‹ OEuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 24 sur 41 · DONT LES INTÉRÊTS SONT BLESSÉS · texte numérisé non relu

DONT LES INTÉRÊTS SONT BLESSÉS

» J'attends vos ordres là-dessus , et suis avec respect, » Monsieur, Votre , etc. »

Signé Caron Beaumarchais.

Je fus ce même dimanche au soir, 19 août, chez M. Lebrun pour la troisième fois du jour. Je voulais lui laisser ma lettre , après l'avoir discutée avec lui 9 afin qu'il la communiquât aux autres ministres , ses collègues. // ne me reçut pas , et me remit au lendemain. J'y vins à neuf heures du matin ; il ne me reçut pas. lllcme réponse : remis au soir.

Jmi arrivant chez moi ? j'y trouve un inconnu

qui écrivait chez mon portier. ( Lecteur, redoublez d'attention. ) Je suis chargé , me dit-il eu riant , de la part d'une compagnie autrichienne 7 de vous faire des propositions sur l'arrivée de vos fusils ; et je vous écrivais pour vous demander rendez-vous. — En nous promenant il ajoute : Connaissez -vous, Monsieur, M. Constantini?

— Je n'ai pas cet honneur, Monsieur. — Gomme il est lié d'affaires avec une compagnie de Bruxelles ; qu'il sait que c'est de là que vient V embargo mis sur vos fusils en Hollande, il vous fait proposer par moi , que si vous voulez lui donner moitié de bénéfice dans votre affaire , il a un moyen sur pour les faire arriver dans huit jours. — Il faut qu'il soit donc bien puissant, votre M. Constantini? Mais, Monsieur, je ne puis écouter, même sans tromper ce Monsieur, une proposition si vague; parce que je ne sais plus, à la manière dont nous marchons , s'il y aura bénéfice, ou perte ; faites-moi donc une offre nette? (Jue me demandez-vous d'argent pour faire armer nos fusils? Eh bien, Monsieur, dit-il, un florin par fusil; mais l'affaire payera les frais.

— Monsieur, il faut savoir quels frais ? Si votre M* Constantini employait la voie du commerce, les droits alors seraient, pour la sortie, d'un florin, et demi par fusil ; avec le florin que vous demandez pour ses soins, voilà les fusils augmentés de

deux florins et demi la. pièce, bons ou mauvais, sans être sûr si tous seront, acceptés au triage? L'affaire est loin, Monsieur, de pouvoir porter ce fardeau. — Combien donc voulez-vous nous donner, me dit-il ? Vingt sous par fusil , quel qu'il soit. Mais votre homme offrira caution , qui puisse me garantir que les moyens qu'il emploiera pour tirer les fusils de Hollande, ne les y cloueront pas. Je songerai quelle assurance je devrai exiger de lui. Soixante mille francs sont mon offre.

Il me dit : Je vais vous laisser sa proposition par écrit : je m'appelle Larcher : recevez mon adresse, et faites-moi passer votre réponse dans le jour; car je vous avertis, {en me regardant bien ) que cela presse un peu pour vous ! — Comment cela, Monsieur, lui dis-je! Il me quitta sans me répondre. Je ne savais quel sens donner à ce propos bizarre! J'ouvris les offres du sieur Constantini ;et, à mon grand étonnement, je lus l'écrit que je copie.

« Conditions proposées à M. Beaumarchais i) dans l'affaire des fusils déposés à Tervere en » Zélandc.

» M. Constantini , associé des maisons de » Bruxelles , propose à M. Beaumarchais de » partager les bénéfices de cette opération, par )> moitié, en faveur de M. Beaumarchais P et

» moitié en faveur de M. Qonstantini et ses as- » sociés.

» M. Beaumarchais justifiera sur-le-champ » de son contrat d'acquisition.

)> M. Beaumarchais ayant fait les avances de )) l'achat des armes , dont on a lieu de croire qu'il » a été remboursé en partie par le gouvernement » français , M. Conslantini , de son côté , s'en- » gagera à faire effectuer l'expédition de Teivère » à Dunkerque de la manière la plus prompte » et la plus convenable.

» Les frais seront supportés par l'opération. » Comme on est persuadé que l'expédition de » Teivère n'a été entravée jusqu'ici que par Fin- » Jluence de V ancien ministère , on a la con- « fiance de croire que M. Beaumarchais peut la i) faire cesser.

» On doit prévenir M. Beaumarchais que les » mesures prises et effectuées pour l'arrivée de » ces armes , peuvent seules suspendre la rëso- » tion d'éclair.cir la conduite de M. Beaumar- » chais dans cette affaire , etc. » ( Le reste était d'arrangement. )

Ha ha! M. Constantini! Nouvelle intrigue, et des menaces? Suivant ma constante méthode d'analyser tout ce que je reçois, je vois ici, me dis-je , un Autrichien français , qui prétend avoir les moyens de faire arriver les fusils. Cet Au-

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