LXXXV11I
Lettre du roy Henry III au seigneur de
Bourdeille.
ïxxMt le 20 de décembre 1574 , et receue le 12 de janvier 1575.
Monsieur de Bourdeille , j'ay receu vos lettres des quinziesme et vingt-troisiesme du mois passé , par lesquelles vous me représentez très-bien Testât des affaires du pays , dont j'ay receu grand contentement ; mesmes que je me suis bien apperceu qué s'il y a quelque chose de bien , vous y estes quasy le principal auteur et la cause, et que vous post posez toute autre chose à mon service. Vosdicles lettres sont si amples et particulières, qu'elles me fontveoyr cler auxdictes affaires delà. Je trouve fort bon qu'ayez adverly de tout mon cousin le mareschal de Montluc , comme je vous avois mandé.
Quant à l'eslection qu'avez faicte du sieur de La Saux, qui a esté lieutenant de vostre compaignie, pour demeurer et commander à Perigueux, durant vostre absence, je veux m'asscurcr (puisque m'en rendez si bon tesmoignage , et qu'il est si bon au pays ) qu'il est un homme de bien, et parce suis bien content qu'il fasse ceste charge , suivant une lettre particulière que je luy en escris présentement , et aux officiers habitaus de ladicte ville qu'ils luy obeyssent, cl me semble que madicte lettre suffira sans autre commission.
Je sc,ay fort bon gré à ceux de la noblesse d'estre si affectionnés à mon service comme vous me les représentez. Je vous prie les conforter tousjours, et maintenir en ceste bonne volunté, et les asscurer de la mienne, très-disposée et affectionnée à les recognoistre aux occasions.
J'ay faict renouveller la commission pour le payement des trois compaignies des gens de
LETTRES
pied pour quatre mois, et ay faict comprendre vostre entretenement, ou de ecluy qui commandera en vosire absence , à raison de deux cens livres par mois , et la vous envoyé présentement. Quant à ces mulets et la partie que demande mon cousin le duc de Montpencier, vous pouvez estimer qu'il a esté à ce forcé par grandes et nécessaires occasions ; car il est besoing que son armée soit pourveue. Toutesfois, je luy mande que s'il s'en pouvoit passer cela serviroit bien ailleurs,- ainsy que m'escrivez : et vous asseure que je desirerois bien que mondict cousin fust satisfaict.
Voylà ce que vous puis dire en response de vos lettres. Pryant Dieu qu'il vous ayt , monsieur de Bourdeille , en sa garde sainetc. Escrit en Avignon le 20 décembre 1574.
Je désire que vous envoyiez à mondict cousin le duc de Montpencier ladicte partie de sept mille francs, ou bien des mulets; et partant je vous prie qu'ils «oient délivrés à celluy qu'il y envoyera pour les prendre , sans qu'il y soit faict aucune difficulté. Heivry.
Et plus bas, de Neufville.
Ullre de la reyne mere au seigneur de Bourdeille.
Escrite le 20 de deembre 1571, et reefue le 12 de janvier 1575.
Monsieur de Bourdeille , j'cmploycray, pour responses aux lettres escrites, celles du roy, M. mon fils, par lesquelles serez bien amplement instruict de son intention : et pour mon regard , vous diray seulement que , comme je cognois ledict sieur roy mon fils estre très-disposé d'embrasser et favoriser ceux qui luy font bon et utile service comme vous, aussy je seray ;fort aysc de le seconder et assister en teste sienne bonne volunté, et particulièrement envers vous. Pryant Dieu qu'il vous ayt, monsieur de 'Bourdeille , eu sa saincte garde.
Escrit en Avignon le 20 de décembre 1574.
Catheiuxe.
El plus bas , de ISei fviub.
Lettre du seigneur de Bourdeille au roy • Uenry 111.
