‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de BourdeilleChapitre 141 sur 161 · SÉNESCHAL DE PÉRIGORD · texte numérisé non relu

SÉNESCHAL DE PÉRIGORD

André, vicomte de Bourdeille, né vers l'année 1629, étoit encore page du roy ou de la reyne de Navarre , dont la vicomtesse de Bourdeille, sa mère , étoit dame de corps (ou d'honneur ) , lorsque la princesse de Navarre (Jeanne d'Albret , âgée d'onze ans) , fut mariée à Chas • tellcraud avec le duc de Cleves, en 1541, sous le règue du roy François 1 , qui , dans cette cérémonie, donna les premières marques delà disgrâce du connélable de Montmorency, en l'obligeant , tout connétable qu'il éloit , de porter sur ses bras celle jeune princesse.

Son père l'instiiua son héritier universel par son teslament du 28 janvier 1546.

11 commença de servir dans les guerres de Piedmont, et se trouve employé, en 1548, en qualité de panetier du roy Henry II, à quatre cents livres de gages , dans un état de la maison de ce roy, depuis l'année 1647 jusqu'en 1569, suivant lequel il avoit pour collègues dans cette charge, André de Bourbon -Yen dosme, seigneur de Rubempré, Charles de Levis, seigneur deCharlus, et plusieurs autres seigneurs.

Au mois de juin de cette année 1548, il passa en Écosse avec les troupes commandées par le seigneur d Esse . que le roy envoya porter du secours aux Êcossois, alors en guerre avec les Anglois , et ce voyage luy fut d'autant plus avantageux et agréable, parce que le seigneur d'Esse, nommé André de Montalembert , avoit été élevé page du seigneur de Yivonne, séneschal de Poiclou , ayeul maternel du vicomte de Bourdeille; suivant l'usage pratiqué par la noblesse de ce siècle, de mettre leurs enfants auprès des gentilshommes constitués en dignités ou en faveur à la cour.

Au retour de cette expédition , il servit au siège de Metz, en 1552, et fut fait prisonnier à celuy de Hédin, en 1553, où il perdit le capitaine de Bourdeille, son frère puîné. Il garda prison à llsle en Flandres, jusqu'à la trêve faite en 1656.

Le payement de sa rançon , qui fut considérable , causa un dérangement dans ses affaires. Après avoir recouvré sa liberté, il se trouva chargé d'embarras de famille , ayant été fait héritier de sa mère en 1557, ce qui l'obligea d'habiter son château de la Tour-Blanche, en Angoumois.

Il se maria dans ce pays par contract du 27 juin 1558, dans lequel il est qualifié messire André de Bourdeille, chevalier, seigneur et vicoin'ede Bourdeille, baron delà Tour-Blanche et de la Commarche, panetier ordinaire du roy, avec damoiselle Jacquettedc Moniberon, fille de messire François de Montberon, chevalier, seigneur et bar< n d'Archiac et de Mata et de dame Jeanne de Montpezat. Cette damoiselle fut dotée de la somme de trente mille livres, et n avoit pas plus dequatorze ans.Quoyqu'il y eût déjà eu des alliances entre les maisons de Bourdeille et de Monberon , la mère de cette damoiselle voulut d'abord s'opposer â ce mariage, ayant apparemment d'autres vues pour celte fille, qui, n'ayant qu'un frère, couroit le hasard de devenir riche héritière ; mais enfin , elle y donna son approbation, peut-être bien à la sollicitation de François du Fou, chevalier, seigneur du Vigean, curateur de cette damoiselle , lequel étoit parent de ces parties contractantes.

René de Montberon, baron d'Archiac, assista au mariage de sa sœur , et peu de temps après, s'étanl rendu â l'armée, il fut tué à la bottaille de Gravelines, le 14 juillet 1558. Il ne laissa point d'enfants de Magdelaine du Fou du Vi | gean , sa femme. Ainsy, la vicomtesse de Bourdeille se trouva alors héritière des principaux biens des maisons de Montberon et d'Archiac , et de beaucoup de droits et prétentions sur ceux des maisons de Painel, de Mareuil et autres, comme on le verra cy-après.

