T H"OI 3 I E M E
faites étrangères , que l'exécution du marché conclu avec M. de Graves , et la remise des armes au Havre , ayant été empêchées par force majeure , par la déclaration de guerre inopinée, et la violation du droit des gens, ce marché doit être considéré comme résilié de fait ; mais que , puisqu'il est avantageux a la nation que le négociant , dont le patriotisme a préféré de rester dans une position dangereuse , et qui compromet sa fortune , ne profite pas de ses avantages , les fonds de ce négociant, qui restent engagés , et ne peuvent rester tels , que de son libre consentement , doivent lui être garantis , quel que soit l'événement , afin qu'il demeure indemne ;
» 3° Que cet acte nouveau doit être conclu sur-lechamp , renfermer tous les moyens de dédommagement pour le négociant , quelles que pussent être les circonstances y car, sans cela , il serait forcé de livrer ces armes aux ennemis, et ne pourrait d'aucune manière être contraint à l'exécution du marché avec M. de Graves )
» 4° Que i ^e quelque manière que les fonds du négociant restent engagés , il a le droit d'exiger, contre la garantie suffisante de ses fonds , l'intérêt commercial ou industriel , depuis l'époque où , par force majeure , le marché s'est trouvé impossible à exécuter , et par conséquent nulj
» 5° C'est un nouveau marché à conclure : il faut regarder le premier comme non avenu , remettre le cautionnement , et traiter le négociant comme possédant à Tervère des armes qu'il s'engage à ne livrer q>i'à la nalion j à. condition que , dans tous les temps, elles seront reçues par la nation ; a condition que, si l'on fait la guerre à notre commerce en s' emparant de cette propriété , sur le territoire hollandais, le dommage en sera supporté par là nation • ce qui est la seule garantie suffisante des fonds engagés • »
Tel est, ô citoyen Lecointre ! la base sur laquelle porta le traité calomnié, que les ministres consommèrent.
Il ne s'agit, me dirent-ils, que de bien donner à ces vues les formes d'un nouveau traité. Mais on désirerait savoir , dans la supposition qu'en vous expropriant anjourd bui , vous allez nous ôter la crainte de voir ces armes passer aux ennemis; si vous consentirez, par le même traité, de n'en être payé qu'au temps où l'on pourra les faire venir en France ; prenant pour le pins long délai la fin dr cette guerre ? la cessation de toute hostilité ?
— Messieurs, leurdis-je, excusez-moi: ce que vous me proposez là est une autre éventualité pire que celle des assignats ! car si la guerre dure dix ans, je serai donc, dix ans, privé de mes fonds commerciaux ? Je ne puis accepter cette offre : aucun négociant ne le peut.
— Mais on vous allouera, më dirent les ministres , aux ternies de l'avis des trois comités réunis , pour la nullité de vos fonds, l'intérêt commercial ou industriel que vous exigerez, et qu'on sait bien vous être dû. C'est l'avis de tous ces Messieurs , et c'est à vous à l'indiquer.
— 11 n'y a point , Messieurs, d'intérêt acceptable , qui puisse dédommager un négociant de l'absence de ses fonds, pour un temps indéter-*
Epoques. V. i5
miné. Quel droit me reste à ces fusils , quand je vous les aurai livrés au seul endroit du monde où la chose est possible ? alors ils sont à vous ; et pourquoi préférer pour moi un intérêt industriel, que je i\"E vous demaisde pas , à mon payement effectif qui est juste , et que je demande ?
— Ah! c'est qu'on pense, me dit-on, que l'attrait d'avoir votre argent plus tôt , vous engagera à continuer de faire autant d'efforts pour les tirer de là , que si ces armes , que nous réclamerons comme vôtres, étaient encore effectivement à vous ?
— Messieurs , mes efforts ne sont rien , si vous n'y joignez pas les vôtres. Si c'est pour échauffer mon zèle ( dont on ne peut pourtant douter, après mes sacrifices immenses), que vous voulez garder mes fonds , quand je me suis exproprié des armes, je ferai encore celui-là : mais je n'indiquerai point V intérêt commercial dune aussi bizarre mesure , qui me répugne étrangement! Vous, ou les comiiés, apprrciez-le vousmêmes. Je n'y mets qu'une condition. J'ai tellement été vexé , que si d'autres ministres , et tels que j7en connais , vous s ( cédaient un jour, et me déniaient justice, je me verrais à leur merci, et je sais ce qu'en vaut l'épreuve: j'ai passé par une fort dure !
