XL1X
Lettre de la reyne mere au seigneur de Los se
le 19 d'août 1574.
Monsieur de Losse, par ces lettres que le sieur marquis de Trans m'a escrites du 26 du mois passé, et le mémoire qu'il y avoit envoyé à sa femme , lequel m'a esté rendu par le sieur de Lansac , j'ay amplement sceu la perte qu'il a soufferte à cause de la guerre qui se fait par delà , dont je suis bien marrye. Ce sont les fruicts de la guerre , avecques laquelle je seray très-ayse qu'il se puisse revancher sur ceux de la nouvelle opinion qui luy ont faict ce tort, et qu'il s'employe aussy par mesme moyen en toutes les occasions qui se présenteront pour le service du roy , M. mon fils , selon la bonne affection que je sçay qu'il y a. Occasion de quoy je vous prie l'assister et ayder le mieux que vous pourrez des moyens qu'avez par delà à reprendre ce que lesdicts de la nouvelle opinion luy ont pris et occupent. Et , n'estant la présente à autre fin, je prye Dieu, monsieur de Losse, vous avoyr en sa saincte et digne garde.
Escrit à Paris ce 5 aoust 1574.
Et au dessoubs, Pinard.
Lettre du seignèur de Bourdeille à la reyne mere.
Eoroyée par Le Breulfa , le 29 d'aoust 1574
J'ay receu la lettre qu'il a pieu à Vostre Majesté m'escrire, dattée du 6 du présent mois, par laquelle me commandez de prendre garde aux affaires de ce pays de Perîgord , et d'y commander pour le zelle que j'ay au service du roy et vostre , et au soulagement du pays. J'acceptis ladicte charge incontinent que le sieur de Losse me dit qu'il avoit receu une lettre de vous pour vous aller trouver avant , laquelle je vis , comme je vous ay faict entendre par le gentilhomme que je vousay envoyé.
Puisque j'ay ce malheur de n'avoir l'honneur de baiser les mains du roy à son arrivée l je luy envoyé ce gentilhomme présent porteur
D'ANDRE DE B0URDK1LLE
pour luy faire entendre les affaires dudict pays, et à vous aussy , madame , qui sont tels que ne peuvent eslrc pis ; car il n'y a pas un seul homme de guerre , ny moyen d'en avoir , pour obvier aux desseins de vos ennemys , qui sont grands. Et si n'y mettez ordre de bonne heure, je crains qu'il vous adviendra beaucoup de maux , parce que lesdicls ennemys veullent assembler le plus de forces qu'ils pourront pour faire un petit camp voilant , affin d'empescher les desseins de M. de Montpencier , et ravager le pays. Ce qu'ils feront aysement , veu que je n'ay aucunes forces : et si j'eusse eu de la cavallerie , comme je vous ay souvent mandé, j'eusse à ceste heure le lieutenant de Poictou en vostre obeyssance, lequel a passé en ce pays, et n'a sceu si bien faire qu'il n'ayt esté blessé , six ou sept des siens, mesmes le capitaiue Puyraneau et son designé.
Vous sçavez, madame , qu'il y a huict mois que je suis icy, où je n'en espargne ma vie ny mon bien pour vostre service, sans avoir autre moyen que du mien, ayant faict des assemblées, pour cinq ou six fois , de la noblesse du pays, non sans grands fraix, pour empescher les desseins des ennemys, de façon que Dieu m'a faict la grâce qu'ils n'ont rien exécuté ny avancé sur ledict pays., ny ne feront, pourveu qu'il vous plaise de m'ayder de vos moyens et forces , ou il me coustera la vie , et de beaucoup de noblesse du pays , qui me font ce bien et honneur de venir quand je leur mande pour le service du roy. Et si mon labeur et despense a porté quelque bon fruict pour le service de Vos Majestés , il vous plaira , madame , qu'un autre n'en ayt point l'honneur et le profict ; car en cela on me feroit grand tort de telle affection que j'ay faict.
Madame , M. le marquis de Trans m'a demandé pour son fils la charge de cent chevauxlégers que le pays veut lever pour deux mois : ce que j'ay remis au roy et à vous. Vous sçavez qu'il est de grande maison , et qu'il a moyen de recouvrer gens . encor qu'il a perdu beaucoup en ceste guerre.
Je vous ay escrit plusieurs fois, et au feu roy, le bon devoir que les sieurs de Rastigniac font pour le service de Vos Majestés , et qu'ils sont tousjours prests avecques trente ou quarante chevaux, quand je leur mande pour
vostre service. Il avoit pieu au feu roy de leur donner l'abbaye de La Cliastre en la faveur du roy qui est à ceste heure. Il luy plaira, et à vous aussy , de leur escrire qu'ils ne bougent deladicte abbaye jusqu'à ce que Sa Majesté en ayt ordonné. I^dicte abbaye ne vault que sept à huit cens livres , mais elle est près de leur maison. Cela les obligera de plus en plus à vous faire très-hurable service.