Jacquet te de Montberon, vicomtesse de Bourdeille, avoit pour ayeule paternelle Marguerite d'Archiac, fille de Jacques , seigneur d'Archiac,

APPKNDTCR.

et dame de Levis. La maison d'Archiac s'étoit i divisée en deux branches principales, dont l'aînée étoit tombée en quenouille dans les maisons de Montberon , du Fou , etc. , et l'autre brandie existoit encore dans la personne de I Jacques d'Archiac, chevalier, seigneur d'À vailles, fils d'Odet et petit-fils de Foucaud d'Archiac. Leurs partages n'a voient point été entièrement consommés, et avoient même occasionné des procès pendants au parlement de Bourdeaux. Le vicomte de Bourdeille, pour liquider la part de sa femme, toujours mineure , passa en son nom une transaction avec le seigneur d'Availles, le dernier avril 1559, par laquelle le seigneur d'A vailles se désista de ses droits, en considération de ce que le vicomte de Bourdeille luy céda ce qui pouvoit appartenir à la vicomtesse de Bourdeille dans les paroisses, terres et seigneuries de Barret et de la Garde, en Xaintonge}, avec cent livres de rentes et la capitainerie de Vitrezay, à condition de tenir le tout en hommage de la seigneurie d'Archiac, tant que cette seigneurie serait possédée par les descendants de la dame de Bourdeille, au devoir d'un épervier apprécié une maille d'or, évaluée vingt-cinq sols ; et que si la dame de Bourde il le décédoit sans enfants, il serait permis au seigneur d'Availles de tenir le tout du roj', si bon luy sembloit. De plus, le vicomte de Bourdeille renonça aux prétentions de sa femme sur les terres d'Availles, de Mortiers el de Fontagnac, s'obligeant de luy faire ratifier cet acte lorsqu'elle serait parvenue à l'âge de vingtcinq ans. La vicomtesse de Bourdeille avoît deux tiers dans cette succession, et l'autre tiers appartenoit à la douairière de Montbéron , sa belle- sœur, aussy mineure, qui acquiesça à cette transaction, sous l'autorité de François du Pou, chevalier, seigneur du Vigean, son père.

Jeanne de Montpczat, mère de la vicomtesse de Bourdeille, étoit fille de Jeanne de Mareuil, qui avoit pour père et mère Guy , seigneur de Mareuil, et Philippe Painel sa première femme, dame d'Ollonde, de Perques et de Sertonvillc. Cette Philippe Painel, sortie d'une branche cadette de la maison Painel, étoit cousine au troisième degré de Jeanne Painel, héritière de la branche aînée, morte en 1437, femme de louis, sire d'Eslouteville. qui étoient les bi-

sayeuls d'Adrienne, duchesse d'Estouteville, maryée en 1534 avec François de Bourbon, premier du nom, comte de Saint-Paul, et morte vers la fin de l'année 1560. Jeanne de Montpczat avoit intenté procès contre cette duchesse d'Estouteville, pour des dégradations et coupes de bois faites par cette duchesse dans les terres de Perques, de Serlonville, et moulins de Serances en Normandie , qui appartenoient à Jeanne de Montpezat, par héritage de la mai» son de Painel. Pour poursuivre ce procès devant le bailly de Costentin, les vicomte et vicomtesse de Bourdeille donnèrent leur procuration , au mois d'octobre 15G0, à Jean d'Aubigné , seigneur de Brie, lieutenant au siège de Cognac; mais il paraît , par le codicille de la vicomtesse de Bourdeille, que celte affaire fut dans la suite aussy peu suivie que les autres.

Le vicomte de Bourdeille, continuant sa résidence en son château de la Tour-Blanche , y fit un premier testament le 24 may 1662, dans lequel il est qualifié André de Bourdeille, chevalier, vicomte et baron de Bourdeille, baron d'Archiac et Mata , seigneur de la Tour-Blanche. Il recommanda , par cet acte, â la vicomtesse de Bourdeille , Jacquette de Montberon , sa femme, de conformer ses obsèques à la charité chrétienne, sans aucune pompe, luy donna à son choix la terre de la Tour-Blanche, ou la baronnie de Bourdeille, avec la jouissance de tons ses biens, la disposition d'une somme de dix mille livres, la tutelle et administration de leurs enfants, jusqu'à ce qu'ils eussent atteint l'âgede vingt-trois ans, sans être obligée de leur rendre compte; et comme il n'avoit alors qu'une fille nommée Jeanne de Bourdeille, il l'institua son héritière universelle , si l'enfant, dont sa femme étoit enceinte , n'étoit point un fils ; car, en ce cas, il déclarait ce fils son héritier universel, et réduisoit sa fille à la somme de quinze mille livres pour tons ses droits. 11 substitua à ses enfants Pabhé de Brantosmc et le baron d'Ardelay, ses frères, et chargea la vicomtesse de Bourdeille, sa femme, de l'exécution de ce testament.

