CVI1L
Lettre du seigneur de Bourdeilte à la reyne mere.
facrite le 22 de mars 1575.
Madame,
J'envoye ce gentilhomme présent porteur devers Vos Majestés, pour vous faire entendre les affaires de ce pays, qui vont fort mal, comme vous pourrez veoyr par la lettre que j'escris à Sadicte Majesté; et si n'y mettez ordre de bonne heure, je vois ce pays icy en danger d'estre perdu. Il y a long-temps, madame, que j'ay prétendu tout cecy, vous en ayant adverty souvemes fois, tant du vivant du l'eu roy que de cestuy-cy. A ceste cause, je vous supplie très- humblement y mettre quelque bon remède. Quant à moy, je ne puis obvier aux desseins des emmemys, veu le peu de forces et moyens que j'ay, ayant demeuré icy un an sans aucune ayde que de mes amys et de mon bien ; à quoy je ne puis plus fournir.
Je vousay cy-devant adverty de la mort du lieutenant de ceste ville. Si vous mettez son estât en finance, je vous supplieray très-humblement en faire pourveoir Guillaume Gravier, qui est advocat en ceste ville il y a vingt ans, homme de bien et d'honneur, et d'un grand sçavoir, me servant ordinairement de son conseil pour le service de Vos Majestés: vous asseurant, madame, que s'il n'estoit point tel je ne vous le manderais pas.
Vous ad viserez ce qu'il vous plaira me commander pour vostre service, et serez obeye de poiuct en poinct fort fidellement. Sur ce je prieray le Créateur, madame, vous maintenir
LETTRES
Vostre Grandeur en bonne prospérité, très-longue et heureuse.
De Perigueux, ce 22 mars 1575.
lellre du seigneur de BourdeUle au duc d 'A lançon.
Escrite le 22 de mars 1575.
Monseigneur ,
Envoyant le gentilhomme présent porteur, que bien cognoissez , devers le roy, pour des affaires qui se présentent en ce pays pour son service , comme vous pourrez veoyr par la lettre que j'escris à Sa Majesté , et comme aussy cedict porteur vous dira, pour la suffisance duquel je ne vous feray plus long discours, sinon que si vous m'eussiez tant aymé comme je vous ayme et honnore, et que mon service vous eust esté agréable auprès de vostre personne , il y a long- temps que vous eussiez pu trouver moyen d'obtenir mon congé, vous asseurant monseigneur, que n'aurez jamais un plus ridelle et affectionné serviteur que moy, ny qui de meilleur cœur sacrifia sa vie pour vostre service. Et, en attendant que je vous le fasse cognoistre par effecl quand j'auray cest honneur d'estre commandé de vous, je vous supplieray très-hublement de le croire et vous en assem er. Sur ce je prieray le Créateur, monseigneur, maintenir Yosire Grandeur en bonne prospérité, très-longue et heureuse vie.
De Perigueux , ce 22 mars 1575.
Lettre du roy Henry Jll au seigneur de BourdeUle.
Escrite le 7 de mar* 1575.
Monsieur de Bourdeillc, j'ay entendu , tant par les deux lettres que vous m'avez escrites des 9 et H du passé , que par ce que le sieur de Perigord m'a rapporté de vostre part, tous les advertissemens que vous me donnez, et es desseins et délibérations des rebelles, et *e double auquel vous estes que La Noue ne se feuille joindre avecques Langoyran et autres
qui sont en Perigord , craignant qu'estans tous ensemble , ils ne voulussent surprendre quelque place d'importance de mon pays de delà, comme il est bien aysé et facile à présumer, s'il ne leur estoit par vous, et ceux qui ont pareille volunté, donné empeschement. Mais je m'asseuretantde vostre fidélité et vigillance, avecques le zelle duquel je sçay que tous les gentilshommes de vos quartiers sont poussés en ce qui regarde mon service , que vous assisterez les sieurs de La Vauguyon et des Cars, et encor, quand scroit besoing , des compaignies que le sieur de Ruffec a auprès de lu y, qu'il ne faut aucunement craindre lesdicts ennemys , lesquels, sentons telles forces près d'eux, ils se garderont bien d'en approcher. Toutesfois , nous scavez qu'en ce temps icy il est plus de besoing que jamais de se tenir sur ses gardes. A quoy je sçay que vous scavez très- bien pourveoir, et que vous aurez telle et parfaicte intelligence avecques tous ceux que vous sçaurez mVslre affectionnés, que vous en serez secouru et aydé lorsqu'il en seroit de besoing, et tellement secondé qu'il n'en adviendra aucun inconvénient.