Je demande qu'eu vous donnant, par ma li-
vraison à Tervere , toute la sarclé d'une expropriation parfaite, qui remet les armes en vos mains, et vous ôte l'inquiétude que jamais je les vende à d'autres, les fonds destinés au payement soient déposés chez mon notaire , afin que la sûreté soit réciproque des deux parts , et que toutes les vilenies des oppositions , des patentes, surtout de me faire valeter des mois entiers pour obtenir mon dû , ne puissent pins m/atteindre. Je demande, déplus, que votre propriété remonte au temps de mon traité avec M. de Graves ^, puisque les intérêts , magasinage et frais de tonte nature , sont depuis ee temps à ma perte. A ce prix je n'objecte plus..
Les comités furent consultés de nouveau. I,e dépôt des fonds parut juste, alors que je m'expropriais ; et l'acte ainsi fut minuté dans les bureaux de ces ministres. J'en ai les minutes chargées en. marge , des observations du ministre de la guerre, et d'un chef de bureau , à l'encre et au crayon. Lecointre , je vous les remettrai ; elles sont dans mon portefeuille. C'est avec ce portefeuille-là, qui renferme toutes mes preuves, que je veux vous corrompre et vous acheter, vous et la convention , afin qu'un grand feailliste, que vous connaissez tous, ait encore une fois raison!
L'on proposa M. de Maulde, en qualité de maréebal-de-camp instruit, pour faire îa récep-
tion des armes à Tervère ; lui qui était charge d'en acheter tant d'autres î Je l'acceptai avec plaisir , quoique je ne le connusse que sur sa réputation d'habile homme.
Et quant à la question de l'intérêt commercial industriel de ?nes fonds , dont on me privait , elle avait été, me dit-on , bien débattue aux comités : enfin, puisque vous refusez, par déférence à leur avis, de vous expliquer là-dessus, Von vous propose , me dit un des ministres, un intérêt de 10 pour ioo : répondez net ; l acceptez-vous ?
— Messieurs, leur dis -je, si c'est comme dédommagement du sacrifice d'argent que je fais à la France, en vous laissant mes armes au premier prix que je les ai vendues , quand j'en pourrais toucher un bien plus fort , je ne l'accepte pas , parce qu'il n'y a nulle proportion entre le sacrifice et le dédommagement offert, et que je ne mets point à prix tout ce que mon civisme exi«e. Si c'est comme intérêt commercial de mes fonds que vous retenez malgré moi , sans que je devine pourquoi , vous m'obligerez beaucoup plus de me payer , Messieurs, en recevant ma livraison, et de garder votre intérêt qui n'est qu'une ruine pour moi. L'on ne fait rien qu'avec des capitaux; les intérêts sont bons pour les oisifs.
Pour n'être remboursé qu'à la fin delà guerre ,
je n'en puis accepter non plus , si vous ne me mettez à même , en me remettant quelques fonds , de suivre des objets majeurs que j'ai entamés malgré moi. Ou plutôt permettez que mon payement tienne lieu de l'intérêt que vous m'offrez comme un dédommagement : car aucun emprunt que j'aye fait pour cette malheureuse affaire ne m'a coûté , tous frais payés , un intérêt plus médiocre que celui .que vous proposez ? pour me garder mes fonds un temps illimité. Une semblable perte ne saurait s'apprécier : interrogez tout le commerce.
M. Vauchelle , de l'Artillerie , qui nous servait comme de rapporteur, prit la parole, et dit que si j'acceptais l'intérêt qu'on m'offrait , au lieu du capital que Von 'voulait garder, on me payerait 100,000 Jlorins comptants , en déduction du prix des armes , pourvu que j'acceptasse des mandats à plusieurs époques.
