BRANTOME. II
plusieurs guerres et voyages estrangers et hasardeux, comme voicy. Il fit son premier apprentissage d'armes soubs ce grand capitaine M. de Guise, messire François de Lorraine; et pour tel apprentissage, il ne désire autre gloire et los : donc cela seul suffit. Il apprit très- bien soubs luy de bonnes leçons, qu'il pratiqua avec beaucoup de réputation pour le service des roys ses maistres. Il eut soubs eux charge de deux compaignies de gens de pied. Il fut en son vivant chevalier de l'ordre du Roy de France, comme j'ay dit, et de plus chevalier de l'ordre de Portugal, qu'on appelle YHabito de Christo, qu'il alla quérir et recepvoir luy-mème, et avoir du roy dom Sébastien, qui l'en honnora au retour de la conqueste de la ville de Belis et son Pignon en Barbarie, où ce grand roy d'Espaigne don Philippe avoit dressé et envoyé armée de cent gallères et douze mille hommes de pied. Il fut après gentilhomme ordinaire de la chambre des deux roys Charles IX et Henry III, chambellan de monseigueur le duc d'Alençon, leur frère, et outre fut pensionnaire de deux mille livres par an dudict roy Charles IX , dont il fut payé tant qu'il vesquit; car il l'aymoil fort, et l'eust fort advancé , s'il eust vescu plus que ledict roy Henry III ; bien qu'il les eust tous deux très-bien servi, l'humeur du premier s'addonnoil plus à luy faire du bien et grades que l'autre. Aussi que la fortune ainsin le voulut. Plusieurs de ses compagnons, non esgaux à luy, le suspasserent en bienfaicts, estais et grades , mais non jamais en valeur et mérite. Le contentement et le plaisir ne luy en sont pas moindres pourtant. Adieu, passant; retire-toy. Je ne t'en puis plus dire , si-non que tu laisses jooyr du repos celuy qui , en son vivant , n'en eut , ny d'ayse , ny de plaisir, ny de contentement. Dieu soit loué pourtant du tout , et de sa saincte grâce. »
Ensuite il défend toute assemblée de parents et amys à son convoy, voulant qu'il y ait seulement vingt pauvres , habillés de gros drap noir, chacun une torche à la main, avec l'écusson de ses armes ; et qu'on leur donne une aumône, ainsi qu'à tous les autres pauvres qui s'y trouveront, et à la huitaine, quinzaine, quarantaine, et bout de l'an. Lègue la somme de cinq cents livres avec deux de ses rocil-
leurs chevaux, deux arquebuses, et le moulin de la Rode, à maître Pierre Petit, dit le sieur Contanho (aiiàs la Cosencie), parce qu'il a été bon commandataire de l'abbaye de Brantosme; luy pardonnant au surplus les traverses et tourments d'esprit qu'il avoit causés au testateur: à chacun des soldats qui gardent sa porte, cinq écus et leurs Râpes: et fait aussi d'autres legs, entre autres à ses principaux domestU ques servant a sa chambre, comme secrétaires, pages , etc.
Ordonne expressément à ses héritiers de faire imprimer ses livres qu'il a composés de son esprit et invention avec grande peine et travail , consistant en cinq volumes couverts de velours, tanué, noir, vert, bleu; un grand volume qui est celuy des Dames, couvert de velours vert ; un autre qui est celuy des Rodomontades, couvert de velours et doré ; qu'on trouvera tous dans ses malles d'église. Il charge en particulier la comtesse de Duretal, sa nièce, du soin de cette impression; luy recommande sur-tout de prendre garde qu'on ne substitue un autre nom à la place de celuy du testateur, afin qu'il ne soit point frustré de la gloire qui luy est due; et de présenter à la reyne Marguerite, sa très-illustre maltresse , celuy de ces livres qui sera le premier imprimé, relié et couvert de velours.
Il enjoint de payer ce qu'il devoit à monsieur rie la Chaslre, qui cependant luy étoit redevable de sa fortune, parce que luy testateur avoit été cause de son premier mariage, dont il avoit eu sur-tout force écus.
