‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de BourdeilleChapitre 132 sur 161 · BOURDE IL LE. 595 CXII · texte numérisé non relu

BOURDE IL LE. 595 CXII

Lettre du seigneur de Bourdeille à la rejne mère.

Envoyée par La Beylie, le 31 de ma» 1575.

J'ay prié le seigneur de La Sayete, doyen de Poictiers, que bien cognoissez, d'aller devers Vos Majestés pour vous faire entendre l'assemblée que j'ay faicte avecques les sieursdes Cars, de La Vauguyon, de Pompadour etd'Argence, que je vous puis dire n'avoir jamais veu une plus belle trouppe de noblesse, pour avoir esté mise si tost ensemble ; car nous sommes bien cinq cens gentilshommes tous de bonne volunté et prests pour s'employer pour vostre service: vous asseurant , madame, que ladicte assemblée n'a pas esté inutile au service de Vos tre Majesté; car, quand ne seroit qu'avoir rompu les desseins de vos ennemys, et empescher que le viscomte de Thurenne ne leur menast tant de gens qu'il eust faict , me semble que cela n'est pas peu de chose. Et si nous avions quelque grand pour nous commander en ce pays, vos affaires se porteraient mieux qu'il» ne font : et crains bien que ces pays s'en vont perdus, si on n'en tient autre compte, pour des raisons que j'escris amplement au roy, comme vous pourrez veoyr. Par quoy, madame, il vous plaira y mettre ordre, et aussy faire payer le voyage du sieur de La Sayete. Je vous ramenteray icy que le sieur de La Vauguyon est bien fort affectionné et prend beaucoup de peyne au service de Vos Majestés, combien il aye peu d'occasion de s'y affectionner tant. Je ne fauldray vous advertir de tout ce qui se passera et adviendra touchant les affaires de vostre service. Sur ce je prieray le Créateur, madame, vous maintenir Vostre Grandeur en toute prospérité, très-longue et très-heureuse vie.

De Perigueux, ce

Lettre du roy Henry III au seigneur de T." Bourdeiile.

Envoyée par La Beylie, le 31 de

Monsieur de Bourdeiile, j'ay veu bien particulièrement les advis que vous me donnez des desseins et délibérations d'aucuns mesennemys et rebelles, qui sont du costé de delà , ensemble de leurs forces, et le désir qu'ils avoient d'attaquer et surprendre , s'il leur estoit possible, le comte Martinengue. Mais je m'asseure tant de la dévotion que vous avez à mon service et à la conservation de ceux que vous cognoissez m'estre fidèles et affectionnés , comme il est, que vous aurez employé tous les moyens que vous aurez eu pour les secourir, et que vous aurez esté assisté des sieurs de La Vauguyon et des Cars, comme vous m'escrivez les en avoir advertis.

Et d'autant qu'il est nécessaire pour le bien et utilité de mon service, et la conservation de mon pauvre peuple, de pourveoir et remédier aux entreprises que lesdicts rebelles pourraient faire au préjudice de mondict service, mesmes à présent que le viscomte de Thurenne est joinct avecques eux, j'ay advisé de vousescrire expressément la présente, pour vous prier, monsieur de Bourdeiile , en continuant la mesme fidélité et affection que vous aveztousjourseueà l'augmentation et grandeur de cesle couronne et de mes bons et loyaux subjects, vouloir, le plus promptement et diligemment qu'il vous sera possible, assembler le plus de forces que vous pourrez, pour, avecques celles que lesdicts sieurs deLaVauguyon etdes Cars pourrontaussy avoir de leur costé, vous acheminer incontinent avecques eux droit à la ville deMarteil, où l'on m'a adverly queledict viscomte s'estoit retiré avecques toutes ses trouppes; et tous ensemble, avecques mon cousin le mareschaldeMontluc, les sieurs de Biron et de Ruffec, auxquels j'escris aussy présentement, le combattre et desfaire, et tailler en pièces tous ceux qui se trouveront avecques luy, et le prendre prisonnier, si faire se peut : espérant 'que l'exécution en sera telle que je la désire, et qui est requis pour le bien de mes affaires.

