‹ OEuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 35 sur 41 · PRÉTEXTE QUELCONQUE · texte numérisé non relu

PRÉTEXTE QUELCONQUE

( Entendez-vous ces mots , mon dénonciateur: Sous aucun prétexte quelconque? Tout vous paraît-il expliqué ? )

« LèS états-généraux se prêteront sans doute avec d'autant plus d'empressement à cette mesure de justice , qu'ils ne sauraient manquer d'apprécier dans leur sagesse les raisons combinées qui ont porté le gouvernement général à s'attacher à la condition exprimée , dont les circonstances

(i) Il c-t joli le droit , quand il n'y a nulle époque fixée dans lesdils actes, et qu'.Osy a fourni une caution de cinquante mille florins , et quand les tribunaux de l'empereur même ont fait adjuger ces armes au sieur Lidiay'e , sur la rétrocession (VOsy :1\ est. vrai que c'était avant qu'ils sussent que Luluiy e lue les céderait pour la France. Les inanœu vres n'ont commencé , contre l'extradition des armes , que lorsqu'ils ont été instruits Jtvzr la loyauté de nos bureaux de la Guerre d alors, que fêtais F acheteur des fusils., et qu'ils étaient pour nos soldats. Voilà ce que Leoiun n'a jamais ignoré. Ainsi, le droit de l'empereur était aussi fonde', que l'ignorance d< Lebrun , sur ce faii , était vraie !

survenues depuis justifient trop C oh jet pour s'en désister. »

( Entendez-vous encore cenx-ci , l.ecointrp ? Sentez-vous maintenant jusqu'à quel point vous lûtes abusé par le publiciste l ebrim? )

« Fait ù la Haye , le 5 juin 1792. »

Signe' le baron de Buohl Schavenstein.

Or ce M. Buohl, au nom de l'Empereur, avait porté sur ces fusils les prétentions que vous venez de lire , et dont le ministre Lebrun , qui feint toujours de l'ignorer, a la preuve depuis six mois : dans cette même note de M. Buohl, du 5 juin 179a ; dans notre requête du 12 , présentée par M. de Maulde aux États-Généraux, en réponse à M. Buohl, avec une note pressante de notre ambassadeur : enfin dans la réponse de LL. HH. PP. du 26 même mois ; toutes lesquelles pièces ont été remises a Lebrun, étant premier commis , par M. Chambonas; et depuis par moi-même , en sa qualité de ministre.

Et les complaisants Hollandais (grâce à leur molle politique) trouvaient les prétentions du sieur Buohl si justes , qu'ils en arrêtaient nos fusils! comme si la Hollande, où ces armes sont par transit , et dont fui payé tous les droits, devait, à ce Buohl, la complaisance de vexer un Français , pour plaire à sa gracieuse majesté,

très-impériale sans doute, mais nullement propriétaire!

Vous avez vu comment LL. HH. PP. , en répondant à notre requête du 10 juin oh nous demandions l'extradition des armes à grands cris, disaient, dans leur réponse du 26, que ies propriétaires {qui sont moi ) avaient eux-mêmes renoncé à l'exportation de ces armes. Puis , quand ces vrais propriétaires leur soutenaient avec respect qu'ils n'avaient dit nulle paît cette lourde bêtise verbalement ni par écrit, nos seigneurs ne disaient pins rien, fumaient gracieusement leurs pipes , et gardaie?it encore mes fusils.

Bien est-il vrai qu'ils ajoutèrent, dans leur réponse du 26 juin ( ce qui est plus intéressant ) , que ces négocians {toujours moi) étaient les maîtres de disposer, d'après leur bon plaisir, des neuf cent vingt-deux caisses, vingt-sept barils [tonneaux) de fusils et de baïonnettes, dans l'intérieur de la republique : attendu que l importation de ces armes est permise sans restriction, moyennant le payement des droits, qui ONTÉTÉACQUiTTÉs. (Acquittés par moit "M. Lecointre ! acquittés par moi , M. Lebrun!) Ne perdons pas le lil du raisonnement des Hollandais : il est parfait.

Jls me donnent le droit de vendre mes armes

dans l'intérieur, parce que j'ai payé les droits : mais quels droits leur ai- je payés? ceux de transit. Admirez la justesse! parce que j'ai payé les droits qu'on nomme de passage, celui d'entrée et de sortie, ils gardent mes fusils sous clef! (Dieu bénisse les politiques, avec leurs fatals raisonnements! ) El c'est de cette nourriture Qu'on alimente ma raison depuis neuf tristes mois , tant en Hollande qu'à Paris! Hollandais ! Buohl et Lebrun! vous êtes tous de la même force !

