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]\Iais j'avais eu beau le presser; et, quoiqu'il courût jour et mu , ayant en porte-feuille de 7 à 8co mille francs en 'icitres-de-thange , à son arrivée à-Bruxelles, tombant chez un de mes amis, h peine avait-il pu fui dire l'objet ' j -.ressaut de son voyage , qu'un homme de qualité du parti ennemi entre chez cet ami, et lui demande s'il ne connaissait point un certain /If. de la JI agite f qui venait chez lui de Paris , s7 il ri' * était pas encore arrivé? Mon ami joua l'étonné , dit qu'il n'en avait point d'avis. C'est un homme qui nous est suspect , dit l'orateur un peu bavard , il passera fort mal son temps ici.
Sitôt qu'il fut sorti , M. de là Hogue convint de partir sur-le-champ pour Rotterdam , emme liant avec lui mon ami de Bruxelles , qui m'écrivit ce détail inquiétant de Malines y le 9 avril. (sJ;:jsi voila déjà les ennemis au fait). Mais, quelque diligence que fissent mes amis, ils trouvèrent à Rotterdam le Gouvernement hollandais aussi bien instruit que nous - mêmes de notre traité de Paris , ainsi que celui du Brabant. On me l'écrivit sur-le-champ. Bravo ! me dis - je alors , honnêtes bureaiuc. de Paris : ah I j'avais trop raison quand 1 'insistais à ce que vous ne fussiez pas instruits. Je répondis à mes amis : Pressez-vous, allez comme au feu ; car voilà l'intrigue à nos trousses.
Qu'arriva- 1- il ? C'est que la guerre , au lieu d'être éloignée , comme M. de Graves le pensait , de trois ou quatre mois du traité des fusils, fut déclarée le 20 avril, c'est-à-dire, dix-sept jours après la signature de ce traité. Là les obstacles contmeficèrenf.
Qu'arriva-t-il encore? C'est que le gouvernement de Bruxelles , sachant qu'in- patriote aussi zélé que moi était le maître de ces fusils , engagea le gouvernement hollandais à semer d'entraves , s'il pouvait , leur expropriation ou lpur extradition ; et vous allez voir à l'instant comment les Hollandais y ont bravement procédé.
Qu'arriva-t-il encore ? C'est que mon pauvre vendeur bruxellois perdit l'octroi à lui donné par l'empereur pour tout le reste des fusils brabançons ; qu'on lui en reprit même une partie de sept ou huit mille qu'il avait déjà rassemblés , et qu'il m'écrivit douloureusement que tout le bénéfice qu'il avait compté faire sur les deux cent mille fusils ( pour cela seul qu'il avait traité avec moi, c'est a-dire, pour le service de la France) , se réduisait a ce qui pourrait résulter des soixante mille dont j'étais possesseur. Alors je vis combien il regrettait d'avoir consenti au triage des armes que j'avais exigé de lui , au lieu de me les vendre en bloc. Je le consolai de mon mieux , en le grondant et lui disant que c'était un motif
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de plus pour presser de toute manière l'arrivée des fusils en France , puisque chaque jour de retard augmentait le danger de la perte sur les assignats , sans celle des intérêts d'argent accumulés sur de si fortes sommes. Quel intérêt pouvais-je avoir à ralentir l'opération? Il m'est, je crois , permis de faire cette question à mon dénonciateur. Qu'il y réponde s'il le peut !
C'est ici que vont commencer des scènes d'obstacles en Hollande , lesquelles ont amené des scènes d'horreur dans Paris, que je vais sortir des ténèbres pour en effrayer les Fiançais ! Mais résumons d'abord ce que j'ai dit.
Ai- je prouvé , au gré de mes lecteurs , que , loin d'avoir acheté des armes , pour les 'vendre à nos ennemis y et tacher d'en priver la France , au contraire, dès le principe , j'ai fait un traité rigoureux, qui les lui assurait sans partage, sous les plus fortes peines pour mon vendeur, s il eu détournait une seule, quoique beaucoup pussent ne pas servir ?