Après .quelques débats, je. me rendis avec regret. Les blancs de l'acte furent remplis , et nous nous retirâmes, pour qu'on en fit quatre expéditions semblables : une pour le département de la guerre ; l'autre pour celui des affaires étrangères ; la troisième pour le dépôt des trois comités réunis ; et la quatrième pour moi.
]Le lendemain au soir nous nous rassemblâme
à l'hôtel de la guerre, les ministres, MM. Vauchelle, la Hogue et moi, pour terminer.
Tels furent, Lecointre, les détails de cette négociation. Avais-je beaucoup influé sur tout ce qu'on venait de faire , contrariant en tout mes vues, me laissant pour tout avantage l'honneur des sacrifices que j'avais consommés? Avec cette authenticité > si les ministres étaient coupables y il faut pourtant prononcer net que les trois comités n'étaient guère plus innocents.
Voilà donc le traité conclu, après de longues discussions. Vous allez voir , ô citoyens , dé quels moyens on s'est servi pour en éluder toutes les clauses, et me plonger dans de pires embarras que ceux dont j'avais tant souffert !
Après lecture faite du traité, à l'instant qu'on allait signer, M. Vauchellc (un des plus puissants objecteurs que j'aye rencontrés de ma vie), s'avisa que si mon notaire , ayant quelque besoin d'une aussi forte somme, s'avisait , lui , de l'emporter, il s'agissait de décider qui, de la nation, ou de moi, en supporterait le dommage?
Je sentis que cette objection pouvait nous faire ■ i r mu mois en vains débats, au grand dommage <ie l'affaire. Je tranchai la difficulté, en «lisant à M. Vauch"lle que personne ne le supporterait, parce qu'au lieu de déposer des florins que nous n'avions pas , ni même des as-
ÉPOQUE. 23i
signats au cours du change pour florins , on prendrait, en présence des ministres , de bonnes lettres de change , pour ia somme, au plus fort ( comme dans les lois anglaises ) ; puis passées à mon ordre, et déposées ainsi chez le notaire ; traites , comme on le voit , dont il ne pourrait abuser ; et qu'à leur échéance , on les renouvellerait, sous les mêmes formalités, jusqu'au terme du payement , à quelque époque qu'il pût se prolonger ; qu'on réglerait alors les différences en plus, en moins » Je courais, comme on voit , au-devant de tous les obstacles.
Cela parut raisonnable à tout le monde. Enfin , M. Vauchelle , se voyant si pressé , se tourne Aers les deux ministres : — Il faut bien dire à M. Beaumarchais le vrai motif de la difficulté: Le département de la guerre n'est pas assez en fonds pour se dessaisir si long-temps d' une aussi forte somme , avant de la payer.
Par quel renversement d'idées , répondis-je comme un éclair, voulez-vous me soumettre , moi, à vous laisser mes fonds, au hasard de la malveillance et d'une longue nullité, quand le gouvernement français ne se croit pas assez riche pour l'oser ? — Messieurs , ceci rompt tout. Permettez que je me retire.
Je m'en allais. Vauchelle m'arrêta, disant que je prenais le change sur l'intention qui l'avait
fait parler; qu'on ne prétendait point l'arracher de moi pai violence, puisque le dépôt de la somme était régie avec les comités; mais qu'après avoir fait tant d'honorables sacrifices , une marque de confiance dans le gouvernement fran-> çais ne devait pas m'en sembler un ; qu'on ne voulait point me tromper; qu'on m'en saurait le plus grand gré ; que , pour mieux m'y déterminer , au lieu de cent mille florins que j'allais toucher tout-à-l'heure, si, pour faire aller mes affaires , j'en "voulais toucher deux cent mille , on me les donnerait, pourvu que je consentisse que les ordonnances fussent à poste , aux dates dont on conviendrait; ce qui diminuerait d'aur tant cet intérêt commercial qui paraissait me contrarier. La tête me brûlait ! Je me promenais, sans rien dire, dans le cabinet du ministre , où l'on entrait à tout moment : je cherchais vaine^ ment le mot de cette énigme. J'étais horriblement troublé !
Etait-ce un piège, une réalité? Les deux mi-r nistres , à qui je dois la justice de dire qu'ils étaient pour néant dans ces difficultés , tout aussi étonnés que moi , m'assurèrent qu'on en vcn-r drait le meilleur compte à V assemblée des co-r mités , et que j'en recevrais l'honneur dû à un si bon citoyen.