Notez encore que ces Etats, amis de l'empereur François, me donnaient une permission (que je ne leur demandais point) de vendre ces fusils en Europe , à nos ennemis qui les recherchaient à tout prix ( si c'est mon bon plaisir , disent-ils!), malgré que l'empereur, leur ami , eût exigé d'un Hollandais , que ces armes iraient à Saint-Domingue, sous peine de 5o,ooo florins, et malgré que LL. HH. PP., à l'appui de cette sûreté, eussent exigé de nous, en avril, trois fois la valeur de ces armes. Jeu puéril ! tout était oublié. Soldats français! tout était bon, pourvu que vous ne les eussiez jamais! Et nos perfides ministres, en abusant Lecointre , et fesant publier la chose, viennent de faire gagner la partie à vos ennemis, par votre décret de novembre.

Hélas! nos seigneurs de Hollande nous trai-

taient comme gens qui ne méritaient pas qu'on se donnât la peine d'avoir raisozi en leur parlant! Moquerie outrageuse, que Lebrun connaissait! Et c'était voire ambassadeur, o Français! qu'on batfouait ainsi! Car il appuya ma requête, d'un très fort mémoire de sa main, au nom de la nation française. Mais pourquoi m'en étonnerais-je, lorsqu'il était bien plus baffoué par le ministre de Paris , que par le bureau de la Haye !

Eu demandant pardon à cet ambassadeur maltraité, vexé, rappelé; quoiqu'il soit bien dans la diplomatie un des hommes les plus forts que j'aye jamais rencontrés , un travailleur infatigable, à qui je donnerais très-hautement ma voix pour en faire un ministre des affaires étrangères , si on les choisissait sur leur capacité; hélas ! j'en dis tout le bien que j'en sais , pour qu'il daigne me pardonner la contrariété que je me vois forcé de lui faire éprouver.

Pour revenir à mon affaire, je somme doue M. de Maulde de déclarer, sans nul détour, si tout ce que j'ai dit tenir de lui sur le Constantin i qsI faux?

Je le somme de présenter la letirc qu'il a reçue à ce sujet de la veuve Lombacrt , d'envers, sur la cession de mes fusils.

Et comme le Constantini est a\u/tar, avec son parler un peu niais, je somme aussi M. de

Maulde de déclarer à la nation si ce que cet homme a dit en d'autres lieux ,• savoir : qu'U donne un intérêt de 25 pour ioo , sur tous ses achats de Hollande , à certain prolecteur de son privilège exclusif y et lui en a remis sa soumissioj*; il ne le lui aurait pas dit aussi, dans ses vanteries accoutumées ?

Je le somme encore de nous dire s'il ne lui a pas fait quelque offre semblable , à lui-même, pour lermer les yeux sur le tout, même y aider dans l'occasion ?

Ce qui m'engage à peser sur ces faits, c'est le rappel, si brusque et saus motif, de cet ambassadeur, au moment où c'était un crime d'enlever de la Haye un homme aussi instruit des intérêts du nord, aussi aimé des Hollandais, très-estimé de leur gouvernement, quoiqu'on lui fit des avanies par haine de notre nation ; au moment, dis-je, où tous les cabinets venaient se mêler, et se peindre au cabinet statoudhérien ; comme tout l'horizon se peint sur la rétine de notre oeil, grande comme un oeuf de serin!

Et si, contraire au trium-rapinat , l'honneur de M. de Maulde l'a obligé de rejeter leur offre , je ne m'étonnerai plus de son brutal rappel , quoiqu'il fut l'homme le plus propre à nous bien servir en Hollande !

Des regards aussi vigilai ts auraient pu gèr.cr

Epoques. V, a'5

Lien des choses! Eli ! qu'est le bien de la patrie, près de M. Constantini? Il a bien mieux valu y envoyer lhainville , qui, tout aussi van ta r que l'autre, leur disait noblement «*/ Havre, eu racontait ^l/"7// allait releva' de Maulde : Je m'en vais à La Haye balayer toute la boutique !

Cette diplomatie peut sembler un peu bien étrange à ceux qui savent combien il faut de \rai talent, de grâces , de ruse et de souplesse, pour faire supporter ces missions inquisitoriaies ! Tels sont les gens qni mènent nos affaires , en fesant du Gouvernement un réceptacle de vengeance , un cloaque d'intrigues, un tissu de sottises, une ferme de cupidité!

Après avoir fini avec Osy de Rotterdam , et sans aucun égard aux menées de Lebrun, mais attendant ce qu'il me ferait dire par son nouveau collègue, Paclie, j'écrivis à M. de Maulde uve lettre officielle, le 21 novembre, ayant rapport à la réception de mes armes qu'il était obligé de faire, en qualité de maréchal -de-camp. J'y joins la lettre de ce ministre, en réponse a la mienne du 22.

Cette réponse de M. de Maulde exacte et fort honnête, comme tout ce qu'il écrit, est remarquable par trois points :

i° Par la conviction où il est que tous ces

ÉPOQUE, f,S/

revendeurs protégés, de marchandises hollandaises , Constantini et compagnie^ ne me pardonneront pas de les avoir privés d'agioter sur mes fusils. «/<? crois, dit-il, que , pour parer encore a quelque diablerie , car tous ces factieux d'agioteurs ne vous les économiseront pas , etc.