Révoque le testament et codicille qu'il a cydevant fait devant Galopin, notaire à Brantosme. Déclare qu'il laisse à ses héritiers cinq fois plus de biens que ne luy a valu sa légitime, n'ayant reçu pour ses droits paternels que huit mille livres, et pour les maternels , cinq mille livres , que d'ailleurs il a cédé à M. de Bourde.il le, son frère, pour très peu de chose, ce qui luy revenoit des successions de deux de leurs frères, tant parce qu'il avoit toujours eu en vue la grandeur de sa maison, que par respect et amitié pour madame de Bourdeille , sa belle-sœnr : qu'il a abandonné pendant douze ans au vicomte de Bourdeille, .••on frère amé, la déposition de son bien dès a la mort de leur mère, et tant qu'il étoit jeune cl aux éludes ,
comme aussi la jouyssance des bénéfices de Saint -Vivien- lès - Xaintes , du doyenné de Saint - Yricr en Limousin, et du prieuré de Royan , qui avoient été résignés au testateur par le brave capitaine de Bourdeille, son frère, et dont ledit vicomte ne luy donnoit par an que quatre cens livres, gardant pour luy le surplus qui exeédoit la somme de deux mille livres, et cela jusqu'au retour de son premier voyage d'Italie: qu'il fit ce voyage avec cinq cents écus, provenant d'une coupe de bois , que le roy luy avoit permis défaire en la forêt de Saint- Yrier: que le vicomte, par mauvais ménage, et comme étant un peu joueur , avoit beaucoup diminué son bien , mais que d'ailleurs il étoit homme de bien . d'honneur , de valeur , fort splendide , magnifique et libéral à la cour et aux armées; qu'après sa mort, malgré la faveur que le testateur trouvoit à la cour, il quitta tout pour assister madame de Bourdeille, sa belle et bonne sœur, et l'empêcher de se remarier, attendu qu'elle n'avoit alors que trentesept ans, qu'elle étoit belle de corps et d'esprit , avec de grandes ri liesses , qui la firent rechercher de grands partis, mais inutilement; Brantosme ( dit-il ) ayaut eu soin de rompre toutes les menées qui se fui soient , afin de maintenir sa maison dans son antique splendeur: que sans cette précaution , si cette dame se fût mariée, et eût eu des enfants de ce second mary, ceux du premier lit, neveux du testateur , n'auroient pas aujourd'huy mille livres de renies ; que cependant il n'en a point reçu de marque de reconuoissance , sur-tout de l'aîné, dont il laisse la vengeance à Dieu , de faits qu'on va rapporter.
Brantosme dit qu'il avoit prêté à la dame de Bourdeille, sa bel!e-sn?ur, en différentes fois, la somme de quatre mille deux cents écus; que cet argent avoit servi au voyage de ses neveux en Italie, à jetlcr hors de la maison sa sœur de Bourdeille ( c'éloit Magdelaine de Bourdeille ) , pour faire cesser ses importuniiés sur le payement de la totalité de sa légitime, ne l'ayant plus vu depuis ce temps; comme aussi à la réception du vicomte de Bourdeille à Bourdeaux dans son état de séneschal de 10— rigord ; que la dame de Bourdeille , sa bellesœur, par son premier teslammenl , avoit reconnu luy devoir celle somme ; mais que par
on codicille que loy avoit suggéré ledit vicomte et M. du Mas, à l'insçu de Brantosme , elle avoit demandé que celte somme de quatre mille deux cents écus revint après la mort de Brantosme au profit dudit vicomte de Bourdeille et de sa maison ; que son honneur en étoit blessé , comme n'ayant point eu part a ce codicille : sur quoy il ordonne que cette même somme sera partagée également entre tous ses héritiers; que (Tailleurs le vicomte ne l'a jamais aidé d'aucune sollicitation dans le procès qu'il avoit contre le sieur de Preau pour la conseigneurie de Brantosme; que néanmoins il consent que cet te conseigneurie tombe après sa mort au vicomte de Bourdeille , pour agrandir toujours sa maison , comme sadite belle-sœur l'a désiré : qu'une des plus grandes preuves d'ingratitude que luy a donné ce vicomte son neveu , est qu'un jour il dit en compagnie , qu'il n'étoit redevable de la résignation de l'évèque de Périgueux (François de Bourdeille ) de son évèché , qu'au seigneur de Marouate. Brantosme fut choqué de ce discours qui Jittaquoit son crédit ; rapporte , pour mieux faire connoltre son ressentiment, que c'étoit luy Brantosme qui avoit autrefois obtenu le brevet et nomination du roy de cet évèché , lors , dit-il , qui n'étoit encore qtfun chétif petit moine de Saint-Deni$; qu'il en avoit toujours gardé le brevet et fait la dépense des bulles ; que, quoyqu'il eût passé une transaction avec cet évèque sur la jouyssance , il éioit toujours en droit de s'opposer à sa résignation , et même de répéter après sa mort la moitié du revenu de Pévèché, ne luy ayant cédé celte moitié, que pour sa vie seulement; que le revenu de cet évèché, tant qu'il l'avoit régi , avoit monté à quinze mille livres de rentes ; que si M. de Bourdeille, son frère, se fût confié à luy Brantosme dans cette affaire, il eût bien mis cet évèque à la raison; et que si ledii évèque eût voulu faire de râne, comme il l'étoit, luy Brantosme Tauroit bien fait tourner au bâton, attendu que l'évèque le craignoit comme la créature craint son créateur ; qu'au surplus, le sieur de Marouate n'étoit point comparable à luy Brantosme , si bien connu et estimé paripy la France et ses grands , et autres pays étrangers, pour avoir tant battu de terres et de mers.