Envoyée par Guillaume, le 15 de janvier 1575. Sire ,
Le sieur de Rastigniac me vint trouver il y a huict jours, et me fit entendre le grand contentement et bonne cherc qu'il a receus de Vostre Majesté , qn'estoit de le remettre en ses biens, et luy confirmer l'abbaye de La Chastre, qu'il vous avoit pieu luy faire donner au feu roy vostre frère ; et cejourd'huy il m'est venu dire comment il a esté donné un arrest au grand conseil, confirmant ycelluy des grands jours qui est de perdre leurs vies et biens , et aussy que vous avez révoqué ladicte abbaye de I ;i Cbasire , laquelle vous luy aviez confirmée ; estant par ce moyen au desespoir, et le plus fasebé du inonde : tellement qu'il ne fauldroit beaucoup le picquer à luy faire faire encor le fol , et suivre les autres qui le veulent faire. Je luy aydict etasseuré de vostre part que vous n'entendiez point de rompre vosire promesse et parolle,et que vous estiez roy véritable, et que je m'asseurois tant de vostre bonté que vous luy tiendriez promesse : et ay tant faict que je l'ay rapaisé , et luy ay promis de vous en advenir incontinent , ce que je fais.
Et d'autant qu'il a tousjours esté bon et fidèle serviteur de vostre couronne . mesmes que, du vivant du feu roy vostre frere, il n'a jamais failly quand je l'ay mandé pour son service me venir trouver, ayant tousjours avecques luy trente ou quarante bons chevaux, comme j'ay mandé au feu roy, ainsy que la reyne vostre mere vous le tesmoignera; et cognoissant qu'il est homme de service , ayant moyen pour vous en faire , je ne craindray point à vous supplier très-humblement luy vouloir continuer les dons que vous luy avez faicts. Et ce luy accroistra de plus en plus la bonne volunté et affection qu'il a à vostre service.
J'espere envoyer un de ces jours un gentilhomme devers Vostre Majesté pour vous faire entendre plus amplement son faict. Cependant il vous plaira de luy escrire , et 1 asseurer que vous voulez tenir vosire parolle. Et
D'ANDRE DE
sur ce je prieray le Créateur, sire, maintenir vostre grandêur en toute prospérité, trèsîcureusc et très-longue vie.
De Perigueux , ce 15 janvier 1575.
Lettre du seigneur de Fiortrdeille à la reyne mère.
Escrite le 15 janvier 1575.
Madame ,
Vous sçavez que, du temps du feu roy vostre fils , je vous ay escrit plusieurs fois le bon devoir que faisoient les sieurs de Rastigniac au service de Vos Majestés, desquels j'en avois tousjours trente ou quarante chevaux, pour m'y secourir toutes les fois que je leur ay mandé : et aussy en ma faveur luy aviez continué le don de l'abbaye de La Cl i astre, qui est une abbaye qui ne vaut pas huict ou neuf cens francs; laquelle despuis le roy luy a confirmée , et ycelle despuis redonnée à un autre, comme vous pourrez veoyr par les lettres que j'escris à Sa Majesté. Et recognoissant qu'il va de si bonne affection au service de Vos Majestés, je vous supplieray très-humblement , madame, luy tenir la main, afin que le roy, en vostre faveur, luy continue le don de ladicte abbaye : et il sera tenu toute sa vie à prier Dieu pour vostre prospérité et santé , comme aussy je fais d'aussy grande affection que je supplie le Créateur, madame , vouloir maintenir Vostre Grandeur en toute prospérité, trèsheureuse et très-longue vie.
De Perigueux, ce 15 janvier 1675.
XCH.
Henry III.
