LUI
Instruction baillée au sieur de Breulh, cejourd'huy , 29 aoust 1574, pour renions trer au roy.
Premièrement, remonstrera à Sa Majesté comment la reyne sa mere a escrit au seigneur de Losse de l'aller trouver à Lyon , et laisser la charge et gouvernement qu'il a en Guyenne aux bailltfs cl seneschaux, ebascun en sa pro-
D'ANDRÉ DE BOURDEILLE
vince ; à quoy il y a Obey , et a laissé la charge du pays de Pcrigord au seigneur de Bourdeille pour commander en son absence : lequel seigneur de Bourdeille , n'estant rien moins dans le pays que Irdict seigneur de Losse et tous autres , u'auroit desdaigné de prendre de luy iadicle charge , préférant plustost le service du roy et soulagement du pays, que son service particulier, afin d'obvier aul inconveniens qui pourroient adveniraudict pays , veu les grandes affaires qui s'y présentent par le moyen de plusieurs villes et forteresses que lesdicts ennemys tiennent audict pays, comme Bergerac, Exigeât, Monpasur, et quelques autres petits chasteaux et clochers de paroisses.
Secondement, remonslrera à Sa Majesté en quel estât ledict seigneur de Losse a laissé ledict pays , ayant une compaignie de quatre-vingts hommes de pied dans Sarlac , commandée par le capitaine Solvigniac et le seigneor de Pu y mai tin , beau-frere dudict seigneur de Losse , chevalier de l'Ordre , pour commander en Iadicle ville , homme de bien et d'houneur, lequel fut cause de la prinse d'ycelle ; continuant à faire son devoir , il playra à Sa Majesté luy en faire un remerciment par lettre. Aussy il a laissé la compaignie du capitaine La Blegme aux forts qui sont autour de Sarlac < et la compaignie du capitaine Landrony à Moniignacj lesquelles despuis ont plié leurs enseignes à faute d'estre payées. La compaignie du capitaine Verduin estoit demeurée près du seigneur de Bourdeille; mais il en a faict de mesmes despuis deux ou trois jours pour semblable raison. Voylà que le seigneur de Bourdeille est desnué de mesraes forces, tant de pied que de cheval, à raison de quoy il est en grande peine , parce qu'il a eu advertissement comment le lieutenant de Poici ou et Langoyran sont assemblés j sont bien tous ensemble mille , douxe cents chevaux, dont y en a quelques six vingts de bons, et le reste arquebusiers à cheval , et font courir le bruict qu'ils vont en Auvergne pour combattre le sieur de Sainct-Aram , et s'assembler et joindre au viscomte de Gourdon par les chemins , qui en pcnl avoir autant ; et , après cedict voyage , s'en veulent venir repasser en ce pays , pour s'en aller joindre , avecques M. de La Noue en Xainclonge, pour de là s'en aller combattre W.tleMonlpcnCicr.ou bien rompre ses desseins.
Voyant cela , le seigneur de Bourdeille appelle messieurs de la ville , leur offrant mettre cent gentilshommes en ceste ville, pour obvier aux maux qui pourroient advenir sur le plat pays, et qu'ils ne prendront rien de la ville, mais qu'il faudroit faire nn maguesin de vivres, tant de chevaux qoe de la bouchedrs gentilshommes, qui seroient prins sur ledict pays : lesquels ont respondu audiet seigneur dp Bourdeille que resoluement ils ne vouloient point garnison. Sur quoy ledict seigneur de Bourdeille : que s'il venoit quelque fortune ou accident sur le plat pays, qu'on ne s'en prinst point a luy , et qu'il craignolt bien qu'il y advinst qbelque malheur en bref, car il n'a moyen aucun de recouvrer deniers pour amasser des gens , parce que le sieur de Losse avolt faict tenir dix-huict mille francs au commencement de ces guerres pour soldoyer lesdicis gens de pied , et pour ce faire a prins dix mille six cens sohante-huict livres dix sols , et le reste est à payer , que le recepveur desdicts deniers dit qu'il ne peut eslrc payé pour l'amour des ennemys , qui tiennent plusieurs places et bourgades. Toutesfois , à ce que je pais cognoistre , il en a encor entre les mains , vea qu'il ne veut point bailler les noms des paroisses qni ne veulent pas payer. Sur cela il plaise au roy donner commission , comme estant seneschal du pays , de Contraindre lesdicts recepveurs , tant ordinaire* qu'extraordinaires, de six en six mois luy donner un estât de cé qu'ils auront levé , et pareillement de ce qu'ils auraient à ceste heure, afin qu'il tienne la main pour les faire payer souldement. Et pour cela lesdicis recepveurs ne laisseront pas de rendre compte définitivement au bout de l'an en la chambre des comptes : et , par ce moyen , le roy sera mieux payé , et le peuple plus soulagé, et ne fairont point tant dé rellqna comme ils font; et ledict seneschal sera tenu envoyer son procès-verbal au conseil privé , et afin d'y mettre ordre s'il y a de reliqua.
Plus , ret ognoistra à Sa Majesté que , le douziesuie de juillet dernier, il fut arresté par les diffinitions des trois rstals , en la présence desdkts seigneurs de Losse et de Bourdeille, soubs le bon playsir de la reyne , de lever la somme de seize mille livres, pour eslre employées à I l'entielenement de cent chevaux-legers , pour i obvier aux courses que les rnnèhiys font tous les
jours en ce pays , et quatre cens soixante-quinze arquebusiers pour la conservation et garde des villes et chasteaux de conséquence qui sont en ïobeyssancedu roy : ledict eslat faict pour deux mois seulement, duquel ledict seigneur de Rourdeille a envoyé une copie à Sadicte Majesté , et a donné la commission du seigneur de Losse aux esleus pour despari ir lesdicts deniers , affin de les faire lever ; lesquels luy ont respondu ne pouvoir vacquer à la cothisation de ces deniers, obstant les ordonnances royaux et arrest de la cour de parlement de Bourdeaux baillés puis peu de jours , parce qu'il leur est prohibé et deffendu , et à toutes personnes , faire aucune imposition de deniers par vertu de commission des lieutenans du roy , gouverneurs des villes et autres lieux , sans les patentes du roy de luy signées : mais, toutesfois, cela n'a pas toujours esté observé , tant aux autres guerres qu'à présent ; mesmes que , sur lesdicts dix-huicl mille livres qui ont esté levées dernièrement, ont levé dix-sept cens livres davantage , et autrefois pour l'cstape de trois enseignes de gens de pied : et disent que ladicte somme de dix-sept cens livres , les fraix , lesquels ledict seigneur de Rourdfille a faict calculer , qui ne se montent qu'à sept ou huicl cens livres. Plaise à Su Majesté, pour obvier à tous ces abus , deffeodre auxdicts esleus , cl autres officiers , de ne faire aucun despartement de deniers , tant ordinaires qu'extraordinaires , sans y appeller les seneschal , baillifs, ou leurs lieutenans, et , pour ce faire, faut avoir les patentes adressantes auxdicts esleus, ensemble aux recepveurs desdicts deniers, pour les contraiudre de faire ce qu'est dict cydessus. Eucor que ce soit Testât d'un seneschal de le faire, il sera tousjours mieux authorisé , et . en faisant ce que dessus, Sa Majesté sera beaucoup mieux payée , et le peuple plus soulagé.
Faut remonstrer aussy à Sa Majesté, s'il veult que Icsdictes seize mille livres se lèvent pour avoir les cent chevaux légers et gens de pied pour mettre garnison, d'envoyer commission adressante au seigneur ou son lieutenant, commandant aux esleus de despartir lesdicts deniers, et les lever i moindres fraix qu'ils pourront, pour soldoyer lesdicts cens chevaux et gens de pied : mais qu'on ne fasse point estât d'avoir lesdicts chevaux légers si tost, parce
qu'il n'y a personne qui se présente pour les avoir, si-non le fils de M. le marquis de Trans et le seigneur de Rastigniac, lequel demande quelque somme d'argent pour le faire : et semble que pour cela on ne doit point laisser d'envoyer icy de la cavallerie; autrement il pourra advenir en ce pays quelque malheur : et jusques à présent Dieu a tant favorisé le seigneur de Rourdeille , que l'ennemy n'a rien advancé ny exécuté sur ledict pays.
Voilà toutes les affaires qui se présentent en ce pays pour l'heure présente. Qu'il plaise à Sa Majesté de y regarder , et envoyer forces et moyens audict seigneur de Bourdeille, ou bien son congé, car il a demeuré huict mois icy, ayant assemblé cinq ou six fois la noblesse du pays pour obvier aux desseings des ennemis, qui n'a pas esté sans grands fraix et mises, et a tousjours trouvé la noblesse du pays fort ridelle et prompte au service du roy et Sa Majesté , à laquelle il plaise donner, pour la garde dudict pays de Perigord, cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, et deux enseignes de gens de pied; au lieu d'ycelles cent harquebusiers à cheval , outre ce qui est dans le pays, lesquels hommes d'armes et harquebusiers seront dédiés à faire les courses nécessaires pour rompre les desseings des ennemys, leur oster les vivres, et empescher qu'ils ne se joignent avec ceux de Xainctonge , suivant comme ils font; et, à ces fins, ordonner quelque somme de deniers sur les cinquante mMlc au seigneur de l/>ssc pour subvenir aux affaires de la guerre et son gouvernement de Guyenne, duquel est le pays de Perigord et despescher ce gentilhomme présent porteur bientost avecques les commissions nécessaires à ce que dessus. Et pareillement remonstrer à Sa Majesté comment les garnisons quisont aux places fbrtesdemandent deniers ; et, à faute deyestre pourveu, craint ledict seigneur de Bourdeille qu'il advienne inconvénient.
Lettre du seigneur de Bourdeille à la rejne mere.
Envoyée le 4 de septembre 1574, Madame,
Il a pieu au feu roy , il y a quelque temps, de me donner l'abbaye de Solygoiac, à la faveur
D'ANDRÉ DE BOURDEILLE
du roy qui est & présent et de vous. Toutesfois n'ay point eu les sitost, parce qu'on me deroandoit deux mille cscus, qui est bien le revenu de deux années. J'ay mieulx aymé metlre et employer ces deux mille escns pour le service du roy que avoir lesdictes bulles, pour l'espérance que j'ay tousjours eu que le feu roy et vous me continueriez ce don ; et aussi m'asseure que, à ostre faveur, cestuy roy, vostre bon fils , m'en fera de mesme : par quoy, je vous supplyeray très-humblement , madame , de me la vouloir faire continuer. Ce me sera moyen de luy taire, et à vous, très-humble service.
Despuis que le gentilhomme que j'ay envoyé devers Vos Majestés est party, il n'est venu rien de nouveau, sinon que ceux de Pons ont grandpeur que M. de Montpencier les aille veoyr; à quoy il me semble , madame , qu'il ne sçauroit faire mieulx, et que pour certain il l'emportera: et si ainsi n'estoit, ceux de Gascoignc et eux ne se joindroient pas si aysement, ny si souvent, comme ils font; et, après cela, mondict sieur de Montpencier pourroit venir à Bergerac , qui sera assez aysé à prendre, de tant qu'il n'est fortifié en beaucoup d'endroicls. Et, par ce moyen, vous mettrez un grand pays en vostre obeyssance.
On vous pourroit dire sur cela, madame, que Lusignan et Fontenay seront de plus grande conséquence. Mais , si on y regarde de bien près , il sera trouvé que non, à cause des passages des rivières, et des assemblées qu'ils font tous les jours en ce pays à la faveur: et, d'autre coslé, Pons et Bergerac ne seront pas si forts que Lusignan et Fontenay ; et mondict sieur de Montpencier pourra envoyer de la cavallerie pour garder le pays de Poictou ; car il trouvera par-deçà ceux de messieurs de Vcntadour, des Gars, La Vauguyon, et la noblesse de ce pays.
Il vous plaira doneques, madame, y adviser; et sur ce je pryeray le Créateur, madame, qu'il maintiegne vostre prospérité et grandeur en très-longue et heureuse vie.
De Perigueux, ce 4 septembre 1574.
Lettre de la reyne mere au seigneur de Bourdeilte.
Eâcrile le 8 et receue le 31 d'aowi 1575.
Monsieur de Bourdeille, encorque je vous aye naguieres escrit de prendre garde et avoir l'œil à la conservation du pays de Perigord , à ceste heure qu'il en est aussy grand besoiug qu'il fut oneques, toutesfois, partant présentement pour m'en aller à Lyon au devant du roy, M. mon fils, j'ai bien voulu vous faire ceste depeschc pour vous pryer de veiller soigneusement à maintenir ledict pays soubs son obeyssance, et empescher, tant qu'il vous sera possible , que ceux de la nouvelle opinion, et autres mal affectionnés à la tranquillité publique, n'y puissent faire de surprinse ; commandant à ceux de la noblesse dudict pays et aux habitans des villes ce qu'ils auraient à faire pour le bien des affaires et service du roy, mondict seigneur et fils, et leur repos et conservation.
Et, affin que vous ayez moyen de satisfaire ce que dessus, j'ay advisé de vous remettre et bailler vostre compagnie de gens d'armes, que vous referez et assemblerez le plustost que vous pourrez. Je vous ay aussy ordonné trois compaignies de gens de pied, que vous ferez lever et mettre sus incontinent; lesquelles seront entretenues aux despends du pays, suivant les commissions que je vous envoyé, tant pour vostre compaignie de gens d'armes et celles de gens de pied , que pour faire despartir et esgaller la levée du payement et e ntretenement d'yceux gens de guerre à pied : en quoy vous tiendrez la main qu'il soit usé de bon mesnage, et de la moindre foule sur le peuple qu'il sera possible.