Les partages delà maison de Montberon, dont la branche aînée flnîssoit dans la personne de la vicomtesse de Bourdeille , avoient aussi fourni matière à procès. Elle avoit pour oncles René de Montbéron , sourd et muet, religieux

APPENDICE

10 prieuré de Mon t morillon ; Louis de Mon tberon , seigneur de Fléat; Jean de Montbéron, seigneur de Thon; et pour tantes les dames de Rastignac, des Herbiers, de Maudrens, de

Ville- Dieu, et une damoiselle de Montbéron encore fille. Un arrêt du parlement de Bourdeaux, du 28 mars 1669, a voit condamné les vicomte et vicomtesse de Bourdeille de représenter ce René de Montbéron avec l'acte de sa profession de religieux, le lendemain de la Quasimodo , pour être fait droit sur la provision de deux cents écus demandée par le seigneur de Fléat , son frère. On ne sçait ce que devint ce procès ; il parolt seulement que le vicomte de Bourdeille entra en accommodement avec ses cohéritiers: et pour cet effet, il céda au seigneur de Thors le four-à-ban de la paroisse de Blanzac, et luy donna certaine somme d'argent , se chargeant aussy de payer les frais du procès pendant au parlement de Paris; et en échange, il prit le bourg franc de Matas par transaction passée à Xaintes le 2 novembre 1566, qui le qualifie alors gentilhomme ordinaire de la chambre du roy.

Depuis son mariage, il avoit été plus occupé du soin de ses affaires domesliques que de la guerre, et avoit toujours rempli ses charges de panetier et de gentilhomme servant du roy ; charges que les gens de qualité n'avoient point cru encore au-dessous d'eux , comme le prouve l'état de la maison du roy Charles IX de l'année 1560 jusqu'en 1574, dans lequel ces emploisse trouvent possédés par les seigneurs les plus qualifiés. Mais le connétable de Montmorency, deux ans avant sa mort, arrivée à la battaillc de Saint-Denis en 1667 , ayant fait une ordonnance , portant que , pour éviter les abus que commettoient les commissaires et contrôleurs des guerres dans les montres des compagnies de gens de guerre , ces revues seroient faites par les principaux gentilshommes du pays, dans lequel se trouveroient les troupes, le vicomte de Bourdeille reprit le service à cette occasion, ayant été chargé d'une de ces commissions, et il en fit usage dans le peu de temps que cette ordonnance fut observée. Il fit la revue de la compagnie de Guy Chabot, seigneur de Saint-Gelais, chevalier de l'ordre du Roy, a Surgeret, le H novembre 1566; et il en donna son certificat, dans lequel il prend

ces qualités: André de Bourdeille, chevalier, baron de Bourdeille, d'Archiac et de Matas, gentilhomme de la chambre du roy, commissaire commis par le roy , etc. Ce certificat est scellé de son sceau , de même qu'une quittance qu'il donna le 15 de novembre 1566, de la somme de cent livres pour avoir fait la revue des compagnies de messire de Sansac, de la Vauguyon , et de Jarnac.

L'ordonnance du connétable de Montmorency n'ayant plus d'exécution , le vicomte de Bourdeille obtint nnc compagnie d'ordonnances , et étant prêt de monter à cheval pour se rendre en France et srrvir le roy à la tête de cette compagnie dans les guerres civiles, il fit un second testament , en son château de la Tour-Blanche, le 13 de novembre 1567, où il est qualifié chevalier, vicomte et baron de Bourdeille; baron d'Archiac et de Mata , seigneur des châtellenies de la Tour-Blanche et de la Commarche, capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances du roy. Il confirma à la vicomtesse de Bourdeille, sa femme, les avantages qu'il luy avoit faits dans un premier testament; déclara avoir alors quatre filles nommées Jeanne, Renée, Isabelle, et Adrienne; légua la somme de quinze mille livres à chacune des trois dernières, et institua l'aînée son héritière universelle, si l'enfant dont sa femme étoit enceinte, n 'étoit point ntâle; voulant qu'en cas que ce fût un fils , il devint son héritier universel, et que celte fille aînée se contentât d'une fomme de vingt mille livres. Il joignit à sa femme , pour l'exécution de ce testament, le seigneur de Hranstosme et le baron d'Ardelay, ses frères.