Envoyée par Philippe* le 25 janvier 1575. Sire,
Les maires et consuls de ceste ville de Perigueux n'eussent pas tant demeuré h envoyer devers Vostre Majesté , n'eust esté que je les en aye tousjours gardé |>our l'espérance que
, j'avois de y aller moy-mesme, et de les y mener de jour à autre, si le temps me l'eust pu permettre , pour vous faire entendre la bonne volunté qu'ils ont de demeurer vos très-humbles et très-obeyssants serviteurs et subjects : vous asseurant , sire, que je les ay tousjours cognus tels et fort prompts à exécuter ce que je leur ay commandé pour vostre service. Mais, craignant que vous fussiez marry de quoy ils ont tant tardé à faire leur devoir, ils vous envoyent un d'entre eux, pour vous offrir et remonstrer comme de tout temps ils ont esté aux roys vos prédécesseurs, et très- fidèles à la couronne, ce qu'ils veulent continuer; vous suppliant trèshumblement qu'il vous plaise les recepvoir,et leur confirmer les privilèges que vos prédécesseurs leur ont donnés, et leur accorder et octroyer la requeste qu'ils présenteront à Vos Majestés. Et sera de plus en plus augmenter le bon vouloir qu'ils ont à vous faire très-humble service. Sur ce je prieray le Créateur, sire, maintenir vostre aulliorilé et grandeur en toute prospérité, très-heureuse et très-longue vie. De Perigueux , ce 25 janvier 1675.
Lettre du seigneur de Bourdeille à la reyne nxere.
Madame,
Le maire et consuls de Perigueux envoyent devers le roy l'un d'entre eux , pour luy offrir, et à vous aussy , leurs biens et vies pour le service de Vos Majestés, comme vos bons subjects et fidèles serviteurs. Les ayant tousjours cognus tels, et fort prompts à exécuter vos commandemens , j'en ay escrit à Sa Majesté comme pourrez veoyr, et vous supplie très-humblement , madame, les ayder et favoriser, afin qu'ils obtiennent ce qu'ils demandant par leur requeste, qui est très-raisonnable, et sera tousjours augmenter le vouloir et bon zelle qu'ils ont au service de Vos Majestés. Sur ce je prieray le Créateur, madame, maintenir Vostre Grandeur en toute prospérité, très-longue et heureuse vie.
De Perigueux , le 25 janvier 1575.
Lettre du seigneur de Bourdeille au roy Henry ///.
EiiToyfcparM.de Branibome, le 30 janvier 1575. Sire,
J'ay receu la lettre qu'il vous a pieu m'escrirc, daltée du vingt-cinquiesme décembre dernier , ensemble la commission que m'avez envoyée pour l'cntretenement de six cens bommes de pied , ordonnés à la garde de ce pays pour quatre mois, et aussy pour mon entretenement , ou de celuy qui demeurera icy en mon absence, qui sera le sieur de La Saux , comme il vous a pieu de le commander, lequel j'y laisseray incontinent que j'auray reccu voslre response sur la depesche que j'ay envoyée devers Vos Majestés.
Et quant à ce que vous me commandez de tenir la main pour faire, payer les deniers que monseigneur de Montpencier a imposé sur le présent pays, j'en ay veu la moiclié , et on est après à lever le reste; mais la pauvreté de ce pays est si grande, qu'on ne peut estre payé , tant de l'ordinaire que de l'extraordinaire, parce qu'il a esté levé sur ledict pays soixante ou quatre vingt mille livres despuis le commancement de ceste guerre, outre ce qui a esté pillé et desrobé , et pour ce aussy que les ennemys
LETTRES
de Bergerac , pour estre assise la ou elle est , qu'est à vingt lieues de Montauban , là où les assemblées se font de Languedoc , Provance et Dauphiné : et à la faveur dudict Bergerac ils se peuvent joindre avecques ceux d'AngouImois , Xainctonge , Poictou , Brelaigne, et autres lieux circonvoisins, veu que ladicte ville n'est qu'à trente lieues de La Rochelle; qui vous est un grand préjudice pour vostre duché de Guyenne, qui est grande , et ayant force noblesse et gens de pied , desquels vous pourriez plus aysemeut vous servir si ledict Bergerac estoit en vostre obeyssance : à quoy vous pouvez remédier par le moyen des forces de M. de Montpencier, tant de gens de cheval que de pied, et l'art illerie toute preste à marcher; et ne luy faudrait que munition pour ladicie artillerie, et en ce caresme prochain on la pourroit venir assaillir et prendre, d'autant qu'elle n'est encor fortifiée comme il faut, et fermée de foibles murailles.