L'affection que je sçay que vous avez au bien du service du roy, mondict seigneur et fils, et au repos dudict pays, me garderont de vous faire plus particulière recommandation du devoir que je désire que vous rendiez en ceste charge, de laquelle me reposant sur vostre vigillance et prudence, je pryeray Dieu , monsieur de Bourdeille, de vous avoir en sa sainetc garde. Escrite à Paris le 8 aoust 1574.
Catherine.
Et au dessoubs, Pinaro.
LVJ.
Lettre de la reyne mere ait seigneur de
Eacrite le 21, et reccue le dernier d'aounl 1574.
Monsieur de Bourdeille, despuis quatre ou six jours, le porteur m'a rendu vos lettres du 8 de ce mois, outre lesquelles il m'a faîct entendre, suivant l'instruction que |uy avez baillée, Testât des affaires de par de-là, où j'ay veu le bon service que, de.spuis le parlement du sieur de Losse, vous avez, par voslre seul moyen et de vos amys, non-seulement faict au roy, M. mon fils, mais aussy à tout le pays de Perifjord , ayant remis en l'obcyssance du roy, M. mon fils, les lieux et chasieaux de La Chapelle et de Danay, dont je vous sçay infiniment bon gré , n'estant pas de ceste heure â cognoistre vostre bonne et grande affection au service de mondict fils; et aussy pouvez-vous croire que outre ce il vous cognoisl pour vous avoir veu auprès de luy les guerres passées. Je luy feray entendre la bonne volunlé de laquelle vous y avez tousjours continué despuis son parlement.
Je ne feray longue responsc à vos lettres, d'autant que, par mes dernières drpesches, vous vous trouverez satisfaict aux principaux chefs de ce que vous desirez, qui sont des forces et de l'argent , vous ayant envoyé commissions pour mettre soubs vostre compagnie de gensd'armes, faire lever trois compagnies de gens de j ied, que vous choisirez et retiendrez des sept que m'escrivez que le sieur de Losse a laissées par de-là , et licencierez les quatre autres si çognoissez que ce soit assez desdictes trois pour la conservation dudict pays de Perigord, dedans lequel je vous donne dereschef charge de commander pour le service du roy, mondict seigueur et fils. Il vous sera envoyé pouvoir de luy, (cl qu'il vous e>t pour cest effect nécessaire , et qui sera si ample que je m'asseurc que en serez bien content.
Gepcudant vostre présence estant très-requise par de-là pour y donner ordre à toutes choses, vous ne pouvez pas venir trouver le roy, mondict seigneur et fils, comme vous desirez. Mais il faut que vous y demeuriez, et vous asseurer qu'il aura autant agréable le service que
LETTRES
luy fer» par de-là, que eeluy qu'il pQurrpit
recepvoir de vqus près de sa personne.
Quant à ce qui touche l estât du juge criminel de Perigord, doqf a esié pourveu M Borie , cela a esté faici au conseil privé du roy, M. mon fils. Toulesfois je y feray reyteration à la requeste de celuy dont m'escrivez, quj a esté pourveu delà jurisdiclion civile, lequel prétend estre intéressé en cela , et luy en faire telle raison qu'il aura occasion d'estre coûtent; vous voulant bien asseurer que ledict La Borie ne m'a jamais parlé de vous que à yostre honneur et représentation.
Et, pour le regard de l'abbaye de La Chaslre, je m'esbahis que n'ayez rrceu les lettres que je vous a y cy-devant escrites. Mais je suis bien contente qu'elle demeure ès mains du sieur de Hastiguiac en attendant l'arrivée du roy, mondict seigneur et fils ; et à ceste fin je luy escris qu'il la garde.
Et pour ce qui concerne la ville de Perigueux, en laquelle les babitans ne veulent recepvoir garnison , si le danger y estoit apparent , je semis bien d'advis qu'il en fust mis. Mais vous m'escrivez que le pays, est à présent en bon repos, dont je loue Dieu. Je ne croy pas ques qu'il soit besoing de y mettre pour ceste heure , ne de faire porter cesie charge aux habitans, lesquels je désire soulager eu ce qu'il sera possible. Toulesfois, je leur escris une bonne lettre, afin que une autre fois ils fassent et obeyssent à ce que leur commanderez et verrez qu'il sera nécessaire pour le bien du ser vice du roy, mondict seigneur et fils , et conservation de ladicte ville. Et, me remettant à ce que cediet porteur vous fera plus particulièrement entendre de mon intention sur tout ce qu'il m'a dict de voslre part, je ne m'estendray davantage en ceste lettre, pour prier Dieu, M. de Bourdeille, qu'il vous ayt en sa saincle garde.
Escrit à Paris le 21 aoust 1574.
Catoerike.
Et au dessoubs , Put akd.
Et en marge de ladicte lettre :
Monsieur de Bourdeille, si desdictes sept compagnies vous pensez qu'il n'y en aye trois desquelles vous puissiez vous fier, pour n'estre disciplinées et obeyssantes , comme il est nécessaire
pour le bien du service du roy, M. mon fils , les toutes sept, et en faites lever trois , taillerez à trois capitaines que vous choisirez , et dont vous avez fiance. Les trois commissions que vous envoyé vous serviront à effect.
D'ANDRÉ DE BOURDEILLE. 559
Grandeur et prospérité en très-longue et heu-
vie.
De Perigueux, ce 16 septembre 1574.
Lettre du seigneur de Bomdeille au, roy Henry III.
Ejcrtte le 16 septembre 1574.
Sire,
Il y a quinze jours que le sieur d'Oleron vint aux fauxbourgs de ceste ville, pour parler au iieur deGuersac, le prier de parler au sieur Delmieulx son frère, affin de l'accorder avecques iuy : et sur cela il advint quelque dispute entre messieurs de la présente ville et ledict sieur d'Oleron , comme ce présent porteur vous dira bien amplement ; si bien qu'il y en eut de tués (|'un costé et d'autre, et aussy des prisonniers , entr'autres un gentilhomme nommé Peschaud, lequel est en prison de ceste ville. Toutesrbts, on ne l'a point trouvé coupable en rien du monde , si-non d'avoir porté les armes contre Vostre Majesté estant à Sarlac ; mais , quelque temps devant que ce faict advint , la dame de Fayes avoit si bien gaigné ledict Peschaud, qu'il luy avoit promis de ne jamais porter les armes , et me l'a promis aussy à ce coup , et que, au contraire, il les portera pour vostre service. Il y a plusieurs seigneurs et gentilshommes, à qui il appartient , qui mont requis de le laisser aller; ce que je ne voulus faire sans premier sçavoir vostre volunté. À ceste cause, je vous supplye très-humblement, sire, de le mettre en liberté, à la charge qu'il portera dores en avant les armes pour vostre service : et, en ce faisant, vous ferez cognoistre a tous ceux de ceste faction et autres que vostre miséricorde et bonté est plus grande que leur malignité et desobeyssance , comme tous les jours je dis et fais dire que ne demandez autre chose , si-non que chascun se retire en sa maison et vive en paix. Gedict porteur vous dira plus amplement de ce faict. Sur cela je prieray le Gre«teur, sire, qu'il maintiegne Vostre
Leftre du seigneur de BourdùKe au roy Lfenrr m
Envoyée par M. Le Cbantre, le 18«epiembrel574.
Strus,
Despuis que j'ay envoyé le sieur de Breulh devers vous pour vous faire entendre en quel estât sont les affaires de ce pays , la reyne vostre mere m'a escrit du huict d'aoust dernier passé , et m'a envoyé trois commissions pour lever des gens de pied, et m'a tant honnoré de me remettre ma compaignie et commission pour faire lever le payement d'ycelle et desdicts gens de pied sur ce pays. Par quoy j'ay assemblé vos officiers de ceste ville , et les oleus , avecques le syndic du pays , pour faire les cotisations et desportemens, lesquels se montent vingt-cinq millequelques livres pour quartier, qu'est chose insupportable audict pays de payer la susdicte somme, à cause des villes et autres places que lesennemys occupent, elles foules qu'ils ont eu par les passages des gens de guerre , tant les ennemys que des nostres, et aussy pour le levement de dix-huict mille que le seigneur de Losse a faict pour payer les gens de guerre qui ont esté levés en ce pays; laquelle dicte somme n'a pu estre levée d'un tiers pour la pauvreté du peuple.
J'ay advisé dessus cela de lever pour les trois enseignes seulement , et ay faict un estât dudict payement , selon celny-là que ledict sieur de Losse a faict pour payer les autres, lequel je vous envoyé. Et quant à remettre ma compaignie , je vous snpplyeray très-humblement , sire, si vous n'avez envie de l'entretenir er temps de paix , me commander de ne la prendre point : et pour cela , je ne lalsseray pas de mettre ma vie et mes biens pour vous faire très-humble service, car cela seroit ma reyne et de mes pauvres enfans, et n'aurois moyen de leur donner telle nourriture que je désire, pour vous faire quelque jour très-liumblc service, et principallcment un fils que j'ay, qui acest hon-
neur d'estre vostre filleul. Et si je sçavois que luy comme les autres ne suivissent tousjours le grand fleuron , et mettre leurs vies pour vostre service, si ferais servir leurs corps de pasture aux poissons.
Le feu roy aurait donné au seigneur de Losse , pour subvenir aux guerres de son gouvernement , dont Perigord en est, cinquante mille francs à prendre sur les deniers de la subvention des rcistres et estrangers. Je vous supplye très-humblement d'ayder ce pauvre pays d'une partie de ladicte somme pour subvenir au payement desdicts gens de guerre , lequel en a grand besoing, non pas seulement cestuycy, mais aussy le pays d'Agenois et de Quercy, qui sont bien gastés : et me semble que vous fairiez beaucoup pour vostre service d'envoyer icy l'admirai, lequel est vostre lieutenant gênerai en ces pays , pour y commander à tous vos petits subjects soubs lieutenaus ; car je vous asseurc que cbascun ne demande que à garder le sien. Ou bien, sire, si M. de Fontenay avoit pris Fontenay, s'en venoil droit à Pons avecques l'esquipage de l'artillerie qu'il a , je pense qu'il l'emporterait , laissant le sieur du Lude en Poictou avecques quelques forces pour respondre à Lusignan ; car il en trouverait autant en ce pays de Perigord et Limosin ; et en ce fanant vous les trouverez bien : car ceux de Gascongne et les Xainctongeois n'auront plus lieu pour s'assembler; et, cela faict, M. de Monlpencier pourroit venir a Bergerac, qu'est ville de grand importance pour vostre service; ou bien, sire, nous envoyer quelque prince au grand seigneur pour y commander. Il trouvera force noblesse pour luy obeyr , tous affectionnés à vostre service comme je puis entendre ; car j'ay trouvé tousjours ceux de ce pays fort affectionnés et prosts a monter à cheval quand je leur ay mandé pour vostre service. Et si vous laissez Bergerac se fortifier cest hyver, il sera bien mal ayaé à prendre , parce qu'il est à un lieu fort propre pour se fortifier.
Aussy, sire, M. de Montpencier a envoyé une commission aux csleus pour lever cinquante mulets ou argent pour porter les vivres de vostre armée; vous asseurant, sire, qu'il n'est pas possible au pauvre pays de le payer, voyant
LETTRES
pencier pour le vous remonstrer. Il vous plaira» sire , avoir pitié d'eux.
Je vous ay escrit il y a buict jours pour un gentilhomme nommé Peschaud , qui est de la religion , que ceux de ceste ville ont pris, vous supplyant très-humblement de me permettre de le laisser aller, pour l'asseurance que j'ay de luy qu'il ne portera jamais les armes contre Vostre Majesté ; mais que, au contraire, il vous fera quelque bon service qui vous sera agréable : vous supplyant très-humblement dereschef me le vouloir donner, et escrit à messieurs de la justice qu'ils le délivrent.
11 vous plaira dessus tout ce que dessus me commander ce que j'ay à faire pour vostre service, afin que je le exécute fidellement. Sur ce je prieray le Créateur , sire , qu'il veuille maintenir Vostre Grandeur et prospérité en très-longue et heureuse vie.
De Perigueux, ce 18 septembre 1574.
Lettre du seigneur de Bourdeille à la rejrne mere.
