‹ Œuvres complètes de Petrus Borel Le LycanthropeChapitre 22 sur 43 · VOICES IN THE DESERT · texte numérisé non relu

VOICES IN THE DESERT

un cœur qui se ronge. Dans mes veines ruisselé un sang qui me ravale, et ce front qui pense, et ces reins puissans se courbent sous le fouet d'êtres stupides et féroces à peau blanche, qui savourent mes sueurs, qui s'égaient au râle que m'arrache la fatigue. J'ai assez souffert ! cette lâche vie me tue, il m'en faut une autre ! L'esclave veut se redresser et briser ses garrots. Je suis fier, vois-tu, je suis ambitieux, quelque chose en moi me pousse, moi esclave, à la domination ; enfant, je rêvais royauté, je rêvais habits d'or, long sabre, cheval

Pauvre Quasher ! ta royauté, c'est le malheur !

Or donc, une occasion, un hasard se présente, je puis devenir riche, grand ; je puis être gorgé d'or ! Ceux qui me repoussent aujourd'hui bientôt me tendront la main, à mon tour je leur cracherai à la face !

— O mon Quasher, restons pauvres, la richesse rend méchant.

— La tête de Vohiman, Three Fingered Jack, est mise à prix, la somme est énorme !... Je l'aurai !...

— Vous êtes fou, Quasher ! vous attaquer à Three Fingered Jack, un ohi, vous êtes fou !...

— Je sais que Jack et son ohi sont forts, mais Quasher et son cœur sont forts aussi ; d'ailleurs

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suis-je pas résigné à la mort, plus de vie ou vie libre !

— Non, non, Quasher, je t'en prie, garde bien ta vie ; si tu m'aimes restons pauvres, les pauvres seuls sont heureux, plus heureux que leurs maîtres ; restons où la fatalité nous a jetés !...

— Eh ! pourquoi rester pauvres?...

— Ah ! pourquoi ! pourquoi ! Quasher. tu le comprends trop bien !

— Que peux-tu redouter, Abigail? je te rachèterai, je me rachèterai, nous serons libres ; nous aurons notre habitation à nous, nous aurons nos esclaves à nous, nous pourrons nous aimer tout le jour, être seuls à tous deux, à toute heure, partout où il nous plaira ; conçois-tu?... être libre !...

— Mon Quasher, vous êtes ambitieux, vous me le disiez, vous vous en vantiez tantôt : quand vous serez riche, vous repousserez du pied cette pauvre négresse qui vous aime tant, vous voudrez une blanche d'Europe, je sens bien que je vous perds.

— Écoute, Abigail, une femme qui amollit un homme fort, c'est une basse femme ! Crois-tu que tes charmes soient assez puissans pour me clouer à toi? crois-tu que je varierai à des larmes? Non ! tes embrassemens sont vains ! Je veux, Quasher a dit : Je veux ! sois confiante en lui, il t'a donné son amour, il t'est resté fidèle, sur

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