faire un petit sacrifice pour empêcher que cette forêt ne tombât en roture. Quel scandale, en effet, n'est-ce pas, qu'un si beau bien soit dans les mains de gens qui ne sont ni maires, ni préfets, ni généraux, ni marquis , ni négociants 1 cela crie vengeance !
A MADAME COURIER
Tours , le S février I8I«.
Je me lève matin pour t'écrire. Il me faut aujourd'hui voir les gens du domaine pour réclamer la maison du garde, qui réellement nous appartient comme ayant de tout temps fait partie de la forêt. C'est une raillerie de prétendre avoir vendu le pot et non l'anse. J'aurai encore une course à faire pour revoir cette maison à vendre , et puis je partirai pour Paris ; je ne compte me reposer que dans la voiture.
Tu te rappelles ces gens qui ne veulent pas qu'un paysan mange, boive et porte une chemise. J'allai l'autre jour chez M., Précontais de la Renardière , qui est un de nos débiteurs ; je le trouvai en famille. Il n'avait point d'argent, me dit-il ; ce sont les paysans qui ont tout, et si cela continue , la noblesse mourra de faim ou sera obligée de faire quelque chose : qu'il se vende un quartier de pré, c'est un paysan qui l'achète; chacun a maintenant sa goulée de benace. Ces gens-la mangent de la viande, boivent du vin, ont des souliers : cela se peut-il souffrir ? J'abondai dans son sens , et je le fis frémir en lui racontant une chose dont je venais d'être témoin. Croiriez-vous bien, lui dis-je, que Jean Coudray le vigneron?... Ecoutez ceci, je vous prie. Je viens de chez Jean Coudray ; il me devait quelque argent qu'il m'a payé sur-le-champ. Sa fenmie m'a voulu donner à déjeuner. Mais elle , que pensez-vous qu'elle prenne à déjeuner? du café à la crème. Cela leur fit dresser les cheveux à la tête. Du café à la crème ! Tout le monde s'écria : Du café à la crème ! Nous convînmes tous que les choses ne pouvaient durer ainsi ; et je les quittai en faisant
Je gèle et cependant je continue à t'écrire. Il y \ des vœux bien sincères pour le retour du bon
a ici beaucoup de gens fort mécontents que j'aie osé acheter cette forêt ; ce sont les gros du pays et B. à la tête. Il m'avait dit d'abord avant l'acquisition : Cela ne convient qu'aux gens riches de ce pays-ci. Un M. de Rhodes a eu la-dessus
temps; car ils me payeront, j'imagine, quand les paysans mourront de faim et seront couverts de haillons.
Je voulais t'en dire plus long , mais Bidaud m'a envoyé chercher dès huit heures du matin.
LETTRES INÉDITES
Je suis comme Petit-Jean , je n'aime pas qu'on m'interrompe. Adieu.
A MADAME COURIER
Tours, le 7 novembre I8I6.
Je ne poursuis point les marchands de bois , parce que Doré a un fils qui va, dit-on, faire un mariage fort avantageux , et mes poursuites contre le père empêcheraient , dit-on , ce mariage , qui pourra aider au payement de ce qu'on me doit. Je n'en crois rien ; mais pour ne pas empêcher ces gens de coucher ensemble , j'attends le lendemain de la noce pour lâcher contre eux les huissiers. J'ai la réputation d'un homme qu'on ne paye que quand on veut. Cela me fait donner au diable.
Je n'ai point vu les la Beraudière : la mère est malade. Ils se sont fort bien conduits dans une infâme affaire qui a eu lieu dernièrement à Luynes. Dans ce village d'environ 1200 habitants, douze personnes ont été arrêtées pour propos séditieux ou conduite suspecte. C'étaient les ennemis du curé et du maire. Les uns sont restés en prison six mois , les autres y sont encore. Une jeune fille se meurt des suites de la peur qu'elle a eue en voyant arrêter son père. Or, dans cette affaire , il paraît que M. de la Beraudière s'est employé tant qu'il a pu en faveur de ces pauvres diables. Cela fait qu'on en dit beaucoup de bien dans le pays. Dans le fait , ce sont des gens fort estimables.