Escritc le 18 icplembrc 1574
Madame ,
Par la derniere depescheque je vous fis par le seigneur du Breulh, je vous fis entendre comme le sieur de La Ceste, doyen de Poictiers, m'avoit dict qu'il avoit commandement de vous de parler au lieutenant de Poictou, et que j'avois trouvé moyen de luy escrire, lequel me fit response que à son retour d'Auvergne il trouverait moyen de parler ensemble; ef, incontinent de retour à Bergerac, il nous a escrit de luy donner jour et lieu pour parler audict seigneur de La Geste, ce que a esté faict, et ont tenu beaucoup de propos, et, s'est an t de.spartis, ledict lieutenant m'a envoyé par deux fois le capitaine La Salle , pour me faire entendre beaucoup de choses , et entr'autres qu'il désirait de vous demeurer très- humble serviteur, et qu'il vous plaise permettre ledict capitaine La Salle aller devers Vos Majestés pour le bien de vostre service. Et pour ce que le seigneur de La Ceste estoit tousjours présent
tant de soubsides qu'ils ont l'un sur l'autre, ! et que le cognois fort affectionné seviteur du comme j'ay mandé à mondict sieur de Mont- ' roy et de vous, et homme de bon entende
D'ANDRE DR
ment, et a moyen de faire ceste trafique jvecques ledict lieutenant, il a entrepris ce voyage encor estant fort maladif: mais, pour le zelle qu'il a au service du roy et au repos de ce pauvre royadme, il entreprend ledict voyage; et si avez envie que ledict La Salle aille devers vous , il vous plaira, madame , luy envoyer en diligence un passeport pour vous aller trouver; car ledict lieutenant m'a mandé despuis que ledict La Salle ne faudra point d'estre à bout d'elle à la Sainct-Michel, pour entendre vos commandemens. A ce que je puis veoyr, il a envie de vous faire entendre beaucoup de choses, et de se retirer.
Vous sçauriezplus amplement les affaires qui se passent en ce pays par la lettre que j'escris au roy, et aussy par ledict seigneur de La Ceste. Par quoy je vous supplieray très-humblement, madame, luy commander et à moy ce que nous avons â faire pour le faict dudict lieutenant ; car nous l'exécuterons fldellemcnt. Sur cela, je prieray le Créateur, madame, qu'il maintiegne Vostre Grandeur et prospérité en très-longue et heureuse vie.
De Pcrigueux, ce 18 septembre 1574.
Lettre du seigneur de Bourdeille au roy.
Escrite le 27 septembre 1574.
Sire,
Il pleut au feu roy, vostre frère, d escrire au sieur de Longa, afin qu'il vesquist plus paisiblement en sa maison selon les cdicls de Sa Majesté, comme il a faict jusqu'à ceste heure , et m'a asseuré qu'il continuera de mieux : et aussy il vous promit dernièrement , à poinct le jour de la Sa i net-Bar tholouaé, de ne porter iamais les armes contre Vostre Majesté ; vous asseurant que c'est un fort homme de bien et d'honneur, et bien vivant. Toutesfois, il luy a esté faict quelque tort par un sien voisin, comme il vous escrit bien amplement, qu'est la cause que je ne vous feray plus long discours. 11 n'est rien survenu de nouveau en ce pays despuis la dernière depescheque je vous fis par le sieur de La Ceste, doyen de Poictiers; et ne fauldray, s'il advient quelque chose, d'en advertir. Sur cela je feray fin, priant te Créateur, Sire,
nUTTOHB. 11.
BOURDEILLE. SGI
qu'il veuille maintenir Vostre Grandeur en bonne prospérité et très-heureuse et longue vie.
De Perigueux, ce 27 septembre 1574
Lettre de la reyne mens au seigneur de Bourdeille.
Datée du 22 d'at us. 1574.
Monsieur de Bourdeille, ayant esté advertie, de la part du seigneur de La Valette, que ceux de la nouvelle opinion se sont emparés de Caumont , et s'en veulent servir contre le service du roy, M. mon fils, je luyescris qu'il fasse tant que de le remettre soubs nostre obeyssance, et qu'il s'ayde en cela de la dame dudict lieu de Caumont , à laquelle j'escris pour cest effect, et par mesme moyen y ay bien voulu aussy vous faire ceste lettre, pour vous prier de disposer et faire tant envers ladictc dame , qu'elle fasse sortir ceux qui sont entrés et détiennent à présent ladicte place contre l'authorité et ser vice du roy, mondict seigneur et fils, et qu'ils la laissent soubs la garde d'elle et deceux qu'elle y voudra avoir de ses gens à nostre dévotion et la sienne; aussy que, pour gratifier et favorablement traicter le feu seigneur de Caumont , son mary et elle , sur l'asseurance qu'ils nous donnèrent de la conserver soubs nostre obeyssance , nous leur permismes de ce faire , sans les vouloir changer d'autre garnison, comme nous l'eussions faict sans cela. Ce que vous luy fairez bien avant entendre qu'elle ne sçauroit mieux faire paroislre que ceste surprise n'est point advenue par sa faute qu'en moyennant la sortie des dessusdicts qu'il y a et détiennent à présent.
Et m'asseurant que vous vous employerez en cest endroict , et delà meilleure affection et diligence que vous pourrez, selon l'importance de ceste affaire , je ne vous en feray aucune recommandation; mais pour la fin de ceste lettre prieray Dieu, monsieur de Bourdeille, vous avoir en sa sainetc garde.
Escrit à ïournus, le 22 aoust 1574.
LETTRES
Lettre du seigneur de Bourdeille à la reyne niere.
le 22 septembre 1574.
Madame ,
Il y a quelque temps qu'il pleut au feu roy me donner une abbaye , en la faveur du roy qui est à présent et de vous. PaTce que je n'ay recouvert les bulles dans le temps qu'il estoil requis, et qu'on me demandoitdcnx mille escus pour les depesches, qu'est plus que ne monte le revenu de deux années, pour l'espérance que j'avoia que Sa Majesté m'eust continué mon don , j'ay beaucoup mieux aymé les despendre pour son service. Et craignant un trio de demandeurs qui sont auprès du roy vostre fils, je vous ay bien voulu supplyer très-humblement , madame , de me le vouloir faire continuer par Sa Majesté : et ce sera entretenir mes moyens, lesquels ne seront jamais esparrjnés pour vostre service. Et sur ce je supplie le Créateur, madame , maintenir Vostre Grandeur en toute prospérité, très- heureuse et très-longue vie.
De Perigueux, ce 22 septembre 1574.
LXllï.
Lettre du roy Henry III au seigneur de Bourdeille.
Escrite le 30 de septembre, et reccue le 7 d'octobre 1574.
Monsieur de Bourdeille, après avoir ouy le doyen de Poictiers, et veu la lettre que vous avez escrite par luy à la rcyne , ma dame et mère, j'ay advisé de vous envoyer le passeport que vous trouverez avecques la présente, à celle fin que le lieutenant de Poictiers, auquel ma bonne grâce ne sera jamais desnyéc, pourvu qu'il satisfasse à son devoir , puisse envoyer celuy qu'il voudra en toute seureté vers moy. Ce porteur reviendra avecques celuy qui reviendra, pour sa plus grande scurelé.
Au demeurant, par la despeschc que je vous ay faiclc par le seigneur de Breulb, vous avez
de Montluc pourpourveoir 5 tout ce qui est nécessaire pour mon service; par quoy je ne vous en feray redicle par la présente. Je n ay receu la lettre que vous dictes m'avoir escrite pour un nommé Peschaud. Quand je scauray les considérations pour lesquelles vous le desirez, je adviseray a vous contenter, ayant assez de confiance de vostre affection pour croire que vous ne parleriez pour luy si vous y cognoissiez autre chose que bien. Pryant Dieu qu'il vous ayt , monsieur de Bourdeille , en sa saincle garde.
Escrit à Lyon , ce 30 septembre, IÔ74.
Lettre de ta reyne mere un seigneur de Bourdeille.
Ewi iic le 30 de septembre , et
Monsieur de Bourdeille, aussy tostquele roy, M. mon fils, a sceu ce que m'avez escrit par le doyen de Poictiers, il a commandé le passeport qu'il envoyé , et vous asscure qu'il sera très-ayse que le lieulenantdudict Poictiers luy donne occasion d'avoir contentement de luy , comme aussy de ma part je seray : qui est tout ce que je vous puis escrire à ceste heure. Pryant Dieu qu'il vous ayt, monsieur de Bourdeille, en sa saincte garde.
Escrit de Lyon , ce 30 septembre 1574.
Henry III
Envoyée par La Salle , le 8 d'octobre 1574. Sire ,
J'ay receu la lettre qu'il vous a pieu m'escrire avecques le passeport par un de vos courriers pour le sieur de La Salle, qui s'en va vous trouver de la part du lieutenant de Poiclou , lequel m'a communiqué beaucoup de choses qui importent vostre service, qu'il vous fera entendre plus amplement; et cognoistrez secu que "j'auray envoyé de delà le mareschal I par là que kdict lieutenant vous donnera les
D'ANDRE DE BOURDE ILLE. 583
moyen» de mettre vostre royaume en paix, pencier, du premier jour de ce mois, par ladon t il est si grand besoing. quelle il me mande qu'il est à Jazeneuil, là où Lcdict La Salle m'a dict que voua le cognots- je vous vis bien fasché. J'espère d'aller assiéger siez fort bieo , et qu'il a esté souvent honnoré Lusignan : et toute la noblesse qui est dedans de vos commandemens, vous ayant faict service ont renvoy é leurs chevaux, en toutes ce* guerres , ayant des harquebu- Dimanche dernier , le sieur de Puymartin sades sur luy en tesmoings. A ce que je puis en- prinl un fort, appelé La Bergerie, qui est près leridre de luy , il a bonne volunté de se con- de Sarlac, par intelligence qu'il avoit , et coupa tenir fidellement en vostredict service, est | la gorge à trente ou quarante soldats qui es-
homme d'esprit, et qui a beaucoup apprinsdes desseins de vos ennemys ; et me semble qu'il vous servira bien en ceste négociation, si vous luy commandez.
Ainsy que je puis entendre par d'autres des principaux de la religion, ils ne désirent que bonne paix , auxquels j'ay faict response qu'ils peuvent cognoistre vos aciions à toutes ces guerres pour les belles victoires que vous avez eu sur eux , et que n'avez jamais uséde rigueur envers ceux qui ont esté vos prisonniers, mais au contraire de toute bénignité et douceur, ne désirant que bonne paix et union en ce pauvre royaume. Despuis , m'avez tant honnoré de me mander que je fisse entendre à ceux qui sont mes amis que vous n'aviez point changé ceste volunté , mais que vous estiez le plus marry de les voir en leur opiniastreté contre vous et contre vostre estât , et que vou6 estiez roy véritable, et ce que vous promettrez vous le tiendrez, et ne faut pas qu'ils usent en vostre endroit en la façon qu'ils ont faict au feu roy , vostre fiere; et que ceux qui voudront venir vers Vostre Majesté , je les a y asseurés qu'ils y trouveront de la douceur , bénignité et miséricorde plus qu'ils ne pensent. Et en y a beaucoup qui ont espérance en vous: mais leur resolution de tous est d'avoir exercice de religion : et m'asseure qu'ils se contenteront de raison si les choses sont bien menées , comme j'espere qu'elles seront par vostre grande providence.
Quant à Testât de ce pays , Langoyran et Vivans sont le plus souvent aux champs, pillant et mangeant vostre peuple avecques leurs complices. Je vous ay mandé le peu de moyens que j'ay pour les empescher, tant à fautes d'hommes que d'argent; et faites estât que vous n'aurez pas grands deniers de ce pays de vos que vous n'oyez bientost parler de luy. sunjects. Voylâ tout ce qui s'est passé en ce pays icy
Jereceus hyer une lettre de M. de Mont- depuis la dernière depesche que je voua fis par
toient dedans : vous asseurant , sire, qu'il n'espirgne sa vie ny ses biens pour vous Faire service en ce pays de Sarladois. Je pense que vous avez sceu par le sieur de Losse , son beaufrere, que c'est luy qui a trouvé les moyens de recouvrer la ville de Sarlac. Il me semble que devez le remercier par lettres, en attendant que quelque occasion se présente pour le remercier en bien et en honneur.
J'ay receu une lettre de lareyne, vostre mere, le vingtiesme de septembre, et ensemble une autre que Sa Majesté escrivoit à madame de Caumont , laquelle je luy ay envoyé, et luy ay faict entendre l'obligation que feu son mary et elle auroil envers le roy et la reyne, vostre mère, pour n'avoir voulu aucunes garnisons en leurs maisons fortes, ny que leurs vassaux contribuassent à aucunes et autres garnisons, et que, pour obvier à ce que pourraient dire les gens , elle trouvast moyen de mettre ledicl chasleau de Caumont en vostre ohey.ssance, observant d'y mettre telles gens que bon luy semblera : laquelle m'a faict response qu'elle ne fut jamais tant marrye de chose que de ceste prinse ; combien qu'elle a pour cent mille livres de vivres et de meubles dedans, elle n'en est point tarit marrye, et qu'elle fera tout ce qu'elle pourra pour le remettre en vostre obeyssanec : ce qu'elle fait comme je puis entendre. Langoyran a mis Vivans dedans , lequel est de la terre de Gasternault, appartenante au feu seigneur de Caumont.
Jen'ay point encor sceu de nouvelles de M. le marescual de Montluc , si-don qu'il passa lundy dernier à Sarlac et par le pays de Çuiercy pour s'en aller en sa maison. Incontinent qu'il y sera, je m'asseure qu'il ne cessera point
ce doyen de Poictiers. Il vous plaira me commander pour vostrc service, afin que je l'execulefidcllcment. Sur ce je prieray le Créateur, sire , vouloir maintenir Vostre Grandeur en bonne prospérité, très-longue et heureuse vie. De Perigueux , le 8 octobre, 1574.
humblement , madame , d'y avoir esgard sur
cela.
Par la lettre que j'escris au roy, vous verrez en quel estât sont les affaires de ce pays despuis la dernière depesche que je vous fis par le doyen de Poictiers. Sur ce je prie le Créateur , maintenir, madame, Vostre Grandeur en bonne prospérité et longue et heureuse vie.
