‹ Œuvres complètes de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 100 sur 174 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

AURELLY, PAULINE.

Pauline.

J £ sens qu'il dit vrai»

AuRELLY, encore €chat0e\

Quel argument! Et les fripons aussi se plsiisent avec les honnêtes gens; car ils trouvent leur compte dans la bonne-foi de ceux-ci. {Plus doux.) Cependant, il fiiut Tavouer, il m'* remué jusqu'au fond de Fàme.

Non , il n'est pas coupable. — Il atira rendu

quelque grand service^ dont tout le mérite, à ses yeux , est peut-être de rester i^oré^

Maïs manquer de fidélité !•#«*

Pauline.

Avec un homme du caractère de monsieur de Mélac, je suis tentée de respecter tout ce que je ne puis comprendre»

Quelqu'usage qu'il ait fait de ces fonds, lï est îoexcusable.*.» Et partîi^!

Une Toixinlérieitre me dit que ce criiâe apparent est peut-être, en lui, le dernier e&brt d'une vertu sublime. ( t)^un ton moins assuré* ) Et son malheureux fils^ mon oncle , ne vous fait-^ il pas compassion? A quelle extrémité Tamour de son père vient de le porter centre vous, qu'il chérit si parfaitement !

A u R fe L L T.

Il est vif, mais son Coeur eet honnête. Eh ma Pauline ! ce que je regrette le plus , est de n'avoir pu fonder sur lui le bonheur de mes vieux jo^s.

P A u &. I N E 9 à part.

Qu'entends-je ! (Haut.) Ah l Monsieur I n'a-

bandooDez pas votre ami : soyez sûr qu'il justifiera ce que tous aurez fait pour lui.

Ta faiblesse diminue la honte que j'avais de la mienne. Tu me presses de le servir.... apprends que je Tai tenté. J'ai ofiert ma garantie à Saint- Alban.

Pauline.

Il la refuse?

Il m'a montré des ordres si formels l.... Il ne peut différer d'envoyer la somjne annoncée.

Pauline^ d^un ton insinuant.

N'y a-t-il donc aucun moyen de la faire cette somme?

Cinq cent mille francs I A la veille du paiement! Crois ^ mon en&nt, que^ sans les fonds que Dabins reçoit de Paris en ce moment^ j'eusse été moi-même fort embarrassé.

Paulin e.

Vous m'avez dit si souvent que vous aviez beaucoup de ces effets que l'on pouvait fondre au besoin.

Il est yrai qu'il m'en reste à Paris pour cinq cent mille francs , chez mon ami Préfort.

Pauline.

Chez monsieur de Préfort.... Et ne sont-ils pas bons ?

Excellents 9 pareils à ceux dont il me fait passer la valeur aujourd'hui. Mais tout ne m'appartient pas : il y a cent mille écus auxquels je ne puis toucher. C'est un dépôt.... sacré.

Votre fortune est plus que suffisante pour assurer cette somme à son propriétaire.

AuRELLY, ai^ec chaleur.

Voulez-vous que je me rende coupable de l'abus de confiance que je reproche à ce malheureux? La seule chose peut-être sur laquelle il ne puisse y avoir de composition, c'est un dépôt. De l'argent prêté , on l'a reçu pour s'en servir ; mille raisons peuvent en faire excuser le mauvais emploi ; mais un dépôt.... 11 faut mourir auprès.

Si Ton parlait à celui de qui vous le tenez?

Apprends qa'il n'en a ramassé les fonds que pour acquitter une dette.... immense. Il leû destine à réparer^ s'il peut, des torts !.... Mais tu m'accuserais de dureté.... Tu veux le voir; parlelui^ j'y consens; il est prêt à t'entendre; et cet homme.... c'est moi.

Pauline, ai^ec joie^

Ah! )e respire. Nos atnis seront sauvés.

Avant que d'être généreux , Pauline , il faut être juste.

Pauline.

Qui oserait Vous iaxer de ne pas l'être ?

Toi-même , k qui je vais enfin confier le secret de cet argent. Écoute, et juge-moi... Je fu^ jevne et sensible autrefois. La fille d'un gentil-' homme (peu riche à la vérité ) , m^avait permis de l'obtenir de ses parents. Ma demande fut rejetée avec dédain. Dans le désespoir où ce refus nous mit, nousn'écoutâîùes que la passion. Un mariage secret nous unit. Mais la famille hautaine , loin de le confirmer, renferma cette malheureuse victime , et l'accabla de tant de mauvais traite-

ments^ qu^élle perdit la yie^ en la donnant à une fille*., que les cruels dérobèrent à tous les yeux.

Pauline»

Cela est bien inhumain I *

. À tr A Ê L L t.