On me pourroit dire qu'il serait nécessaire de nettoyer pluslost la Xainctonge de Pons et Boutevillc; mais je respondray sur cela qu'on aura aussy tost pris ledict Bergerac que ceuxlà, qui vous est cent mille fois de plus grande importance; et, l'ayant remis à vostre dévotion, Pons et Boutleville seront plus aysés à prendre, parce qu'ils ne pourront estre secourus et favorisés de ce passage de Bergerac. Vous
détiennent et occupent la plus grande et meil- sçavez, sire, et avez veu la commodité des
pays; et si vous y faites venir le seigneur de Montpencier et ses forces, vous ferez deux choses : car vous prendrez ladicte ville, ensemble tous les autres forts qu'ils tiennent en Perigord, Agenois, Quercy et Bourdelois; et par ainsy délivrerez tous ces pays d'une grande captivité, vous asseurant que les ennemys lèvent sur lesdicts pays tous les mois plus de deux cens mille livres , sans les larcins et pillerics qu'ils y font ordinairement : et m'asseure que ces pays-là vous ayderont de ce qu'ils pourront pour secourir vostredicte armée, mesmes ce présent pays de Perigord; et cognoistrez qu'ils n'espargneront ny vies ny biens pour ee faire; et si l'armée marche de par deçà, les opinions de plusieurs changeront; mais, au contraire, si vous leur baillez loysir de fortifier ceste ville , re sera une seconde Rochelle; de sorte qu'ils font estai que si la paix se fait , ceste ville là leur dcmci:-
leure partie d'icclluy pays. Mais s'il vous plaisoit le favoriser et ayder d'une compaignie de vos ordonnances , vous le jetteriez d'une grande partie de toutes ces misères et pillerics, et ladicte compagnie ticndroit la main à faire payer vos impositions: car vous sçavez, sire, qu'estant desnué de force comme je suis, que je ne puis remédier à tant d'affaires et inconvénient J et» ay si souvent escril au feu roy vo.stre frere et à vous , que je crains que vous direz que je suis importun. La reyne vous lesmoignera du tout. Mais je ne puis moins faire que cela pour le deu de mon estât, duquel il vous a pieu m'honnorer, et lequel j'exerceray fort fidellement et de bon cœur. A ceste cau>e , sire , je vous supplieray très -humblement qu'il vous plaise y penser.
J'ay aussy mandé souventesrbis, tant au feu roy qu'à vous , de quelle importance csl la ville
D'ANDRE DE BOURDEILLE
era, et ont foict faire des canona et de longues colevrines.
Mon frère de Branthome s'en va devers Vos Majestés, lequel vous dira bien amplement tous les affaires qui se présentent en ce pays, et les particularités à quoy il est temps que vous remédiez. Entre autres choses, il vous discourra du faict du sieur de Rastigniac, duquel je vous escri vis dernièrement, vous suppliant très-humblement le vouloir contenter et leur donner l'abbaye de La Chaslre, en la façon que vous donnastes celle de Pouilhac contre le comte de Lousun, et donnerez récompense & l'autre, et leur augmenterez toujours le cœur de plus en plus à vous faire très-humble service.
Sur cela je prieray le Créateur, sire, maintenir Vostre Grandeur en toute prospérité trèsheureuse , et très-longue vie.
De Perigueux, le 30 de janvier 1575.
XGV
Lettre du seigneur de BourdeUle à ta reyne mere.
E»crUe le 30 de janvier 1575.
Madame,
J'ay receu la lettre qu'il a pieu à Vostre Majesté m'escrire, ensemble la lettre du roy, lesquelles j'executeray de poinct en poioct fort ftdellement. J'escris à Sa Majesté bien amplement des affaires qui se présentent en ce pays et qu'il est très-necessaire de y remédier bientost.