De Perigueux , le 8 octobre, 1674.
lettre du seigneur de Bourdeille à la reyne mère.
Ènvoyée par La Salle, le 8 d'octobre 1574.
Quand le courrier m'est venu trouver avecques le pacquet du roy, je depeschois le sieur de La Salle pour s'en aller devers vous , encore qu'il n'eust point de passeport ny d'asseurance; niais, pour le zelle qu'il a eu tousjours au service du roy et au vostre, il n'a craint de se meure en chemin pour vous faire entendre beaucoup de choses de la part du lieutenant de Poiciou , qu'il s' asseurc qu'elles vous seront agréables, lesquelles il m'a communiquées bien au long ; et par là vous cognoissez combien cedid lieutenant de Poictou désire se remettre en vos bonnes grâces.
A ce que je puis entendre par ledict La Salle, ledict lieutenant a beaucoup de moyens pour faire une bonne paix, mais il y en a beaucoup qui sont plus propres les uns que les autres pour toutes négociations , comme il vous dira librement , et toutes autres choses que vous luy demanderez : et a bien le moyen cl expérience pour faire un bon service en cecy , pour la fiance que ledict lieutenant a en luy, et aussy parce qu'il a cognu beaucoup de choses avecques les huguenots. Par quoy, madame, il me semble qu'il vous servira bien en cestc négociation, si vous l'y employez. Et si vous voyez que je puisse vous servir en cela, il vous plaira me commander, car je leferay fidellement.
Encor que ledict de La Salle est riche et a des moyens de recouvrer des deniers, mais il n'a pas esté en sa maison ny ne peut aller encore, qu'est cause que je luy ai baillé cinquante escus pour faire son voyage. Ce m'est' lousjours despense, et ne me donnez moyen de
Lettre de fa reyne mere au seigneur de Bourdeille.
Escrile le premier septembre 1574
Monsieur de Bourdeille, le roy, M. mon fils, qui est, grâce à Dieu , en très-bonne santé , se portant fort bien de son voyage, arrivera, Dieu aydant , selon les journées qu'il fait et ce qu'il m'a escrit, lundy en ceste ville, dont je vous ay bien voulu donner advis, à ce que vous en faites rendre grâce à Dieu en chantant le Te Deum par les églises, et faire les feux de joye en l'eslendue de vostre charge. Et , n'estant la présente à autre fin. je prie Dieu, monsieur de Bourdeille, vous avoir sous sa saincte garde.
Escrit à Lyon, le premier septembre, 1574.
LXVUI.
Lettre du roy Henry III au seigneur de Bourdeille.
Escrile le 3, et receue le 6 d'octobre 1574.
Monsieur de Bourdeille, ma dernière lettre , envoyée par ce courrier qui vous est allé trouver, fut faictesi à la haste, qu'il ne me souvint de respondreà ce que vous m'avez mandé louchant Pentrelenement de vostre compaignie de gens-d'armes. Sur quoy vous sçaurez que je voussray fort bon gré de m'en parler ainsy franchement. Et pour vous respondrede mesmes , je vous diray que je désire que vous la remettiez sus, tout ainsy qUe ont faict les autres de pareille qualité que vous, affin de me
servir pendant la guerre. Mais je ne vous puis îa soutenir. Par quoy , je vous supplie très- pour le présent asseurcr de l'entretenir en
D'ANDRÉ DE BOUR DRILLE
temps de paix , pour ce que je ne peux prévoir eu quel estât seront alors mes afFaires. Bien vous asseureray que en tel cas je feray tousjours autant pour vous que nul autre, pour le contentement que j'ay de vostre service : et , pour ce, je serois bien marry de vous contraindre à faire chose qui vous tournas! à ruyne. Je mets le tout à vostre discrétion , et en ferez ainsy que bon vous semblera. N'estant la présente que pour vous faire sçavoir mon intention sur ce poinct , je prye Dieu, monsieur de Bourdeille , qu'il vous ayt en sa saincte et digne garde.
Escrit à Lyon, ce 3 octobre 1674.
Henry.
Et plus bas, de Neefviixe.
LXJX.
Lettre du roy Henry III au seigneur de BourdeUle.
Ëacrite te 25 «ptembre 1574.
Monsieur de Bourdeille, estant les affaires de mon pays de Guyenne, et mesmement du costé de deçà la rivière de Garonne, au mauvais estât qu'ils sont, pour lauthorité et forces qu'y ont ceux qui ont prins les armes contre mon authorité et pour troubler mes subjects, j'ay advisé d'y envoyer le seigneur de Montluc, lequel j'ay faict et créé mareschal de France , luy ayant donné plein pouvoir de commander entièrement audict pays, et faire tout ce qu'il cognoistra e>tre nécessaire pour mon service, tant pour le faict des armes que pour toute autre chose du monde : que s'en allant outre cela bien instruict de mon intention, toute la response que je feray aux lettres que vous avez escrites à la reyne , ma dame et mere , du mois d'aoust dernier, et à moy, sera pour vous faire entendre que j'ay très-grand contentement du bon devoir que vous avez toujours faict en vostre charge, et mesmes despuis le décès du fcu roy, mon seigneur et frère , n'ayant rien espargné de tout ce que vous avez eu de pouvoir et moyen à reprimer l'insolence des perturbateurs, conserver mon authorité, mes subjects et mes villes, et nommément celle de Perigueux, et mon obeyssance; chose que je w'eslois tousjours bien promise de vous, la-
quelle aussy je n'oublieray jamais , ains désire recognoistre quand l'occasion s'en présentera , comme vous cognoistrez par les effects.
Estant ledict sieur de Montluc arrivé au pays, je vous prie l'aller trouver aussy tost qu'il vous mandera pour luy faire entendre en quel estât sont toutes choses, tant en l'estendue de vostre seneschaussée que ailleurs , dont vous avez plus de cognoissance que nul autre, pour vous avoir la reyne mere escrit, despuis le parlement du sieur de Losse , prendre garde à tout ce qui loucheroit mon service audict pays; ce que vous avez faict au mieux qu'il vous a esté possible selon les moyens que vous a .ez eus.
Au demeurant, monsieur de Bourdeille, voulant conserver , voire augmenter aux baillif et seneschaux des provinces de mon royaume, lauthorité et pouvoir de leurs estats, je désire qu'ils commandent dores en avant entièrement à tout ce qui se présentera pour mon service en l'estendue de leurs bailliages et seneschau.ssées, en l'absence toutesfois des gouverneurs et licutenans-generaux de mes provinces; au moyen de quoy je vous prie de vouloir, comme seneschal de Perigord , prendre garde à tout ce qui s'offrira audict pays pour la conservation d'ycelluy, et toutes autres choses qui seront nécessaires, et mesmement pour le soulagement de mesdicts subjects et de mon pauvre peuple, duquel je vous asseure avoir très-grande compassion.
Et, pour ce faire, je désire que vous fassiez dores en avant résidence à Perigueux , qui est la capitale ville de vostredietc seneschaussée , en laquelle vous ne fauldrez, incontinent la présente receue, de faire assembler la noblesse du pays, pour luy faire entendre le contentement que j'ay de l'affection que les gens de bien m'ont demonstrée pendant mon absence, de l'obeyssance qu'ils ont rendue à la reyne, madame ma mere. et au contraire le regret et desplaisir que m'a donné la desobeyssanec obstinée de ceux qui troublent mon royaume : et afin de faire différence des uns et des autres, et recognoistre ceux qui en sont dignes, leur direz que je veux sçavoir et cognoistre tous ceux qui me sont affectionnés et qui ont bonne volonté de me faire service, et les asseurant que, persévérant en ycelle comme je les en prie, je ne le* oublieray point quand l'occasion se presen-
LETTRES
tera; les admonestant et priant d'avoir un chascun d'eux tousjours un bon cheval et de bonnes armes, selon mon moyen et puissance, pour se rendre auprès de vous ou de mes lieutenansgeneraux, quand il sera de besoin. Ce que vous regarderez à leur remonstrer si doucement et à propos , et avecques tant de bonnes raisons sur leur conservation et mon service, qu'ils soient meus à vous croire.
Après que vous aurez faict ladicte remontrance et veu le sieur de Moniluc, je suis bien content , monsieur de Bourdcille, pour le désir que j'ay de vous veoîr, que vous me venieztrouver la part que je seray. Je vous promets que serez le très-bien venu. Et pour ce que le sieur de La Borie a tousjours fort bien servy à Perigueux quand il y a esté, qu'il m'est fort agréable et fidèle serviteur, je désire qu'il demeure en ladicte ville pour y commander pendant voslre absence, suivant la lettre que je luy escris présentement, laquelle vous luy baillerez en luy faisant entendre mon intention et tout ce qui est pour mon service. JYscris aussy à ceux de Perigueux le contentement que j'ay de la fidélité qu'ils m'ont rendue soubs vous, et qu'ils obeyssent en vostre absence audict sieur de La Borie. Pryant Dieu vous avoir, monsieur de Bourdeiile, en sa Mincie et digne garde. Escrit à Lyon le 25 septembre 1674.
Hekuy.
Et plus bas, de Neufville.
Lettre du seigneur de Bourdeiile au roy Henry 11 J.
Esoritele premier de norembre 1574.
Suie,
Vous sçavcz que à vostre parlement de La Rochelle que vous donnastes charge au comte Gayazze de venir prendre le chasieau d'Aube- 1cm avecques les Suisses, et me coramandisies d'assister avecques luy pour faire rendre ledict chastenu; ce que je fis, et fut rendu par la dame d'Aubcterre entre les mains de Chamberlanne par mon moyen. Au bout de quelque temps, ladicte dame mit son fils aisué entre mes mains pour le mener au feu roy vostre frere,
lequel l'a voit tant honnoré de l'accepter â son service pour eslre nourry auprès desa personne. M'estant mis en chemin, ces guerres commencèrent, de façon que je fus coutrainct de m'en retourner icy pour le deu de mon estât , et aussy pour le service du feu roy et le vostre, dont je n'ay bougé despuis, et ledict fils tousjours avecques moy, portant les armes pour le service du roy, avecques bonne volunté de continuer, comme je le puis asscurer, sire, et de rhabiller les fautes de son feu pere. Par quoyje vous supplyeray très-humblement, sire, le vouloir tant honnorer que de l'accepter et prendre en cesle façon , selon la volunté du feu roy.
Environ la Sainct-Jean dernière , craignant que ceux d'Aehon et ledict d'Aubcterre eussent dispute pour leur recolle des fruicts , comme il y avoit de lapparcnce, et que ceux de la religion et beaucoup de catholiques, des principaux des deux costés, qui sont eu ce pays parens desdicts enfans, s'en meslissent, que fust esté fort préjudiciable pour vostre service, j'ay advisé d'escrire à M. de Ruffec, et le prier de trouver moyen de les accorder pour les fruicts de cesle année seulement , que je mettrois peine de faire venir ceux d'Aubeterre à raison; et de faict, ils furent d'accord, moyennant qu'ils mettroient ledict chasteau entre les mains de M. de Ruffec; mais voyant qu'il Fust esté mal aysé de l'y remettre, jvour beaucoup de raisons que je mandis au roy et à la reyne vostre mere; et pour ce que je craignois que toutes ces longues guerres fussent préjudiciables, j'envoyai tout aussy tost devers Leursdictes Majestés pour les supplier très-humblement qu'ils leur pleust de me donner en garde ledict chasteau, et que j'y meltrois un gentilhomme catholique, homme de bien, dedans : ce qu'il m'accorda voluntiers, et mYscril de le prendre, et audict Chamberlanne de me le donner, lequel ne l'a voulu faire, voyant (pie les lettres n'estaient suffisantes pour sa descharge; et sur cela, le feu roy mourut. Incontinent je recourus devers la reyne vostre mere, pour m'envoyer commission en charge expresse pour ce faict , comme elle fit. Toutesfois cria ne suffit,
i parce que ledict Chamb"rlanne demande une descharge en forme de lettres patentes scellées, et autres pour moy pour le prendre, s'il voua
1 plaisoit le ordonner en ceste façon. Par ces
D'ANDRE DE B
moyen» ledlct chasteau est demeuré tousjours en vostrc obeyssance, et ledict sieur Cliamberlannc tant bien garde, et vous est fidèle serviteur, et a beaucoup despendu et demande ses arrérages du payement de ses soldats. Voylà ce qui a esté passé pour le regard dudict chasteau despuis vostre parlement, comme la reyne vostre mere vous tesraoigncra ; qui est la cause que je vous envoyé ce porteur pour vous supplyer très-humblement de m'envoyer par luy toutes les depesches qui sont nécessaires à ce faict, comme on vous fera entendre par requeste, ou bien m'en mander vostre volunté.
J'ay délibéré, suivant les commandemens qu'ils vous a pieu faire à la depeschc que m'avez faicte pas le seigneur de Breulh , vous aller baiser les mains et partir dedans quinze jours ou trois semaines. Il vous a pieu aussy me mander que vous avez très agréable ce que j'ay faict en ce pays despuis ces guerres pour vostre service, dont je loue Dieu : vous asseurant, sire, que si j'eusse eu les moyens tels que j'eusse bien désiré, je vous eusse faict cognoistrede quelle affection je vois en vostre service. Aussy vous me mandez que j'esleusse en ce pays un gentilhomme tel que je vcrray est re suffisant en mon absence, et que je fairay; mais je crains bien que je n'en trouveray point qui veuille demeurer icy comme je fais, qui est sans estât ny demy despuis huict a neuf mois que j'ay séjourné en ceste ville comme en une hostellerie; et despite tout homme de ce pays icy qui dira que j'ay prins la valleur d'une poule sans payer, et peu d'espérance d'eslre remboursé, à ce que je puis veoyr par vos lettres, si-non que par belles promesses. Par quoy je supplyeray trèshumblemement , sire, de les mettre à effect, s'il se présente quelque chose à me donuer.