2° Elle est remarquable , par sa très-franche Volonté d'exécuter, sur ces fusils, les devoirs que lui imposait le traité du 18 juillet, d'après les ordres de Lebrun, qu'il ne croyait point illusoires.

5° Par la fatigue qu'il avait des vexations sans nombre y que mon affaire n'avait cessé de lui faire éprouver depuis huit mois qu'il la traitait et la suivait auprès des Etats de Hollande. ( Voyez sa lettre. )

Il y en avait donc réellement de longues et fatigantes vexations de la part des Etats de Hollande , sur cette affaire 7 que 1 ambassadeur vigilant ne perdait pas de vue depuis huit mois, dont il avait lassé les ministres de France , et dont Lebrun , qui se donne l'air aujourd hui de s'instruire des faits par un nouvel agent, avait eu les oreilles battues, et les deux yeux -frappés cent fois , comme premier commis , ensuite comme ministre, par vingt dépèches de M. de Jllaulde et par mes vives réclamations.

M. de Maulde m'envoyait , avec sa réponse ,

une lettre réquisitoriale au commandant français à Bruxelles* LaYoici:

La Haye, ce 0.1 novembre i-qa , l'an ier de la République fraacaîse.

« La présence de M. Tomson de Bruxelles étant absolument nécessaire dans ce pays pour terminer un achat d'armes fait par le citoyen Beaumarchais pour If» gouvernement de notre république , je vous prie, citoyen géné~ rai , de faire obtenir à M. Tomson le passe-port nécessaire pour ce voyage. Servir la patrie , voilà notre devoir et notre plaisir. L'aimer uniquement , voilà le culte digue de nous , vrais Français républicains. »

Signé Emm. de Maulpe de Hosdan.

Le 24 novembre , je demandai à ce ministre plénipotentiaire de France , mais officiellement, copie des lettres que les différents ministres lui avaient écrites sur l'affaire des fusils. Il répondit qu'il n'était pas d'usage qu'on donnât, en diplomatie , copie des lettres qui pouvaient parler d'autres choses , mais seulement de bons extraits. 11 voulut bien me les envoyer.

On peut remarquer cette phrase dans ma lellre : Je ne vous parle plus de ce fatal cautionne* ment , etc., qui n'arrive jamais , etc., parce que la malveillance qui l'arrête ne vient nullement de votre part , et que vous en avez écrit

Éro q v e.

plusieurs fois au ministre , comme je Foi fait moi- même , etc.

On peut remarquer celle-ci dans la réponse (le M. de Maulde : Il faut donc être en mesure de prêter ce cautionnement , ou nous ne tenons rien. Ions fie doutez pas que je jse retrace souvent cette observation au MINISTRE , à qui je présume que le citoyen Beaumarchais écrit chaque courrier.

Hélas oui, je lui écrivais. M. de Maulde lui écrivait. Constantini sans doute aussi lui écrivait. L'usage qu'il a fait des trois correspon-* dances est l'exécrable et dernier acte de ce drame ministériel ; mais comme c'est la fin de tout, avant de vous le présenter , je dois vous mettre sous les yeux ma lettre pressante du 5o , et la réponse de M. de Maulde sur la livraison de mes armes. Elles sont trop importantes pour ne les pas insérer dans le texte. Voici ma lettre»

La Haye , ce 3o novembre 1792 »

l'an ier de la République.

ClTOYFN MINISTRE PLENIPOTENTIAIRE DE FRANCE ,

» J'ai l'honneur de vous prévenir que l'armurier de Bruxelles , que mon vendeur hollandais et moi avons été d'accord de faire venir à Tetvère , pour y reconnaître en ma présence , et dans la vôtre , la quantité des armes en causes qui y tont détenues depuis plus de sept mois , est

5go SIXIEME

enfin arrivé à la Haye , sur l'expédition cîn passe-port que le général français, qui commande à Bruxelles , l'ai a donné , d'après la demande que vous lui en avez faite vous-même.

» Je vous ai prévenu dans le temps , citoyen ministre , et ministre citoyen , que si nous préférions cet armurier brabançon à tout autre, c'est parce que, depuis le commencement de l'affaire , cet homme a été chargé d'abord de faire passer les armes des citadelles de Maliues et de Namur en Zéjande , ensuite de réparer la partie des fusils qui en avait le plus besoin ; qu'il a huilé et encaissé ces armes , et qu'il en a remis alors l'état certifié à mon vendeur , lequel me l'a remis depuis , en le certifiant lui-même.