Il avoit dix-huit cents livres d'appoîntcmcnt pour son état de capilaine,suivant une quittance qu'il donna au trésorier des guerres, dattéc de Poyvre (en Champagne , diocèse de Chalons) le 10 de janvier 1568. scellée du même sceau que ecluy cy dessus.

U roy Charles IX ayant fait une promotion de treize chevaliers de l'ordre de Saint Michel, dont le premier étoit le comle de Maulevrier, frère du duc de Bouillon, de la maison de la Marck; le second, le baron de Villequhr, de la maison de Villequier, fondue dans celle d'Aumon ; et le troisième, le vicomte de Bourdeille, le duc d'Anjou, connu depuis sous le nom du

APPENDICE

roy Henry III, qui étoit alors lieutenant-gé- . néral du roy son frère , leur conféra cel ordre à Melun le 16 de février 1668. Et comme les grâces de la cour sont suivies des effets de l'envie et delà jalousie, il parut sur celte promotion une pièce de vers intitulée: Remontrances au roy pour desaboyants à l'ordrê,à\m laquelle chaque nouveau chevalier eut son lot. Voicy celuy du vicomte de Bourdeille :

Par le rt.utr.vl de mariage

Du comte" votre serviteur,

L'on me promit pour mon partage

L'Oidre. Je ne «uit point menteur.

Ce comte, qui étoit Albert de Gondy, d'abord connu sous le nom de sieur du Perron, puis sous celuy de comte de Retz, après son mariage avec Claude-Catherine de Clermont de Dampierre, qu'il avoit épousée en 1565. Cette dame luy avoil apporté la terre de Retz, qu'elle avoit eue par donation de Jean, baron d'Annehaut, son premier mary: et comme elle étoit cousine germaine du vicomte de Bourdeille, ayant tous les deux pour mères deux sœurs de la maison de Yivonne, et que le sieur du Perron avoit la faveur de la cour; cela donna occasion d'accuser le vicomte de Bourdeille d'avoir mérité Tordre de Saint-Michel, qui étoit encore alors le seul ordre du Roy, en contribuant à ce second mariage de sa cousine.

Il paroi t cependant que personne n'y eut plus de part que Roger de Saint-Lary, seigneur deBellegarde, lieutenant de la compa gnîe du sieur du Perron, et depuis maréchal de France, qui en fut l'entremetteur. Au reste, l'esprit , la science et le mérite de cette dame sont assez exaltés dans les Mémoires de Castelnau , dans Brantosme , et dans d'autres ouvrages , pour croire qu'elle n'avoit pas besoins d'autres conseils que des siens.

Le vicomte de Bourdeille , devenu chevalier de l'ordre du Roy, Ht en cette qualité la revue de sa compagnie de cinquante lances des ordonnances de Sa Majesté , à Corbeil, le 8 juin 1568 -, et au camp de Saint-Jean de Ligoure en Limousin , le 22 juin 1569. Il avoit sous luy , pour lieutenant, Vespazien de Castelnaud, seigneur de Mauvissierc , tué au siège de Saint- Jean d'Angely, en 1569, grand-oncle du maréchal de Castelnaud ; pour enseigne , Jean '

de Montardy, seigneur de Lascoux en Périgord ; pour guidon , Jean Baron de la Tour en Limousin ; et pour maréchal- d es-logis , François , seigneur de Saint-Maurice en Limousin ; Le premier des hommes d'armes de cette compagnie étoit Philibert de Bourdeille , seigneur de Montanceys. Les autres hommes d'armes et archers étoient des gentilshommes des provinces de Limousin , de Poitou, de Périgord , de Xaintonge, et d'Angoumois. Il servit à la tète de sa compagnie contre les religionnaires, comme le prouvent les différentes quittances qu'il donna de ses appointements au trésorier des guerres, à raison de quatre cent cinquante livres tournois par quartier. Elles sont dallées de Paris, le 9 août 1568 ; de Corbeil , le 9 juin 1569 ; et du camp de Saint-Jean de Ligoure , le 28 juin 1569; louies signées de luy, et scellées de son sceau comme cy-dessus.

En 1569 , le roy le commit pour conférer en son nom l'ordre de Saint-Michel au seigneur de Lascoux. Son instruction est dattée du 1er décembre 1569.

