‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de BourdeilleChapitre 10 sur 161 · M. DR L · texte numérisé non relu

M. DR L

Vovl.i enfin comme il en preud aux ingrats ; car, quelque belle couleur qu'il» puissent trouver en leur faicl, ils sont tousjours rejettes de toutes bonnes et honnestes compaignies : et faut bien dire qu'ils sont en rancune de tout le monde , qu'eux-mesmes se hayssent et ne se peuvent aynier ; et le plus graud desplaisir qu'on leur sçauroit faire , c'est de les appeller ingrats ;et confesseront plustost qu'ils sont subjects à toutes autres imperfections que tachés de ce vice. Ce qui n advient pour autre chose, si-non de ce que l'ingratitude est inexcusable; car, faillira l'obligation que l'on a, ce vice est trop deshonneste, et ne sçauroit se couvrir d'aucune chose. Ainsy demeure tousjours tonte nue, si bien qu'elle est contraincle de monstrer partout sa honte et sa vergogne; au lieu que les autres vices se peuvent quelquefois pallier et couvrir de quelque manteau, sinon vray, du moins approchant de quelque couverture.

£t ce qui est cause aujourd'hui qu'il y a tant d'ingrats et que Ton ne se soucie point de ce vice et péché, c'est qu'il ne porte point de punition quant et soy, comme plusieurs autres , et aussy qu'un tel mesfaict ne peut reccbvoir peine qui le puisse esgaller. Les Egyptiens jadis en sont esté fort ennemys de telles gens, et ne les puuissoient autrement, si-non qu'il les -faisoient cryeret publier partout pour infâmes, afin que personne ne leur rist plus aucun plaisir, estimant peine condigne à l ingratitude d'un amy de les lof faire perdre. Tous les Perses, comme dit Zenophou , ne trouvoient parmy eux aucun vice plus blasmable que ceste raaudictc ingratitude, et chastioient fort rigoureusement ceux qui en estoient touchés.

II y en a aucuns qui tiennent que , comme la trahison ne peut estre assez punie, aussy l'ingratitude ne peut estre assez blasmée et en horreur à tout le monde, cslinians ces deux vices sicoojoincts ensemble, que l'on peut dire que tout traistre est ingrat ; car, comme le traistre n'est autre chose que faillir de foy promise ou deue à une personne, aussy eslre ingrat n'est autre chose que faillir à l'obligation que l'on a . et se doibtA cause d'un plaisir. Ce malheureux Judas, qui trahit Jesus-Christ son bon maistre, fut et traistre et- ingrat tout ensemble; ingrat, pour avoir si mal recognu le bien et l'honneur qu'il luy avoit faict de l'avoir receu en sa tant honno-

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