NDICE. 627
Après tout ce verbiage , accompagné de quantité d'autres, il institue ses héritiers universels , messire Henry de Bourdeille et messire Claude de Bourdeille , ses neveux , madame * Jeanne de Bourdeille , comtesse de Duretal , mesdames d'Ambleville et de Saint-Bonnet , ses nièces; leur ordonne de faire part de cet héritage i madame d'Aubelerre , Hyppolite Bouchard , non par considération pour David Bouchard, son père qui luy avoit (à ce qu'il dit) de grandes obligations, sans en avior eu de reconuoissance , mais par l'amitié que le testateur a toujours eue pour feu madame Renée de Bourdeille, sa nièce, mère de cet Hyppolite Bouchard.
Il déshérite ceux de ses héritiers qui ne feront cas de luy, lorsqu'il parviendra en la caduque vieillesse, et qui ne prendront pas vengeance par la voie des armes ou de la justice , des insultes qu'il pourroit recevoir de la part des gens étrangers, dont la foiblesse de l'âge ne luy perraetlroit pas de tirer raison luymème; voulant que si ses héritiers luy manquoient en cette occasion , ses biens soient distribués aux pauvres, aux Quatre-Mendiants , â l'Hôtel-Dieu de Paris: ordonne encore à ses héritiers , sous la même menace de déshérifage , de poursuivre à toute outrance le procès qu'il avoit au parlement de Bourdeaux, contre le sieur de la Barde Saint - Crespin ( qu'il accable d'injures ) pour l'hommage qu'il devoit â sa terre de Saint-Crespin , et à son château de Richemont.
Révoque la donation qu'il avoit faite aux religieux de Brantosme , à cause de leur ingratitude pour luy, quoyqu'il les ait gardés et conservés pendant la guerre , persuadé même qu'à sa mort ils la pousseront jusqu'à intenter procès à ses héritiers.
Laisse la jouyssance, à vie seulement, de son château de Richemont à la comtesse de Duretal, sa nièce, à condition de le bien entretenir, et de le rendre lorsqu'elle se mariera à Claude de Bourdeille, petit-neveu du testateur , qui ( dit-il ) est si bien né et si joly, afin qu'il puisse dire un jour : voilà un présent que me fit mon grand-oncle! veut que ce château, qui luy a tant coûté à faire bâtir, ne sorte point de sa maison; avouant même, que si étant là-haut, où Dieu luy fera la grâce
APPENDICF.
fie le recevoir , il luy étoit permis de voir ce '•.hàttaii , et qu'il le vit dans des mains étrangères , il on auroit un regret infini (cette terre a depuis passé à la dame de Jussac d'Amblevillc, et a été porté par sa fille en la maison de Chabans en Përigord).
Odonneque la moitiéde sa bibliothèque reste à perpétuité dans le château de Richemout , ainsi que ses plus belles armes, telle qu'une épée argentée, que luy donna , au siège de la Rochelle , monsieur de Guise , dernièrement massacré , deux arquebuses à mèches, sa cuirasse , brassards, salade et cuissars ; une rondelle à preuve, couverte de velours noir, dont feu M. le prince de Condé luy fit présent au même siège; et un chapeau de fer, couvert d'un feustre noir, avec un cordon d'argent qu'il a porté dans tous les sièges où il s'est trouvé; et désire que toutes ces armes soient suspendues dans sa chapelle de Richemout , ainsi qu'il se pratiquoit pour les anciens chevaliers.