Mon frère de Branthome s'en va devers Vos Majestés, lequel vous discourra bien au long, tant du gênerai que du particulier. Je vous supplieray très-humblement, madame, de favoriser les sieurs de Rastigniac à obtenir l'abbaye de La Chaslre, qu'il avoit pieu au feu roy leur donner par vostre moyen : et vous les obligerez grandement à vous faire très-humble service, vous asseurant qu'ils en ont bien le moyen; et les y ay trouvés tousjours fort affectionnés, comme je vous ay mandé plusieurs fois. Sur cela je prieray le Créateur, madame, qu'il veuille maintenir Vostre Grandeur en toute prospérité très-longue, et très-heureuse vie.
De Perigueux, le 30 janvier 1576.
Lettre du roy Henry III au seigneur de BourdeUle.
Escrite le 16 janvier 1575.
Monsieur de Bourdeille, je vous ay envoyé la commission nécessaire pour lever le payement des trois compaignies qui sont entretenues en Perigord, par laquelle j'ay aussy ordonné un honneste appoinctement pour celluy que laisserez dedans la ville de Perigueux en vostre absence; si bien que serez maintenant satisfaict pour ce regard.
Je suis bien ayse qu'ayez envoyé â mon cousin le duc de Montpencier les sept mille livres qui avoient esté imposées sur le pays par son ordonnance, car il avoit faict estât. Quant à l'entretenement des chcvaux-Iegers que vous avez assemblés, je ne puis douner d'icy d'autre provision, et mesmes sur les deniers de mes tailles, que de vous renvoyer à mon cousin le marcschal de Montluc , pour ce que je luy ay entièrement délaissé lesdicts deniers. Vous retirez doneques vers luy, afin qu'il y pourvoye suivant le pouvoir qu'il en a. À quoy il ne fera refus d'entendre, ayant à présent entendu mon intention sur son gouvernement.
Pour ce qui regarde les frais qui ont esté faicts pour la reprinse des chasteaux de La Chapelle et de Wert, je feray veoyr dans mon conseil Testât que m'en avez envoyé, pour après en eslre ordonné ce que raison. Quant est du chasteau d'Aubeterrc , j'ay veu ce que Chamberlanne m'en escrit. Il dit avoir augmenté sa garnison dudict chasteau, d'autant qu'il a cognu qu'il estoil nécessaire de le faire, et demande d'estre remboursé de ce qu'il a mis pour l'cntretenement de ladicte augmentation, laquelle, puisqu'il l'a faicte sans mon commandement, ny de mes lieutenans généraux, il me semble raisonnable qu'il en soit dressé. Pour ceste cause, je remettray à pourveoir à cela quand j'auray esté mieux informé des choses, comme j'espere estre par vous à vostre arrivée. Cependant vous devez retirer avecques vous le fils de la viscomtesse d'Aubeterre, suivant l'offre que j'ay entendu qu'elle vous en a quelquesfbis faicte,
LETTRES
quand ce ne seroit que pour l'instituer comme il doit estre.
Je renvoyé le lieutenant de Poîctou vers mon cousin le duc de Montpencier, luy ayant donné charge de vous communiquer mon intention sur une lettre que je vous ay escrit par luy, et pour ce je ne vous en feray répétition parla présente. Pryant Dieu, monsieur de Bourdeille, vous avoir en sa garde.
Escrit à Romains le 16 janvier 1575.
Henry.
Et plus bas, de Neufvule.
Lettre de la reyne mere au seigneur de Bourdeille.
Escrite le 16 de janvier 1575.
Monsieur de Bourdeille, pour response à vostre dernière depesche, le roy M. mon fils, se remet en partie sur ce qu'il vous a mandé par ses précédentes, espérant que les aurez de présent rcceues; et par celle qu'il vous escrit présentement, il vous fait si amplement entendre son intention, que je ne vous en feray redicle. Seulement vous prieray d'embrasser tousjours tout ce qui sera de son service, comme de la charge qu'il vous a donnée, selon que avez accoustumé, et qu'il se promet de vostre affection. Pryant Dieu, monsieur de Bourdeille, vous avoir en sa garde.
Escrit à Romains le 16 janvier 1575.
Catherine.
Et plus bas , de Neufville.