M. \^auchellc, regardant la chose comme ar-
rêtée, quoique personne n'eût rien dit, emporta les minutes pour les faire refaire dans la journée du lendemain , après avoir ôté de l'acte le dépôt mis chez mon notaire , en ajoutant, comme reçus tau moi , 200 mille florins , au lieu de 100.
Quant à moi, je me retirai, dans une confusion d'idées insupportable. Je voulais écrire aux ministres que je les suppliais de trouver bon qu'il n'y eut rien de lait , leur redemandant mes paroles. Mais ils s'étaient conduits si honorablement ! L'on pouvait tourner contre moi mon invincible répugnance , en me supposant l'intention de vouloir revenir sur l'acte, pour préférer l'argent des ennemis à l'avantage de la patrie.
Enfin , très - indécis , le lendemain au soir , nous fûmes chez M. Lajard. M. Vauchelle y lut le nouvel acte, cependant, que chacun collationnait un des quadruples. Moi , comme un déterré, j'envisageais M. Vauchelle, pour voir si tout était fini! Ce rapporteur fit signer les ministres; 'mon tour vint : j'hésitais ; on me pressa : je signai sans parler. M. Vauchelle serra un des quadruples dans sa poche ; et, comme je demandais les ordonnances de mes fonds , M. Vauchelle s'attablant pour les faire , se ressouvint subitement qu'il avait dans ses mains l'opposition d'un §ieur Provins, sans la main-levée de laquelle,
25 f TROISIEME
aucun ministre, disait-il, ne pouvait me remettre une ordonnance de fonds.
— Mai*, Monsieur, dis- je avec chaleur ; vous m'avez fait reconnaître dans l'acte, que je les ai reçus comptant. — Cela est bien égal, dit-il. Il n'y a qu'à mettre une addition à l'acte, qui dira qu'attendu cette opposition , vous ne toucherez rien qu'elle ne soit levée l
— Messieurs, leur dis-je, ce Provins a été condamné deux fois , il est sans titre contre moi; je n'ai nulle affaire avec lui : ce n'est qu'un instrument qu'on fait agir, à défaut d'autre , pour m 'arrêter de toutes les façons. Il demande 80,000 fr. à mon vendeur, le Brabançon, qui m'écrit ne lui rirn devoir. Eh ! quel rapport cela peut-il avoir avec raie affaire si majeure, qui regarde l'Etat et moi? Gardez, si vous voulez, 100,000 fr. , ou i5o,ooo; mais ne détruisez point un objet capital pour vous, en nous lésant user les mille et un délais que la loi accorde à cet homme , pour que l'arrêt qui le condamne ait son entière exécution.
— Monsieur, me dit M. Vauchelle , cela est impossible au ministre : mais laites en sorte que l'opposant s'explique au tribunal, sur le maximum de sa prétention , fausse ou vraie , sur votre vendeur: prenez-eu acte; alors on pourra faire ce que vous demandez. — Aon, non, Monsieur,
lui dis- je; déchirons plutôt les traites, et qu'il n'en soit jamais question ! Dans huit jours au plus tard , vous aurez vos 5oo,ooo livres , et vous me rendrez mes contrats. — On ne déchire point d'acte, me dit M. Vauchelle , quand un ministre Va signé. Ces délais de condamnation solutive sont une affaire de quinze jours ; voulez-vous annuller un acte, qui nous a coûté tant de soins , pour le retard d'une quinzaine ?
Pendant ce temps , il fesait froidement l'addition à l'acte signé par nous tous , par laquelle il était bien dit que je ne touchais point d'argent. Vous verrez, citoyens, quel usage on a fait depuis de mes reçus dans cet acte maudit, sans parler de la restriction qui eu annullait 1 effet! Vous en frémirez avec moi.
On me fît signer , malgré moi , l'addition , et je m'en revins en fureur délibérer ( trop tard ) sur ce qu'il fallait faire, emportant avec moi les minutes du premier acte, chargées de la main du ministre, où le dépôt chez mon notaire est spécifié, comme chose arrêtée! Je vous les remettrai , Lecointre.