Un curé me disait à Luynes qu'il ne voulait T^a&mejletcstrer du plaisirc... Mets cela avec le dénaturer du médecin'.
Tours, le 10 novembre I8I6. ^
Je cours toujours pour ma chienne de vente ; j'ai eu ce matin de bons renseignements : écouter tout le monde est ma règle. Je ne vendrai pas aujourd'hui, je crois. Il fait un temps affreux. Je vais être obligé de retourner demain à Luynes; c'est un rude métier que celui de ton intendant. A deux heures et demie.
On a porté les enchères à 1 1 ,500 fr. ; c'était un prix raisonnable; car le bois est diminué depuis l'an passé : je n'ai pas voulu vendre. L'adjudication est remise à quinzaine ; mais je crois que je
' Un médecin consulté par Courier lui répondit un jour gravement : Monsieur, ce symptôme me dénature votre maladie; voulant dire dénote.
ferai affaire avant ce temps ; ils viendront me tourmenter comme l'an passé. On prétend cependant que j'ai mal fait de remettre la vente. J'entends monter l'escalier ; ce sont de mes gens qui sont sur mon dos. Ils me parlent pendant que j'écris : je fais semblant de ne pas les écouter. Us m'offrent 11,600 fr. moitié comptant. Je ne sais qui diable leur a dit que je voulais 1 2 , 000 fr. Les voilà qui m'offrent 1 2, 000 : je refuse : les voilà partis. Je vais dîner chez Bidaut.
A 10 beures du soir.
Ma foi c'est fait pour 12, 250 fr. à Beaujean ou Bonjean, dont tu dois te souvenir. Les paroles sont données, sans témoins à la vérité; mais foi de paysan vaut bien foi de gentilhomme : je ne crois pas avoir mal fait. Le marché s'est fait chez Desnœuds ( qui par parenthèse est mort : c'est le gendre qui tient la maison); j'étais là à jouer aux échecs : mon homme entre et me prend à part. Nos débats commencèrent à sept heures, et vers les dix heures nous conclûmes. J'ai écouté pendant trois heures toujours la même antienne : Je suis connu, ce n' est pas pour dire , je vous payerai bien, demandez à M. U7i tel. Enfin nous avons frappé dans la main; si je suis attrapé, ma foi....^ que veux-tu ? Les enchères n'ont été portées qu'à 11,500 fr. Tout le monde me conseillait d'adjuger à ce prix; on prétendait que, l'assemblée une fois rompue , je ne retrouverais plus les mêmes offres. J'ai tenu bon, et j'ai gagné 750 fr. Ai-je bien fait, maître?
Redemande un peu mon Longus à M. Méjean ;. il faut absolument ravoir ce livre : l'exemplaire m'est précieux à cause des notes que j'y ai mises.^
Tout est fini , on m'approuve fort. Il est certain que le bois a diminué d'un quart depuis deux ans. Enfin, tout le monde trouve mon affaire bien faite. L'opinion du public varie sur mon habileté : on me prend tantôt pour un nigaud, tantôt pour un fin matois.
Adieu : je vais mettre ceci à la poste , et pars pour Luynes.
A MADAME COURIER
13 novembre I8I6.
Je suis allé dimanche à Luynes ; j'ai dîné et couché chez les la Beraudière. Us sont bien fâchés que tu ne sois pas venue. Il y avait chez eux deux émigrés rentrés, habitants du voisinage, qui sont bien ce qu'on peut voir de plus drôle au naonde; deux figures à mettre aux Variétés. Ce ne sont que des révérences, compliments, cérémonies;
ÉCRITES DE FRANCE ET D'ITALIE
tout tellement caricature, qu'il y a de quoi crever de rire. Nous en avons bien ri quand ils ont été partis. Bonnes gens au demeurant. De LujTies je suis venu avec Odoux chez ce monsieur qui marchande notre Filonière , et je crois l'achètera ; mais c'est une affaire qui n'est pas prête à se conclure. Nous avons dîné chez lui. C'est une maison charmante, à Saint-Cyr, sur le chemin de Luj-nes; tu dois te rappeler cet endroit sur la colline à mi-côte. On voit Tours et toute la Loire. Tu verras cela quelque jour. Ils ont grande envie de te voir; tu as une réputation dans tout le pays.