» La malveillance ministérielle , qui jusqu'à ce jour a retenu en France le cautionnement exigible tant demande et tant de fois promis , ayant servi de prétexte à la malveillance hollandaise, poux* empêcher l'embarquement e l'extradition de ces armes , vous savez aussi bien que mo: que le moment de résipiscence hollandaise , que nous devons aux grands succès de Dumouriez , est à peu près déjà passé, d'après le décret de la convention nationale, sur l'ouverture de la Meuse et l'Escaut. J'ai donc l'honneur de vous requérir, et même de vous sommet (pardonnez la rigueur du terme, à la rigueur des circonstances) ; j'ai l'honneur, dis-je , de vous requérir et sommer de vous transporter avec moi à lervère pour y recevoir , en votre qualité de maréchal'de-camp , mon expropriation légale et la livraison réelle de ces annrs payées depuis si long-temps par ii oi , au même instant où elle me sera faite à moimême , au terme du traité passé le 18 juillet dernier entre le ministre de la Guérie, Lajard, et des affaires étran-

gj&res , Cliambonas , d'après l'avis très-mbliMç des trois comités, diplomatique, militaire et des douze réunis, traité dont la teneur expressément reconnue par le rùinistre Lebrun , en dote du 20 septembre, qui vous l'a envoyé par moi , vous y oblige, ainsi que l'ordre exprès que ce ministre vous adonné, pour la partie qui vous concerne dans ce traité, par sa lettre du 20 septembre que je vous ai remise à mon arrivëe à la lune.

» Pardonnez si je vous préviens , citoyen minislré'pïéhipotentiair'e , qu'à voire refus de le faire à va réquisition;' si une guerre, qui paraît malheureusement trop prochaine", entre la France et la Hollande, aidée de l'Angleterre , privait la patrie de ces armes qui lui appartiennent, soit par quelque pillage , ou l'usurpation que les Hollandais en feraient , je me verrais forcé dès-à-présent d'en reverser toute la responsabilité sur vous , comme je l'ai déjà fait à Paris sur le ministère de France , pour le refus défait qui existe de sa part , d'envoyer en Hollande le cautionnement exigé par le traité du 1 8 juillet , et d'en exécuter les conditions , vous rendant garant , envers la nation, de toute la perle qui résulterait pour elle de votre refus de partir.

» J'ai dit et j'ai écrit au ministre Lebrun , pour être

MIS SOUS LES YEUX DU CONSEIL EXECUTIF PROVISOIRE, que je

ne ferais pas une démarche en Holiande sans lui donner toute la rigueur des formes , connaissant bien les motifs des oppositions , et mon intention étant de dénoncer à la nation toutes les lâches intrigues dont nos ministres sont malheureusement investis et enveloppés , pour empêcher ces armes d'entrer en France.

» Agréez, citoyen ministre plénipotentiaire de France, les salutations respectueuses du vieux citoyen. »

Signé Beaumarchais.

5çp SIXIÈME

J'étais malade ; ma lettre lui fut envoyée par un de mes amis, auquel il répondit.

La Haye , ce 3o novembre 1793.

Citoyen,

« Je ne puis que transmettre au citoyen Caron Beaumarchais V 'ordre impératif du ministre de la Guerre. Il ne m'appartient pas de 1p commenter. Notre ministère nous astreint aux notifications cjui nous sont imposées. Je îrvs fais officiellement, c'est remplir mes obligations. Je sais, comme particulier , ce que l'honneur el fa justice me prescrivent , et je n'aurai jamais besoin à cel égard de consulter personne. Mais , comme garçon ministre , subordonné dès-lors , je ne puis qu'obéir. Vous sentez qu'il ne m'est plus possible de me rendre « Tervère. 11 est vraisemblable que les causes d'un ordre qui m'étonne seront bientôt manifestées ; peut-être même en serez-vous plus tôt instruit que moi , car les nouvelles ni arrivent bien

lentement,

» Votre concitoyen ,

Le ministre plénipotentiaire de France ,

BftHtf. DE M.4ULDE Di; HoSDAN. >■

Sa lettre contenait la copie officielle d'une autre lettre du ministre Paclie , très-importante à lire , pour juger du désordre et de la profonde ignorance où vivaient tous les malveillants qui ont fourni les matériaux de ma dénonciation ; lettre que Lebrun envoyait, toute ouverte , au citoyen Maulde , avec un mot de lui ( ce qui la rend plus digue de remarque ), à Maulde qu'il

nommait encore ministre plénipotentiaire a la Haye , quoiqu'il y eût un mois que Thainville qui le balayait , était parti en poste, avec son balai, de Paris.

O désordre ! ô contradiction ! Je jure que tout marche ainsi dans ce fatal département.

Lettre du Ministre LEBRUN.

Paris , le 90 novembre 1792, l'an ier de la République.

« Le ministre des affaires étrangères envoie la lettre cijointe au citoyen Maulde , que vient de lui remettre le citoyen ministre de la Guerre. »

Lettre du Ministre P A C H E. ( Artillerie. )

« Je vous prie , Citoyen , de met Ire le plus de céleri lé qu'il vous sera possible à m'informer si , en conséquence ' de l'invitation qui a pu vous être faite à la fin d'avril ou au commencement de mai dernier , vous avez , conjointement avec le marécbal-de-camp la Hogue , fait vérifier et constater l'état et la quantité des fusils et. autres armes à feu déposés au port de Tervère au compte de Coron Beaumarchais , et si vous avez fait ficeler et cacheter les caisses qui les contiennent, afin qu'elles restassent dans leur intégrité.

