‹ OEuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 12 sur 41 · DES NEUF MOIS LES PLUS PÉNIBLES DE MA VIE · texte numérisé non relu

DES NEUF MOIS LES PLUS PÉNIBLES DE MA VIE

Jlje vieux Lamotïie-Houclart , sortant un soir de l'Opéra, soutenu par un domestique, marcha, sans le vouloir, sur le pied d'un jeune homme, qui lui asséna un soufflet. Lamothe-Houdart lui dit avec modération devant les spectateurs surpris : Ah, Monsieur ! que vous allez être fâché quand vous saurez que je suis aveugle ! Notre jeune homme, au désespoir de sa brutale étourderie , se jeta aux pieds du vieillard , lui demanda pardon en présence de tout le monde, et le reconduisit chez lui. Depuis lors il lui voua la plus respectueuse amitié.

Or , maintenant , hecointre , écoutez-moi'. Pendant que j'étais en Hollande , à servir la patrie , sans que je vous aye blessé, vous m'avez

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fait un outrage public, aussi sensible au moins que celui de Lamothe-Houdart. Je veux imiter sa conduite ; et, sans m'irriter contre vous d'une si grande légèreté que je suppose involontaire, je vais me contenter de vous montrer, et à toute 3a France, combien je suis irréprochable, et quel vieillard vous avez outragé ! La convention nationale , après nous avoir entendus , jugera qui des deux a mieux fait son devoir ; moi , de bien justifier un citoyen calomnié; vous , de lui offrir les regrets d'un accusateur imprudent.

Je vous préviens d'une autre chose. Depuis quatre- ans je vois avec chagrin faire un si grand abus de phrases déclamatoires, les substituer partout, dans les plus grandes causes , aux preuves nettes, à la saine logique, qui éclairent seules les juges , et satisfont les bons esprits ; que je renonce exprès à tous les ornements du style , à toute espèce de parure, qui ne servent qu'à éblouir, et trop souvent à nous tromper. Simple, clair et précis; voilà ce que je désire être. Je détruirai, par les seuls faits, les mensonges de certaines gens , dont ma conduite , un peu trop, lière, a déjoué la cupidité.

Le fond de cette affaire étant de haut commerce d'une part, et d'administration de l'autre,* si j'y ai mêlé de la mienne un grand fond de patriotisme , et si tous les gens qui m'accusent ont fait

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céder le leur à de sordides intérêts , c'est ce que les faits montreront.

Et ne commençons point , comme on fait tvop souvent, par juger quatorze ministres, dans les mains de qui j'ai passé si douloureusement depuis le mois de mars dernier ; moi qui avais juré de n'en jamais voir aucuns ! Gardons-nous bien de les juger sur ce que les uns furent choisis par le roi , et les autres par V assemblée ! Cette manière est très-fautive ! C'est sur ce qu'ils ont fait que nous les jugerons , comme nous voulons qu'on nous juge. Ces deux pouvoirs alors composaient la constitution. Forcé d'avoir affaire à tous ceux qu'on nommait aux places à mesure qu'ils s'y présentaient, j'ai pu juger, non à leurs opinions qu'aucun ne m'a communiquées , mais seulement à leur conduite, lesquels , dans l'affaire des fusils , ont servi la chose publique , ou n'ont tra^vaillé qu'à lui nuire. Je leur ferai justice à tous.

Ces quatorze ministres , simultanés ou successifs, sont : MM. de Graves, la Coste , Dumouriez , Servan, Clavière , Lajard , Chambonas , d. ' Abancourt , Diibouchage , Sainte- Croioc ; puis Servan et Glacière, une seconde fois ; puis Lebrun : ah I Lebrun ! et Pache le dernier.

Quand tous auraient été très- équitables , oit peut juger combien une lanterne magique à per-

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