‹ OEuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 21 sur 41 · A 31. DE BEAUMARCHAIS · texte numérisé non relu

A 31. DE BEAUMARCHAIS

Paris, ce 20 juillet 1792.

« Pour vous ôter, Monsieur , toule inquiétude relativement au changement que nous avons demandé , au nouveau traité des armes, en exigeant de vous que Le dépôt du capital des fusils en florins courants de Hollande , qui devrait être fait par le gouvernement chez votre notaire ( comme -vous avez fait celui de vos sept cent cinquante mille livres de contrats viagers , lors de l'avance de cinq cent mille francs , chez le notaire du déparlement de la Guerre) , n'eût pas lieu, et que l'argent restât de confiance dans les mains du Gouvernement ; nous vous répétons avec plaisir , Monsieur , que l'opinion unanime des comités et des ministres , ayant été que le patriotisme et le grand désintéressement dont vous avez fait preuve , en refusant des ennemis de l'Etat , de douze à treize florins comptants , des fusils que vous nous cédez à terme , sur le pied de huit florins huit sols, et la modique indemnité à laquelle vous vous restreignez pour tant de sacrifices, mérite les plus grands éloges , et qu'on vous traite fort honorablement sur cette affaire. Nous vous assurons de nouveau , Monsieur , qu'après que l'état de la quantité des armes dont vous vous expropriez , reçues, vérifiées , ficelées et cachetées par M. de Maulde , nous sera parvenu , signé de ce ministre plénipotentiaire , ainsi que le compte de vos frais , au remboursement desquels le traité oblige

envers vous le département de la Guerre j si vous avez besoin de nouveaux fonds pour l'arrangement de vos affaires, sur le reliquat qui vous sera du , le département de la Guerre ne refusera pas de vous les faire compter , ainsi que nous en sommes convenus , pour vous tenir lieu du dépôt , chez votre notaire , dont vous vous désistez. » Recevez-en notre assurance , Monsieur ,

Signé le Ministre de la Guerre A. Lajard;

Le Ministre des affaires étrangères , Scipion Charbon as.

En lisant cette lettre , je me disais : Ils ont senti mon affliction , et n'ont pas cru devoir m'y laisser un moment de plus. Grâces leur soient rendues !. Alors sortit de ma poitrine un soupir de soulagement. Je n'ai pas tout perdu , me disje ; si d'autres embarras arrêtaient encore celte affaire , au moins serais-je justifié par les grands efforts que j'ai faits : les éloges que j'en reçois seront ma douce récompense. Mais je dois , dans mon cœur , des excuses à tout le monde ; ou m'a fait soupçonner tout le conseil de malveillance ; j'ai soupçonné les deux ministres de vouloir nuire à l'arrivée des armes , pour servir un parti contraire , et tout cela n'existe point ! Heureusement que je ne suis coupable que dans le secret de mon coeur ; je n'ai nul tort public à réparer : il suffit que je m'en repente , et que j'aille demain remercier les ministres.

La prudence humaine est bien fausse ! Loin

2 jG Q U A T R'IEME

que tout le conseil ni ces ministres m'eussent nui , ah ! c'est le seul moment où cette affaire intéressante a été vraiment protégée ! Je me méfierai désormais de tous les bruits que l'on répand. Arrêter ces fusils est une trop grande félonie , pour accuser légèrement d'un tel crime envers la nation ! -Ceci n'est , je îe vois , qu'une 'vengeance des bureaux , affaire de cupidité , une grande leçon qu'ils me donnent , de ne jamais tenter de bien qui trouble leurs arrangements , et qui nuise a la marche ordinaire du pillage.

J'allai dîner à la campagne ; une indisposition m'y retint. Deux jours après , on m'y vint dire que les ministres étaient retires ; qu'un M. d'Ab an court avait la Guerre , et M. Dubouchage les Affaires étrangères. — Ah ciel ! me dis-je , celui qui perd un seul instant, peut en perdre un irréparable. Si j'eusse différé d'un jour , je n'obtenais aucune preuve des sacrifices que j'ai faits !

Ma position changeant avec les choses , au lieu d'envoyei' des reproches au chef des bureaux d'artillerie , pour tous les changements qu'il avnit exigés dans l'acte refait à trois fois , je crus devoir y substituer des remercîments sur les soins qu'il s'était donnés pour finir ; Je reste pouvait nuire et n'était bon à rien. Puis , le 25 juillet, je lui adressai cette lettre.

ÉPOQli E. 247

Page 1