‹ OEuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 20 sur 41 · MIE EST IMPRIMÉE · texte numérisé non relu

MIE EST IMPRIMÉE

QUATRIÈME É POQU E.

Malgré l'angoisse que j'éprouve , il faut poursuivre mon récit. O Lecointre ! si vous n'êtes

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pas un instrument banal de tomes les vengeances secrètes ? O convention nationale , qui m'avez jugé sans m'entendre , mais sur l'équité de laquelle repose encore tout mon espoir ! O Fronçais , à qui je m'adresse ! écoutez un bon citoyen qui dévoile une vérité qne l'intérêt national . contre son intérêt, le forçait seul de retenir.

Vous le devez. Souvenez-vous de rc dilemme sans réplique . insère dans ma pétition : Si je ne prouve pas à votre gré que les traîtres à la patrie sont ceux qui me font accuser , je vous fais présent des fusils ! Si ma preuve vous paraît bonne, je m'en rapporte à vous sur la justice qui m'est due.

Dévorez donc , ô citoyens , l'ennui de celle discussion ! Ge n est point pour vous amuser que j'écris, c'est pour vais convaincre; et vous y avez , j'ose ('ire, un plus grand intérêt que moi. Irréprochable en ma conduite, je puis perdre sur ces fusils ; mais vous, quand vous y renoncez , vous faites à la fois une grande perte et une pi lis grande injustice.

Ecoutez -moi aussi, vous qui applaudissiez quand on lança sur moi ce faux décret d'accusation ; comme si l'on eût annoncé un triomphe pour la patrie, comme si un motif secret eûtfaic saisir à tout le monde un prétexte pour m; écraser !

O mes concitoyens ! cette cause , entre nous ;

se divise en deux parts. Je dois prouver que j'ai raison , mais je ne puis aller plus loin. Vous , qu'un faux exposé trompa, vous devez revenir sur vous , et me faire bonne justice ; car la France et l'Europe , ayant le procès sous les yeux , pèseront à leur tour , dans leur balance redoutable , l'accusateur , l'accusé , et les juges.

Aucune des pièces que je vous ai fait lire ne saurait être récusable ; toutes sont authentiques, comme actes notariés , requêtes judiciaires , et pièces de correspondance , dont les originaux sont dans les bureaux des ministres. C'est l'ouvrage de chaque jour ; chaque jour amenait sa peine , et plus je vais monter en faits , plus j'espère vous attacher de ce grand intérêt qui touche à la chose publique. Prêtez-moi donc votre attention.

Le lendemain de ce contrat, tant de lois brusquement changé, contrat qui mutait tout et ne me donnait rien , mon notaire me dit : « Vous êtes abusé ; celte addition après les signatures , qui vous soumet à des délais pour toucher votre propre argent , qu'on peut prolonger tant qu'on veut, ni le traité qui la précède, ne disent pas un mot du sacrifice que l'on vous a fait faire du dépôt de dos fonds chez moi , réglé par les trois comités , dépôt qu'on a eu l'art de retrancher de l'acte , sans qu'il reste la moindre trace d'un dé-

vouement aussi parfait. » — Je ne puis croire , Lui dis-je, que l'on ait en cette intention cruelle.

« Je ne vois pas non plus , dans ce traité , dit-il , sur quel motif vous aurez droit de solliciter d'au'très fonds , s'ils vous devenaient nécessaires , ni même de toucher vos deux cent mille florins , si des ministres malveillants prenaient la place de ceux-ci ! Je vois que l'on vous a mené , de circonstance en circonstance , à signer un acte onéreux; plus onéreux qu'on n'ose dire, puisqu'on n'y met pas pour motifs les sacrifices qui l'ont dénaturé ! »

Je revins chez moi confondu de la faute que j'avais faite. Je me suis vu trois fois , disais -je , pris sur le temps , par les changements successifs du premier commis rapporteur ! Mais les ministres ont été si honnêtes ! Refuseront-ils de reconnaître que je fus patriote et désintéressé en sacrifiant mes sûretés aux besoins du département? Oublieront-ils qu'ils m'ont promis de m' en faire un très-grand honneur auprès des comités de l'assemblée nationale ?