» Si vous avez eu mission , Citoyen , pour faire cette opération , et que vous l'aviez remplie , je vous prie de ne pas différer un instant à m'en faire part , et de surseoir , en attendant , à toute vérification ultérieure à cet égard.

» Si , au contraire ; vous n'avez eu ni mission à «fc

sujet ni opération à faire , il convient que, sous quelque prétexte que ce soit , vons n'en commenciez aucune, jusqu'à ce que, d'après les renseignements que je vous prie de me donner à cet égard , je vous fasse connaître le parti a prendre ultérieurement. »

Signé le ministre de la Guerre, Pacue.

« Au-dessous est écrit :

« Pour copie demandée par le citoyen Beauma reliais , le premier décembre au matin. »

StgnéLiERox d'Herval , secrétaire.

Réellement , on ne sait par où prendre ce chef-d'œuvre ministériel pour en faire le commentaire. Certes , ce n'est point là l'ouvrage de M. Pache. Un ministre sensé n'écrit point de telles sottises sur une affaire qu'il ignore , et quand il se doute, surtout, qu'il pourra être relevé. Mais le hasard , joint à mes réflexions , m'a fait trouver encore le mot de cette absurde énigme.

La lettre est d'un commis , Fabricateur des fausses instructions qui ont trompé le citoyen Lecointre.

Avant de parler de cet homme , commençons d'abord par commenter sa lettre , signée Pache.

( La lettre. )

Je vous prie (dit le ministre mal instruit à l'ambassadeur bien instruit ) de m'injurmer si ,

en conséquence de l'invitation qui a pu vous être faite à la fin ^P avril, ou au commencement de mai dernier, etc ....

— Que parle M. Paclie des mois d'avril et de mât? Est-il possible qu'il ignore que les ordres donnés par le ministre Brun au citoyen ministre M fiulde sont du 20 septembre dernier ? lesquels ordres portant, de recevoir mon expropriation a Tervere , aux termes de V article 8 du tftkitê du 18 juillet y ne peuvent avoir aucun rapport à ce qui existait avant en fin d'avril , temps auquel cette livraison devait, par moi, se faire au Havre, et sur laquelle M. de Maulde n'avait eu ni invitation ni auctin ordre de personne; car il n7 était pas en Hollande.

( La lettre. )

Si , en conséquence de l'invitation d'avril

vous avez , conjointement avec le makéchal-de-

CAMP LA HoGUE...

— Grand-merci, M Pache : pour mon ami la Hogue , le voilà , grâce à vos commis , maréchal-de-camp , en avril , lui qui n'y a jamais songé ; et vous lui faites ce ridicule honneur , sur ce que , le 18 juillet , un traité fait par deux ministres , sur l'avis de trois comités, enjoint au citoyen de Maulde, en qualité de maréchal-decamp , de recevoir la livraison des armes de

mon ami, M. de la Hogue , nullement maréchalde-camp , mais chargé de faire , pour moi , la iivraisouà cet ambassadeur , en vertu du traité passé le 18 de juillet.

Si de pareilles lettres sortaient d'un des cabinets ennemis , que de lires nous eu ferions ! comme nos gazetiers de Liège s "en extasieraient <ie plaisir! Je vois ici le commis rédacteur se, pavanant de sa sagacité. Il me rappelle un classeur gentilhomme , qui , voulant se donner un air savant sur la mythologie , avait nommé son chien Thisbè ', et sa chienne Pirame , ets*en pavanait devant nous. Je vous dirai dans un moment quel est ce sage commis-là.

( La lettre. )

Si vous avez, conjointement arec le maréchal-de-camp la Hogue , fait 'vérifier..... et fait ficeler et cacheter les caisses , ( et toi/fours en avril). — Suivant l'ordre donné , comme je l'ai dit pins haut , le 20 septembre suivant , remis le 12 octobre au citoyen Maulde , par moi , missionnaire de M. Lebrun.

( La lettre. )

Et si vous V avez faite , cette vérificatioiv , je vous prie de surseoira toute vérification ultérieure . — Surseoir à la vérification d'une véri-

il cation faite et consommée ! Tout cela est d'une justesse , et je dirais , d'un sens exquis.

( La lettre. )

Si f au contraire , vous n'avez eu ni mission à ce sujet ni opération à faire, il convient que vous n'en commenciez aucune.

A quel titre M. de Mauldeew commenceraitil , s'il n'en a eu la mission de personne? lui , ministre de France, qui ne fait rien sans ordre, et de plus maréchal-de-camp ; titre que je lui restitue: il y a trop long-temps que l'on en pare mon ami , qui n'y a jamais prétendu.

Restituons aussi l'honneur d'avoir fait ceue lettre, à qui il appartient, car M. Pache l'a seulement signée. M Lebrun , qui sait le fond des choses, la lit et nous l'envoie ouverte, sans se soucier le moins du monde qu'elle ait le sens commun, ou non ; et nous disions en la lisant : La tête a-t-elle tourné à tous les chefs et à tous les commis ?