C'était le 18 de juillet. Provins avait été déjà jugé et condamné : mon avoué me consolait, en me disant , comme Vauchelle : C'est V affaire de quinze jours! O citoyens, voyez vos belles lois! •Six mois après l'opposition, au ier décembre
suivant, tous les délais de l'ordonnance n'étaient pas encore expirés; et quand ils l'ont enfin été, lorsque ce Provins s'est trouvé condamné envers moi en tous dommages et intérêts , ou l'a fait se pourvoir par appel contre cet arrêt. Il y a neuf mois qne cela dure ; et Dieu seul sait quand cela finira !
INous avons depuis essayé, comme VaucheUe le conseillait , toutes les manières possibles de faire déclarer à cet homme, devant le juge, a l'audience, h quoi, pour le plus fort, il portait ses fausses demandes, contre le Brabançon, mon vendeur, pour profiter de sa déclaration, en laisser le montant à la trésorerie nationale jusqu'à sa condamnation ultérieure, et me faire délivrer le reste. Mais on l'avait trop bien endoctriné! cet homme est resté dans le vague d'une opjiosition sans motif. Voilà ce que mon dénonciateur appelle ma reconnaissance de son droit.
Etait-ce reconnaître un droit, que de chercher tous les moyens d'engager le gouvernement à me payer, malgré cette opposition illusoire ? Et pouvais-jc ne pas céder, lorsqu'on refusait de le faire, après les signatures données, sur l'acte portant mon reçu de sommes que je jn'ai
>int reçut s? Me restait-il d'autre ressource, dans l'état où l'on m'avait mis, que de constater,
tout au moins, en signant cette restriction, que l'opposition de cet homme , dont on n'avait parlé qu'après les signatures , qu'on ne voulait plus annuller , avait suspendu des payements , qu'on soutiendrait peut-être aujourd'hui m'avoir faits , notre acte en portant mon reçu, si l'addition signée ne démontrait pas le contraire ? Que n'ai-je pu ravoir cet acte et le déchirer en miiie pièces , à l'instant où j'ouvris les yeux! Tout est horrible en cette affaire
Arrêtons-nous! je sens que mon lecteur se lasse. Mon indignation qui renaît, me rend moimême hors d'état de continuer avec modération !
Qu'avais-je donc gagné, Lecointre , en sacrifiant mon intérêt de vendre a l'étranger , a V intérêt bien plus puissant de servir la patrie ? Rien, sinon d'avoir reconnu que les ministres royalistes, ni les comités réunis, n'avaient cherché à nuire à cette affaire nationale ; qu'un fort parti dans les bureaux d'alors et les ministres populaires avaient seuls mis tous les obstacles qui nous empêchaient d'avancer.
Mais moi, quel était mon état? J'avais perdu ma vraie propriété, et fait à mon pays le sacrifice des avantages que l'on m'offrait ailleurs , sans avoir même acquis la sûreté de mon payement; puisqu'on m'avait forcé ia main , sur le dépôt chez mon notaire , sous le vain dédommagement
d'un intérêt dont je ne voulais pas , dont je n'ai pas louché un sou ; quoiqu'on ait fait assurer a Lecointre que l'on m'avait payé , pour Vintén ï échu, la somme de 65,ooo liv. , tandis qu'on a trouvé moyen d'arrêter , sans me rien payer, les intérêts, les capitaux; enfin, jusqu'à mon propre argent, par d'indignes oppositions!
Mais ceci n'était rien auprès de tout ce qui suivit. Malgré l'horreur que j'en ressens, j'ai commencé , il faut finir. Vous allez voir , ô citoyens , par les époques qui vont suivre , jusqu'où, dans un temps de désordre, la scélératesse en crédit a osé porter son audace pour tâcher de faire périr un citoyen irréprochable , et parvenir enfin à voler la nation sans qu'on pût s'en apercevoir , comme on le fait de tous côtés. Mais malheur à qui m'a forcé d'entrer dans ces affreux détails! Ils ont tous espéré me faire égorger par le peuple trompé. Cinq fois l'affreux poignard a menacé ma vie. S'ils le font aujourd'hui, c'est un crime perdu : leur infà-*