Vous voulant aussy bien advenir que le

sieur de Ruffec m'a escrit que, d'autant que le chasteau d'Aubeterre est de grande importance, et que nonobstant que vous y ayez mis un gentilhomme pour le garder, duquel je m'asseure que vous avez entière confiance, et que vous ne luy en auriez donné la charge sans estre bien asseuré de sa fidélité; néanmoins, parce que c'est dans son gouvernement , et que j'ay ordonné que chaseun me respondra de tous ceux qu'ils auront commis ès places qui sont de leur charge, je suis d'advis que vous mettiez hors tout doucement celuy qui est à présent, et le remettre ès mains dudict sieur deRuffec pour y commettre tel qu'il verra bon estre, et duquel il se rendra responsable; ainsy que de vostre part vous adviserez d'en faire le semblable à tous les lieux et places dont je vous ay donné la charge , afin que toutes choses soient si bien establies d'un costé et d'autre , qu'il n'en puisse advenir inconvénient.

Ne me restant plus à vous faire response que sur deux poincls dont vous me requérez par vostre lettre, qui est pour reformer vostre commission, et pour gratifier en vostre faveur celluy dont vous m'escrivez pour l'office de lieutenant particulier au siège de Perigueux , i quoy j'adviseray de vous satisfaire en sorte que vous aurez occasion de vous contenter. Et sur ce je pryeray le Créateur vous avoir, monsieur de Bourdeiile, en sa saincte et digne garde. Escrit à Paris le 31 mars 1575.

Henry.

Et plus bas, Vues.

Lettre du roy Henry III au seigneur de Bourdeiile.

Kncrite le 23 d'avril , et receue le 4 de may 1575.

Monsieur de Bourdeiile , vous m'avez rendu tant de suffisantes preuves de l'affection que vous portez à mon service, qu'en toutes occasions je me sens asseuré que vous vous y employerez de tout vostre pouvoir. Qui sera que maintenant je ne vous feray longue lettre pour vous prier de tenir la main, et vous employer, pour que l'assemblée qui s'est Faicte par de là de tant de gens de bien, ne se rompe sans faire quelaue bon effet, et que , pour le moins , si le

D'ANDRE DE B0URDE1LLE

viscomte de Thurenne ne se peut combattre comme je le désire, vous advisiez d'ailleurs à faire quelque autre entreprinse digne d'une si belle assemblée. Pryant Dieu, monsieur de Bourdeille, vous avoir en sa garde.

EscritàParis le 23 apvril 1576.

Henby.

Et plus bas, deNeufville.

Et à la subscription.

A monsieur de Bourdeille, chevallier de mon Ordre , conseiller en mon conseil privé, et seneschal de Perigueui.

Lettre du seigneur de Bourdeille au rojr Henry Uh

EnYoyée p«r le «cindic le 29 de rnay 1575. Sire,

Je vous escri vis par ledoyen de Poicliers comrocntle sieur de Rastigniac et ses frères estoient venus avecques moy à ceste assemblée que j'ay faicle, bien accompaignés pour s'employer à vostre service; et cependant un prestre, qui prétend quelque droit en l'abbaye de La Chastre, s'est emparé de ladicte abbaye à la faveur des Peyraux, dans laquelle estoient tous les meubles et vivres dudict sieur de Rastigniac, lesquels ledict prestre s'est approprié, et mis la femme dudict sieur de Rastigniac hors de ladicte abbaye, lesquels meubles et vivres il estime de quinze à vingt mille livres, sans comprendre beaucoup d'autres meubles et vivres que les pauvres gens de là autour avoient serré dans ladicte abbaye , dans laquelle ledict sieur de Rastigniac ne se fust mis, n'eust esté qu'il vous pleust la luy faire donner au feu roy vostre frère, et despuis vous-mesme luy en avez confirmé le don, en recompense des services qu'ils ont faicts à Vostre Majesté. Aussy la reyne vostre mere lui escrivit une lettre, et luy manda qu'il gardast bien ladicte abbaye en attendant vostre venue: et tout le mal qu'il a eu en ses biens et maisons est pour estre fidèle serviteur à vostre couronne , parce que, après labattaille que vous gaignastes à Monlcontour, et que vous eûtes chassé le reste de l'armée de