Nomme pour exécuteurs de ce testamment , M. de la Châtaigneraye, son cher neveu; M. du Preau, lieutenant de roy et gouverneur de Chàtclleraud , qu'il a nourry page ; et M. Tltomasson , avocat au présidial de Périgueux , sou principal et ordinaire conseil: déclare qu'il a pris pour modèle de ce testament, celuy du chancelier de l'Hôpital, qu'il a inséré dans ses ouvrages : qu'au reste, ayant eu de l'ambition toute sa vie, il en a voulu montrer après sa mort ; et qu'il n'a eu garde de confier ses volontés à ces notaires , qui , pour la pluspart ne sçavenl dire ni représenter les intentions cl vouloirs.
Signé P. DE BOLKDEILLE.
Malgré la prolixité de ce testament où l'on ne reconnolt aucun trait de la sagesse et du grand sens du chancelier de l'Hôpital , il y ajoute un codicille, aussi sans date, par lequel Brantosmc, évaluant à la somme de vingt mi le écus sou château de Richemout , ordonne que celuy de ses héritiers qui en jouira à titre d'hérédité, après la comtesse de Duretal, payera à ses aulres héritiers une somme de seize à vingt mille livres par forme de dédommagement : que le grand pont de Brantosme , avec le jardin et le champ qui le joignent ,
soient partagés entre eux ; déclarant qu'il tenoit ces héritages , tant par donation de feu son bon cousin monsieur d'Auzances , que par cession de madame de Sausac, sœur de monsieur d'Auzances , à laquelle il avoit fait pour cette cession un présent d'un diamant de cent écus; que monsieur d'Auzances et sa sœur les avoient possédés en toute propriété comme héritiers de messire Pierre de Mareuil , évèque de Lavaur et abbé de Brantosme , qui les avoit acquis pour luy personnellement, et non pour son abbaye: que la situation de ces héritages obligerait celuy qui dans la suite seroit abbé de Brantosme de les acheter bien chèrement, et qu'il les avoit trouvé suffisants pour le déterminer à y bâtir un château en forme de citadelle, s'il n'en avoit été détourné par la dépense qu'il fut obligé de faire aux guerres, à la cour et aux voyages ; enfiu , il exhorte celuy de ses héritiers à qui échoira sa métairie de Gous en Poitou, d'y faire un bâtiment sur les ruines du chAteau qui y étoit autrefois , attendu que c'est un beau bien.
Signé P. de Bourdeille.
11 n'y a pas lieu de douter que ce testament n'ait été fait depuis l'année 1605 : 1° parce qu'il y est fait mention du premier mariage de Henry 'de la ChaMre avec Marie de laGuesIe, qui fut conclu en 1605; et que le second mariage du même seigneur de la Gbastre est de l'année 1620 ; 2" parce que le testateur y parle de la reyne Marguerite, comme vivante; et cette princesse ne mourut qu'en 1615. M. l'évèque de Xaintes, dans sa généalogie de la maison de Bourdeille, dit avoir vu un testament de Brantosme, datlé du 30 décembre 1609, de sa main, et un second codicille de 1613; mais comme il n'en rap|>orle que l'intitulé des qualifications, quoyqu'elles se trouvent semblables à celles de celuy-cy, on ne peut cependant connoitre si c'est un même testament, ou s'il y en a deux. Il auroit levé ce doute s'il avoit fait un détail de celuy qu'il a vu.
Enfin , Braniosme mourut dans un âge trèsavancé, le 15 juillet 1614, et fut inhumé dans la chapelle de son château de Richemont. Voicy l'éloge équivoquequ'en font les Mémoires de Casteinau , dont l'auteur parle en ces
APPENDICE
termes, suivant le testament de la comtesse de Duretal , sa nièce.
«Pierre de Bourdeille, abbé deBrantosme, etc. Autheur des Mémoires desquels je me suis servy en divers endroits de cette histoire, qui usa de sa qualité comme ces abbés guerriers qu'on appelloit Abbates milites sous la seconde race de nos roys , et qui ne cessa pour cela de suivre les armes et la cour, où ses services lu y firent mériter le collier de l'Ordre , et la diguité de gentilhomme de la chambre du roy.