Je me mets à vos pieds, ô citoyens législateurs , pour obtenir votre indulgence sur le ridicule détail où je me vois forcé d'entrer ! Mais il est si fort inhérent à cette dénonciation qui vous a fait lancer un décret contre moi f que je les crois de même main !

Et vous, mon dénonciateur! Pardonnez-moi,

ou plutôt sachez-moi bon gré de prouver à la Convention , que ces imposteurs matériaux ne sont nullement votre ouvrage; que vous avez été trompé, vilainement trompé par ceux qui ne m'ont éloigné de France que pour m'assassiner avec impunité. Voici le fait :

J'avais chargé spécialement le chef de mes bureaux , mon fondé de pouvoir , de tourmenter INI - Lebrun pour m '"obtenir une réponse a quatre lettres successives. Il m'écrit qu'il n'a pu parvenir à rien tirer de ce ministre, ni sur ses réponses en retard, ni sur le cautionnement promis ; qu'il lui a constamment trouvé tout 1 embarras que je lui avais vu ! Ce fut au point que, pour se tirer de mon homme, sans laisser échapper le noir projet qu il méditait , il renvoya le pressant questionneur à un sieur du Breton, des bureaux de la guerre; lequel, après l'avoir poliment renvoyé dans des bureaux trop peu instruits , finit par l'adresser à un sieur //*** Mais laissons raconter à mon fondé de pouvoir, qui l'a subie , la ridicule scène qu'il eut avec cet //***. C'est sa lettre que je copie.

(( Ce '!/. âù Breton, ùi!-il , a fini par m'adresser à M J[*** 7 dans les premiers bureaux duquel j'ai trouvé une foule de gens qu'il a fallu laisser expédier avant que mon tour arrivât. Enfin, j'ai pénétré jusqu'à son cabinet.

<> Un peu surpris de l'air égaré de cet homme, pour

m'assùrer si c'était lui , j'ai débuté , lui demandant si j'avais l'honneur de parlera M. H*** , qui , l'œil hagard , le teint enflammé , le poing fermé , m'a dit d'une voix de tonnerre , et avec l'expression de la fureur : Tu n'as point Vhonneur, je ne suit point Monsieur; je m'appelle H***.

» Interdit d'une telle réception , j'étais prêt à m'en fuir • mais considérant que le personnage n'était point imposant , et voulant remplir ma mission , je lui ai répondu avec sang froid : « Pardon , citoyen , si j'ai mal débuté avec toi ; mais considère que les gens du commencement du siècle ne s'habituent pas, en une seconde , au grotesque langage de sa fin ? Au surplus, c'est donc ta m'aniè de te faire tutoyer ! Pourrais-je te parler seul ! |è suis renvoyé à loi par un ministre qui se nomme Lebrun . pour savoir où en est l'affaire du cautionnement tant promis à M. Beaumarchais , sur lequel on lui a donné tant de paroles, qui toutes ont été sans fruit? Yoiià ma question : lu peux répondre. — A qui parlai - je ? — A Gudin (*) , fondé de pouvoir de l'homme que j'ai nommé . et qui te demande une parole positive.

» & affaire dont tu me parles , me répond //*** , est une a/Jaiie siw laquelle je suis occupé à jeter un coup d'œil sévère. Beaumarchais a trompé Lajard, qui , comme un sot , s'est mis à la place de Beaumarchais , par un

MARCHÉ QUE JE PRETENDS DETRUIRE (i) J je Vais le faire

imprimer avec le premier pour que le public puisse juger lui-même et l'affaite et l'homme. — Vous le pouvez, Monsieur , lui dis-jc , et je ne doute pas que , sur votre

(*) Frère de l'homme de lettres.

( :) Ici le bout d'oreille du délateur se montre.

4oo S I X I E M E

réponse , que je vais lui faire passer , il ne prévienne vos intentions hostiles , et n'instruise ce public , que vous interpellez , des torts des ministres à son égard , et de la manière utile dont A a cherché à servir la nation , à laquelle la publicité que vous voulez donner à cette affaire , arrache cinquante-trois mille armes dont elle a le plus grand besoin. — Nous n'avons point besoin d'armes, répond H*¥* en courroux • nous en avons plus qu'il ne nous en faut : qu'il fasse des siennes ce que bon lui semblera. — C'est là votre réponse? — Je n'en ai point d'autie à te faire !

» J'aurais bien reparti que vous n'aviez trompé personne , ni traité avec Lajard seul ; que c'était avec trois comités réunis , de l'assemblée législative , et deux ministres , que vous aviez traité: mais j'ai pensé que s'il avait l'audace d'imprimer , il fallait vous laisser la gloire de la victorieuse réponse que vous avez à faire , en produisant l'avis des comités , et les éloges qu'ils ont donnés à votie civisme connu.