Je n'ay failly d'envoyer un genlilhomme devers le sieur marcschal de Mont lue pour luy faire entendre comme vous m'avez mandé de vous aller trouver , et aussy des affaires de ce pays, et en quel estât ils sont. Vous avez escrit à vos officiers et juges de ceste ville, aux habitans d'ycelle, d'obeyr au sieur de Borie, en mon absence; mais il est mort, qu'est la cause que je n'ay point voulu donner les lettres. 11 vous plaira de leur en est-rire d'autres, et leur commander d'obeyr à ecluy que je nommera y.
OURDEILL& 567
Voylà tout ce que j'ay. Sur ce je prie Dieu , sire, qu'il veuille maintenir Vostre Grandeur en toute prospérité très longue et heureuse vie.
De Perigueux , ce premier novembre.
Lettre du seigneur de lîourdeilk à la reyne mere.
Envoyée par Lage, solliciteur de M. d'Àubeterre,
le premier de novembre 1571.
Madame,
Il pleut a Vostre Majesté il y a quelque temps m'envoyer commission adressante au seneschal d'Angoulmois, pour me mettre dans le chasteau d'Aubcterre ; ce que le sieur de Chamberlanne n'a voulu souffrir que premieiement il n'eust des lettres patentes pour sa descharge, et pour se faire payer de ses arrérages, qui est la cause que j'en voye ce porteur de par de-la pour vous faire entendre amplement ce faict. Et s'il plaist au roy de me le donner en garde, je y mettray un gentilhomme, homme de bien et catholique, qui le gardera en l'obeyssance de Sa Majesté. Je luy en escris bien au long, comme vous pourrez veoir , ensemble de touleschoscs qui se passent en ce pays. Sur ce , je prieray le Créateur, madame, qu'il veuille maintenir Vostre Grandeur en très- longue et heureuse vie.
De Perigueux , ce premier novembre.
Lettre du seigneur de BourdeiUe au roy Henry 111.
SlKE,
Pour respondre aux lettres qu'il vous a pieu m'escrire par le seigneur de Breulh, je n'ay failly incoulineul envoyer devers le seigneur mareschal de Montluc , pour luy faire entendre bien amplement les affaires de ce pays, et l'ordre que j'ay mis aux garnisons des villes et; places fortes dudict pays. Uavoit pieu à la reyne vostre mere m'envoyer en commission pour U> ver les deniers et payement de six cens hommes de pied qu'il avoit pieu à Sa Majesté ordonner
LETTRES
pour la garde d'ycelluy; ce que lcdict seigneur mareschal a trouvé bon, ei me mande que je le continue. Il est â Agcn , où il met ordre pour amasser des gens et argent en attendant vostre response sur une depesche. Il vous a envoyé un gentilhomme afin de sçavoir vostre volunté de tout.
Il a volunté d'aller devers Caumont, et nettoyer le pays d'Agenois. Il m'a semblé qu'il seroit plus profitable pour vostre service et pour vostre Guyenne, de s'en venir droit à Bergerac, s'ila l'esquipagc de l'artillerie si nécessaire; car n'avez ville en toute la Guyenne de plus grande conséquence que cesle-là , d'autant que c'est un passage par lequel toutes fois et qtiantes que les ennemis voudront , ils s'assembleront en Xainclonge ou en liinguedoc, et lieux circonvoisins de leur faction. El si vous leur donuez loysir de le fortifier cet byver, il sera mal-aysédc l'avoir. Si M. dcMonlpeucier avoil faict àLusignan, il vous fairoil un grand service de passer droit à Bergerac avecques l'esquipage qu'il a et celuy dudict seigneur inarescbal de Montluc. Je pense qu'il la prendroil ; autrement vous ne l'aurez pas qu'il ne vous couste bon. Ils font cslat que ce sera une des villes qu'ils rerelit mli ont pour leur seurclé, comme je l'ay mandé plusieurs fois au feuroy, et d'envoyer de la cavallerie, afin qu'il ne gastassent point tant le pays. Quant au pays de Xainclonge, j'ay entendu que ceux de Pons, avecques un canon et une colevrine, alloient assiéger le seigneur de Saincl-Maigrin en sa maison, qui est peu forte....; et le menèrent dans Pons, où il est encor.
Il vous a pieu aussy me commander par la mesme lettre de faire résidence en ce lieu, comme j'ay faict despuis ces guerres, et aussy d'assembler la noblesse de ce pays pour leur remonstrer comme vous estiez marry et desplaisant de veoir vos subjects, tant la noblesse que le pauvre peuple, se manger l'un l'autre, et que vous ne seriez jamais à vostre ayse que ' vous ne luy eussiez donné une bonne paix, et que Dieu vous feroit la grâce quelque jour de recognoistre vos bons subjects et serviteurs, et les recompenser des bienfaicts et honneurs quand les occasions se presenteroient; mais que pour cesle heure ils peuvent bien veoir vos nécessités et affaires, et que vos subsides ne sont
point payés : ce que je leur ay tousjours renions! ré à toutes les assemblées que j'ay faictes pour vostre service , tant du temps du feu roy que de ceste heure; lesquels m'ont asseuré que vous les trouverez toujours vos très-humbles et très-obeyssans serviteurs et subjects, et les ay tousjours cognus tels. Je ne les ay point assemblés à cesle heure pour leur faire remonstrance de par vous , si-non de quelques uns des plus apparens et principaux de ce pays que je mande pour ceste occasion; et n'ay point trouvé qu'ils changent d'opinion pour le jjrandsoin et peine qu'ils vous voyent prendre nous mettre tous en une bonne paix , et pour le bon régime que mettez en vostre royaume; tellement que si vous continuez, j'espère veoir cedict royaume aussi fleurissant qu'il fut jamais.
H a pieu à Vos Majestés me mander, par vos dernières lettres, de m'en aller vous trouver , et de mettre le fils du seigneur de Borieicy en mon absence; ce que j'eusse faict, encor qu'il soit bien jeune, ayant cognu qu'il suit les (races de son feu pere, et est de vos très-humbles et fidèles serviteurs, estant tousjours prest quand je le mande pour vostre service ; mais il a une affaire de conséquence devers Vostre Majesté, vous supplyant très-humblement, sire, luy vouloir octroyer vostre faveur, afin qu'il se ressente du service que son pere a faict aux roys vos prédécesseurs et à vous ; et sera luy augmenter le bon désir qu'il a de continuer en vostre service.
J'ay mis icy le seigneur de La Saux, qui estoit lieutenant de ma compaignie , que bien cognoissiez, fort homme de bien et d'honneur , et bien expérimenté, et fort agréable au pays, vostre fidèle serviteur. Je l'ay prié de demeurer en cesle ville ; ce qu'il a accepté pour le desir qu'il a de vous faire très-humble service, en ce qu'il VOUS plaise de luy donner moyen de s'entrrtcnir icy en la façon que ledict seigneur de Borie avoit lors qu'il y estoit. Sur cela , il plaira à Vos Majestés escrire audict seigneur de La Saux , et luy commander d'y demeurer en mon absence avecques lettres patentes, afin qu'il soit plus authorisé, et commander à messieurs de la justice et de la ville de luy obeyr.
Mon frère de Branthomcest arrivé icy, lequel a envoyé incontinent un homme devers M. de
D'ANDRE DE
La Noue pour avoir son passeport, afind'obeyr i vos comraandemens; ce qu'il fera fidellcment: et quant à moy, sire, je vous supplyc trèshumblement ne doubler point que je n'employé ma vie et mes biens pour ce faict.
A ce que je puis entendre, ceux de la relligion de ce pays voudront bien abstinence de guerre cependant qu'on trafiqueroit la paix; mais je leur ay respondu que, à mon opinion, vous ne leur accorderez point cela , parce que cependant ils se fortifient ès villes qu'ils tiennent; mais ay bien conseillé qu'eux tous ensemble vous demandent chose raisonnable, et que m'asseurc que vous leur donnerez, vous asseurant qu'il y a beaucoup d'entre eux qui désirent fort la paix.
J'eusse parly incontinent après avoir receu voslre lettre, et après avoir mis ordre en ce pays , n'eust esté faute d'argent ; mais , pour le désir que j'ay de vous baiser les mains, je rairay veoyr encor quelque morceau de terre. Voylà tout ce qui se passe pour ceste heure de par deçà. Surquoyje prieray Dieu, sire, maintenir Vostre Grandeur en toute prospérité, longue et heureuse vie.
De Perigueux, ce
Lettre du seigneur de BourdeUle à la reyne mere.
Envoyée par le sieur de Borie , le 8 de novembre 1574. Madame ,
Le seigneur de Borie s'en va à la cour pour une affaire d'importance qu'il y a, lequel m'a prié bien affectueusement de vous supplyer très-humblement, comme je fais, de parler au roy pour luy, afin qu'il luy octroyé sa requeste, comme il vous dira. Vous .sçavez, madame, comme son perc vous a esté fidèle serviteur, et a bien servi toujours les roys, et a beaucoup despendu pour ce faire. Sondict fils veut suivre les erres de sondict pere, comme je l'ay pu cognoislrc durant ceste guerre, estant toujours presl lorsque je le mande pour vostre service. Il vous plaira qu'il se ressente du service que sondict feu pere a faict aux prédécesseurs roys: et , par ce moyen, vous luy augmenterez tous-
| jours le bon vouloir qu'il a à faire service à Vos Majestés. Vous entendrez plus amplement les affaires de ce pays par la lettre que j'escris au roy. Sur ce je prieray Dieu . madame, qu'il maintienne Vostre Grandeur en toute prospérité longue et très-heureuse.
De Perigueux, ce 8 novembre 1674
Lettre du roy Henry lit au seigneur de BourdeUle.
Escrite le lt d'octobre, ei receue le 15 de novembre 1574.
Monsieur de Bourdeille , par la lettre que le sieur de Ixmga m'a escrit , il m'a donné tant d'asseurance de m'estre tousjours bon et obeyssant subject, et de vivre selon mes ordonnances , ne faire chose contraire à mon service, n'y avoir aucune participation , que je luy ay accordé de vous escrire, comme je fais présentement , et en advertis aussy mon cousin le mareschal de Monlluc, de le maintenir et conserver en tout ce que vous pourrez , et luy faire raison de certain excès qu'il se plaint luy avoir esté faict par un homme de la ville , sergent du capitaine La Place.Ainsy doneques je vous prie luy pourveoir de tout ce que vous pourrez , a la charge, comme dict est , qu'il vive selon mes ordonnances, et non autrement. Pryant Dieu qu'il vous ayt, monsieur de Bourdeille , en sa saincte et digne garde.
Escrit à Lyon ce lloctobre 1674.
Lettre du roy Henry 111 au seigneur de BourdeUle.
Escrite le 31 d'octobre, et receue le 9 de no» vembre 1574.
Monsieur de Bourdeille , le sieur de Chalais a tant donné d'asseurance de m'estre tousjours bon et obeyssant subject , et de vivre selon mes ordonnances, et ne faire chose contraire à mon service, n'y avoir aucune participation, que la reine , ma dame et mere, luy avoit cydevant accordé sauve-garde pour sa personne et biens ; au moyen de quoy il se serait retiré
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dans sa maison de Chalais, et ycellc remis, par le commandement du sieur de liiron, è9 mains et garde du sieur de Helleveue. Mais, d'autant qu'il desireroit grandement conduire sa famille, pour la conduite et nourriture d'ycelle. et aller faire sa demeure en sa maison de Grignaulx, en laquelle auriez mis quelques soldats en garnison, il m'a faict supplyer, cl luy accorde , de vous escrire la présente , comme je fais , pour vous prier et ordonner que, après avoir rcceula scureté de fidélité, avecques assurance de corps cl biens dudict de Grignaulx, qu'il offre bailler et signer de sa main , vous ayez à faire vuider ladicte garnison, y laissant vivre et demeurer en toute srurelé et liberté ledict de Chalais avecqnes sadicte famille, et ne permettre qu'il soit molesté en façon que ce soit. Et n'estant la présente à autre effect , je prie Dieu qu'il vous ail, monsieur de Bourdeille, en sa saincte garde.
Escril à Lyon le 31 octobre 1674.
Lettre de la rerne mere au seigneur de Bourdeille.
Escrite le 18 d'octobre, et receue le 9 de novembre 1574.
Monsieur de Bourdeille , vous voyez ce que le roy, M. mon (ils, vous marque , et comme il veut donner la paix à ses subjecls, pourveu qu'ils s'en rendent dignes, ne désirant rien tant que de les ouyr et recepvoir en sa bonne grâce.
Le lieutenant de Poictou se peut asseurer qu'il ne sçauroit luy faire service qui luy soit plus agréable que de faire réussir ceste négociation selon que le roy mon fils désire , comme je vous prie de luy dire de ma part, et l'asseurcr que j'embrasseray tousjours qui luy rendra service avecqnes autant d'affection qu'il me sera possible , pourvoi que ses actions respondent à ce qu'il nous mande.