Je vais leur écrire à l'instant. Leur conduite me montrera s'ils sont entrés pour quelque chose dans les atteintes qu'on me porte ! et s'ils ont cru servir le parti qu'on nomme autrichien , et nuire à l'arrivée des armes , en fesant retenir mes fonds, sans lesquels je ne puis marcher, et sans qu'il me

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reste une preuve du mérite que j'eus de leur laisser mes capitaux à la prière qu'ils m'en firent? Mon cœur était serré dans un étau ! Je pris la plume et j'écrivis la lettre timide qui suit.

A Messieurs Lajard et Chambonas , Ministres de In Guerre et des Affaires étrangères.

20 juillet 1792.

Messieurs,

« Le traité qui vient d'être passé entre vous et moi sur les soixante mille fusils retenus si injustement en Hollande , vous a donné de nouvelles preuves de V abnégation, continuelle que je fais de mes intérêts pour le service de la patrie.

» Vous avez insisté , Messieurs , sur ce que je fisse , aux besoins actuels du département de la Guerre , le sacrifice du dépôt convenu entre nous, chez mon notaire, de toute la somme qui m'est due , en vertu de ce même traité , jusqu'à son entier payement !

» Messieurs , des armes achetées et payées par moi , au comptant . depuis quatre grands mois '7 les frais extraordinaires occasionnés par l'odieuse retenue que les Hollandais font des armes; les emprunts à titre onéreux, que l'ahsencc de mes capitaux m'a forcé de conclure , pour alimenter mes affaires , me rendaient la sûreté de la rentrée de mes fonds absolument indispensable. La préférence a très-bas prix et à crédit , que mon patriotisme donne à la France, sur les offres au comptant d'un prix jue double du votre , que nos ennemis n'ont cessé de ■lire, et dont vous avez toutes preuves , me donnait, se , le droit d'exiger le dépôt arrêté entre nous de gent qui me reste dû, d'après le traité d'avant-liiei

ainsi que M. de Graves crut devoir exiger de moi celui de mes contrats viagers , lorsqu'il me fit une première avance ; mais vous avez désiré , Messieurs , que j'en fisse le sacrifice , en me promettant , tous les deux , que le dé-m ]>artement de la guerre viendrait à mon secours , si , avant V époque du dernier payement arrêté , j' avais besoin de nouveaux fonds pour le soutien de mes affaires ; et je l'ai fait.

» Eu relisant froidement le traité , je nj' trouve aucune trace de mon désistement du dépôt , ni de vos promesses à son sujet. Comment les prouverai-je aux ministres qui peuvent un jour vous succéder, Messieurs , si je n'ai pas de vous un titre qui , rappelant mon sacrifice , me recommande à leur justice ? Je vous prie donc , Messieurs , de vouloir bien régler et fixer entre vous , et même avec le chef du bureau de l'artillerie , qui a servi de rapporteur en cette affaire , et aux observations duquel , sur les besoins actuels du département de la Guerre , est du mon désistement du dépôt convenu; voulez-vous bien , dis-je , régler sous quelle forme il convient de me donner un titre , qui me fasse obtenir , dans un cas de besoin , les secours pécuniaires que vous m'avez promis?

» Je profite de celte occasion , Messieurs , pour Vous rendre de nouvelles grâces , ainsi qu'à tous les honorables membres des trois comités : diplomatique , militaire et des douze , réunis , du témoignage très-flatteur que vous avez tous daigné rendre à mon civisme désintéressé, lequel pourtant n'est , selon moi , qu'un devoir justement rempli ; comme vous le feriez vous-même , si vous vous trouviez à mon poste.

» Agréez , je vous prie , Messieurs , le dévouement respectueux d'un bon citoyen. »

Signé Cahow Beaumarchais.

J'avoue que je restai dans une anxiété fâcheuse jusqu'au moment où leur réponse me parvint- La voici telle que je la reçus le lendemain vers le midi.

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