» Tel est , Monsieur , le résultat de mes démarches auprès de M. Lebrun. Il est visible que celte fin d'affaire est un piège affreux qu'on vous tend : il est prouvé qu'on voit avec plaisir tjiie vous y avez compromis une partie importante de votre fortune. Il ne s'agit plus pour vous de solliciter ni faveur ni justice. Ce n'est plus cela qu'il faut obtenir , c'est vengeance ! c'est adresse à la convention , et la punition des coupables.

i» J'ai l'honneur de vous répé'er que l'on ne veut point de vos armes : ils veulent votre ruine entière ; vous com~ promettre , si on le peut, aux jeux de toute la nation , pour vous perdre avec plus d'audace !

» Je viens d'écrire à //++* , que je n'ai pas bien compris

É ï> O Q U B. /Joi

•ce qu'il m'a dit ; ([ue , pour ne pas hasarder près de vous une lettre insignifiante sur une affaire aussi importante, il convient qu'il me trace de sa main ce que j'ai mal entendu.

» Voici ma lettre à H*** , absolument dans son beau style :

« Je t'avais demandé un entretien particulier , et ton cabinet se remplissait à mesure que je te parlais. Je ne t'ai pas bien entendu ; écris-moi ta réponse , jîarce que je dois la transmettre à mon commettant. Voici ma question : Donnera-t-on le cautionnement tant de fois promis, et non obtenu ? Tu vois que j'ai profité de ta leçon ; que la la politesse est bannie de notre société ! Sois vrai , c'est tout, ce que je te demande. Adieu, H*** : j'attends ta réponse. Avec un homme de ton caractère on ne doit point attendre. »

Signé Gudin , républicain tout aussi fier que toi.

Il nous revient une réponse de ce burlefque homme d'Etat, nommé, dit-on, le Lièvre , qui, allemagnisant son nom pour qu'il fût moins commun, et presque aussi original que lui , s'est fait appeler H*** ; comme qui dirait aimant le lièvre* Mais , avant de la présenter , rappelonsnous sa réponse verbale , si sage et si digne de lui. Nous n'avons aucun besoin d'armes , nous

EN AVONS PLUS Qï/iL NE NOUS EN FAUT, et qu'il

fasse des siennes tout ce que bon lui semblera.

Quoi! monsieur, c'est sérieusement que vous nous dites ces folies ? quand il s'en faut de plus

Epoques. V. 2 G

de 200,000 fusils , que nous n'en possédions le nombre nécessaire? Votre ministre Pache , bien mieux instruit que tous , surtout plus véridique , répond , en ce mois de janvier , au cojiseil général de la commune de Paris , d'un autre ton que son chef de bureau.

« J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite , par laquelle vous demandez le remplacement des armes que les citoyens de Paris ont données. Malgré l'envie que j'ai d'armer promptement les citoyens de Paris , il m'est impossible d'effectuer, quant a présent , le remplacement d'armes que vous demandez : la république se trouve dans une telle pénurie d'armes , que je puis à peine suffire à l'armement des bataillons de volontaires qui

demandent à voler à l'ennemi »

Signé Pache.

<?ertes , il y a quelqu'un qui ment , entre le maître et le commis. Ce n'est point le ministre ; et j'en trouve la preuve dans la réponse du commis , à Gudin , mon chef de bureau.

« Détruisons l'obscurité !

» La question que lu poses : Donnera-t-on le cautionnement tant de fuis promis et non obtenu? n'est point du tout celle à laquelle je puisse et je doive répondre.

» Il faut , avant tout, que j'aye une réponse décisive à cette question : A-t-on rempli les engagements du premier et du deuxième marché? I\ien ne le dit dans la correspondance et clans les pièces qui sont dans les bureaux.»

ÉPOQUE. 4o5

Mes lecteurs doivent être instruits que le sage //***( garçon de fourneau d'un chimiste , avant d'être premier commis), au lieu de souligner les phrases qui le sont dans cette copie, les a écrites en encre noire , le reste de l'épître étant à l'encre rouge. Les savants ont beau faire, ils ne sauraient se déguiser ! Gudin lui réplique à l'instant :

« Tu réponds à ma question par une autre : cela n'est plus répondre. Et cependant tu dis : Détruisons l'obscurité ! Ce que je demande est le mot de l'affaire ? Sans cette satisfaction , elle est perdue. Est-ce à ceux qui mettent les entraves à demander si les engagements sont remplis ? Si ce que tu as de la correspondance est insuffisant pour t'éclairer , on ne t'a pas tout remis.

m L'homme dont je stipule les intérêts , n'en a rien perdu ni égaré. Elle lui a déjà servi à lui sauver la vie, à lui mériter les certificats du civisme le plus pur. J?aime à me persuader qu'elle lui servira encore dans cette occasion.

» Tout homme qui voudra l'examiner sans prévention , n'y verra que gloire pour lui !

