ANNE DE BRETAIGNE
a jusqu'à ce qu'il fust embaumé et mis en un 4 très-riche cercueil ; et puis fut mis en la grande «salle pour aucuns jours, accompaigné tousjours «de cierges et flambeaux, et de toutes sortes « de prcslres.
« Le vendredy vingt septiesme du mois de jan- «vier, fut son corps tiré hors du chasteau, fort ahonnorablement accompaigné de tous les pres- « très et religieux delà ville, porté par gens «vestus de deuil et chaperons en testes, avec «vingt quatre autres plus grosses torches que aies autres, portées par vingt quatre officiers «de Testât de ladicte dame; et en chascune «d'icelles toutes avoient deux riches escussons «armoyés des armes et honueste blason d'icelle a noble dame. Eu après lesdictes torches esloient aies révérends seigneurs et prélats, evesques , « abbés , et M. le cardinal de Luxembourg , pour «faire ledict office, lequel leva le corps de la- •dicte dame , du chasteau de Blois.
« Puis marchoient les huissiers en ordre, tous « vestus de robbes noires , et chaperons de deuil.
«En après marchoient le capitaine , messire «Gabriel de la Chastre , et ses archiers, les sei- « gneurs de Concressault , Chastaing et La Tour, «accompaignés de leurs archiers.
«Après estoieot les roys et heraults d'armes , «revestus de leurs cottes et blasons d'armoirie. « A la main droicte marchoient le premier maistre «d'hostelet les autres; à la main senextre es- «toientles maistres des requestes; et consc- « quemraent marchoit le grand escuyer de ladicte «dame; car elle avoit sa grand escuryc cl son «grand escuyer, comme le roy , ainsy que l'on « lit qu'il accompaignale roy Charles au royaume «deJNaples; mais il n'especifie point le nom. «Son corps es toit porté de ses gentilshommes «et officiers. Les coings ou carrés du drap qui «estoient sur le corps, estoient portés parle « seigneur de Sainct-Pol, le seigneur de Lautreq, «le sieur de Laval , et Louis M. de Nevers. Ceux «qui portoient le poisle dudict corps, estoient « le seigneur de Pontievre , le seigneur de Chas- «teaubriant, Pierre M. de Caudale, et le sei- « gneur de Montafilant.
«Et après estoit le seigneur de Grignaux, «chevallier d'honneur de ladicte reyne.
«Et à mener le grand deuil estoient :
«Le seigneur d'Angoulesmc,
•Le seigneur dAllaucon.
«Le seigneur de N'en dos me,
«La dame de Bourbon,
«La dame d'Angoulesme,
«Et la dame d'Allançon.
«Et après icelle, la daine de Mailly, dame «d'honneur de ladicte reyne.
a Et après alloient toutes les dames et damoi- «selles et filles d'honneur, honnestement ves- «tues de robes noires et de deuil.
«En après marchoit le duc d'Albanie avec les «ambassadeurs et les seigneurs, barons dcBre- «taigne, et autres plusieurs notables seigneurs, «chambellans et officiers, ainsy qu'ils debvoient «aller, et chascun mis en son ordre. Enfin, fut «ledict corps ainsy porté en l'église de Sainct- « Sauveur; et là ne prit aucun sa place, fors a qu'il estoit ordonné par ceux qui en avoient la a charge, et les maistres des cérémonies; et fu- « rent dictes vigilles. Et le lendemain, qui estoit «sabmedy , rut faict un service fort solemnel par «plusieurs prélats; et ne furent à l'offrande, «fors M. d'Angoulesme et M. d'Allauçpn, aux* a quels furent portées leurs offrandes par les «roys d'armes Monfjoye et Bretaigne.
Et, après le service accompli, chascun s'en alla adisner; et après disner partit le corps hors la «ville avec tout le luminaire et estât dessusdict, a et tousjours ainsy honnorablement accompa- «gné en ce beau et dévot ordre jusques au a lieu de la sépulture ; et tousjours vigilles; et «te lendemain , messes en tous les lieux et villes «et places où ledict corps et la compaignie « voient le soir au giste , et tant que le dimanche «septuagesime , douziesme de febvrier , par- «vindrent jusques en l'église Nostre- Dame de» «Champs aux fauxbourgs de Paris, là où le «corps fut gardé par deux nuicts avecques «moult grand quantité de luminaires; et Ici «service dévot faict, je mardy ensuivant] «quatorziesme de febvrier, furent au devant! «du corps les processions avec les croix de «toutes les églises et religions de Paris, et «toute l'université ensemble; aussy les pre- «sidens et conseillers de la souveraine cour «de parlement, et généralement toutes les «autres cours et jurisdictions , officiers et «advocats, procureurs, bourgeois, marchands «et habitans, et autres menus officiers de «la ville, lesquels eux tous accompaigne- «rent iceluy corps moult reverement , avec
«les très-nobles seigneurs et dames de Testât «dessusdict , ainsy qu'ils partirent de Bloys ; et «chascun toujours en bel ordre entre eux, tous «selon leurs degrés. Et devant le corps enlrc- « rent à Paris par la porte de Saincl-Jacques , «les pages d'honneur, nuds testes, tous vestus «de vellours noir et cliapperons de deuil , mon- «tés sur les coursiers et chevaux bardés de «vellours ju.squcs en terre, à grande croix de «salin blauc dessus; et puis un cheval d' hon- «neur cl hacquenée accouslrés de mesmes.