En 1570, il fut fait chambellan ordinaire du duc d'Alençon , frère du roy. On en trouve la preuve dans un état de la maison de ce prince de l'année 1562 à 1584 , et dans un brevet datté d'Amboise le 6 janvier 1672 , par lequel ce prince, le qualifiant son chambellan ordinaire et chevalier de l'ordre du Roy , l'admit dans son conseil , en considération de ses services militaires. Cependant ses provisions de chambellan ordinaire, et le serment qu'il prêta pour cette charge entre les mains de monsieur de Saint-Sulpice , sur-intendant de la maison de ce prince, (c'éloit Jean d'Ebrard, baron de Saint-Sulpice, gouverneur du duc d'Alençon, fait chevalier des ordres du Roy en 1579 , ) ne sont datlés d'Amboise que des 7 et 17 de janvier 1672.

Les emplois que le vicomte de Bourdeille occupoit auprès du duc d'Alençon ne l'empèchoient pas de remplir celuy de gentilhomme ordinaire de la chambre du roy : et Sa Majesté le fit même conseiller en son conseil privé, par brevet donné 1 Blois le 16 avril 1572.

La charge de séneschal de Périgord , sortie de la maison de Bourdeille depuis plus de cent cinquante ans , par la mort d'Arnaud, seigneur de Bourdeille, trisayeul d'André, vicomte de

Bourdeille , avoit toujours été possédée par des gens de qualité, et en dernier lieu, par Guy Chabot , baron de Jarnac, si renommé pour avoir tué en duel, l'an 1547 , le seigneur de la Châtaigneraye , oncle maternel du vicomte de Bourdeille. Des quittances de ce baron , des années 1647 et 1561 , le qualifièrent encore alors séneschal de Périgord. Mais depuis qu'il eut succédé au seigneur de Jarnac son père, dans la charge de gouverneur de la Rochelle, dont il étoiten possession dès l'année 1554 , il ne prit plus la qualité de séneschal de Périgord, et on ignore ce que devint cette charge. On sçait seulement quecepays, et principalement la ville de Périgueux, commença en 1651 d'être agitée des troubles de religion , et que la charge de sénéchal fut exercée, comme office de robbe, par M. Jacques André ;que cet homme en ayant été déclaré incapable par arrêt, le roy la reconnoissant impétrable sur luy , tant par cette raison , que parce qu'il n'avoit point obéi dans le temps prescrit à l'ordonnance de Moulins de Tan 1566, et aux autres règlements faits depuis sur les offices de baillis et séneschaux du royaume, Sa Majesté, par brevet datté de Duretal le 17 novembre 1572, en fit don au vicomte de Bourdeille, qui n'y est qualifié que le seigneur de Bourdeille l'atué , chevalier de Tordre du Roy, en contemplation d'infinis, bons et agréables services qu'il a faits à Sa Majesté , à cet état et couronne.

Il semble cependant que Jacques André continua de posséder cette charge ( apparemment à la faveur des guerres civiles) jusqu'à sa mort , après laquelle le roy en confirma le don au vicomte de Bourdeille par un autre brevet datré de Paris le 22 d'août 1573. I>es provisions luy en furent expédiées le même jour : elles le qualifient messire André de Bourdeille, chevalier de l'ordre du Roy, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, conseiller du roy en son conseil privé; et portent qu'il succède à feu Jacques André, dernier paisible possesseur de cette charge.

Peu de temps après que le vicomte de Bourdeille fut en possession de la charge de séneschal de Périgord, le roy( Charles IX) luy écrivit de la Fere le 25 octobre 1573 : et Sa Majesté, Tappellant seulement M. de Bour-

deille , le chargea de parcourir les principaux endroits du Périgord , pour prendre connaissance des seutiments et delaconduite des ecclésiastiques, de la noblesse et des officiers de justice , et autres de ce pays , et de venir , le 20 janvier prochain , à Compiègne luy en rendre compte.