vos ennemys, ainsy qu'ils passèrent en ce pays pour s'en aller en Languedoc, et estans près de la maison dudict seigneur de Rastigniac, il assembla beaucoup de ses amys, et en desfit plusieurs; et quelques grands de vos ennemys de ce temps là, qui y estoient lors, prindrent ledict sieur de Rastigniac en hayne pour ceste occasion, et pour ce qu'il affectoit vostre service contre eux , et ont esté cause du mal qu'il a receu en ses biens.

Toutesfois, sire, pour cela il n'a en rien amoindry l'affection qu'il a à vostre service, comme je le puis bien cognoistre; car dès le commancement de ces guerres que j'ay faict plusieurs assemblées , il est lousjours prest des premiers avecques bonne trouppe, comme la reyne vostre mere pourra tesmoigner; car je luy ay escrit plusieurs fois le devoir que les sieurs de Rastigniac faisoient par deçà.

Toutes choses considérées , sire, je vous supplie très-humblement de luy faire raison, et luy octroyer ce qu'il vous demande, tant par requeste que par une lettre qu'il vous escrit; car c'est une chose fort raisonnable : et il s'asseure tant de vostre bonté, et de la promesse que luy avez faicte, que vous luy continuerez le don de ladicte abbaye; autrement, le pauvre gentilhomme a tout perdu , et n'a aucun moyen de vous faire service. Vous sçavez qu'on dit par commun proverbe : Qui perd le sien perd le sens; et nous sommes en un temps que nous ne sommes guieres sages. Et sa partie est de si bas estât, que luy ny les siens ne feirent jamais service à vostre couronne; et, au contraire, ledict sieur de Rastigniac et ses frères sont gens de maison, et ont moyen de vous faire service : et si vous luy continuez ce don , vous ferez cognoistre à un chascun le désir qu'avez de gratifier vos bons serviteurs. Par quoy je prie trèshumblement Vostre Majesté que sa requeste soit interinéeen ma faveur. Il m'a aussydict que vous estant debvant La Rochelle luy deffendites de ne demander rien au Peyraux, qui est l'une de ses parties, à quoy il vous respondit qu'il obeyroit, et que ledict Peyraux estoit party le jour que ledict comte Mongommery arriva là.

Il vous plaira mander en brief vostre volunté, afin d'obvier aux querelles qui s'en pourroient ensuivre à lever les fruicts de ladicte abbaye ceste année. Sur ce je prierav le Créateur , sire

LETTRES

qu'il maintienne Vostre Grandeur en toute prospérité, très-heureuse et très-longue vie.

De Perigueux , ce 29 may 1575.

lettre du seigneur de BourdeUle à ta .-eyne mere.

Eacrite le 29 de may 1575.

Madame,

Je vous ay mandé plusieurs fois, et au feu roy, la continuation que le .sieur de Rastîgniac èt ses frères font à vostre service durant ces guerres, m'ayant tousjours accompaigné avecques une belle trouppe quand je leur ay mandé : et mcsmes à la dernière assemblée que j'ay faicte, eux estans avecques moy pour vostre service, celluy qui prétend droit à i abbaye de La Chastre s'en alla de nuict dans ladicte abbaye avecques certain nombre de soldats en armes, et auroit mis hors d'yccllc la femme et famille dudict sieur de Rastigniac, et prins tous les vivres et meubles qu'il avoil en ladicte abbaye, qu'il estime de quinze à vingt mille livres.

