‹ Œuvres complètes de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 92 sur 174 · S A 1 NT- A L B A N · texte numérisé non relu

S A 1 NT- A L B A N

C'est à peu près Sur ce pied que, chacun les estime. : ' . . '

M É L A c père , à petrt.

Comment faire maintenant pour partir?

' A tJ R E L L Y.

Moi, par exemple, je me cite, parce qu'il en est question, je fais battre journellement deux cents métiers dans Lyon. Le triple de bras est nécessaire aux apprêts de mes soîes. Mes plantations de mûriers , et mes vers en occupent au-

tant. Mes envois se détaillent chez tous les marchands du royaume^ tout cela vit^ tout cela gagne , et l'industrie portant le prix des matières au centuple , il n'y a pas une de ces créatures , à commencer par moi^ qui ne rende gaiment à rÉtat un tribut proportionné au gain que son émulation lui procure.

Saint-Alban.

Jamais il ne perdra cette belle chaleur.

Et tout Tor que la guerre disperse , Messieurs, qui le fait rentrer à la paix ? Qui osera disputer au commerce l'honneur de rendre à J'Eiat épuisé , le nerf et les richesses qu'il n'a plus ? Tous les citoyens sentent Fimportance de cette tâche : le négociant seul la remplit. Au moment où le guerrier se repose, le négociant a le bonheur d'èlre a son tour Thomme de la patrie.

Sain t- A lb an.

Vous avez raison.

Mais laissons cette conversation , Monsieur : qui vous ramène sitôt en ville ?

Probablement le même objet qui fesait pariir

frôâ LES PEtJ^ AMIS,

jppijsiepr de M#^c. Ma iÇQoipiïgaie me rappMe; ,çlle me vcharge^..^ Vçig^ \)çrmm^z que nous trai^ '^095 idÇYajQI v<^3.f.,

Vous vous moquezt Pour ppq qifç..f

S AINT-A LB AK,

Il n^ a poÎHi de mystère* ï^'pbjet de ma mission est de rassembler tous les fonds de c^ite province épars dans les caisses de nos divers receveurs, et de les faire passer .sur-le-champ ^ Paris,

Mèljlc pèriB, à pqri^

Qu^entends-je ?

Ce n'çst pas Tafliaire d^un momçnt*

S^int-Alba^.

J'avais d'abwd cru l'opération plus pénible : mais j'ai appris, dans ma. tourqçe, que j'avais des grâces à rendre à l'exactitude de monsieur de Mélac : il m'a sauvé les trois quarts de l'ouvrage*

Me LAC père, hUerdit»

Monsieur....

At ! vous pouvez v ws flaiter ^ Messieurs ^ que

vous n^arez pas be^icoop dô^ receveurs de cette fidélité : il est exact et toupurs prèt« Il ne util |(as travailler vos fonds, lui.

Sa int-Al BA'rr.

Nous estimons trop monsieur de Mélac pour lui£siire un mérite d^une chose aussi simple. Commençons donc par envoyel* cot argent si désiré* Alors , dégagé de tous soins , je pourrai jouir du plaisir de philosopher quelques jours avec vou$«

( Mélac père parait plongé dans une pro^ fonde rêverie. Saint^Alban continue à Aurelly. )

A propos. Monsieur, vous ne me dîtes lien de mademoiselle votre nièce, la plus aimable..-

Monsieiu*, il lui est arrivé un^ grand malheur.

Saint-Alban.

Un malheur !

Oui Monsieur. EHe avait arrangé pour ce soir le plus beau, le plus brillant concert*...

Qui p©it avoît* renversé ce charmant projet?

Faut-il le demander? notre philosophe. Il nous a remontré qu'en ce temps de crise , mille honnêtes gens étaient peut-être au désespoir sur les payements , et que ce ton de fête.... Voyez son air consterné dès qu'on en parle.

M É L À c père , retenant à lui.

Je.... je rêvais aux diverses sommes qui Wont été remises.

Saint-Alban.

J'ai rétat ici. Environ cinq cent mille francs. Voulez - vous que nous passions dans votre cabinet ?

M É L A c père, embarrassé.

Si vous vous reposiez quelques jours ?

£h mais tu pars !

Mêla G père, plus trouble.

Je différerais....

Saint-Aldak.

Ah bon Dieu ! me reposer ! Il y a cinq nuits que je n'arrête point ; et ce n'est qu'après m'être bien assuré que tous les fonds de la province

étaient en vos mains , que j'ai repris ma route pour cette ville.

Mélac père, à part.

Tout est perdu.

Saint-Alban, d^un ton dégagé.

Je suis d'une paresse Tennemi juré du

travail. J'ai toutes les peines du monde à m'arracher k Tinaction, pour m'occuper d'affaires ; mais aussi , quand je suis lancé , je ne m'arrête plus que tout ne soit terminé. Il est assez plaisant que cette impatience <i'être oisîf me tienne lieu du mérite contraire aux yeux de ma compagnie.

Moi, je vous conseille de vous enfermer avant le dîner; la diligence part cette nuit, vous pourrez y placer le caisson.

Saint- Al ban. ^

C'est bien dit.

S'ils font les difûciles , ils ont un fort ballot à moi ; votre argent prendra sa place : il est plus pressé que mon envoi.

Saint-Alban.

Rien de plus obligeant.

Allons^ allons^ débarrassez-vous la tête*

Mélàc père, outré, à Aurelly.

Et TOUS..*., n'embarrassez pas la yôtre , moa officieux ami.

Comment donc !

Mèlac père, déconcerté, à Saint^Albah.

Monsieur , vous me prenez dans un moment.... au dépourvu....

Sain t-A l bà n.

Que dites-vous , Monsieur ?

Mélàc père.

Je dis.... {à part. ) Ab ! je sens la rougeur qui me surmonte.... Il faut Favouer; ce que vous me demandez est impossible.

Sain t-A lbà n.

Impossible ! Et vous partiez ?

M É L A c père.

Il est vrai.

Sain t-A l b a n.

Savez-vous, Monsieur, quels soupçons Ton pourrait prendre ?....

À u R £ L L Y vivement.

Fi domcy monsieur de Saint- Alban !

Saint-Albàn, à Aurellf. .

Je vous demande pardon ; mais Fair , le ton , les di^ours me paraissent si clairs. Ce voyage....

A tr R E L L Y.

N'y a-t-il pas mille raisons?....

Saint-Alban.

Un instant^ je vous prie. — Avez-vous touché le montant de toutes les recettes , Monsieur de Mélac?

M É L A c père , accablé.

Je ne puis le nier.

Saint-Alban.

Pouvez-voiis Édre partir aujourd'hui tout Pargent que vous devez avoir? {^Mélac père ne repond rien.) Pfiù-Jei, Moûsiaii*,- car mes ordres sont tels que , sur votre réponse , il faut que je prène un parti sur-le-champ.

Mélac père r^e, sa tête appuyée sur sa mairt^

A û R Ë L L Y vii^ement.

Vous ne répondez pas?

Théâtre L 17

Mélac père, outrée àAurellf.

Cruel homme I {A SainuAlkanf d^un air accablé.) Je ne le puis , ayant trois semaines au moins.

Sàint-Alban.

Trois semaines I 11 ne m'est pas permis d'accorder trois jours. L'argent est annoncé. — C'est avec regret, Monsieur

Mélac père.

Je ne saurais Tempécher : mais jamais tant de douleurs à la fois n'ont assailli un honnête homme. ( // sort. )

A u R E L L Y criant.

Vous sortez !

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