Cet ordre donna suffisamment d'occupation au vicomte de Bourdeille pour l'arrêter en Périgord plus long temps qu'il n'avoit cru. Cependant , le jour du lundy gras de l'année 1574 , étant party de sa maison de Mata pour se rendre à la cour , il fut averly en chemin d'une émotion formée ce jour même dans Périgueux par ceux de la religion prétendue réformée. Il courut promplement en cette ville pour appaiser cette émeute. Il y trouva les habitants sous les armes , fort disposés à se conserver sous l'obéissance du roy , et tira parole entre autres des seigneurs de Caumont, de Beinac, de Saint-Geniés, etdelongua, de ne point favoriser les séditieux , quoyquc ces seigneurs fussent aussy religionnaires. Mais comme dans ces mêmes temps, ceux de la religion prétendue réformée s'emparèrent par surprisedela ville de Sarlat, deSainte-Foi, etc., le vicomte de Bourdeille crut qu'il éloit de son devoir de ne point abandonner Périgueux dans de pareilles circonstances. Il demanda même au roy la permission de fortifier cette ville, et luy manda qu'il avoit averty la noblesse de son département de se tenir prête à marcher. Qu'il faisoit assembler des gens de guerre par le seigneur de Brantosme , son frère , pour se joindre ensuite au seigneur de Losse , ( c'étoit Jean , seigneur de Losse, gouverneur de la partie de la Guyenne en deçà de la Garonne, capitaine des gardes du corps du roy , nommé chevalier de l'ordre du Saint- Esprit à la première promotion , et mort en 1679, avant que d'avoir été reçu.) Qu'il avoit avec luy le jeune seigneur d'Aubeterre , ( David Bouchart. ) Que la dame d'Aubeterre , sa mère n'étoit point en état de fournir à l'appointement des soldats mis en garnison dans son château d'Aubeterre, parce que le seigneur d'Achon jouissoit presque de tout le revenu de la terre d'Aubeterre.

Ce détail est contenu dans sa lettre au roy, dattée Périmieux le 23 mars 1674 qu'il accom-

APPRNDICE.

C38 APPE^

pagna de deux autres lettres. Tune pour la reynf! mère , et l'autre pour le duc d'Alençon , dont il éloit toujours chambellan.

Le roy luy fît une réponse, dattée de Vincennes le 15e du même mois de mars , pour approuver la sagesse de sa conduite et son dessein de fortifier Périgueux. Sa Majesté le chargea en même temps de témoigner aux seigneurs cy - dessus nommés la satisfaction qu'elle avoit de leurs déporlements : et elle luy manda qu'elle avoit enjoint aux seigneurs de Losse , d'Escars, de la Vauguyon , au comte de Ventadour, de l'aider même dans la convocation de l'arrière-ban ; qu'à l'égard du pouvoir qu'il demandoit pour lever des troupes au besoin , sa charge de séneschal luy en donnoit les moyens suffisants , sans qu'il fût nécessaire de mandement particulier de Sa Majesté; qu'au surplus, celle lettre luy serviroit de décharge, l a reyne mère luy écrivit sur le même sujet, ainsi que le duc d'Alençon , dont la lettre est souscrite , votre bon amy François.

Depuis ce temps , le vicomte de Bourdcille fixa son séjour ordinaire à Périgueux, et eut soin d'écrire au roy plusieurs fois dans chaque mois pour luy rendre un compte fidèle des différents événements que produisoient journellement les troubles de religion , non-seulement dans le Péi igord, mais même dans toute la Guyenne. Quoyque ces lettres soient curieuses et intéressantes pour l'histoire des guerres civiles, on se bornera à ne rapporter que les faits qui concernent le vicomte de Bourdeille ou sa maison, afin de ne point entrer dans un détail trop étendu pour une généalogie.

Le vicomte de Bourdcille , pour mteux établir son crédit , et le rendre plus utile à l'État , sollicita fort le roy Charles IX de répan- j dredes grâces sur la noblesse de son canton, et j il engagea Sa Majesté d'écrire des lettres gracieuses aux seigneurs et gentilshommes, qui quoyque faisant profession de la religion prétendue réformée, se tenoient tranquilles dans leurs châteaux. Il obtint aussy , dans ce mois de mars 1574 , l'abbaye de la Saulnc en faveur du seigneur de Saint-Geniés, qui avoit abandonné sa famille et ses biens pour le service du roy , et qui avoit même été efhgié par les rebelles. Ces expédients contribuèrent beaucoup à contenir la noblesse du Périgord.

Le seigneur de Losse , qui commaodoit pour le roy dans la partie de la Guyenne en-deçà de la Garonne, étant obligé de s'éloigner pour quelques entreprises de guerre , choisit pour commander en sa place dans le Périgord, le seigneurde Limeuil ( c'étoit Galliot de la Tour , petit fils du vicomte de Turenne. ) Le vicomte de Bourdeille fut piqué de ce choix, qui attaquoit les prérogatives de sa charge de séneschal de Périgord , se regardant par elle comme commandant né en l'absence du commandant pour le roy. Il s'en plaignit à Sa Majesté, par une lettre dattée de Périgueux le 3 avril 1574. Elle luy répondit de Vincennes le 16 avril suivant , que cet événement ne devoit point lui faire de peine; qu'elle sçavoit bien que les baillis et séneschaux du royaume étoient gouverneurs nés, et qu'elle luy conserveroit toujours le lieu , rang et degré que ses mérites et services luy avoieut acquis.