«Il hanta, avec une estime singulière de son courage et de son esprit , les principales cours de l'Europe , comme celle d'Espagne , de Portugal , où le roy l'honora de son Ordre , celle d'Écosse, et celles de tous les princes d'Italie. 11 fut à Malthe chercher occasion de se signaler, et depuis il n'en perdit aucunes de celles de nos guerres de France. Mais quoyqu'il gouvernât parfaitement tous les grands capitaines de son temps, et qu'il leur appartint d'alliance ou d'amitié, la fortune luy fut toujours si contraire , qu'il ne trouva jamais d'établissement digne non-seuleument de son mérite particulier, mais de celuy d'un nom illustre comme le sien.
«C'est ce qui le rendit d'assez mauvaise humeur dans sa retraite à Brantosrae , où il se mit à composer ses livres dans une différente assiette d'esprit, selon que les gens, qui ont repassé devant sa mémoire , ont ému sa bile ou touché son cœur. Il seroit à désirer qu'il eût fait un chapitre de luy-mème , comme des autres seigneurs de son temps. Il nous en auroit bien appris,. s'il n'y eût rien oublié; mais peut-être s'en est-il abstenu, pour ne pas trop déclarer ses inclinations pour la maison de Lorraine, dans le temps même de la ruine de ses desseins : car il y étoit fort attaché, et il parolt en plusieurs lieux , qu'il avoit plus de respects que d'affection pour celle de Bourbon. C'est ce qui luy a fait prendre party contre la loy salique , en faveur de la reyne Marguerite , qu'il estimoit infiniment , et qu'il vit avec regret privée de la couronne de France.
« En beaucoup d'autres rencontres il lâche des sentiments qui tiennent plus du courtisan que de l'abbé; mais aussi étoit-cc sa principale profession , et comme c'est encore celle de la pluspart des abbés d'aujourd'huy , et c'est à
cette qualité qu'il faut pardonner plusieurs petites libertés qui seraient moins pardonnables à un historien juré.
«Je ne parle point du second ou du troisième volume des Dames, pour ne point condamner la mémoire d'un gentilhomme, que ses autres ouvrages rendent digne de tant d'estime ; et j'en répands le crime sur la dissolution de la cour de son temps, dont on pourrait faire de plus terribles histoires que celles qu'il rapporte.
ail y a aussy quelque chose à redire à l'ordre dans ce qu'il a écrit ; mais le nom de Mémoires l'excuse de ce défaut : et quoyqu'il en soit , on y ramasse plusieurs connoissances fort importantes à notre histoire ; et la France luy est si obligée de son travail , que je ne feins point de dire que tous les services de son épie le doivent céder à ceux de sa plume. H avoit beaucoup d'esprit et de bonnes lettres. Il étoit fort gentil dans sa jeunesse : mais j'ay appris de ceux qui l'on connu que le chagrin de ses vieux jours luy fut plus pesant que ses armes, et plus déplaisant que tous les travaux de la guerre et les fatigues tant de mer que de terre, en tous ses voyages. 11 regrettoit le temps passé, la perte de ses amys, et ne voyoit rien qui approchât de la cour des Valois, où il avoit été nourry. »
Branlosme a eu soin de former un recueil manuscrit des lettres écrites à son frère et à ses ancêtres, par les roys et par les princes : mais n'ayant pas eu la même attention pour luymème, le grand crédit qu'il s'est vau té d'avoir eu dans toutes les cours de l'Europe, en est devenu suspect ; et l'imagination parait y avoir pris plus de part que la réalité : car on ne trouve dans ses Mémoires qu'une lettre que luy écrivit Marguerite de France, reyne de N'avarie, pendant sa disgrâce : et on ne voit point qu'il ait été chargé d'aucune négocia-
j tion dans les différentes cours étrangères qu'il
| a parcouru.
A l'égard des Mémoires de Branlosme , il ne paroit pas possible de distinguer précisément les temps dans lesquels il les a composés. Cependant les Dames galantes et les Dame illustres semblent avoir dû être srs prenne i s ouvrages, et sur- tout les Dames illustres ; If
! second tome des Dames galantes ayant été
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composé en 1697 , par les délamations qu'il y fait contre la loy salique* donnant volontiers aux femmes la préférence sur les hommes pour an bon et heureux gouvernement ; au lieu que
particâ la fête de laquelle il y a une lettre qu'il datte de 1604, n'a été certainement composé que sous le règne de Henry IV, dont il fait l'éloge, pour avoir conservé aux genlilshora-
ses Hommes illustres, et sur-tout la première | mes laïcs la jouyssanec des bénéfices.