J'ay trouvé bon que vous ayez retenu auprès de vous le fils du sieur d'Aubelerre, et du tes moignage que vous me rendez de son affection à mon service, lequel je suis d'advis que vous mainteniez en cesle dévotion , et l'asseurer , se présentant l'occasion, j'adviseray de faire pour luyet recognoistray ses services selon que je verray le mériter ; comme ensemble j'ay contentement du bon devoir que tient le sieur de Bcauregard pour empescher et rompre formellement les desseins de ces rebelles et s'opposer à toutes leurs malicieuses entreprinses, auquel j'escris présentement afin de le faire continuer, et luy augmenter cesle bonne volunté qu'il a au bien de mes affaires et service.
Et pour vostre particulier vous vous pouvez asseurer que j'auray telle souvenance de vos services et les vous recognoistray si à propos et de façon, que vous jugerez que j'ay un singulier désir de vous recompenser particulièrement , pour sçavoir de longue main combien vostre fidélité mérite. Et à tant je prieray le Créateur, monsieur de Bourdeille, qu'il vous ayt en sa saincleet digne garde.
Escrit à Paris le 7 mars 1575.
D'ANDRÉ DE BOURDEILLE
Monsieur de Bourdeille, despuis la présente, j'ay rcceu la vostre du 25 janvier dernier , que vous ro'escripvislcs en faveur des maire et consuls de ma ville de Pcrigueux, pour lesquels je feray tout ce qu'il me sera possible pour les gratifier en leur requestc, en suivant mesme la pjiere que vous me faites particulièrement pour eui. Hekry.
Et plus bas : Fats.
Lettre du seigneur de Bourdeille uu rojr Henry 111.
Envoyée par le sieur Bourgeroy , le 69 de mare 1575. Sire,
Je vous maudis par ma dernière depesche rassemblée que faisoit leviscomtedeThurenne, et comment j'avois mandé les sieurs de La Vauguyon, des Cars et Pompadour pour assembler le plusd'arays qu'ils pourroient afin d'empescher les desseins des ennemys, et nous devons nous assembler en cesle ville le jour de Pasquesprocbaiu. Ledict viscomte de Thurcnne a avecques luy l,angoyran, Monguyon, Chouppes , Bonneval , Granpré ,-et leurs forces , qui peuvent estre de trois cens bons chevaux et quinze cens hommes de pied, lesquels pensaient desfaire le comte de Martinengue, qui a passé en ce pays pour aller trouver le sieur de Joyeuse en Languedoc par vostre commandement : mais il se retira à Tcrrasson ; et voyant qu'il n'y estoit pas bien asseuré, je le fis venir à Montignac en attendant que nos forces fussent assemblées. Et quand ledict comte a veu que nous demeurions si long- temps à nous assembler ( ce qui ne se peut faire sans longueur, pour ce que la pluspart des gentilshommes sont de loing ) , il s'est hasardé de parachever son voyage ; et les ennemys ont roulé quatre ou cinq jours icy autour, voulant temporiser en ce pays pour vivre seulement et ramasser leurs amys et confédérés, et font estât de faire, dans le douziesme de ce mois , une armée de quinze ou dix-huict cens chevaux et sept ou huict mille harquebusiers, parce que le viscomte de Gourdon, La Noue, Seviguar, Vivans et autres, se veulent joindre à eux, qui les renforceront de beaucoup : et suis adverty qu'ils ont entre-
BRAWTOm. u.
prinse sur les villes et forteresses de ce pays , et taschent à surprendre quelque chose s'ils peuvent; mais, voyant que vos forces s'approchent, ils se sont retirés devers Bergerac , et passent delà la Dordoigne pour s'assembler.
