XX XI
Charles IX.
Escrit* le 17 may 1574.
Sire,
Je vous avois faict une despesche le cinquiesme de ce mois, par laquelle je vous faisois entendre ce que se passoit en ce pays ; et despuis ce jour là, est survenu que mardy dernier, environ midy , je fus adverty que le sieur de Puymarlin , chevallier de vostre Ordre, beau frère de M. de Losse, avoit prins et gaigné une des portes et tours de la ville de Sarlac par intelligence qu'il avoit avecques aucuns de ceux qui estoient dedans. Et craignant que ceux de Bergerac, ou autres de leur faction et voisins, eussent voulu secourir leurs compaignons, incontinent j'ay adverty plusieurs gentilshommes et seigneurs de mes parens et amys qu'ils me vinssent trouver; ce qu'ils firent le lendemain bon matin; et cependant j'advertis deux compaignies de pied que M. de Losse m'avoit laissées pour marcher droict vers Montigniac, où j'avois donné le rendez-vous. Et ainsy que je voulois monter à cheval avecques ceste noblesse, pour aller secourir le sieur de Puymartin, je fus adverly que ladicte ville estoit du tout en vostre obeyssance.
Non content de cela jedepeschis'un homme, et escrivis audict sieur de Puymartin, le pryant de m'en faire certain ; lequel me fit response telle que pourrez veoyr par un double de sa lettre que je vous envoyé. Et, voyant qu'il n'avoit point besoin de forces, j'ay donné conj;é aux seigneurs et gentilshommes que j'avois assemblés, de se retirer en leurs maisons, afin de leur esviter despense, et pour le soulagement de vostre pauvre peuple. Tous lesquels m'ont asseuré que toutesfois et quantesqueje leur manderay pour vostre service, ils ne fauldront à venir; vous asscurant, sire, qu'ils y vont d'un fort bon zelle.
Et, ayant receu ladicte response dudict sieur de Puymarlin, je luy ay dereschef envoyé un homme pour sçavoir plus amplement la vérité et confirmation de sa dernière lettre ; lequel
LETTRES
me fit autre réponse, comme pourrez veoyr par une coppic que je vous en envoyé, par laquelle cognoistrez ceux qui sont dans ladicte ville pour vostre service. Et me semble, sire, que leur devez escrire , et entre autres audict sieur de Puymartin, qui est cause de la reprinse de ladicte ville, et est homme de service : et aussy un nommé Prouhet, lequel fit l'enl reprise avecques ledict sieur de Puymartin, qui demande la confiscation et amende de vostre lieutenant de Sarlac, qui fut cause de la reddition dudict Sarlac la première fois aux huguenots; ce que me semble que vous la luy devez octroyer, et, en ce faisant, sera une bonne occasion que tous , cognoistront qu'avez envie de rémunérer ceux qui vous font service. Le sieur de l^osse a esté adverty du tout, afin d'y mettre ordre.
J'ay roceu cejourd'huy une lettre de luy, qui à Tonneins , datée du treiziesme du présent mois, par laquelle il me mande que le sieur de La Val Ici te cl luy sont joincts ensemble avecques l'artillerie, pensant que ledict Tonneins voulust tenir ; mais tous ceux qui esloient dedans se sont retirés à Clcyrac; et les sieurs de La Vallelte et de Losse s'en vont devers ledict Clcyrac avecques leurs forces, et , Payant pris s'en viendront devers Bergerac. Toutesfois, j'eusse bien voulu que ce fust esté plustost, parce que Langoyran fortifie le puisqu'il peut ledict Bergerac, et, à ce que je puis veoyr, il coustera bon devant qu'on l'ayc : et vous importe beaucoup, et à ce pays-cy, comme je vous ay lousjours mandé. Et si vous me eussiez mis une compagnie de gens d'ordonnance en ce pays, je eusse bien empesché que vos ennemys ne eussent pas faict ce qu'ils ont faict et qu'ils font tous les jours.
Sire, il y a un gentilhomme nommé Beaulieu, qui passa il y a huict jours en ceste ville, et s'en alloil à Montauban, devers M. deTerrides pour vostre service, estant en assez bon équipage; et le lendemain qu'il fut party d'icy, il me vint trouver tout dcsvalisé, et me dit que ceux de Bergerac l'estoycnt venu prendre en son logis, et ne luy avoient rien laissé. Ce nonobstant, il estoit requis et nécessaire qu'il parachevast la nuict son voyage. Quoy voyant, inesmes de tant qu'il estoit question du service (Je Vostre Majesté, je l'acconimodis de cheval
et d'argent. Qu'est la cause, sire, "que je vous envoyé ce présent porteur, pour vous faire entendre ce que dessus, et autres choses que je luy ay donné par mémoire. Vous supplyant très-humblement me mander vostre volunté, afin que je l'accomplisse de poinct en poinct fidcllement ; et le feray d'aussy grande affection que je prie Dieu , sire, qu'il maintienne Vostre Grandeur en bonne prospérité et très-longue
vie.
De Perigucux, ce 17 may 1574.