JEAN DE BOURDEILLE
BARON DARDELAY.
Jean de Bourdeille, qui porta le titre de baron d'Ardelay, est déclaré par le baron de Bourdeille , son père i le plus jeune de tous ses enfants, dans son testament du 28 janvier 1546, par lequel ce baron luy donna pour son partage la terre de lUrques, évaluée à la somme de huit mille livres, et la substitua en même temps i Pierre de Bourdeille, connu depuis sous le nom de Branlosme.
Il fut d'abord destiné à l'ordre de Saint - Jean de Jérusalem; et pour y parvenir, le lieutenant général de la séneschaussée de Périgord luy donna, le 25 may 1547, une attestation juridique de sa noblesse. Il fit ses preuves le 6 de juin 1553, et eut pour commissaires frère Jean l'eloquin du Moulin , et l.ouys de la Grange, commandeurs de la Roche et du Temple de Poitiers. Cependant il ne parolt pas avoir suivi cette destination.
Il est nommé simplement Jean de Bourdeille, le plus jeune des enfants, dans le testament de la baronne de Bourdeille, sa mère, du 26 may 1657 , laquelle ordonna de luy céder pour tous ses droits en général , les terres et seigneuries d'Ardelay et de Nalicrs, qu'elle a voit eu de Charles de Vivonnc, seigneur de la Châtaigneraye, son neveu, en cas que ce Jean de Bourdeille ne voulût pas se contenter de la part qui luy éloit échue des successions du feu capitaine «le Bourdeille, son frère, et «lu feu baron de Bourdeille, son père, ni du legs de la somme de quatorze cents livres qu'elle luy faisoit par ce même testament. Il y a lieu de croire qu'il préféra ces deux terres à toutes ses autres prétentions; car il est qualifié Jean de Bourdeille, seigneur et baron d'Ardelay, par le premier testament du 24 may 1662, d'André, vicomte de Bourdeille, son frère aîné, qui le substitua a ses enfouis ués et à naître.
Il accompagna le seigneur de Brantosme . aussy son frère , dans le voyage d'Italie ett 1565, pour porter du secours à Malthc assiégé par les Turcs. Les Mémoires de Bradtosme n'en parlent que fort succintement, sans luy attribuer encore aucune action d'édat.
Le second testament du 13 novembre 1567 du vicomte de Bourdeille son atné, qui l'institua l'un de ses exécuteurs testamentaires, luy donne alors la qualité de chevalier, avec celle de baron d'Ardelay. L'année suivante , étant aussi gentilhomme de la chambre du roy Charles IX, Sa Majesté, par lettres patentes du 15 février 1568, le créa chef et colonel des troupes gasconnes d'infanterie, servant dans l'armée du duc d'Anjou ( depuis roy sous le nom de Henry 1H), à la place du seigneur de Monlluc fils , qu'elle venoil d'envoyer vers le seigneur de Monlluc père, chevalier de son Ordre, et lieutenant général au gouvernement de Guyenne . pour travailler au recouvrement de la v ille de la Rochelle , occupée par les ennemys.
Le baron d'Ardelay jouit peu de temps de sa dignité de colonnel : car ayant été choisi pour aller porter du secours à la ville de Chartres , assiégée cette même année par les religionnaires, il entra malgré leur résistance dans celte place, oû commandoit M. de Lignieres; et après avoir essuyé plusieurs assauts, il reçut enfin, en avançant la tète dans les crénaux les plus voisins de la brèche , un coup d'arquebuse , qui luy perça la tempe de part en part, et mourut de celle blessure, au neuvième jour.