Au demeurant , il me semble que vous fuirez beaucoup pour le .service du roy , moud ici sei- 1 gneur et fils, que de venir avecqnes ceux qu'ils députeront, au.ssy qu'il vous en prie, ce que je fais aus-sy aulaut que je puis. Il a esté bailié douze cens efCUf au capitaine La Salle , de
sorte qu'il vous rendra les cinquante escua que vous luy avez advancés , dont le roy , mondict seigneur et fils, vous sçait très-bon gré. Pryant Dieu , monsieur de Bourdeille , vous avoir en sa saincte et digne garde.
Escript à Lyon ce 18 octobre 1674.
Lettre du roy Henry 111 au seigneur de Bourdeille.
Escrite le 18 d'octobre 1574.
Monsieur de Bourdeille , j'ay ouy parler le capitaine La Salle, et prins en bonne part ce qu'il m'a faict entendre , tant pour le faict de la paix que pour ce qui concerne le lieutenant de Poiciiers , de sorte que luy envoyé le passeport qu'il m'a demandé, afin qu'il se puisse pluHtost acheminer en Languedoc suivant leur proposition; et vous asseure qu'il n'y a rien que je désire plus que de faire la paix , comme Je feray cognoisire par effect toutes les fois et quanies que chascun fera de son costé ce qu'il doit.
Ledict La Salle m'adictque les subjecls de la nouvelle opinion qui sont par delà députeront quelques uns d'entre eux pour se rendre audict pays de Languedoc, aveeques charge de rccepvoir ladicte paix et la négocier , et mesmes que le sieur de La Noue serait pour estre choisy. Toulesfois, n'en estaut bien certain, il me demande un passeport en blanc , au nom de celluy qui seroil député. Sur quoy j'ay pensé de vous adresser ledicl passeport, afin que vous le fassiez remplir ainsy qu'il sera de besoing , et qu'il ne soit employé a autre effect. Je désirerais fort que ledit sieur de La Noue en eust esté chargé, tant pour les grâces especialles qu'il a receues de moy , et dont il m'est particulièrement obligé , que pour le cognoistre capable de raison et amateur du repos public de ce royaume. Si vous pouvez en cela quelque chose , je vous prie de vous y employer ; car j'auray bonne espérance de ceste négociation pourveu que ledict sieur de La Noue en soit ministre : et. en ce cas .je désirerais bien aussy que, pour disposer tousjours mieulx les choses a quelque bon effect , vous puissiez venir aveeques ledict sieur de la Noue et autres de-
D'ANDRE DE BOURDEI LLE
putés audict pays de Languedoc, où je m'achemine présentement. Au moyen de quoy je vous prie d'adviser si c'est chose que vous puissiez faire à me donner ce contentement , et vous me f a iriez bien grand plaisir.
Quant à mes affaires de par de-là, m'en estant du tout remis sur le mareschal de Montluc, j'attends de ses nouvelles pour en faire quelque bonne résolution dont vous serez bientost adverty si vous estes encor au pays. Sur-tout, je vous prie advancer l'acheminement desdicls députés autant qu'il vous sera possible . plustost qu'il se puisse faire quelque bonne conclusion pour la tranquillité de mon royaume, et soulagement de mes pauvres subjects. Pryant Dieu vous avoir, monsieur de Bourdeille , en sa saincte et digne garde.
Escrit à Lyon le 18 octobre 1574.
Lxxvm.
lettre du seigneur de Bourtteille au roy Henry JJI.
Envoyé* par le sieur de La Buasiere, le 15 de
Sire,
Je vous ay respondu par le sieur de Borie à la depesche qu'il vous avoit pieu me faire par le sieur de Breulh, et entre autres choses je vous mandois que j'ay mis en ceste ville le sieur de La Paux , lequel a esté cy-devant lieutenant de ma compaignie, homme de bien et d'honneur, et vous est fidèle serviteur , bien expérimenté à la guerre, et fort agréable aux habitans de ceste ville et au pays. Je l'a y prié de demeurer icy, ainsy que m'aviez commandé, en mon absence; ce qu'il a accepté pour le désir qu'il a de vous faire très-humble service, pourveu qu'il vous plaise, sire, luy donner quelque peu de moyens pour s'entretenir en ladicte ville comme le feu sieur de Borie avoit : et s'il vous plaist qu'il y demeure , je vous prie luy envoyer lettre» patentes expresses pour y commander, afin qu'il soit mieux authorisé audict pays, et des lettres à vos officiers de la justice de ceste ville et aux habitans d'ycelle pour luy obeyr.
Ayant faict entendre au sieur mareschal de Montluc l estât des affaires de ce pays ,
il vous a pieu me commander , je m'apprestois pour m'en aller vous trouver ; mais le capitaine La Salle arriva icy le neufviesme de ce mois, me portant une lettre de vous , datée du htiictiesmc jour d'octobre, avecques des passeports en blanc, pour mettre les noms des gentilshommes ou autres que ceux de la nouvelle opinion de Poictou voudraient envoyer à leurs confédérés pour conférer de paix.
Ledict La Salle m'a faict entendre son voyage de Poictou , et comment il a passé par le camp de M. de Montpencier, là où mondict sieur de Montpencier luy commanda de parler avec ceux de Lusiguan, comme il fit ; mais il ne put rien faire avec eux, et m'a dict que M. de Mont pensier demeurera beaucoup devant ledict Lusignan avant qu'il le prenne. Et de là il s'en alla trouver le lieutenant de Poictou pour communiquer avecques luy de ce que luy aviez commandé. Incontinent le lieutenant et luy allèrent à La Rochelle, pour parler au sieur de La Noue et aux Rochellois: mais lesdicts Rochellois n'ont point voulu qu'ils entrassent dans la ville , ne qu'ils parussent audict sieur de La Noue. Quoy voyant ledict lieutenant , il les pria de le faire parler à Pardaillian , ce qu'ils n'ont jamais voulu permettre, disans que ledict lieutenant estoitallé trouver mondict sieur de Montpencier sans leur sceu. Toutcsfois, il ditqneeux-mesmes Taraient priéde y aller pour parler avecques les députés qui alloient devers vous. Si est-ce qu'il fil tant avecques eus, qu'il parla au sieur de Syreul, qui est l'un des députés qui firent la paix avecques vous devant La Rochelle , et aussy avecques le sieur de Champignie, que ledict sieur de la Noue amena avecques luy quand il sortit ladicte ville durant le siège , et lequel est des négociateurs du sieur de La Noue avecques deux autres Roch ri lois. Et tous quatre parlèrent ensemble avecques ledit lieutenant par l'espace de deux ou trois jours à Tadon, et ne purent rcsouldre autre chose si-non qu'ils attendraient les députés.
Et , après avoir entendu dudict capitaine La Salle tout ce que dessus, j'advisay de m'en aller jusqu'à Bourdeille , où je manday mon frère de Branthomc de se trouver , ce qu'il fit, et conferasmes avecques ledict capitaine Ia Salle du tout : et fusmes d'advis que ledict lieu-
LETTRES
tenant se trouveroit à Archiac et mondict frère aussy , pour coininuniquer entre eux toutes choses avant que parler audict sieur dcLa Noue et aux Rochellois.
Sur ce , l'homme que mondict frère avoit envoyé à La Rochelle quérir un passeport arriva ayeeques ledicl passeport , et dit qu'il csloit besoing qu'il s'advançast de les aller trouver, craignant qu'il n'y irouvast point ledict sieur de La Noue , parce qu'il avoit délibéré de s'en aller en Brouage, et delà encor assiéger Mortagne.
ma discrétion, dont je vous remercie très-humblement. Mais , voyant que vous estes sur le poinct de faire la paix , je ne me mettray point en despense pour dresser madicte compagnie. Et tant y a que si la paix ne se fait point , sire , je vous diray que je n'estime rien mes biens, ne ma vie, au prix du service que je désire vous faire. Il seroit très -nécessaire qu'il y eust une compagnie d'ordonnance en ce pays pour esviter les pilleries que y font les ennemys journellement, ce que je ne puis empescher sans cavallertç; et quant aux gens de
A ce que je puis entendre, lesdicts Rochellois pied , je n'en ay que pour les garnisons ; et si
ont quelque soupçon sur ledicl sieur de La Noue , dont incontinent que j'auray sceu des nouvelles d'eux , je ne fauldray de vous en advenir, ou moy-mcsinc les vous iray raconter si je ne mené leurs députés en Languedoc, et vous rap|H>rieray les passeports s'ils ne sont employés pourcest errect.
Il vous a pieu aussy m'envoyer par ceste depesche vosire dernière déclaration, laquelle javois receue il y avoit plus de huict jours par la voie de la posie de Montlieu, laquelle je fis incontinent publier; et aux articles de la religion mesme , les gens de bien l'ont receue et acceptée . et n'en y a encor un seul de ceux qui m'avoicnl promis qui ayent bougé, mais désirent tous la paix , hors quelques pillards qui s'enrichissent par la guerre. Et certes , sire, je pense qu'il y a des catholiques qui font de mesmes. Par quoy il est très- nécessaire que la paix se fasse, pour la conservation de vostre Esiat cl soulagement de vos subjecls.
Le sieur maréchal de Montluc m'a mandé qu'il y a eu quaire seneschaussés de vosire duché de Guyenne, comme Quercy, Agenois , Bazanois et Limosin, qui le sont venus trouver, lesquels luy ont présenté pour vostre service tous les moyens qu'ils pourront pour la guerre. 11 m'a mandé si Perigord n'en vouloit point estre, et que j'assemblasse la noblesse à ces tins; ce que j'ay délibéré faire, et vous asseurer que j'ay tousjours trouvé ce pays, tant la noblesse que les autres estais, si affectionnés au service de Vos Majestés , que je pense qu'ils n'en fairont pas moins les autres.
Il vous pleut , sire, m'escrire dernièrement touchant ma compaignie , de la rcllever et remettre , cl me honnoi er lant de mettre cela à
ne donnez moyen en ce pays d'avoyr des forces , je vous asseure que ledict pays s'en va perdre, comme j'ay souvent mandé au feu roy.
Vous adviserez, sire , ce qu'il vous plaist me commander sur tout ce que dessus, et serez servy fidellement. Sur ce je prieray le Créateur , sire, vouloir maintenir Vostre Grandeur en prospérité, très-longue et heureuse vie. De Perigueux, ce 16 novembee 1674.
Henry M.
Envoyée par le sieur d'Estouroeau , te 23 no-
Sire ,
Je vous fis une depesche par un gentilhomme qui est à moy, le quinziesme du présent, par laquelle je vous fis entendre. bien amplement des affaires de ce pays. Toutesfois, ayant trouvé le sieur d'Estourneau, présent porteur qui s'en va trouver le roy de Navarre son maistre, et lequel vous est fort fidèle et affectionné serviteur , et qui a esté employé au service du feu roy vostre frère , comme la reyne vostre mere pourra tesmoigner, j'ay bien voulu vous advertir de ce qui a esté passé despuis.
C'est que, dimanche dernier, je 'fis assemble! une grande partie de la noblesse de ce pays , l'Eglise et le tiers estât, pour leur faire entendre à tous comment Vostre Majesté avoit un grand contentement de l'obevssance et servitude qu'ils vous portent, comme il vous a pieu me mander, les pryant , de par vous , de le
D'ANDUÊ DE
continuer. A quoy tous ensemble d'une voix m'ont dict et asseuré qu'ils seront toute leur vie vos très-humbles et très-obeyssans serviteurs et subjecls jusqu'à la dernière goutte de leur sang. Vous as.se ura ut que je les ay tousjours trouvés tels, et principalement la noblesse. Et si j'eusse eu une compagnie de gens-d'armes de vos ordonnances icy avecques la noblesse , les ennemys n'eussent pas mangé ni pillé vostre pauvre peuple ainsy comme ils font.
Car vous sçavez , sire , que ceste noblesse , qui marche pour son plaisir , ne peut longuement tenir ensemble. Et quand les ennemys voyent que je les ay assemblés , et que je suis prest à me mettre encampaigne , ils se retirent en leurs forts , voyant bien que je n'ay artillerie ny moyens pour les en tirer. Qui est la cause que je n'assemble point si souvent la noblesse , pour estre vostre pauvre peuple assez mangé d'ailleurs. Et si vous eussiez envoyé icy une compaignie de vosdictes ordonnances, elle eust obvié à toutes ces pilleries. Vous asseurant que, samedy dernier, Langoyran , avecques deux cens chevaux , s'en vint à deux lieues d'icy prendre et lever les contributions qu'il a imposées sur les paroisses à huict lieues autour de Bergerac , et contraint le pauvre peuple de payer , autrement brusle les maisons de ceux qui font refus , et fait emmener les bœufs et autres bétails qu'ils peuvent trouver. Tellement qui si Vostre Majesté n'y met ordre , tout ce pays s'en va à leur dévotion, et le tout par faute de n'avoyr mis icy une compaignie. Et certes, sire , Bergerac vous est de plus grande importance que vous ne pensez ; et font estât que, bien que la paix se fasse, cela leur demeurera.
