‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de BourdeilleChapitre 112 sur 161 · EPISTRE DEDICATOIRE AU ROY · texte numérisé non relu

EPISTRE DEDICATOIRE AU ROY

Il a pieu & Vostre Majesté par plusieurs tois me commander de dresser par escrit des maximes et ad vis du maniement de la guerre, en ce qui concerne, tant Testât du gênerai et chefs principaux d'une armée, que surtout du devoir et office d'un mareschal de camp, qui est la plus importante charge de toute une armée, d'autant qu'en la dextérité et suffisance d'ycelle dépend de gaigner et prendre l'advantage pour le gain de battaille , comme au contraire la perte.

Mais , sire, ce n'est sans cause si je redoute de m'embarque r en ce vostre reyteré commandement en l'endroit et la majesté d'un tel roy, pourveu d'une si grande dextérité d'esprit, d'un si meur et rassis jugement, d'une si longue et bien fortunée practique et expérience au faictde* armes et de la notice de toutes choses , qu'il est en luy plustost de censurer le deffaut d'autruy que d'en tirer soulagement : et estime que, tout ainsy qu'un maistre d'escole fait reciter et prendre la leçon à son disciple devant luy , vous voulez sonder et faire un essay de ce que je puis avoir retenu et appris de vos si excellens discours, advix et resolutions, en tant de rencontres, stratagesmes, battailles, sièges de villes et autres factions militaires, où VoSlre Majesté s'est si souvent trouvée en propre personne, pour y commander avecquesbieu heureux succès, seurs tesmoings de vostre grande suffisance en ce mestier là.

Comme vous estes en toutes autres choses vrayement nos ire maistre, toutes ces considérations, a la vérité, joint la bassesse de mon style, plus soldat qu'éloquent , sont bien suffisantes pour me donner crainte et me suspendre de passer outre. Mais qui sçauroil refuser à celuy auquel Dieu et la nature n'ont rien desnyé, ny l'un de ses plus humbles , très-fidelles et trés-obeyssants subjecls et serviteurs, mesmes un siestroictemenl obligé à son splendide et libéral bienfaicteur , lequel , outre ce, m'a daigné tant estimer, honnorer et priser, que de me despartir un commandemeot digne d'un des plus excellens expérimentés capitaines qui sçauroit estre.

Recevez doncques, très-grand, magnanime, et très-valeureux roy, selon vosire accoustumée bonté, cesie marque

d'obeyssanceet non pas de présomption, n'ayant regret, si»non que les moyeiu de m'en demesler deuement ne sont tels , et ne correspondent à la volonté et désir que toute ma vie j'ay eu et apporteray à l'exécution de vos entiers commandemens, et fidèle acquit de vosire ireshumble serviteur.

Les moyens de s'appresler pour la guerre.

Je présuppose que le souverain a faict sa resolution sur l'occasion ou nécessité qui se présente de faire la guerre, soit d'assaillir ou se deffendre.

Que la guerre est justement prinse, et surtout celle qui est pour conserver la fby et religion, et le salut de son Estât.

Que l'on a commancé par le bon chemin, qui est de se retirer à Dieu et l'avoir appaisé, afin de le rendre favorable ; car c'est le fondement d'un bon chrcslien. Mesmes les payens ont usé en ce de la religion; car, comme l'on dit ordinairement , il n'y a chose si difficile à esviter que celle que le ciel nous envoyé.

Que le souverain aura prins le conseil des sages et expérimentés capitaines; car autrement, si l'on n'a bien digéré et pensé a entreprendre une guerre, l'on ne l'a pas acheminée que l'on désire la paix, laquelle, de reste façon, ne peut estre desavantageuse, comme l'on voit par expérience.

Et ne faut prendre de conseils de ceux qui ne s'entendent et n'y vont, ains des expérimentés, qui hasardent leur personne et leur vie.

Et n'attendre à se résoudre jusqu'à ce que Ton se voit en péril ; car il est lors impossible de prendre conseil, et suivre ceux qui sont

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