Quant au sieur mareschal de Montluc, je l'ay adverty de tout par deux fois, et l'ay supplié de se mettre en campaigne; mais il m'a faict response qu'il n'a point de cavallerie , ayant esté contraint de les congédier , parce qu'il y a deux ans qu'ils n'ont receu un seul deuier. Je luy ay encor faict une autre recharge, par laquelle je luy ay mandé comment lesdicts sieurs de U Vauguyon, des Cars, de Pompadour, et moy, avions délibéré de nous joindre, et que s'il vouloit venir il trouverait en nous toute obeyssance et servitude. J'en ay autant mandé au sieur de Biron, lequel m'a escrit qu'il fait acheminer sa compaignie pour nous venir trouver, et qu'il est nécessaire que tous vos bons serviteurs s'assemblent pour s'opposer aux desseins des ennemys ; vous asseurant qu'ils ont de grandes enlreprinses. Par quoy je vous supplieray très-humblement, sire, d'y vouloir penser; car je crains bien qu'il nous advienne de grandes affaires, si en brief Vostre Majesté n'y met remède : m'asseurant qu'il y a beaucoup de gens en vostre pays de Guyenne qui callent voyle, voyant le peu de cas que vous faites de vostre Guyenne. Quant à moy, je dis bien que ce qui cause tant de longueur en cecy, est l'espérance que vous avez de faire une bonne paix.
A ce que je puis entendre, lesdicts ennemys veuleut faire comme fit le feu admirai, qui est d'assembler tout ce qu'ils pourront en ce pays, pour s'aller joindre au prince de Coudé sur la fin de may, et cependant veulent ravager ce pays icy, et forcer quelque place s'ils peuvent. Mais, pour obvier à tout cela, il me semble qu'il n'y a meilleur moyen que de nous envoyer un grand seigneur de par deçà , pour nous commander à tous; car vos forces sont assez bastantes pour les combattre. Ledict sieur de Ruffcc nous envoyé les reistres , avecques le regfment de Brichanteau. Voylà tout ce qui se passe de par deçà pour le présent. Incontinent que nous serons ensemble, je vous feray entendre nostre resolution.
J'avois envoyé devers Vostre Majesté demander Testât de lieutenant particulier de ce
siège, en récompense des frais que je fais icy pour vostre service. Je ne sçay si me l'avez donné, si -non je vous asseure que je n'y puis plus satisfaire. Le cœur y est fort bon , et ne manquera jamais en chose qui touche vostre service, mais les moyens s'en sont allés; car, comme vous sçavez très-bien, despuis le commancement de toutes ces guerres civilles, j'ay tousjours servy âmes despens. Vous supplyant très-humblement y avoir quelque esgard.
Je vous priois aussy que Gravier, qui est advocat audict siège, ftist préféré audict estât lieutenant particulier en payant finance; vous asseurant qu'il est fort homme de bien et de grand sçavoir, comme le sieur de Neufvic vous tesmoignera. Quant au faict d'Aubeterre , dont il vous pleut nous escrire dernièrement que je vous portisse ce qui seroit nécessaire pour la garnison dudict lieu, quand j'irois devers Vostre Majesté; mais, parce que je n'y puis aller si tost que je voudrois bien , je vous envoyé les mémoires bien amples qu'il vous plaira monstrer à vostre conseil , sçavoir s'il est nécessaire que j'aye lettres patentes pour la garde dudict chasteau et payement de la garnison d'ycelluy ; car, autrement, on ne me le veut donner : et vous sçavez de quelle importance est ledict chasteau , tant pour le bien de vostre service que du pays.
Le sieur deRastigniac vous fait response à la lettre qu'il vous a pieu luy escrire, et m'a asseuré qu'il se continuera tousjours en vostre service. Sur ce je prieray le Créateur, sire , qu'il maintienne Vostre Grandeur en toute prospérité, très-heureuse et très-longue v ie.
De Perigueux, ce 29 mars 1575.
Lettre du seigneur de BourdeUle au roy Henry 111.
Envoyée par le sieur de La Sayete, le^...
Sus,
Selon l'advertissement que j'ay faict aux sieurs de La Vauguyon, des Cars et de Pompadour, leur faisant entendre que le viscomte de 'I burenne s'cslevoit pour se joindre à Langoyran
et autres de la religion, comme il a faict, et les priois d'assembler le plus de leurs amys qu'ils pourraient , pour obvier à leurs desseins ; ce qu'ils ont faict , et me sont venus trouver avecques une belle trouppe de gentilshommes voluntaires : et puis dire que je n'en ay jamais veu une telle, pour estre levée si soudainement; désirant tous ensemble de faire un bon service à Vostre Majesté.