Henry /IL
fccriie le 9 de février 1575.
Sire,
J'ay receu la lettre qu'il vous a plu nTescrire, datée du seiziesme jour de janvier dernièrement passé, et tout incontinent j'ay envoyé devers le sieur marcschal de Momluc sçavoir s'il me vouloit bailler deniers pour l eutretenement de chevaux - légers. Lequel dict
sieur mareschal est allé assiéger lechasteau de Madelhian , près Agen , qui est à M. l'admi ral;et à ce matin j'ay eu advertissement de deux divers lieux, que Langoyran est sorty de Bergerac avecques toutes ses forces pour s'aller joindre avecques les vicomtes de Gourdon et Lavedan elle sieur d'Oros, qui s'assemblent pour essayer de lever le siège de Madelhian. Ledict sieur mareschal , ayant sceu cela , a faict retirer son artillerie à Agen, et a laissé les gens de pied devant ledict Madelhian qui sont à la sape, et a prins le demeurant de ses forces, et s'en va trouver lesdicls ennemys, pour les combattre s'il peut.
Quant au faict d'Aubeterre, j'espere sçavoir la vérité du tout bientost, et ne fauldray de le vous faire entendre : et pour le regard du fils aisné dudict d'Aubeterre , il a demeuré avecques moy toutes ces guerres , et porté les armes pour vosire service , délibérant rhabiller les fautes que son pere a faictes par le moyen du service qu'il vous faira, comme je l'ay mandé au feu roy, vostre frère , et l'avois prié de le prendre à son service; ce qu'il m'accorda. Je vous en fis pareille requeste et supplication par une lettre que je vous ay envoyée despuis vostre retour et advenement; et dereschef je supplie très-humblement Vostre Majesté de le recevoir; et seroit une grande charité de remettre sa maison en son entier, qui est une des meilleures maisons de vostre duché d'Angoulesme.
Et quant a ce que me mandez qu'avez commandé au lieutenant de Poictou de communiquer de sa négociation , et de m'apporter des lettres de vous, je n'ay ouy encor aucunes nouvelles de luy, si-non qu'on dit qu'il estavecques M. de Montpencier. Le doyen de Poicticrs est de retour, lequel m'a discouru bien amplemenlde tout. Incontinent que j'auray sceu des nouvelles dudict lieutenant, je ne fauldray de faire ce qui se présentera pour vostre service de par deçà fort fidellement.
J'ay entendu que mondict sieur de Montpencier s'en va à vostre sacre. Mais il me semble, sire , que vous lui debviez manderde suivre sa fortune avecques ses forces, et venir en ce pays vous asseuranl que s'il fust venu incontinent à Lusignan, se planter à Cognac ou a Ai i goulesme , il cusl fort cslonné vos cnue-
D'AN DUE DR BOURDKILLË
mys, caria présence de lu y seul vaut plus que dix mille hommes, par la créance que vos bons serviteurs ont en luy , cognoissans la fidélité qu'il a à vostre couronne. Par quoy je vous supplieray très-humblement, sire, de nous le renvoyer le plustost que pourrez, et ferez beaucoup pour le bien de vostre service, et pour vostre duché de Guyenne, que je vois bien brouillé. Et me semble que ne sçauriez mieux faire que de l'envoyer pour commander et obvier aux jalousies de tant de petits lieutenans de roy, et tant de grands seigneurs de ce pays , qui ne feront point difficulté de luy obeyr. Autrement vous serez tousjours à recotnmancer.
Je vous ay mandé par mon frère de Branthome de quelle conséquence est la ville de Bergerac. Je vous prie y penser, et mettre ordre en cela de bonne heure, et autres choses qui touchent vostre estât. J'avois envoyé devers messieurs les comte de Veniadour et viscomtc de Thurenne, pour sçavoir de leurs nouvelles. Ledict sieur comte me manda que, venant à Brive, ledict sieur viscomte envoya devers luy le prier qu'ils parlissent ensemble, comme ils ont faict, et que ledict viscomte luy avoit dict que le bruict qu'on avoit faict courir de luy estoit faux , d'autant que jamais il n'avoit eu volonté d'est re autre que vostre très-humble et fidelle subject; et m'en a escrit autant.