» Au surplus , si tu cherches la vérité , dis-inoi sans nul détour en quoi consistent les engagements du premier marché , ainsi que ceux du second , dont tu aurais à ?e-> procher l'inexécution ? »

Le Huron n'a plus répondu; mais il a fait Va, belle lettre signée Pache , à M . de Maulde ? ■sur le maréchal-de-camp la Ilogue et sur mpi ;

où l'on voit le gâchis que j'ai analysé , et que j'ai appelé chfj-d' œuvre d'ignorance. J'en demande pardon à Pache. Qui l'obligeait à signer cette lettre d'un insensé ? Et c'est ce M. //*** qu'on charge des dépouillements d'imc affaire aussi capitale , qui n'a pas la moitié des pièces , qui ne sait ce qu il* lit , pas plus que ce qu'il trace; lequel , bien ignorant des laits, mais n'en voulant pas moins détruire ( ainsi qu'on le voit s'en \ ■vanter') un traité dont il ne sait rien, pas même les clauses qu'il contient ? a fait tout le travail de mon accusation , travail dont l'ineptie m'avait tant étonné , avant d'être averti qu'il était du Lièvre.

O dieu! que la défense est épineuse et longue , sur l'attaque la plus absurde , quand on ne veut rien oublier ! Hàtons-nous, finissons. Le défaut d'intérêt tue la curiosité.

Je reprends mon triste narré.

Le premier décembre , on m'apporte la gazette de la Haye ? et j'y lis l'article qui suit :

Paris , le a3 décembre 179?..

« Hier , cent vingt mandats d'arrêt étaient déjà décrètes. Aussi était-on hier occupé à poser le scellé sur tout , dans la uiaison de Beaumarchais , qui est membre et appartient a i,a clique des cotvsi'Irateuus , et a écrit ■diverses lettres à Louis XJ I. »

Ensuite elle donnait un compte rendu sur l'affaire des fusils, fait dé main de maître Goura-

Cet extrait de gazette , traduit par un notaire jure de Londres , et légalisé par M. Chauvelin > ministre plénipotentiaire ,de France , vous sera remis.

En lisant , je souriais et je disais : c'est avec ces fausses nouvelles que les gazetiei s étrangers désaltèrent la soif qu'on a partoutdes événements de Paris , lorsque divers avis d'amis très-bfenveillants m'arrivent et me préviennent que si je veux apprendre le comble des horreurs à mon sujet , je n'ai pas un instant à perdre pour les aller chercher à Londres , mes amis n'ayant pas osé me les envoyer à la Haye , etc.

Je cours chez M. de Maulde le prévenir que je pars à l'instant , mais que je reviendrai sous peu. J'étais invité a souper , j'attends dans son salon. Sur la remise d'un paquet , il venait de passer c\\ç,z le grand pensionnaire. Je partis, et le lendemain je lui écrivis ce qui suit :

Du Paquebot qui nie passe à Londres , ce i décembre 1792 , l'an ier de !a République française.

Citoyen ministre plénipotentiaire ,

u Une nouvelle fort étrange que je trouvai hier dans la gazette hollandaise à mon sujet. , m'avait déterminé à partir pour Amsterdam $ mais la confirmation de cette non-

vclle qui mra été apportée de deux endroits différents, avec avis d'une de ces deux parts , que si je voulais avoir les plus grands détails sur V infamie qu'on veut me faire en France , auprès de la convention nationale ,je les trouverais en Angleterre , m'a , sur-le-charup , déterminé à partir pour Londres , au lieu d'aller à Amsterdam. Je voulais avoir l'honneur de vous faire part de cette résolution 3 mais on m'a dit que vous étiez chez M. le grand pensionnaire. On m'accuse d'avoir écrit plusieurs lettres à Louis X.VI. C'est une scélératesse qu'on méfait pour parvenir à une friponnerie. Je n'ai de ma vie eu l'occasion d'écrire à ce prince, sinon la première année de son règne, il y a p'us de dix-huit ans. Sitôt que j'aurais vu à Londres de quoi il est question au fond , je pars à l'instant pour Paris , car il est temps que la convention nationale soit instruite de tout , ou je reviendrai à la Haye terminer avec vous l'interminable affaire des fusils de Tervère.

» Recevez , ministre citoyen , les assurances les plus sincères de la gratitude du vieux citoyen persécuté. »

Signé Beaumarchais.

Arrivé par miracle à Londres ; après avoir iriasqué périr , comme le bâtiment qui nous suivit de près, et qui portait des émigrés français , la première phrase que j'y lus, en ouvrant mon paquet, fut celle-ci :

« Si vous lisez ceci en Angleterre , rendez grâce à genoux, car un Dieu vous a préservé .' » Suivaient les délils bien exacts des' manœuvres de nos ministres-, et ce sur quoi l'on m'invitait surtout à rendre grâce au ciel, était que si l'on m'eût arrêté en Hollande, où l'on avait

dépêché un courrier extraordinaire, pour m'arnener pieds et poings liés, on comptait bien que je n'arriverais pas vivant à Paris ', car ce qu'on y craignait le plus , c'était ma justification , dont j'avais trop , dit-on , menacé les ministres !

» J'écrivis sur-le-champ au citoyen de Maulde la lettre suivante : je supplie qu'on la lise avec quelque attention , à cause de la réponse qui me fut faite , non par lui , mais par un de mes amis de la Haye. »

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