Il fut inhumé avec distinction, en considération de ses services, par ordre du roy, aux déprna de cette ville, dans le chœur de la cathédrale, à main gauche près du grand autel, au-dessous de lu chapelle des reliques de Notre- Dame, malgré l'opposition des chanoines , et
)gle
APPKNDICE. 631
qu'ils firent, qu'on n'avoit I vers Tannée 1542, c'est-à-dire vingt-trois ans jamais enterré personne en leur église. Mais J après l'époque du mariage de ses père et mère , à la faveur du temps , ces chanoines sont venus
à bout de leur dessein : ils ont transporté ailleurs le corps du baron d'Ardelay, et l'ont placé dans un endroit plus caché, sans avoir reçu de permission que d'eux-mêmes: et pour éviter qu'on y fit attention , ils ont persuadé au peuple qu'il-, n'en avoient ainsy agi . que parce que la Vierge, ne voulant pas souffrir qu'on inhumât qui que ce soit en son église, avoit permis au cadavre de ce baron de faire paraître se» bras hors de son tombeau , pour demander une autre sépulture. C'est une opinion qui s'est accréditée dans l'esprit de ce peuple, et qui s'y est toujours perpétuée.
S'il en faut croire Brantosme , la mort enleva le baron d'Ardelay à l'âge de vingt six ans, et
par conséquent sa naissance devoil être arrivée | en France que les leurs
qui est de l'année 1518; mais c'est encore une difficulté à résoudre, attendu qu'en 1516, le baron d'Ardelay ne paroissoit pas alors en bas âge, tomme il aurait dû être , pour adopter le sentiment de Brantosme, quoiqu'à la vérité il fût dit le plus jeune de tous les enfants du baron de Bourdeille.
En parlant deTimoléon, comte de Brissac, Brantosme dit que quoyque ce comte eût été amy de son frère d'Ardelay, il se serait battu contre ledit sieur d'Ardelay, s'il n'éioit pas mort au siège de Chartres ; et cela, de jalousie de ce que ledict sieur d'Ardelay, comme colonnel des Gascons , avoit une enseigne blanche , ayant gagné M. de Strozze, pour qu'ils ne souffrissent point d'autres colonnels ny enseignes blanches
MAGDELA1NE DE BOURDEILLE
Magdelaine de Bourdeille eut en partage, par le testament du baron de Bourdeille, son père, du 28 janvier 1546, la maison noble de la Feuillade avec des rentes situées dans la paroisse de Chalvard , le tout évalué à la somme de onze mille livres , destiné à luy servir de dot pour se marier.
Elle étoit l'une des damoiselles (c'est-à-dire fille d'honneur) de la reyue Catherine de Médicis , dès l'an 1654, suivant un état de la maison de celte reine depuis Tan 1574 jusqu'en 1585, dans lequel sont employées sous le même litre mesdamoiselles de Pompadour, d'AIwin, d l lumières, de Le vis . Charlus, de la Tour, Limeuil et quantité d'autres, de noms aussy distingués. Brantosme en a rapporté la plus grande partie dans ses Dames illustres, à l'article de cette reyne-, et quoiqu'il n'y donne pas une idée avantageuse de la sagesse de ces demoiselles , l'amitié fraternelle n'a pu luy inspirer d'y faire quelque distinction favorable de la conduite de sa sœur. Aussi ne l'aymoit-il pas; son testament olographe en fournit la preuve, car il y déclare qu'il avoit eu soin de la faire congédier de la maison paternelle, pour éviter les demandes importunes qu'elle faisoit à la vicomtesse de
Bourdeille, sa belle-sœur, sur le payement du reste de sa légitime; que pour cet effet il avoit avancé de l'argent à cette belle-sœur, et que depuis cette expulsion il n'avoit plus vu mademoiselle de Bourdeille.
Outre ce que mademoiselle de Bourdeille avoit eu de son père, la baronne de Bourdeille, sa mère , luy légua, par son testament du 26 niay 1557, une somme de cinq cents livres pour ses droits maternels. Il parait que mademoiselle de Bourdeille posséda anssy les paraisses de Brie et de Saint-Gers, en Archiac , qu'elle vendit dans la suite.
En 1575, le roy Henry III luy assigna une pension de mille livres sur l'évèché de Péri-
, c« .uw.u«ui la nomination de cet évèché aux seigneurs de Bourdeille et de Brantosme, pour en pourvoir tel ecclésiastique qu'ils choisiraient.
En 1578, mademoiselle de Bourdei'lc tint fe 7 juillet de cette année, sur les fonts de baptême de la paroisse de Saint-Andrë-des-Arcs , à Paris , avec François de La Grange de Montigny, madamoi>elle Urbaine de Chastenay (de Lanty). On ignore si ce seigneur de Monligoy est celuy qui fut depuis maréchal de
APPENDICE
France , ou si ce fat son oncle , porianl le même nom de François.