Quant à vos pays de Xainctonge et de Angoulmois, on ne bouge rien encor, ny en ce pays. Le sieur Bcauregard fait ce qu'il peut pour rompre les desseins des ennerays en ce pays. Vous ferez bien de luy escrirc, et aux autres seigneurs de ce pays qui vous sont bons serviteurs, de ne bouger du pays, afin que l'on y soit.plus fort si les ennemys vouloient y entreprendre quelque chose.
Voylà tout ce que je vous puis mander pour le présent. Sur ce je pricray le Créateur, sire, qu'il veuille maintenir Vostre Grandeur en toute prospérité très-longue et très-heureuse vie.
De Perigueux , ce 9 février, 1675.
Lettre du seigneur de Bourdeille au roy Uenry lit.
Envoyée par le sieur de Perigord, le 10 de février 1575.
Sire,
Je vous fis hier malin une depesche par laquelle je vous fais entendre toutes les affaires qui se presenluient en ce pays. Mais, despuis, j'ay entendu que Langoyran , avecques le viscomte de Gourdon , le baron d Oros , Savailhan , Vivans, et plusieurs autres et leurs forces, sont revenus de lever le siège de M. le mareschal de Muni lue de devant Madelhian, d'autant qu'ils esloient beaucoup plus forts que luy ; et sont à Bergerac, et leurs trouppes logées deçà la rivière de Dordoigne, autour dudict Bergerac; ayant un canon et quelques petites pièces de campaigne, que ledict Langoyrana faict faire enladicte villede Bergerac;el avecques cela veulent tenir la campaiguo et attaquer quelques petits chasteaux d'icy autour, comme ils en font courir le bruit. Pour à quoy- obvier j'assemble tous mes aroysde la noblesse de ce pays, lesquels j'ay mandé de me venir trouver icy. J'ay aussy escrit aux sieurs de La Vauguyon et des Gars , et les prie de me amener tous leurs amys, mesraes ledict sieur des Gars qui a sa compaignie toute preste. Quant aux forces ordinaires de çe pays , je n'ay que les six cens hommes ordonnés pour la garde des places fortes d'ycelluy, lesquels ne suffisent encor assez pour les garder, pour autant qu'il y a beaucoup de places et de grande importance. Quant au reste, je n'ay que cinquante chevaux tels quels, desquels j'ay donné la charge au sieur de Pallyé, qui est frère du sieur Aluer , encor ne sçay-je s'ils seront payés.
Quant à moy , je vous supplie très-humblement , sire , vousasseurcr que je n'espargneray ny vie ny bien pour faire cognoistre le désir que j'ay à vostre service. Mais, si vous n'envoyez M. de Monlpencier incontinent de par deçà , ce pauvre pays de Guyenne aura bien des affaires car les ennemys y fout de grandes menées, et le temps s'approche auquel ils se veulent eslever tout à un coup.
LETTRES
On dit que vous faites force commanderies à vostre sacre pour recompenser vos serviteurs. Vous sçavez , sire, que de longtemps je suis du nombre, et fort fidèle, et dcspnis que vous m'avez tousjours fuict cest honneur que de m'aymer. Ace coup, failes-moy cognoistre que les services que je vous ay faicls vous sont agréables , vous asseurant que cela et mes autres moyens sont desdiés à vostre service. Il vous plaira avoir souvenance de ceux de Rastigniac ; pour lesquels je vous ay escrit cydevant.
Le sieur de Perigord s'en va par delà, lequel vous dira bien amplement et fidellement toutes choses; car il a tousjours esté fort fidèle serviteur à vostre couronne. Je vous ay plusieurs fois mandé comment le sieur Puymarlin, qui commande en mon absence en Sarladois , fait fort bien son devoir, et vous responds que c'est un fort homme de bien et d'honneur n'ayant chose en ce monde tant en recommandation que le bien de vostre service.