Il àvoit pieu à Vostre Majesté de luy escrire et commander, après la mort du feu roy vostre fils, qu'il se mist dans ladicte abbaye, et qu'il la gardast bien en attendant la venue du roy, ce qu'il fit. Et aussy le feu roy la luy avoit donnée, et cestuy-cy la luy a confirmée. Vous suppliant très-bumblement , madame, luy vouloir faire continuer ledict don en ma faveur, et luy faire octroyer sa requcsle qui est très-raisonnable. Et, en ce faisant, vous ferez cognoisire le désir qu'avez de gratifier vos bons serviteurs, mesmes ceux qui ne fleschissent point , comme je m'asseure de ceux-là. El tous les maux qu'ils ont eu en leurs biens, sont advenus pour eslrc fidèles serviteurs à la couronne.

J'en escris plus amplement au roy, comme vous pourrez veoyr, et aussy comme l'on vous fera bien au long entendre. Par quoy, je supplie très-humblement Vostre Majcslé en cor un coup de luy faire octroyer sa requeste en ma faveur. Sur ce je prieray le Créateur, madame, qu'il maintienne je Vostre Grandeur en toute prosperilé, très-heureuse et très-longue vie.

De Perigueux , ce 2!) may 1575.

xviii:

Lettre du seigneur de BourdeUle au roy Henry III.

Envoyée par le acindic, le 29 de may 1575.

Je vous fis une depesche dernièrement par le sieur de la Sayete, doyen de Poictiers, par laquelle vous avez pu entendre la belle assemblée quej'avois faicte en ce pays avecques messieurs des Cars, de La Vauguyon et de Pompadout", et la grande noblesse que nous avions mise ensemble, avecques délibération de passer la Dordoigne pour suivre le viscorate de Thurenne et ses trouppes; ce que nous fismes, et le contraignismes de se retirer vers Montauban, on H a eu la petite vérole , et veut aller trouver le mareschal Damville en Languedoc : et nous allismes trouver le sieur mareschal de Montluc à Mouchard en Agenois , où pareillement estoit le Sieur de Biron et plusieurs autres seigneurs, là où tous ensemble priasmes le seigneur de Pompadour d'aller devers Vostre Majesté pour vous faire entendre la délibération qui fut faicte là entre nous. Je pense qu'il vous aura faict entendre le tout bien au long.,

Ledict sieur de La Vauguyon et moy nous en retournasmes , et pensions laisser le régiment de Brichanteau, la cavallerie légère et les reistres de delà la Dordoigne; mats ils n'ont jamais voulu demeurer, voyant qu'ils u'avoient moyen d'avoir des vivres , et que personne n'en vouloit donner, mesmes que messieursde Bourde.iu x ne leur en pourroienl fournir jusqu'au quinziesme ou viugiiesme de ce mois. Qu'est cause que nous avons passé de deçà la rivière de Dordoigne en mesme lieu que nous l'avions passée, pour faire rendre auxdicts reistres le bagage qu'ils avoient laissé à Libourne. Et ledict sieur de La Vauguyon , qui conduisoit lesdicts reistres, pria le baron de Valhiac de les prendre en sa charge; ce qu'il a faict , comme ledict sieur de La Vauguyon vous escrit bien amplement par un gentilhomme qu'il envoyé exprès devers Vostre Majesté Quant à moy. je m'en suis revenu en mon gouvernement, ne vous ayant ladicte assemblée pu servir d'autre chose : vous asseurant , sire , que si nous eussions eu de l'artillerie et mnni-

D'ANDRÉ DE

tion, nous eussions pris beaucoup de petits forts qui sont de delà la rivière de Dordoigne. Mais je vous diray sur cela que je vois une grande partie de la noblesse de ce pays fort degoustée , pour le peu de compte que vous faites de vostre Guyenne , et le peu d'ordre qu'il y a en ce pays. Tellement que je crains bien, si la guerre dure davantage , que vos affaires s'y porteront très-mal , à faute d'envoyer quelque grand personnage pour commander comme je vous ay escrit plusieurs fois.