Je la crus morte ateô é^ mère : je led pleurai long- temps. Enfin j^épousai la nièce du rieux' Chardin^ celui qui m'a laissé c^ttç maison de commerce*' Mais le hasard me fit découvrir que ma fflle était virante. Je me donnai des soins. Je la retirai secrètement; et, depuis la mort de' ma femme, f ai prïs tous les ans, sur ma dépense, une somme propre à lui faire un soî\indépendant' du bien de mon j^s^ Voi^à quelle est la malheu<« reuse propriétaire de ces cent miUe écùs t croistu, mon enfant, qu'il y ait un dépât plus sacré?

Pauline*

Non;.... il n'en est pas. ' -.

Puis-je toucher à cet argent?

Vous ne le pouvez pas. Pauvre Mélac! Mais vous êtes attendri; je le suis moi-même* Pourquoi donc cette infortunée m'est-elle inconnue? Poùr-

l^hedtre. I. 19

quoi me &ite6-Tous jouir d'un Jbiai*-élr6 et d'an eut qui lui sout reitidés ?

Tu connais le préji^é. Ma nièce f st honorablement chez moi; ma fille ne pouvait y demeurer sans scandale ; et celui qui a manqué à ses modutsi a^cm QSt paa moins tenu de respecter celles des autres.

Pàitline, avec chaleur.

Je brûle de m'acquitter envers elle , de tout ce que je vous dois; allons la trouver. Fesons-lui part de >nos peines. Elle est votre, filte ; peut*elle n'être pas compatissante et généreuse ?

Que dis-tu^ Pauline? Tout son bien! le seul dédommagement de son infortune ^ tu veux le lui arracher !

P A U X JC w E.

Nous aurons fait notre devoir envers nos amis.

Elle se doit la préférence.

P A u L I NE.

lElXe peut noys J'accarder*

ji ir n £ f. j. t.

Menes^^ouii gd sa pltcè»... Uae teUe prbposîtion.t..

Pauline*

Ah ! comme j'y répondrais !

Si elle nous refuse ?

P A u L I Nj:.

Nous ae Ten aimerons pas moins; mais n'ayons aucun reproche à nous faire.

Tu l'exiges?

Pa,oline^ vivement.

Mille ^ mille raisons me font un devoir 4^ la connaître.

AuRELLY, d^une voix étouffé^^ Ah ma Paulîniç!

Pauline.

Qu'avez-vous? "

Ta sensibilité m^ouvre Tâme; et mon secret...*

Pauline.

Ne regrettez pas de me Taroir confié*

aga LÉS DEUX AMIS,

A tJ H E L L Y.

- Mon secrei...* s'échappe arec mes IfliMM.

Mon oncle.—

A u R E li L T.

Ton oncle !

Pauline*'

Quels soupçons I

Tu vas me haïr.

Pauline.

Pariez.

^ O précieux enÉauit!

Adberez.

Aurelly lui tend les hrcuji.

Tu es cette fille chérie.

Pauline ^ y jeté à corps perdu.

Mon père!. ^

Aurelly la soutient.

Ma fille! ma fille î la preniière fois que je me

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permets ce iiom^ faut-il le prononcor si douloureusement?

Pauline "veut se mettre à genoux.

Ah mon père!

AunELLT la retient.

Mon enfant ^•••» console-moi : dis-moi que tu me pardonnes le malheur de ta naissance ; combien de fois j'ai gémi de t'avoir fait ûh sort si cruel!

Pauline, açec un grand trouble.

N^empoisonnez pas la joie que j'ai d'embrasser un père si digne de toute mon affection.

£h bien ! ma Pauline ! ma chère Pauline ! ( Car ta mère que j'ai tant aimée ^ se nommait ainsi. ) Ordonne. Exige. Tu m'as arraché mon secret : mais pouvais-je disposer de ton bien sans ton aveu?

Pauline.

C'est le vôtre, mon père. Ah s^il m'appartenait I....

Il est à toi : plus des deux tiers est le fruit de l'économie avec laquelle tu gouvernes cette mai-

son. Pvé^i^môi êtûltmem k c^ofiduive (pie ta veux que je tienne aujourd hui.

Pauline, virement.

Peut-elle être douteuse! Mon pcfe, allez ^ prenez ce bien; offrez ces effets à Saint- Alban, qu'ils servent à le désarmer, à sauver nos amis.

Que terestcra*t-il?

Paulin e.

Vos bontés.

Je puis mourir.

P A u L I If E#

Cruel que vous êtes !

AuHELLt là ^em* contre son iein.

Mon cœur est plein : le tien Tesi aussi. Retiretoi. Il faut que je me remette un moment du trouble où cette conversation m'a jeié.

Pauline, açec un sentiment profond.

Ali Mélac !.... Que je suis heureuse !....

( Elle sort. )

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