Le seigneur de Ruffec a envoyé les reistres, le régiment de Bricbanteau , et les chevauxlégers au seigneur de La Vauguyon. Nous sommes tous assemblés à Sainct-Astur dès jeudy dernier, et passé la rivière audict lieu , et nous sommes tous mis en battaille près ycelle, et nous sommes trouvés cinq cents bons gentilshommes voluntaires, sans les reistres, et mille ou douze cens harquebusiers; là où les susdicls sieurs m'ont tant honnoré que de m'eslire pour chef, estant en mon gouvernement. Vos ennemys ayant secu nostre délibération que c'ostoit de les combattre, ont passé à Bergerac la rivière de Dordoigne, et sont à quatre lieues par delà ycelle, où ils attendent d'autres forces. Ils ont le pont à commandement pour passer ladicle rivière de Dordoigne quand ils veulent; et de nous , nous n'en avons point , ny moyen d'en pouvoir faire.
J'ay adverty messieurs le mareschal deMontluc et le sieur de Biron pour estre de la partie, comme j'avois faict lorsque j'en baillois l'advertissement aux susdicls sieurs des Cars, de La Vauguyon et de Pompadour. Nous avons pareillement depesché devers messieurs de la cour de parlement de Bourdeaux et M. de Mont ferrant, pour nous ayder de gens de pied, d'artillerie et d'admonition . afin de leur oster de petits forts qu'ils tiennent, ou les attirer au combat, pour ce que ceste trouppe ne soit point inutile à vostre service, qui est aysée à se rompre : car vous sçavez, sire, que telles gens ne demandent pas à demeurer longuement aux champs sans rien faire. Par quoy, il vous plaira, sire, y donner ordre, et nous envoyer un grand pour commander, car, autrement, je vois ce pays perdu , parce qu'il y en a beaucoup qui pensent que vous ne faites plus de compte de vostre Guyenne. Et sans ceste assemblée, je pense bien qu'il y eueust eu plusieurs qui se fussent refroidis et n'eussent dict mot, et d'autres
D'ANDRE DE
qui eussent tenu le party dudict viscomte de Thurenpe, lequel eust faict beaucoup de ravage. Voylà le service que vous peut avoir faict ceste assemblée , qui me semble n'estre pas peu de chose*
Hier Iedict sieur mareschal de Montluc me manda qu'il se mettoit aux champs avecques cinquante ou soixante chevaux de la compaignie du sieur admirai, et celles de son fils et de son gendre , lesquelles ne sont pas encor prestes, et ledict seigneur de Clermont avecques quelques forces qu'il a en Quercy pour nous joindre ensemble. On me mande aussy que je fasse saisir les deniers du ta il Ion de mon gouvernement, ce que j'ay faict, qui ne s'en peut monter pour le quartier passé qu'à mille ou douze cens livres , au lieu qu'on en debvoit pour quartier trois mille quelques livres; mais les deniers ne peuvent estre levés pour la pauvreté du pays. Quant à la (aille en ordre, elle a estée ppyée çn vostre généralité de Bourdeaux.
Je vous peux dire que les sieurs de La Vauguyon et des Gars sont fort affectionnés à vostre service. Nous délibérons tous de trouver moyen de passer la rivière de Dordoigne pour les aller combattre, si messieurs de Bourdeaux et le sieur de Monferraut nous en donnent la commodité; car sans eux nous ne pouvons rien faire.
Voyla les affaires qui se présentent pour ceste heure : et ne se présentera occasion qui mérite de vous escrire que je n'en advcrlisse Vos Majestés. Et cognoissant l'affection que le sieur de LaSayete, doyen dePoictiers, a à vostre service, je l'ay prié d'aller devers Vostre Majesté pour vous faire entendre bien amplement tous vosdicts affaires. Il vous plaira, sire, commander qu'il soit payé de son voyage. Quant aux sieurs de Rastigniac, ils sont tous trois avecques moy, avecques fort bonne volonté de se continuer en vostre service. Sur ce, je prieray le Créateur, sire, qu'il maintienne Vostre Grandeur en toute prospérité, très-heureuse et très-longue vie.
De Perigueux , ce