Ai-je bien démontré que , loin d'avoir cherché à donner à la France des fusils de mauvaise qualité, forcé de les choisir dans la seule masse où je pouvais les prendre, j'ai, au contraire, palmes traites d'achat et de revente, soumis ces armes à un triage y lequel a dû, comme l'on voit, les renchérir de la part d'un vendeur qui , les
ayant achetées en masse, voulait, avec raison , les revendre de même. Tel est l'esprit de ce marché , que des ignorants n'ont pas même la justesse de calculer !
Enfin, ai-je bien démontré que le ministre de Graves, qui , timide à l'excès sur sa responsabilité, avait tant consulté le comité militaire de l'assemblée législative , avant de conclure avec moi , après avoir porté , la veille, de 24 à 26 livres en écus, le prix des armes neuves qu'il avait commandées eu Fiance, ou en Allemagne, ce qui en montait le payement à 42 livres assignats au moins ; que ce ministre , dis-jc , n'a pu ni dû m'offrir, sous peine d'être injuste, moins de 8 florins ( 17 francs) de mes fusils, à moi; quand je lui ai prouvé, d'abord , que la France n'avait acquis encore aucune bonne arme à si bas prix; puisque les i5o mille fusils, commandés en Angleterre , nous coûtaient ( dans le pays ) 5o schelings en or , ou avec la défaveur du change, de 60 à 72 livres en assignats la pièce ; que les fusils de hasard du même pays nous revenaient alors à 20 schelings en or, ou en assignats de 42 a 48 livres la pièce ( maintenant nous les payons 26 schelings, ou de 60 à 64 livres en assignats la pièce ) ; quand je lui ai prouvé ensuite qu'avec le danger d'un triage, toujours soumis aux fantaisies d'un examinateur plus ou
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moins bénévole ( danger de perte incalculable pour quiconque achète en bloc), il pouvait arriver telle circonstance (laquelle est trop tôt arrivée pour justifier ma prévoyance ) où , forcé de tirer ces armes de Hollande, par la sourde voie du commerce , un droit nouveau d'un florin et demi mettrait les deux vendeurs en perte; et quand il était bien a craindre , si tout cela n'arrivait point, que la seule chute des assignats , pendant que les changes hausseraient contre nous , ne fit de ce marché , pour nous , qu'un jeu très-ruineux , à la grosse , pour avoir cédé au ministre?
Eh bien ! tout cela est arrivé. M'entendezvous, M. Lecointre? Oui, tout cela est arrivé. N'obstruez pas votre intellect pour servir de vils scélérats ! et si vous m'entendez enfin, oublions, vous et moi, que vous m'avez dénoncé , injurié, outragé. Répondez à ceci en vrai négociant , si vous l'êtes!
i° Sur un marché de 60 mille fusils, achetés forcément en bloc ; forcément , vous m' entendez bien ( car si je ne les eusse pas pris tous , la France n'en aurait pas un seul)l Sur ce marché, si dangereux en bloc , en commençant par m'interdire la liberté de choisir mes acheteurs , concurrence qui eût établi l'espoir d'un plus grand bénéfice ( mais mon civisme l'interdisait), aij'e mal servi mon pays?
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2° En m 'obligeant , par mes traités, de trier, à la pièce , ce qui était acquis en masse , lequel triage laisse au hasard une grande latitude de pertes ,* ai- je mal servi mon pays ?
3° En me soumettant à ne toucher le prix de la partie qu'on choisirait, qu'en valeurs non fixées , à époque incertaine , de façon à courir , par cette étrange complaisance, le hasard dangereux de recevoir un jour , pour des florins donnés au plus haut change , des assignats qu'un seul revers , ou du désordre dans Paris , pouvait faire choir, au temps ou je les toucherais, de 90 pour cent chez l'étranger ( ils perdent aujourd'hui 52 en Angleterre ) ; ai- je <mal servi mo?i pajs ?
4" En ajoutant à tous ces risques, celui de courir telle chance, que ne pouvant plus profiter du bénéfice d'un transit, il fallût faire, comme je l'ai dit, sortir ces armes de Hollande, par la voie sourde du commerce , et payer , dans ce cas , un florin et demi de droits par fusil bon ou mauvais , tomme marchandise du pays, quoiqu'elle y fût venue d'ailleurs ; ai-je mal sen>i mon pays ? Et pourriez-vous déterminer, vous, Lecointre , à qui je m'adresse , et que l'on dit être un homme juste, à quel prix ces fusils devaient être vendus , la pièce , pour être sûr de n'y pas perdre ? Voilà ce que vous deviez étudier et savoir, avant
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de dénoncer et d'outrager un très-bon citoyen. qui a bien servi son pays !