Quant au sieur marescbal de Mo n t lue , il a une grande affection à vostre service ; mais , certes, il n'est plus tel qu'on Ta veu , à cause de sa vieillesse , ainsy qu'il dit luy-mesme. El si vous nous envoyez quelque grand personnage, il vous plaira mander aux seigneurs de ce pays de l'assister, et vous trouverez grande noblesse qui se mettront en campaigne : et vous asseure que vostre service, ensemble tout le pays, en vaudra beaucoup mieux. J'ay dict ludict sieur mareschal que j'avois faict lever en x pays cinquante chevaux -légers, lesquels j'ay entretenus l'espace de trois mois au mieux que l'ay pu; le priant de me donner des moyens et irgent pour les entretenir: mais il m'a respondu qu'il n'en avoit point. A ceste cause, j'ay congédié lesdicts chevaux-legers, et suis à présent «ans aucunes forces; n'ayant moyen d'empes- :her que Langoyran ne fasse la récolte de tout ce qu'il voudra en ce pays.

Quant à moy, je ne puis plus faire les assemolées de la noblesse comme j'ay faict souventes fois despuis quinze mois, non pas à faute de Donne volonté , mais à faute de moyens. Par 4Uoy, sire, je supplie très-humblement Vostre Majesté y avoir esgard. Et si de fortune il advient quelque accident en ce pays, ne vous en prenez pas à moy. Il vous plaira escrire aux seigneurs decedict pays, qui m'ont tousjours tenu compaignie, et les remercier de la bonne volunté qu'ils ont à vostre service, en attendant que l'occasion se présente de les gratifier.

Je vous ay cy-devant mandé parie sieur de La Beylie comment la commission des six cens hommes de pied ordonnés pour la garde de ce pays esloit expirée dès la fin du passé ; a quoy vous me fistes response que vous y mettriez ordre. Je ne sçay pas que je dois faire en ceh ; car, avant que m'en ayez envoyé une, et que

les derniers soient levés, je crains bien qu lesdicies garnisons me laissent, parce que le temps courra de plus de deux mois.

En tout ce pays d'Agcnois il n'est que parlé du sieur de Lousun, lequel fait bien la guerre aux ennemys, et vous est fort affectionné serviteur. Quand j'ay eslé icy de retour, les regimens de Bussy et Laverdin sont venus en mon gouvernement, lesquels m'ont monstré une lettre que vous leur escrivez . par laquelle vous leur commandez d'aller trouver ledict sieur mareschal : mais je crains bien qu'il ne les recevera pas , parce que dernièrement, à l'assemblée que nous fismes audict Mouchard , il ne voulut point recevoir le régiment de Brichanteau , comme ledict sieur de Pompadour vous aura pu dire ; lequel régiment n'a pas ensuivy ce que le sieur de La Vauguyon et moy avions ordonné , qui est de repasser l'ile et aller avecques les reistres et chevaux -légers ; en attendant que les vivres et l'artillerie de Bourdeaux fussent prests, ainsy que nous donnismes charge au procureur gênerai devoslre cour de parlement audict Bourdeaux, qui vous est fort affectionné serviteur. Et, à ce que je puis veoyr par une lettre que ledict procureur gênerai m'a escritc,tout estprest: lequel m'a aussy envoyé une copie des lettres que ledict sieur mareschal esci it , tant audict procureur gênerai que aux sieurs de Mont ferrant et de Gourgues, desquelles je vous envoyé une copie, par laquelle vous pouvez cognoistre l'eloignement qu'on donne aux affaires de vostre scr vice.

Despuis la prise de Lusignan, vous avez tousjours eu à la campaigne environ quinze cens chevaux et quatre regimens de gens de pied , qui n'ont de rien servy que de manger vostre pauvre peuple jusqu'aux os, à faute de quelque grand personnage qui commandast absolument , et quand en eussiez envoyé un, je m'asseure que vos ennemys eussent parlé à ce traicté de paix plus doucement qu'ils ne font.

J envoye le scindic de ce pays devers vous , avecques des instructions pour vous faire entendre bien au long des affaires dudict pays. Il m'a tousjours suivy à ceste dernière assemblée, et vous est fort affectionné serviteur. Vous suppliant très-humblement , sire , luy donner audience, et me faire response auxdictcs in-

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LETTRES

struclions, afin que j'obcysse fidcllcmnnt à vos comraandemens , et vous plaise me donner mo yen de demeurer in : autrement , je supplie très-humblement Vostre Majesté de me donner congé, afin que je vous aille baiser les mains , et servir Monsieur vostre frère raoy-mesme. Vous plaise aussy depescher ledict scindic le plustost qu'il sera possible; car sa présence sert de beaucoup en ce pays.