Dans ce même temps , le vicomte de Bourdeille avoit formé le projet d'attaquer le seigneur de la Noue, qui étoit à la tête des rcligionnaires , et devoit èlre secondé dans celte entreprise par M. de la Vauguyon (d'Escars) qui commaiidoit un corps de troupes; mais la maladie qui retint ce seigneur à Angoulême ne luy ayant pas permis de joindre le vicomte de Bourdeille, son projet n'eut point d'exécution.

La situation delà ville de Bergerac, occupée par les huguenots, leur étoil d'autant plus avantageuse , qu'elle leur facilitoit la jonction de leurs troupes séparées, avec lesquelles ils donnoient de continuelles allarmes dans tout le Périgord. Le vicomte de Bourdeille pressa beaucoup le roy d'envoyer ses ordres , et de faire marcher suffisamment de troupes pour en former le siège. Mats le mauvais état des finances du roy, et le peu d'intelligence qu'il y avoit entre les différents commandants, rendirent inutiles les remontrances du vicomte de Bourdeille, quelque sages et nécessaires qu'elles fussent : et malgré tout son zèle, il se trouva forcé de se contenter de prendre à ses dépens les châteaux de la Chapelle-Faucher et d' Ancor, et de préserver ceux de la Rochemondy , de la Renaudie et de CUAtcau-L'Évéque des courses des rcligionnaires.

Le 13 de may 1574, le roy lui écrivit de

le venir trouver, Sa Majesté ayant donné commission au seigneur de la Vauguyon de commander en l'absence du seigneur de l/)sse, qu elle rappelioit aussi près d'elle. Cependant !le vicomte de Bourdcille , croyant sa présence plus uliLe en Périgord qu'à la cour, ne quitta point la ville de Périgucux , et continua de demander de nouvelles grâces au roy pour plusieurs gentilshommes, et même pour des parents du seigneur de Losse; le différent qu'il avoit eu avec ce seigneur ne l'empêchant pas de rendre justice au mérite. 11 obtint , pour le seigneur de Puymarlin , du nom de Saint-Clar, chevalier de Tordre du Roy, et beau-frère du seigneur de Losse , la confiscation des biens du lieutenant de la ville de Sarlat , que ce capitaine venoit de reprendre sur les religionoaires , auxquels ce lieutenant particulier avoit livré cette ville. 11 demanda aussy Tordre de Saint-Michel pour le seigneur de Mootaaceys , de la maison de Bourdcille , et pour le seigneur des Coutures, de la maison de Beau poil Saint- Au lai re.

Le roy luy écrivit encore le 25 may 1574 , de se rendre à la cour, et luy promit de reconnoitre ses services, et de le récompenser des dépenses qu'il avoit été obligé de faire pour retenir près de luy pendant long-temps la noblesse du Périgord : mais la mort du roy Charles IX, arrivée le 30 de ce même mois , fit évanouir touies les espérances dooi sa dernière lettre avoit flatté le vicomte de Bourdeille.

Ayant appris cette iriste nouvelle le dimanche après la Pentecôte, il écrivit le 29 juin à la reyne mère régente (Catherine de Médicis), pour luy vouer fidélité, et reconnoltre le roy de Pologne comme son légitime souverain. Il luy manda les mesures qu'il avoit prises pour s'assurer des trois États du Périgord; représentant que, depuis quatre mois qu'il résidoit dans Périgueux , il avoit fait vivre tout le monde en paix; et que si Sa Majesté ne luy accordoit une compagnie d'ordonnances , il ne luy seroit pas possible de conserver la récolte de celte anuée, et d empêcher les incursions de la garnison de Bergerac; que, sans ce secours, il suppiioit de luy accorder son congé.

Il demanda en même temps la confirmation de l'abbaye de la Chastre , pour mes>ieurs de Rastignac , anxquels le feu roy Charles IX l'a-

DICE. 639 voit donnée à la recommandation du roy de Pologne , son frère : et ce ne fut que par les sollicitations réitérées du vicomte de Bourdeille, qu'elle fut dans la suite comervée à messieurs de Rastignac par le roy Henry III. Le vicomte de Bourdeille se rendit aussi caution du jeune seigneur d'Aubeterre, qu'il avoit avec luy : et il accompagna cette lettre d'une autre pour le duc d'Alençon, l'exhortant a donner a la reyne des conseils qui pussent procurer la paix dans le royaume.