« Estaient ainsy menés et conduicts par les «laisses, qui est à dire menés en main, et le «chariot qui avoit emmené le corps de ladicie «dame jusques auxdicts fauxbourgs de Paris, «avecques six chevaux enharuachés et couverts «de mesmes vellours, à grandes croix de satin «blanc : le chariot estoil aussy couvert de vel- «lours, à une grande croix de mesnies, et les «quatre coings honnestemei.t portés par quatre «seigneurs; et si estoient les charretiers et «pallefreniers vestus de vellours , et cuappe- «rons de deuil.
«L'effigie et représentation de la reyne estoit «posée dessus son corps, et tout portée par «plusieurs gentilshommes dessus une lillicrede «bois toute couverte d'un riche drap d'or, traict «et eslevé, fourré et enrichy d hermines. Ladicie «effigie estoil moult richement accoustréc, vestue dessoubs d'une cotte de drap d'or, cl «dessus d'un grand sercol de vellours cramoisy «de pourpre fourré d'hermines ; une couronne «mise en son chef dessus ung coissinde drap «d'or; un sceptre estoit en sa main droicle , et «en sa senextre lenoit une maiu de justice; et au dessus estoil porté un riche poisle bleu en «manière de ciel, semé à l'eu Jour d'escus de «France et de Bretaigne ; et estoit porté par les c quatre presidens de la cour de parlement, et «des susdicis seigneurs et dames portans le «deuil après le corps. Et ainsy fut couduict «jusqu'à la grande église de Nostre-Daine de « Paris , où fut faicl un moult solemnel service. «Le lendemain, qui estoit mardy quinziesme «de febvrier, fut ainsy continuellement porté «hors Paris, en l'ordre et manière que dessus, «pour esire sepulluré en la dévote église de «Sainci-Denyt> en France; et ainsy furent les «processions de Paris, pour conduire le corps «jusqu'à une croix qui est peu par de là le
IS ILLUSTRES
«lieu où l'on faict la foyre du lundy , et en ce «lieu où est la croix.
a Le révérend pere en Dieu abbé et vénérable «religieux, avec les prestres des églises et pa- «roisiies de Sainct - Denys , vestus de leurs «grandes chappes, avec leurs croix, ensemble « les manans et habitansde ladicie ville, vindrent « eu procession pour recevoir le corps de ladicte «reyne, lequel fut porté en l'église de Sainct- «Dcnys, et toujours accompaigné hpnnorable- « ment des dessus nommés très-nobles princes «et princesses, seigneurs, dames et damoiselles, «et le train, ainsy que dessus.
«Le divin service fut faict pour l'ame de la- «dicte dame par le cardinal du Mans; et firent «l'office de diacre et soubsdiacré les arche- « vesquesde Lyon et de Sens, accompaignés dea «abbés de Saincte-Geneviefve et Sainct -Ma- «gloyre. Et en ce dévot service assistèrent « (ousjours les susdicis nommés princes et pria* «cesses, seigneurs, dames et damoiselles, un a chascun selon l'ordonnance des maistres et «conducteurs des cérémonies. Et, après le ser- «vice, fut faict et presché un beau sermon par «le vénérable coufesseur duroy, maistre Parvy, «docleur fameux ès sacrés volumes. Et, le tout « deuemeut accomply , le corps de ladicte dame, «madame Anne, en son vivant très-noble reyne «de France, duchesse de Bretaigne et comtesse «d'Estampes, fut honnorablement inhumé et «ensepulturé dedans le sepulchreà elle préparé.
a Après, le héraut d'armes, dict Bretaigne, «appella tous les princes, officiers d'icelle dame, «c'est assavoir, le chevallier d honneur, le grand «maistre d'hoslel et autres, pour, eux tous et «un chascun d'eux, accomplir leurs offices eu- «vers ledict corps, ce qu'ils firent moult piteu- « sèment, et jetians larmes de leurs yeux. Et, ce «faict, le preuommé roy d'armes cria par trois «lois à haute voix moult piteusement : La « très-clirestienne reyne de France, duchesse « de Bretaigne, noslre dame souveraine, est a morte ; el puis un chascun s'en alla. Le corps «demeura ensepulturé.
«Durant sa vie et après sa mort, elle fut «honuorée de tels litres comme j'ay dict : la «vraye mere des pauvres, le confort des nobles « gentilshommes, le recueil des dames et damoi- « selles et honnestes filles, et le refuge des sçaevaus hommes et de bonne vie; si bien que,