Sur ce je prieray le Créateur, sire, qu'il vous maintiengne YostreGrandeur en toute prospérité , très-heureuse et très-longue vie.

De Perigueux, ce 29 de may 1576.

Instructions et mémoires.

Enrovés au roy Henry III, par le scindic du pay« de PeriGord,le29demay 1575.

Faut remonslrer au roy la pauvreté de ce pauvre pays de Perigord , ayant esté assiégé des guerres civilles despuis quatorze ans, et mesura puis le mois de febvrier mille cinq cens soixante et quatorze, et reduict à une telle pauvreté et misère, que si Sa Majesté n'en a pitié et n'y pourvoise par quelque bon moyen , les habitons dudict pays seront reduicts à quitter leurs maisons et familles , pour n'avoir plus moyen y résister , estant la pluspart brusléeset renversées, et saccagées par ceux qui ont prins les armes contre son service.

Q.i'il luy plaise , en contemplation desdictes perles et ruynes, leur remettre les tailles, tant ordinaires qu'extraordinaires, tant du passé que de l'année présente.

De l'inégalité des tailles qui se fait aux despartemens qui se font au conseil privé , sans appel 1er les généraux des finances.

Des deniers extraordinaires imposés sur le pays , pour avoir commission de faire rendre compte, et comment que les estais en furent vérifiés par M. le président Tambonneau.

Du faict des exactions que plusieurs personnes de ce pays ont obtenu du roy, et se font encor journellement.

Du faict et entretien de gens de pied soubs le commandement de M. le seneschal, et supplier Sa Majesté d'enlrctcnir lesdicles garni-

sons , et outre ce bailler cinquante hommes d'armes pour la tuytion et deffense dudict pays.

Du faict de ceux qui ont commission particulière pour garder leurs maisons, se voulant exempter de la contribution générale.

Du faict des habitons de Montravel pour estre faicts déclarés exempts de subvention, et les contraindre et poursuivre expressément.

Permission du roy pour assembler les estais de Perigord, lant pour pourveoir aux affaires qui se présentent, que pour faire rendre raison au scindic de sa charge pendant son administration.

Pour le remboursement des emprunts de l'année mille cinq cens cinquante-huict ; et n'oublier de y comprendre ceux qui ont presté et n'ont de contract, ains seulement leurs quittances du receveur gênerai Ghazettes.

D'obtenir commission pour esgaller l'cslappe quiaestéempruntéeet advancéeaux reistreset autres estans en l'armée commandée par messieurs des Cars , Lavauguyon , Bourdeille et Pompadour , avecques aulhorisation de ce qui a esté faict par M. le seneschal.

Généralement de faire les poursuites de ce qui a esté faict cy-devant et ordonné par messieurs les deffiniteurs des estais , et dont il en reste à cognoistre la volonté du roy.

Obtenir lettres du roy sur la revocation de la somme de quinze cens livres demandées sur les villes de Perigord , et cela pour le voyage du roy de Poulongne.

Demander au roy une compaignie de gens d'armes pour contenir l'ennemy ; et supplier Sa Majesté d'escrire à M. le mareschal dcMontluc de bailler commandement à M. de Bourdeille de maintenir les garnisons nécessaires en ce pays des deniers des tailles et autres qui ont esté ordonnés pour la guerre.

De remonslrer au roy comme le lieutenant de Sarlac a imposé sur son ressort la somme de dix-huict mille livres pour récompenser ceux qui avoient reprins la ville de Sarlac; qu'est cause que les deniers , revenus et autres, ordonnés pour le faict de la guerre, ne peuvent estre payés. Qu'il plaise à Sa Majesté d'octroyer surseance de la levée de ladicte somme jusqu'à ce que Dieu nous aura donné sa paix . et aux habitons moyen de payer.

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