‹ Œuvres complètes de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 170 sur 174 · LE COMTE/ROSINE, FIGARO · texte numérisé non relu

LE COMTE/ROSINE, FIGARO

{Figaro allume toutes les bougies qui sont sur la table.)

Ju A voici. — Ma belle Rosine !..•

Googl^

RosiNB d^un ton très-composé.

Je coaune&çais ^ Monsieur ^ à craindre que TOUS ne Tinssiez pas.

Le Comte*

Charmante inquiétude !••• Mademoiselle > il ne me convient point d^abuser des circonstances pour TOUS proposer de partager le sort d'ua iurfortuné; mais quelqu'asyle que tous choisissiez^ je jure mon honneur...

Rosine.

Monsieur^ si le don de ma main n'avait pas dû suiTre à Finstant celui de mon cœur, tous ne seriez pas ici. Que la nécessité justifie àTOS yeux ce que cette entrevue a d'irrégulier I

Le Comte.

Vous y Rosine ! la compagne d'un malheureux I sans fortune ; sans naissance !•••

Rosine.

La naissance 7 la fortune ! Laissons-là les jeuTC du hasard y et si tous m'assurez que tos intentions sont pures...

Le Comte à ses pieds**

Ah ! Rosine ! je tous adore !.•• Théâtre. I. 35

Rosine indignée.

Arrêtez, malheureux !•«. vous osez profamer!... tu m^adores !... Va ! tu n^es plus dangereux pour moi ; j'attendais ce mot pour te détester. Mais avant de l'abandonner au remords qui t'attend , i^en pleurant) apprends que je t'aimais ; apprends que je fesais mon bonheur de partager ton mauvais sort* Misérable Lindor ! j'allais tout quitter pour te suivre. Mais le lâche abus que tu as fait de mes bontés , et l'indignité de cet affreux comte Almaviva, à qui tu me vendais, ont fait rentrer dans mes mains ce témoignage de ma faiblesse. Connais-tu cette lettre?

Le Comte ^vivement.

Que votre tuteur vous a remise?

Rosine fièrement.

Oui , je lui eh ai l'obligation.

Le Comte.

Dieux, que je suis heureux ! Il la tient -^e mol. Dans mon embarras , hier , je m'en suis àervi pour arracher sa confiance ; et je n'ai pu trouver l'instant de vous en informer. Ah Rosine î il est donc vrai que vous m'aimez véritablement ! Figaro.

Monseîgneuir , vous cherchiez une femme qui vous aimât pour vous-même...

Rosine.

Monseigneur!..., Que dit-il?

Le Comte jetant son large manteau^ paraît en habit magnifique*

O la plus aimée des femmes ! il n^est plus temps de vous abuser: Fhéureux homme que vous voyez à vos pieds, n'est point Lindor ; je suis le comte Almaviva , qui meurt d'amour ^ et vous cherche en vain depuis six mois.

Rosine tombe dans les bras du Comte.

Ah!...

Le Comte effrayé.

Figaro?

Point d'inquiétude , Monseigneur ; la douce émotion de la joie n'a jamais de suites fâcheuses; la voilà , la voilà qui reprend sts sens ; morbleu qu'elle est belle !

Rosine.

Ah Lindor ! . . . . Ah Monsieur ! que je suis . coupable ! j'allais me donner cettç nuit même k mon tuteur.

Vous ^ Rosine !

Ne Torez que ma pimîiioa ! J'anraîs passé ma Tie à TOUS délester. Ah Lîndor ! le plus afifrcux supplice n'est-a pas de haïr, quand on sent qu'on est faite pour aimer ?

FiGA&o rcgaide à la fenêtre.

Monseigiieur , le retour est fermé ; réchelle est enleYée* ^

Enlevée !

Rosine troublée.

Oui , c'est moi... c'est le docteur. Voilà le fhnt de ma crédulité. Il m^a trompée. J'ai tout avoué , tout trahi : il sait que vous êtes ici, et va venir avec main-forte.

FiGAKO regarde encore.

Monseigneur ! on ouvre la porte de la me.

Rosine courant dans les bras du Comte ayec frayeur.

Ah Lindor !•••

Lie Comte avec fermeté..

Rosine , vous m'aimez î Je ne crains personne ; et vous serez ma femme. J'aurai donc le plaisir de punir à mon gré l'odieux vieiHard !....

Non, non, grâce pour lui, cbçr Liadqr! JVIon cœur est si plein ^ que la vengeance ne peut y trouver placée

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