J'ay aussy remonstré auxdicts estais comment les autres seneschaossées de la Guyenne se sont présentées pour faire tout ce qu'il plaira au sieur mareschal de Montluc leur commander pour vostre service. Ils m'ont accordé d'en faire de m es: nos . comme il plaira à Vostre Majesté veoyr par le procès verbal sur ce faict que je vous envoyé. Aussy la commission des trois enseignes de gens de pied establies pour la garde du pays , qu'il a pieu à la reyne vostre mere m'envoyer pour lever le payement sur le présent pays , sera expirée au dernier du mois prochaiu. S'il vous plaisl continuer ladicte com-
mission, je supplie Vos Majestés m'en envoyer une autre , ou moyen pour les payer d'ailleurs, et y adjousler trois cens livres par mois pour monentretenement, ou de celuyqui demeurera en mon lieu durant mon absence. Et , en ce faisant , ledict de La Saux aura moyen de se tenir icy, et de vous y servir fidcllement ; car le sieur de Borie l'a eu de mesmes.
Davantage, sire, M. de Montpensier a envoyé une commission aux esleus du présent pays , pourcothiser sur ycelle cinquante mulets et trois cens pionniers pour son armée. J'ay envoyé devers luy pour remonstrer la pauvreté dudict pays ; et il nous a rabaissé le tout à sept mille livres. Mais, voyant que le sieur mareschal de Moutluc a délibéré de se mettre en campaigne eu brief pour venir faire la guerre en ce pays , je luy ay escrit et remonstré que ladicte somme de sept mille livres serait fort nécessaire pour l'enlretenemcnt de son armée audict pays, et luy prie d'escrirc à M. de Montpensier de ne prendre point ladicte somme, veu que cela luy pouvoit servir , comme je luy en ay aussy escrit de mesmes. Toulesfois , il nous a faict response qu'il estoit nécessaire qu'il eust ladicte somme pour secourir son armée. Et me semble sur cela, sire, qu'il est raisonnable que ces derniers demeurent pour le secours de ce pauvre pays ; car le scindic ne souffrira pas qu'ils soient employés à autres fins qu'au profit et utilité du pays , comme il luy a esté commandé par les estais, si-non qu'il en ayt commandement de vous, ainsy que vous pourrez veoyr par ledict procès verbal.
Et quant à ce qu'il vous a pieu me commander touchant l'affaire du lieutenant de Poitou, je vous maudis par ma dernière ce que mon I rere et moy eu avions faict. Despuis, ledict lieutenant m'a escrit, et pareillement le sieur Plassac, qu'il esloit très-necessaire que j'allisse à Archiac , là oâ nous pourrions amplement discourir de ce faict ensemble; mais j'advisay qu'il valloit mieux d'attendre ce que moïifrcre aurait faict avecques le sieur de La Noue et les Rochellois, et que Langoyran estoit en campaigne de par deçà, et aussy les Xaintongeois de leur costé : qui fut cause que j'envoyai devers eux le sieur de Montaneys , homme d'entendc ment, pour sçavoir ce qu'ils ne vouloienl dire, et qu'ils faisoient de par de-là. Incontinent
qu'il sera venu , s'il y a chose digne de vous mander, je ne fauldray vous en advenir.
Les cnnerays ne sont point eslevés en ce pays plus que de coustume , encore que le sieur mareschal Dampville soit déclaré. Je ne sçay s'ils attendent sa responsc après l'assemblée qu'il Fait à Nismesau vingt-cinquiesme du présent, comme il mande à tous ceux de la religion, lesquels y sont allés.
Aussy, sire, du temps du Feu roy vostre Frère, il avoit eclissé Pestât du juge criminel d'avecques le civil , pour le donner à un nommé La Borie, lequel estât le juge-mage de cesle ville avoit il y a Irenie ans , qui est gentilhomme , homme de bien et d'honneur, et bienafFeciionné à vostre service ; et , le cognoissant tel, je l'ay retenu pour mon conseil aux aFFaircs de vostre dict service, duquel je me suis Fort bien trouvé. Lareyne vostre merc luy avoit mandé, etaudict La Borie, de l'aller trouver avecques toutes leurs pièces, pour, ycelles veues, et eux ouys, leur fairt* justice. Ledict juge-mage y vouloit aller; mais je l ay retenu jusqu'à ce que je yray avecques les députés de Languedoc, ou bien je le meneray avecques moy à la cour. Il vous plaira escrire audicl La Borie qu'il ne Faille point y venir et apporter sesdictes pièces , lesquelles vous verrez pour leur Faire raison.
Voylà tout ce qui se passe en ce pays pour le présent. Sur ce je prieray le Créateur, sire, mainlcnirVoslreGrandeur en toute prospérité heureuse et très-longue vie.
De Perigueus, ce 23 novembre 1674.
LETTRES
Madame, il y a quelque temps que je vous escrivis comment vous aviez eclissé Testât du juge criminel au juge- mage de cesle ville par Faux rapports, bien qu'il l'eusl trente ans y a. El d'autant que ledict juge-mage est gentilhomme, l'ayant trouvé homme de bien , et Fort aFfectionné au service de Vos Majestés, je l'ay retenu icy pour mon conseil, et me trouve bien Fort de luy. Si je vais en Languedoc, je le meneray avecques moy, et aussy à la cour, là où il vous Fera entendre bien amplement son Faict. Il m'asseure tant de la bonté de Vos Majestés, qu'estant ouy vous luy ferez rendre son estât. Je vous supplyeray 1res -humblement , madame, que cependant il n'aye point de dommage, et que le temps ne court d'avoir confirmation de sondict estât , selon les edicts que le roy a Faicts touchant la confirmation des offices. Le sieur d'Estourneau vous Fera entendre plus amplement le Faict dudict juge-mage.
Aussy vous me mandez que vous avez donné au capitaine La Salle deux cens escus, et que je prenne de lâ les cinquante que je luy ay prestés ; ce que je n'ay point voulu Faire , et ne luy ay point demandé , pour ce que vous avez encor alFaire de luy. J'allcndray bien encor ceste somme avecques d'autres que j'ay employées pour le service de Vos Majestés, espérant par vostre moyen estre payé.
Sur ce, je pryeray, madame, le Créateur qu'il veuille maintenir vostre aulhorité et grandeur en toute prospérité , très-heureuse et longue vie.
De Perigueux,le 23 novembre 1574.
Lettre du seigneur de Bourdeille à la reyne rnere.
Eicrilc le 23 âe nofembre 1174.
Madame ,
Le sieur d'Estourneau ( que vous cognoissez fort bien , ayant esté en plusieurs lieux par voslre commandement et pour le service du roy , lequel vous avez trouvé fidèle , cl le sera tousjours comme je le cognois ) s'en va servir son quartier en la maison du roy de Navarre. Je n'ay voulu faillir d'escrirc par luy au roy bien amplement des affaires de ce pays, et aussy à vous, ainsy que pourrez veoyr par la lettre quejescris à Sa Majesté.
Lettre du seigneur de Bourdeille au roy Henry M.
fcnToyée par l€ capitiioc t»3 S>llc , la 10 de-
SlRE,
Je vous a vois escril bien amplement par le sieur d'Estourneau de toutes choses.qui se passoient en mon gouvernement, et entre autres de la négociation que m'aviez commandé faire avecques le lieutenant de Poictou.
Après que lesicur-dc Montancys fut retourné de Pons, où je Pavois envoyé devers le sieur de
D'ANDRÉ DE
Plassac et autres de la religion, estant aussy mou frère de Branlhome de retour , ayant entendu par eux deux , ce qu'ils avoient faict de par de-là; sur ces entrefaictes les sieurs deMyrarabeau, de Plassac, et lieutenant de Poictou, m'ont escrit et envoyé le capitaine La Salle pour me prier de m'acheminer jusqu'à P0116, afin de parler a eux , et que je y trouverais le sieur de La Noue. Quoy voyant , j'enlreprins de faire ce voyage : et les ayant trouvés à Pons avecques plusieurs autres gentilshommes de leur faction, je leur fis entendre ce qu'il vous avoit pieu me mander par ledict La Salle , et comment vous m aviez mandé despuis que desiriez la paix le plus du monde, et que jamais vous ne seriez à vostre ayse qu'elle ne fust faicte. Sur quoy ils m'ont respoudu qu'ils ne desiroient autre chose que ladicte paix, et vous demeurer très-obeyssans subjects et serviteurs , et m'ont dict beaucoup d'autres choses que je leur ay prié de me donner par escrit, ce qu'ils ont faict, comme je vous envoyé un double. A ce que je puis veoir , ils désirent fort une abstinence de guerre , tant pour Lusignan que pour les autres pays où ledict sieur La Noue commande. Je leur ay rcspondu que Vostre Majesté faisoit beaucoup pour eux de leur présenter l'abstinence partout , excepté à Lusignan , veu la despense que vous y aviez faicte , et que vostre armée y esloit toute preste.
Ils m'ont aussy dict qu'ils veulent avoir exercice de leur religion ; mais je leur ay respoudu que je u'avois point citarge de résoudre en rien en cela. Bien, leur ai-je dict, que je m'asseurois tant de vostre grande bonté, que s'ils y alloient avec l'obeyssance que tous subjects doivent A un tel et si bon roy , ils cognoistronl que vous oublyerez le passé, et que leur donnerez ce que leur sera nécessaire, et , s'ils me donnoient l'un d'eux pour venir avecques moy devers Vos Majestés, ils trouveraient que ce que je leuray dict serait véritable. Je n'ay pu avoir d eux autre resoluliou , si-non ce que je vous envoyé par escrit.
Ayant bien cognu à leur parler qu'ils vouloient que ledict lieutenant de Poictou allist devers Vostre Majesté , pour vous faire entendre bien amplement toutes choses, il m'a semblé que ledict lieutenant estoit suffisant pour ce faire, et que par luy je vous escrirois bien am-
plement leur bonne volonté et le bon recueil que
j'ay eu d'eux , d'autant que je vois que ledict lieutenant marche de bon pied , m'asseurant qu'il vous dira bien fidellemenl toutes choses, et vous asseurera qu'il vous est fidèle serviteur. A ce que je puis cognoistre, sire, ledict sieur de La Noue et luy s'accordent bien, et sont bien affectionnés à vostre service, désirant fort la paix à vostre contentement.
J'ay parié audict sieur de La Noue particulièrement, lequel m'a prié de vous mander que vous le trouveriez tousjours vostre fidèle subject et serviteur, pour l'obligation qu'il a en vous, outre ce que vous estes son roy, et qu'il est bien marry de ce qu'il ne peut vous aller trouver, parce que les autres ne le veulent permettre que premièrement la trefve ne soit faicte : et l'ayant iaicle , il vous faira cognoistre en cestc négociation de paix combien il vous est humble serviteur. Par quoy il me semble qu'il serait très-ncccssairc que ledict sieur de La Nouefust en ceste négociation de paix avecques ceux de Languedoc, veu qu'il est homme pacifique, désirant le repos de vostre estât , cl d'autre part, sire , tous ont une grande créance eu luy. Et ne faut pas oublyerque ledict lieutenant soit du parly, car il vous y servira beaucoup.
Voilà tout ce qui s'est passé touchant cestc négociation, et ce que j'y ay pu faire. Vous avez aussy Pardeilhau qui y esloit , lequel vous est fort fidèle serviteur , et homme de raison. S'il plaisl à Vostre Majesté que la trefve se fasse, je vous supplie très-humblement que ce soit bieulosl afin qu'on fasse la paix : et, par ce moyen, vous soulagerez grandement vos pauvres subjecls.
Les sieurs de Myrambeau , de Plassac , de Montguyon et beaucoup d'autres gcntilshom» mes , m'ont dict qu'il vous a pieu envoyer des lettres patentes par deux fois pour faire sortir le médecin Lamoureux de Xainctes, et qu'on n'a pas voulu obeyr à vos commandemens. Ils vous supplient très-humbleuieut de commander encor un coup qu'il sorte , et je vous en fais Irèshumblc requeste en leur faveur.
Je m'en retourne demain en ma senescliaussée, où j'altendray vos commandemens; et, s'il y a cho.^e digue de vous escrire, je ne fauldray vous en advenir. Sur ce, je prieray le Créateur, sire , qu'il veuille maintenir vostre authorité et
grandeur en toute prospérité, très-longue et heureuse vie.
D'Archiac, le 10 décembre 1574.
lettre du seigneur de Bourdeille à la reyne mere.
Envoyrc par le capiuiue La Salle, le 10 dé- '. 1574.
LETTRES
affection que vous me portez, désirant me faire du bien, dont je vous remercie très-humblement; vous suppliant de la continuer, et vous asseurant que vous ne ferez jamais bien à serviteur qui le despende de meilleur cœur pour vostre service que moy, et qui mette mieux sa vie en hasard pour obeyr à vos commandemens , espérant ne mourir jamais que premièrement je ne vous fasse un bon service en quelque endroict.