Et quand , sur laut d'incertitudes , un ministre , un comité , et un négociant patriote , ont pris 3e parti modéré , de mettre , entre les fusils neufs d'Allemagne ou de France, et ceux-ci , la différence du prix de 26 francs à 17 livres, quoiqu'il y ait dans cette masse, une forte partie d'armes toutes neuves, de la fabrique de Culembourg , que vous n'auriez pas aujourd'hui, pour 6 couronnes ou 56 francs la pièce, payés en beaux écus comptés ; avons-nous spolié la France ?
Après surtout que vous avez payé , comme je l'ai dit, tous les neufs , qu'on a pu avoir des armuriers de l'Angleterre , il y a un an, à 5o sclielings en or, la pièce , ou 72 livres assignats ; et que d ''au très vieux , pris depuis dans le fond de la tour de Londres, ont été , sans difficulté , payés par vous dfabord 20 schelings en bel or, ou 48 livres assignats ; et aujourd'hui les mêmes, 26 schelings ou 62 livres assignats ; ne peut-on pas "vous appliquer l'adage ancien : datveniam corvis.
Et lorsque les Constantin^, 3Iasson,lesSann... et autres protégés de nos citoyens les ministres, vous en font passer par le bec, d'absolument hors de service , et à des pi i\\ . . ( mais n'anticipons rien ; tout trouvera sa place. . . répétons pour eux seulement , dal veniam corvis )!
mes fusils bien triés au prix de 17 francs ou 3o livres assignats , et qui sont les moins chers que vous ayiez acquis, rendent-ils à vos yeux le ministre coupable, le comité complice , et le vendeur concussionnaire ? Je vous donne du temps, Lecointre , pour y rêver.
Eh bien ! encore une fois , tous les hasards en perte , prévus , je les ai essuyés. Et il y a , de plus , neuf grands mois que mes tristes fonds sont dehors , et que je souffre le martyre !
Vous ne m'avez donc pas dénoncé , M. Lecointre , sur aucun dessein supposé d'avoir acheté des armes pour en priver la France , et les livrer à l'ennemi? Vous seriez un homme trop injuste , si vous osiez l'articuler ! le contraire est si bien prouvé !
Vous ne m'avez sans doute pas dénoncé non plus, sur aucun plan imaginé de vouloir fournir à la France des armes équivoques ( comme les amis que j'ai nommés ) ; les précautions que j'ai prises pour bien assurer le contraire , rendraient la dénonciation atroce ; et vous êtes un honnête homme.
Certes, vous ne m'avez pas dénoncé, en m'accusant non plus d'avoir vendu trop cher, ou voulu trop gagner sur ces aunes , quand je les vendis , malgré moi , pour huit florins , à tant de risques et de hasards de pertes ! Vous eussiez
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fait grand tortà vos lumières ; car lorsque vous m'avez dénoncé , vous saviez tout aussi bien que moi ce que je viens d'apprendre aux antres.
Cependant je suis dénoncé , quoique je sois pur jusqu'ici ; peut-être ma conduite ultérieure a-'-clle donné prise à dénonciation : c'est cequ'il ràiit examiner entre nous deux , M. Lecointre* Cependant je suis dénoncé ! quoique tous les hasards prévus, je les .ye tous éprouvés , grâce à la perfidie des gens qui devaient le plus me soutenir dans cette honorable entreprise î
Voyons si mon patriotisme et mon zèle ardent en ont été glacés î Suivez-moi donc , Lecointre , et bien sévèrement; car c'est vous que je veux convaincre.
Si tout ceci n'est pas fort éloquent, au moins cela est-il rigoureusement nécessaire pour flore voir à nos concitoyens les dangers que des scélérats nous feraient courir tous les jours , si quelque homme bien courageux ne les dénonçait , a, son tour , à l'opinion publique î C'est ce que je vais faire, moi , dans la seconde partie de ce Mémoire.