Aussy , madame , M. de La Ceste , doyen de Poictiers, m'ayant faict entendre le commandement que luy avez faict de parler au lieutenant de Poictou , j'ay trouvé occasion de ce faire , envoyant quérir par mon trompette un prisonnier à Bergerac : mais , pour le peu de temps que ledict lieutenant a séjourné audict Bergerac , ils ne se sont pu rencontrer. Toutesfois , il a mandé audict doyen et a moy aussy comment il voyoit une misérable guerre en ce pays pour le pauvre laboureur et marchand qui trafique ; me priant d'y regarder de ma part , disant qu'il avoit trouvé Langoyran et ceux de Bergerac en bonne volonté de ce faire. Je leur ay mandé qu ils mettent leur intention par escrit, et que je leur fairois response ; mais ce ne sera pas sans en advertir premièrement Vos Majestés. A ce que je puis veoyr, ils veullent trefve, affin d'assembler et esmouvoir tout ce qu'ils pourront de ce pays, affin d'aller joindre La Noue pour rompre les desseings de M. de Montpencier. Mais j'espere de les en engarder, pourveu qu'il vous plaise de me bailler les forces que je vous mande. Ledict sieur La Ceste , vous eu escrit bien amplement , vous asseurant qu'il vous est bien fidèle et affectionné serviteur, et a moyen de le faire si vous l'employez.
J'ay esté adverly , madame , que sur l'acte d'octobre dernier passé des décimes de ce pays, reste onze mille deux cent quatre livres dixhuit sols cinq deniers , qui sont prests à estre levés, d'autant qu'ils luy sont deus sur les bénéfices qui sont aux pays de conquesle des ennemys et de Vos Majestés : s'il vous plaisoit m'en faire donner cela au roy, ce sera rescompenser partie de la despense que j'ay faicte pendant ces guerres. Je sçay bien qu'on vous dira que ces derniers sont destinés ailleurs ; mais je vous isseurc qu'ils ne sont payés de long-temps, encor que nous eussions une paix. Le mien il • ira tousjours devant en attendant cestuy-là ,
il a accoustumé ; et , si me le faites donner, asseurez-vous qu'il ne sera employé en meubles ny acquests.
Il vons plaira ordonner sur cela, et sur le mémoire que je vous ay envoyé , ce que dois faire, afin d'obeyr fidellement à vos commandemens. Sur cela , je prye le Créateur, madame, maintenir Vostre Grandeur et prospérité en longue et heureuse vie.
De Pcrigueux , ce 29 aoust 1574.
lettre du seigneur de fiourdeille au iu$- Henry III.
Knrorée par Le Breulh. le 29 û'tovtl 1574.
Sire,
J'ay extresme regret que jé ne puisse aller vous baiser les mains, avecqdes beaucoup de gentilshommes qui se rejouyssent de vostre venue tant désirée en cesiuy-cy pauvre royaume désolé , de façon qtt'ufl chascilft espère , par le moyen de vostre àdvenemeht , sagesse, grande vertu et expérience , aveccjues fortuné qùi vous accompaigUe.
Il a pieu â la rèyne vostre mere me commander de fié bouger d'icy , pour avoir l'œil et commandement aux affaires du pays concernant vostre service. A quoy je ne voulus faillir, n'ayant rien en ce monde plus cher que vostre service , duquel j'espere m'acquitter comme j'ay faict fldellcment jusqu'icy , ainsy que la reyne vostre mere vous (esmoignera bien amplement. Et, despuis le commencement de ces guerres dernières , je ne bouge de ce pays icy , qu'est ma totale ruync ; n'ayant tant de bien , pour cestc heure , de pouvoir jouyr de ce fruict que de vous veoyr que de temps à autre , il plaira à Vos Majestés, sire, me tenir a vos bonnes grâces, et me commander pour vostre service : vous asseurant que je ne m'cspargmray vie ny Liens pour (n'employer à l'exécution de vos commandemens.
J'cnvoyc le sieur de Breulh , présent porteur, exprès devers Vostre Majesté pour vous faire entendre bien amplement les affaires de ce pays. Sur cela je prieray le Créateur, sire, vouloir
LETTRES
maintenir Vostre Grandeur en toute prospérité, longue et heureuse vie.
De Perigueux , ce 29 aoust 1674.
lu.
Lettre du seigneur Je BouràeUle au due d'Jlançon.
Envoyée par Le
MONSl m . m i 1 ; ,
le 29 d'aoutl 1074.
II a pieu 9 la reyne vostre mere nie commander de ne bouger de ce pays icy pour avoir l'œil à tout , y commander, d'autant que tous les seigneurs et lieutenans du roy s'ëhsont allés au-devant de Sa Majesté : dont je suis bien marry , potlr le grand désir que j'avois de luy aller baiser les mains à sa venue, èi a vous aussy , et pOdr Veoyr ld joye et le contentement que vous deux aurez de vous veoyr l'un l'autre , que nous donne a tous esperânee de nous porter une bonne paix et union : en quoy je voils supplye très-humblertent, monseigneur, de vostre part y mettre là main, et avoir pitié de ce paiivre peuplé, èt que , jwr vostre grande vertu et providence, chascun puisse jouyr de ce bon fruict de paix, et me commander ce qu'il vous plaira qué je fasse pour vostre service ; vous asseurartt , monseigneur , que jë n'y espargrtéray jusqu'à ta dernière goutte démon sang.
J'envoye le sleiir de fcreuln pour faire entendre à Sa Majesté en quel estât sont les affaires de ce pays , qui vous le dira ptus amplement. Et sur ce je prieray le Créateur, monseigneur, qu'il maintienne Vostre Grandeur et prospérité en très-longue et heureuse vie.
De Pcrigueux , ce 29 aoust W4.