Monseigneur, après que vous eûtes donné une abbaye à M. d'Estrées, il vous pleut me donner une petite abbaye qu'il avoit, de quinze ou seize cens livres de rente, en attendant une meilleure, comme je le mandis a ma sœur et vous en escrivis, vous remerciant très-humblement du bien que vous me faisiez. Mais despuis j'ay entendu que vous me l'aviez oslée pour la donner à Bonney, et dites audict sieur de Breulh que ma sœur vous avoit dict que je n'en voulois point ; ce que je n'ay jamais pensé, et ne refuseray de ma vie chose venant d'un si bon maistre que j'ay, estimant beaucoup le bien que me faites en mon absence de ceste façon, puisque le peu de service que je vous fais vous est agréable , me donnant par là à cognoistre combien vous m'aymez et estimez. Par quoy, monseigneur, je vous supplieray très-humblement de me laisser ladicle abbaye,
Madame ,
Vous entendrez bien amplement ce que j'ay pu faire à la négociation de la paix, par la lettre que j'escris au roy. comme il luy avoit pieu et à vous me commander, avecques le lieutenant de Poielou, vous asseurant que je vois vos subjects de toute part en bonne délibération dey entendre. Par quoy, madame, il me semble que le plustost qu'elle se pourra faire sera pour le mieux, au profil de vos pauvres subjects et pour le repos de Vos Majestés.
J'ay bien asseuré ceux de la religion que vous sollicitez le roy vostre fils, tant qu'il vous est possible, défaire la paix : et trouve ledict lieuicnant fort affectionné à votre service, et marche de bon pied. Il vous fera entendre bien amplement etfidellemeutcequi s'est passé entre nous à ladicte négociation.
Je me retire en ma seneschaussée , où j'at- el ne favoriser point un joueur de lue plus que tendray vos commandemens, auxquels j'obey- moy- En ce faisant, vous ferez cognoistre ce ray toute ma vie fort fidellement. Sur ce je qu'on pense et estime de vous ; c'est que vous prieray le Créateur, madame, maintenir Vos- honorez la vertu, et les gens de bien et de Ire Grandeur en toute prospérité, très-heu- maison. Toulesfois, monseigneur, si vostre reuse et longue vie. j volonté est telle, non pas décela seulement,
De Perigueux , ce 10 décembre 1574. | mai* du mien propre, vous pouvez disposer
comme il vous plaira; car je m'estimeray tous-
Lettre du seigneur de Bourdeille au duc cTA lançon.
Escriie le 23 de novembre 1574.
J'ay receu la lettre qu'il vous à peu m'escrire par le sieur de Breulh , et entendu le bien qu'il vous avoit pieu me faire de 1'evescbé d'Avranchc s'il fust esté mort. Mon frère de Brauthome ma confirmé la bonne voluutc et
jours très-heureux d'avoir quelque chose qui vous soit agréable , d'autant que je ne suis desdié à autre qu'à vous, espérant le vous dire en bref.
Sur ce je prieray le Créateur, monseigneur, qu'il veuille maintenir Vostre Grandeur en toule prospérité , heureuse et très-longue vie. De Perigueux, ce 23 novembre 1574.
D'ANDRÉ DR BOURDRILLE.
Lettre du seigneur de Bourdeille au roy Henry III.
Envoyée par La Buwiere, le 25 de décembre 1574. Sire ,
Vous aurez entendu par le lieutenant de Poictou ce que j'ay faict à Pons avecques le sieur de La Noue et autres de la religion. Despuis estant de retour, les trois compagnies qui cydevant ont esté ordonnées pour la garde de ce pays , me sont venues demander de l'argent , à quoy je n'ay pu satisfaire , d'autant que les trois mois portés par la commission sont expirés , et n'ay plus de pouvoir de les entretenir s'il ne plaist à Vostre Majesté la rcnouveller , et ordonner que lesdicles trois compagnies seront renouvellées et continuées eu leurs garnisons, et payées sur le pays, comme elles avoient accoustumé. Pour cest effect , j'envoye ce gentilhomme, presenl porleur, pour vous remonstrer ce qui peut concerner Testât dudict pays; et par ycelluy je vous supplie très-humblement me demander vostre volonté. Car , de laisser les places desnuées de gens, ce sont autant de pays gaigtiés à vos enuemys.
Aussy , sire, je vous ay cy-devant adverty comment, ayant assemblé la noblesse pour pouvoir remédier aux courses que les ennemys font journellement, ils advismnt qu'il estoit nécessaire défaire cent chevaux-legers, et les payer des sept mille livres qui se trouvoient imposées sur le pays par ordonnance et commandement de M. de Montpencier, pour subvenir à son armée. Mais , d'autant que despuis ledict sieur aenvoyé quérir ce qui reste de ladicte somme, ce moyen nous a defailly, et ne pouvons entretenir lesdicls chevaux-legers; de façon que nous sommes conlraincts laisser manger le pauvre peuple à faute de cavallerie, s'il ne plaist à Vostre Majesté ordonner qu'ils seront payés des deniers cy-devant levés sur les villes closes et gros bourgs de ce pays ; desquels deniers vous auriez commandé d'est re pris par le sieur de Losse ce que seroit nécessaire pour rentretenement de ses gens de guerre, dont il n'a encor rien prins; et doivent eslre lesdicls deniers entre les mains de
Canoste, recepveur gênerai. Nous ue voyons autre moyen , s'il ne vous plaist le nous donner sur autre nature de deniers. Nous vous supplions très - humblement ne nous plus remettre au mareschal de Montluc, parce qu'il m'a escrit qu'il ne pourvoyerait a rien en ce pays, qu'il n'en eust response des remonslrances qu'il vous a envoyé faire touchant son gouvernement , à raison de ce que luy avez osté le commandement sur M. de La Valette.
Aussy, sire, vos officiers ne veulent plus procéder à aucune cotisation des deniers sans expresses lettres patentes de vous, parce que puis naguieres vostre cour de parlement de Bourdeaux leur a inhibé, à peine de privation de leurs offices, pour beaucoup d'abus et fautes qui s'y sont commises , cucor qu'ils eussent commissions et conimandenicns de vos Iieutenans généraux.
Quant à moy, sire, après que j'aurayeu response sur le faict du lieutenant de Poictou , j'ay délibéré vous aller trouver, comme il vous a pieu me commander, et despendre le reste de mes moyens à vous faire très-humble service près vostre personne, et de Monsieur, vostre frère, mon bon maistre, ne pouvant plus veoyr ruyner ce pauvre pays sans avoir moyen de vous y faire quelque service, comme j'ay toute ma vie désiré.
Et pour cest effect, vivant le feu roy vostre frère, les ennemys s'cslans saisis de deux places fortes de ceste ville, nommées les chasteaux de La Chapelle et de Wert , je fis assembler tant de gens de guerre q ue je pus, avecques l'aydc desquels je remis lesdictes places en son obeyssance, où je fis quelque petite despense, que je vous supplie très-humblc:nent faire veoyr à vostre conseil , et m'ociroyer commission d'en estre payé sur ce pays, veu que ce a esté faict au grand profit et utilité d'ycelluy, comme cognoistrez par le procès verbal et estât sur ce faict , lequel je vous envoyé.
J'ay bien voulu aussy advertir Vostre Majesté comment le capitaine qui a commandé en vostre ville de Domine, nommé La Roque, ayant sceu que ceux qui tenoient le chaslcau de Montforl estoient sortis, les alla attaquer et les drsfit tous ; cl , voyant qu'il n'en estoit re>té que bien petit nombre dans ledict Montfort, advertit le sieur de Puymarlin qui com-
mande à Sarlac, et tous ensemble ont remis ledict chasteau en vostre obeyssance, et l'ont mis entre les mains de M. de Tharene à qui il
ppartient , qui y vint en personne , et a mis dedans un gentilhomme catholique et trente soldats , soubs la promesse qu'il a faicte audict sieur de Puymartin de garder et conserver ledict chasteau soubs vostre obeyssance. Je vous asseurc que ledict sieur de Puymartin a si bien faict en ce pays sarladois, que les ennemys n'y tiennent plus qu'un petit fort appelé Sainct- Quentin, de cinq ou six places qu'ils y avoienl à leur dévotion. Je souhaiterais bien qu'il continuast sa bonne affection. De ma part je la favorise de tous les moyens que je puis, parce que c'est ma seneschaussée.
J'ay pareillement esté ad verty comment le gouverneur de Dax et deSaiuct-Seré ont tué vingtcinq ou trente gentilshommes au pays de Chalossc , qui portoient les armes contre Vostre Majesté.
Davantage, sire, j'ay receu vos lettres du onziesme de novembre, avecques vos patentes pour mechargerdu chasteau d'Aubeterre, etautres lettres pour la décharge du sieur dcChamberlannc, lequel m'a mandé qu'il estprest d'obeyr à vos commandemens, pourveu qu'il soit payé du temps qu'il y a demeuré. Et , entre autres choses, je croy que c'est la principalle difficulté que ledict chasteau ne me soit délivré, comme pourrez cognoistre par les lettres que ledict Chamberlanne vousescrit. A ceste cause, il vous plaira m'envoyer commission nécessaire pour imposer, cothiser et lever les deniers, tant pour les arrairages de la garnison audict sieur de Chamberlanne , que pour le payement et solde de la garnison à advenir , selon les mémoires que j'en ay cy-devaut envoyés.
Et s'il plaist à Vostre Majesté de me commander vostre volunté sur tout ce que dessus, je roellray tousjours peine de l'exécuter fidellement, etd'aussy grande affection que je prie le Créateur, sire, vouloir maintenir Vostre Grandeur et Authorité en toute prospérité, très-heureuse et longue vie.
De Perigueux , le 25 de décembre 1694.
Lettre du seigneur de Bourdeille à la reyne mere.
Envoyée par le »ieur de La Bussière , le 25 décembre 1574
Madame,
Estant à Pons, où il avoit pieu â la majesté du roy me commander d'aller , je trouva/ M. le président de Large-Baston, lequel me dit que les occasions qui l'ont contraint d'estre là sont les faux rapports qui vous ont esté faicts de luy. Toutesfois , il se fie tant en vostre bonté , qu'il espère estre receu en ses justifications. Il m'a prié de vous supplier très-humblement, comme je fais , madame , qu'il plaise à Vostre Majesté de l'ouyr , afin qu'il vous fasse cognoistre qu'il est homme de bien. Il vous escrit bien amplement, comme vous pourrez veoyr par ses lettres, lesquelles je vous envoyé.
J'escris aussy à Sa Majesté des affaires de ce pays, et de ce que j'ay appris depuis que je suis revenu de Xainctonge; vous aSseurant, madame, qu'il est Irès-neccssaired'y remédier bientost, autrement les affaires dudict pays se porteront fort mal. Il vous plaira adviser ce qu'on y doit faire. Et sur ce je prierai le Créateur, madame, qu'il vous veuille maintenir Vostre Grandeur en toute prospérité, trèslongue et heureuse vie.
De Perigueux, ce 25 décembre 1574.
Lettre du seigneur de Bourdeille au duc d'A lançon.
Envoyée par le rieur de La BiiMiere, le 25 décembre 1574.
MOXSEIGMEUR ,
Il avoit pieu au roy vostre frère de me mander d'aller en Xainctonge parler avecques messieurs de La Noue, de Myrambeau, et autres gentilshommes de la religion , touchant la paix , lesquels j'ai trouvés à Pons en bonne délibération d'y entendre ; et , s'il vous plaisoit y mettre la main , je vois qu'elle en seroit plus durablt
D'ANDRÉ DE
et plustost faicte : et vous asseure , monseigneur , que si le roy n'y met ordre bienlost, je vois la couronne de France fors basse, et le pauvre peuple fort mangé. Et d'autant que, après le roy vostre frère, vous y avez plus d'interest que tout autre , il me semble qu'il est très-nécessaire que vous y mettiez la main à bon escient. Et si j'avois l'honneur d'estre auprès de vous, je vous dirois des raisons que vous cognoistriez ce que je dis est véritable , et que je vous le dis en fidèle serviteur , tel que je suis et seray toute ma vie; vous suppliant très-humblement, monseigneur, de le croire, et de me pardonner si je parle si librement en vostre endroict. Aussy je vous ay bien voulu escrire comment il y a long-temps que vous avez retenu M. de Pcrigueux pour un de vos aumosniers, luy promettant de le mettre en vostre estât : et , parce que c'est un homme de bien , d'honneur , bien vivant , ayant les moyens de vous faire service, je vous supplie trèshumblement de l'y mettre; et, en ce faisant, vous nous obligerez tous deux de prier Dieu, monseigneur , de vouloir maintenir Vostre Grandeur en toute prospérité , très-heureuse et longue vie.
De Perigueux , ce 25 décembre 1574.
Lettre du roy Henry III au seigneur de Bourdeille.
Eacrite le 11 de novembre 1574.
Monsieur de Bourdeille, suivant ce que vous m'avez escrit par vostre lettredutrentiesme octobre, je vous envoyé mes lettres patentes pour recepvoir en vos mains lechasteau d'Aubeterre, y commander, et m'en demeurer respousable ; comme aussy j'ay faict expédier autres lettres patentes pour la descharge du sieur de Cliamocrlanoe, et luy escris qu'il ne faille d'obeyr à madicte intention, comme je m'asseure il ne faira. J'en donne aussy advis, tant au sieur de Ruffec qu'à la viscomtesse d'Aubeterre.
Au demeurant , je vous diray que je suis en- I ieremenl bien content et satisfaict de vous , et du bon et grand devoir que vous faites par de-là pour mon service; vous asseuraul bien que aux occasions vous cognoistrez les effects de ma
. bonne volunté. Je vous prie continuer d'advertir mon cousin le mareschal de Montluc de ce qui se passera ; et que Nostre-Seigneur vou» aye, monsieur de Bourdeille, en sa saincte et digne garde.
Escrit à Lyon le 11 de novembre 1574.
Et plus bas, de Neotili*.