Ton projet de venir passer ici l'hiver ne peut s'exécuter ; d'ailleurs il faut que j'imprime mon Ane cet hiver. Ce n'est point une chose indifférente. Enfin tout s'arrangera. Figure-toi que les propriétaires de terres sont toujours gueux, mais jamais ruinés.
Ce monsieur qui épouse la vieille ne m'étonne point du tout. Il vient de mourir ici un homme appelé M. A; il n'avait point d'autre état que d'épouser de vieilles fenmies, et de les enterrer. Il est mort veuf de la troisième, et riche; car, comme il les traitait fort bien pendant leur vie, elles le récompensaient à leur mort. J'avais prédit qu'il finirait par une fille de dLx-huit ans qui l'enterrerait ; mais je me suis trompé.
[Courier, selon le projet dont il fait mention dans la lettre précédente , s'occupa , sitôt son retour à Paris, de l'impression de son Ane. En même temps il écrivit la Pétition. Alors seulement il connut son talent, ou plutôt la sympathie du public français avec ce talent. On sait assez quel effet produisit'ce petit écrit de dix pages. Cependant il demeura fidèle à ses études grecques , et ne fut arrêté dans la correction de son Ane que par un nouveau crachement de sang, qui le prit au mois de février 1817, et le tint longtemps entre la vie et la mort. Obligé d'aller aux eaux pour se rétablir, il ne put reprendre son tra- *ail qu'au mois de décembre suivant. La mort de son beau-père, arrivée le 18 novembre de cette année, l'affecta si vivement, qu'il ne continua qu'avec découragement et de loin à loin les études qui avaient €te communes entre eux pendant plusieurs années. Dans quelques lettres qui n'ont pu entrer ici, U parle avec la touchante simplicité qu'on lui connaît, de sa douleur quand il rentra dans le cabinet de son beau-pere, qu'il toucha les livres tant de fois feuilletés avec lui, revit sa place et son fauteuil vides. Ces regrets profonds et durables, comme toutes les impressions de l'âme de Courier, nous ont privés
perte qu'on
vés,et que le public ne connaîtra point ne saurait trop vivement sentir.
En janvier 1818, Courier voulut , se voyant des forces, aller seul en Touraine. Il fut repris de son crachement de sang, et ramené mourant.
La lettre suivante est une de celles qu'il écrivit pendant sa convalescence à sa femme, qui terminait à Tours les affaires abandonnées par lui. Il marque là le peu de souci que lui donne l'Institut, où se trouvaient alors trois places vacantes. On sait l'histoire des nominations faites à ces places par l'Académie, après six mois employés à préparer ses choix. Les sollicitations de sa femme et de quelques amis avaient déterminé Courier, contre son gré et son caractère, à faire quelques démarches pour remplacer son beau-père. Il les fit et s'en repentit, comme il l'a si plaisamment avoué , tout en se vengeant sur l'Académie du refus auquel il s'était exposé en prenant ses titres de savant pour des droits à une distinction de savant. La lettre qui vient ensuite est adressée à M. Raoul de Rochette , après le refus de l'Académie.]
A MADAME COURIER
Le 9 février I8I8.
Tu vois comme je f écris. Je te parle de moi. C'est comme il faut que tu fasses. Tout ce qut tu fais , ce que tu penses , tout ce qui te vient à l'esprit sans examen , il me le faut coucher par écrit. Visconti est mort; je \iens de recevoir son billet d'enterrement. Voilà trois places à l'Institut. En aurai-je une ? Je ne sais. S'ils me reçoivent, j'en serai bien aise; s'ils me refusent , j'en rirai : je ne vaudrai ni plus ni moins , et le public sera pour moi. Je crois que je serai reçu. Mon Ane va paraître , je crois, la semaine prochaine. Il semble que Bobée ait en\ie d'en finir.
Adieu. Je m'arrange avec Rosine on ne peut mieux. Elle jouit du bonheur de voir son fils ne rien faire du tout. J'ai voulu hier l'envoyer porter quelques livres chez ta mère. Rosine s'en est emparée , et les a portés elle-même. Il ne faut pas qu'un gentilhomme sache rien faire, dit Molière. Adieu.