En faisant ceste lettre, j'ay esté adverly que La Noue se veut joindre avecques ledict l.angoyran. S'il est ainsy, je croy qn'en brief ceui quesçavez se csleveront s'ils en ont envie, parce que j'ay esté adverly qu'ils ont un rendez-vous duquel le jour s'approche. Si cest orage là tombe en ce pays, je n'ay puissance ny moyen pour le soustenir, parce que mondict sieur de Montpencier a envoyé toutes ses forces au sieur de Ruffec , lequel j'ay adverly deloulcecy. Je ne sçay s'il m'en despartira. Vous sçavez que les gouverneurs des provinces ne se veulent desfournir de leurs forces, craignans que l'orage advienne sur eux. J'ay mandé à M. le mareschal de Montluc de n'envoyer delà cavallerie; mais je pense qu'il ne m'en cuvoyra point , parce que les ennemys sont plus forts que luy. Je vous ay mandé plusieurs fois que je n'ay point de forces pour leur résister: et il y a un an entier que je suis en ceste façon icy, et tousjours à mes despens. S'il vient quelque inconvénient au pays, je vous prie ne vous en prendre à moy, car, pour mm regard, je ne m'y espargneray en façon quelconque. Je vous supplie encor un coup y penser, et sur-tout nous envoyer M. de Monipencier de par deeà , autrement vos affaires s'y porteront fort mal.
Sur ce je feray fin , priant Dien , sire , qu'il veuille maintenir Vostre Grandeur en toute prospérité très-longue et heureuse vie.
De Perigueux , ce 10 de février , 1675.
Lettre du seigneur de Bourdeille à la rerne rnere.
Envoyée par le sieur de Perîoord , le 11 de février 1575.
Madame ,
S'en allant le sieur de Perigord de par de-là, je n'ay voulu faillir d'escrire au roy bien amplement des affaires qui se passent en ce pays. Ledict sieur de Perigord vous en discourra fidellement , et le pourcez ainsy entendre par la lettre que j'escris à Sa Majesté.
Je vous supplicray très-humblement, madame , avoir souvenance des sieurs de Rastiguiac , lesquels ont tousjours esté fidèles serviteurs à Vos Majestés. J'ay entendu que le roy fait force commanderies pour recompenser ses serviteurs: vous sçavez qu'il y a long- temps que je suis du nombre et des plus fidèle*. Par quoy je vous supplie très-humblement, madame , estre mon advocate envers Sa Majesté , afin que je ne demeure oublyé. Mais si Sadicle M^eslé m'en vouloit croire, il ne fairoil encor lesdictes commanderies; car il en mescoutentera deux mille pour en contenter deux ou trois cens , et sans cela il y en a assez de mal contens , et ne sçay pourquoy.
Sur ce je prieray le Créateur, madame, qu'il maintiengne 'Vostre Grandeur en toute prospérité très-longue et très-heureuse vie.
De Perigueux, ce 11 de février 1576.
Lettre du roy Henry 111 au seigneur de Bourdeille.
Monsieur de Bourdeille, vous entendrez pat le sieur de La Haye la résolution que j ay prise pour faciliter la paix, ayant advisé d'envoyer devers mon cousin le duc de Montpencier le sieur de Mondreville , pour luy faire entendre mou intention.
D'ANDRE DE BO URDEILLE
Quant au médecin Lamoureux duquel m'avez escrit, j'ay mandé au sieur de La Chapelle ^jogieres de le faire délivrer s'il a esté pris pour eschange de l'abbé de Montierneuf. Et , pour le regard du sieur de Bruzelles , j'ay ordonné qu'il sera remis entre les mains de mon cousin le mareschal de Muntluc pour en estre faict ce que de raison , n'entendant qu'il soit contrevenu à mes déclarations. Je prie Dieu, M. de Bourdeille , vous avoir en sa garde. Escrit à Avignon , le 7 de janvier 1576.
Heurt.
Et plus bas, de Neufville.