Son attachement pour la reync mère ne luy permettant pas de quitter la cour, elle fut si long- temps Tune de ses damoiselles , qu'elle vieillit dans le célibat. Son état de fille et son âge avancé l'exposèrent aux plaisanteries ordinaires en pareil cas. Une vie manuscrite de Théodore- Agrippa d'Aubigné porte que, comme il étoit un jour assis seul sur un banc, il apperçut mesdamoiselles de Bourdeille, de Beaulieu et de Tenie (ce doit être Thiers), et remarqua qu'elles contrôlent son habillement comme le sentant au nouveau. L'une d'elles luy demanda ce qu'il contemploit en ce lieu? Il leur répondit piqué : Je contemple les antiquités de la cour, madamoiselle ; parce que ces trois damoiselles faisoient ensemble cent quarante ans. Celte réponse les rendit honteuses et les obligea dès-lors à luy demander son amitié.
Madamoiselle de Bourdeille se trouve encore mentionnée dans une satyre faite sur les affaires de la ligue , intitulée : Bibliotlièque de madame de Montpensier, mise en lumière par l'avis de Cornac, avec le consentement du sieur de Beaulieu, son écuyer. Madamoiselle de Bourdeille y est sous ce titre : YHistoire véritable de Jeanne la Pucelle, par madamoiselle de Bourdeille.
Aussy la reyne mère, à la fin de ses jours, reconnut-elle ses services, en luy léguant la tomme de quatre mille écus par le testament que Sa Majesté fit A Blois, le 5 janvier 1589.
Après la mort de cette princesse , madamoiselle de Bourdeille ne paroit plus avoir eu d'employ à la cour; mais elle continua de prendre la qualité de damoiselle de la reyne mère. Elle demeuroit à Paris, rue de la Monnoye, paroisse deSainl-Germain-de-l'Auxerois, le 13 mars 1602, qu'elle céda au sieur Girard , trésorier de la maison du roy, une rente de mille écus que luy devoit en partie Claude de Beauvillier, comte de Saint-Aignan, depuis l'année 1582.
mariage passé à Paris, le 11 septembre 1609, de madamoiselle Louise de Montbron de Fontaines-Chalandray, avec Jean-Louvs de Roche - Chouart de Chandenier.
Elle fit en cette ville un testament le 29 juin 1611, dans lequel elle est qualifiée damoiselle Magdelaine de Bourdeille, une des filles damoiselles de la feue reyne mère du feu roy Henry 111 , demeurant rue de la Monnoye, paroisse de Saint -Germain-de-l'Auxerois. Par cet acte, elle demanda d'être inhumée aux filles de Y Ave Maria, à l'opposite de feue madame de Dam pierre (Jeanne de Vivonne), sa tante ; institua pour héritier universel, Henry, vicomte de Bourdeille, son neveu; ht des legs au baron de Mata , aussi son neveu , à la comtesse de Duretal, à madame d'Aubeterre, ses nièces. Elle laissa une somme de quatre mille livres à madamoiselle d'Ambleville (Louise de Jussac), sa petite nièce, a condition qu'elle n'épouseroit point de gentilhomme faisant profession de la religion prétendue réformée, voulant qu'en cas de contravention à cette clause, ce legs tournât au profit de la dame d'Ambleville, Isabelle de Bourdeille, sa nièce.
Elle changea dans la suite quelques-unes de ses premières dispositions testamentaires, par d'autres testaments ou codicilles des 12 juin 1613, 22 janvier 1616et 10 avril 1617, demeurant en dernier lieu dans l'enclos de la Monnoye, à Paris; et entre autres choses, elle révoque le legs qu'elle avoit fiait à madamoiselle d'Ambleville, sa petite nièce, de sorte que ce legs ayant passé à la dame d'Ambleville mère, cette dame en fit donnation à Claude de Jussac, son fils aîné, par son testament du 21 novembre 1630, déclarant dans cet acte que la somme de quatre mille livres qui formoit ce legs luy étoit due par M. de Bourdeille, et qu'elle l'avoit eu en don de [damoiselle Magdelaine de Bourdeille, sa tante, dame d'honneur de la reyne Marguerite.
Magdelaine de Bourdeille mourut en 1618, et fut inhumée , comme elle l'avoit demandé, chez
Elle assista, comme alliée, au con tract de | les religieuses de Y Ave Maria, à Paris.