La reyne luy fil réponse de Paris , le 5 . et 8 , et le 22 aoot 1574 ; et elle le pria de prendre le commandement du pays en l'absence du seigneur de Losse (qui s'en alloit à la cour); de rétablir sa compagnie de gendarmes, dont elle luy envoyoit la commission, de l'entretenir, avec trois compagnies de gens de pied , aux dépens du pays, et de casser celles qu'il jugeroit à propos : luy promettant un pouvoir de commandant si ample, qu'il en seroit content. Au surplus, elle ne luy envoya point d'argent. Le vicomte de Bourdville déclara a la reyne qu'il n'acceptoit ce commandement qu'à condition qu il ne préjudicieroit point aux prérogatives de sa charge de séneschal, qui l'élablissoit commandant né.

Se trouvant dénué du nerf de la guerre, qui est l'argent , il chercha à se signaler par des négociations de paix, et par des grâces. Aussitôt après l'arrivée du roy Henry 111 en France, il obtint la grâce d'un gentilhomme, nommé Péciiaud , qui s etoit rencontré daus une émeute. La lettre qu'il écrivit à Sa Majesté sur ce sujet, le 16 de septembre 1574 , porte qu'il la supplie de faire connoltre eu celte occasion, que sa miséricorde et bonté est plus grande que les malignités et désobéissances de ceux de la faction.

Pour subvenir aux dépenses queluycoûtoient les fréquentes assemblées de la noblesse, et en décharger le pays , qui n'étoit pas eu état de fournir les impositions ordinaires . U demanda la continuation du don que luy avoit fait le feu roy de l'abbaye de Solignac , en considération de ce qu'il s'en étoit emparé , avec le seigneur Pierre de Bussière , pour la contenir dans l'obéissance, n'ayant d'ailleurs employé que pour le service, le revenu qu'il en avoit tiré jusqu'a- \vr< Au re.vie, ii représenta à Sa Majesté, par

APPEN

une lettre du 18 de ce mois de septembre , qu'il ne pou voit accepter le rétablissement de sa compagnie de gendarmes qu'en cas qu'elle voulût bien luy promettre de l'entretenir pendant la paix (qu'il croyoit plus prochaine, parce qu'il y travail loi t fortement) : qu'autrement cette compagnie serait sa ruine et celle de ses enfants , qu'il desiinoit à son service ; que l'un d'eux avoit l'honneur d'être filleul de Sa Majesté, et que s'il sçavoit qu'il y en eût quelqu'un qui ne suivit pas toujours le grand fleuron, et ne mit pas sa vie à son service , il ferait servir leurs corps de pâtures aux poissons.

Le roy ayant nommé le maréchal de Montltic pour commander en Guyenne, Sa Majesté écrivit de Lyon à monsieur de Bourdeille, le 26 septembre , de s'aboucher avec ce maréchal à son arrivée, pour le mettre au fait des affaires de ce pays ; et elle luy témoigna le désir qu'clleavoit de le voir près d'elle; et luy manda de donner en son absence le commandement du Périgord au seigneur des Boiries : luy déclarant que son intention étoit que les baillis et seneschaux du royaume prissent le commandement en l'absence de ses gouverneurs et lieutenants-généraux. A l'égard du rétablissement de sa compagnie de gensdarmes, le roy luy écrivit de Lyon, le 5 octobre , que la situation de ses affaires ne luy permettant de luy promettre de l'entretenir pendant la paix, Sa Majesté ne vouloit point le contraindre de faire chose qui causât sa ruine, qu'elle remettoit le tout à sa discrétion.

Le principal objet du vicomte de Bourdeille étant de procurer la paix au royaume, il avoit entamé quelques négociations avec les religionnaires , et particulièrement avec ceux de Bergerac, ses voisins incommodes. Il s'étoit servi pour cela du sieur de la Sesire, doyen de Poitiers; du sieur de la Haye, lieutenant-général de Poitiers et du capitaine la Salle.

Il dépêcha ce dernier au roy , pour luy en rendre compte: et Sa Majesté, par sa lettre , datlée de Lyon le 18 d'octobre 1574 , luy témoigna qu'elle désirait que le sieur de la Noue fût chargé de la députation des religionnaires, le connoissant homme capable de raison, amateur du repos public; et elle invita monsieur de Bourdeille de venir avec cette députation la joindre en Languedoc, où elle s'a-

Page 1