CATHERINE DE MED1C1S
et se résolurent raesmement de ne voir la n y ne, » ny traicter avecques elle , que ladicte trêve ne fust descriée; ce que trouvant son conseil qu'elle avoit pour lors près d'elle, encore qu'il fust composé de bonnes testes, fort ridicule et peu honnorable, voire quasy impossible de trouver moyen de la faire descrier, la reyne leur dit : «Vrayement, vous estes bien esbahis sur ce «remède. N'y sçavez-vous autre chose? 11 n'y «a qu'un poinct pour cela. Vous avez à Mailleazais le régiment de Neufvy et de Sorlu , hu- ■guenots. Faictes-moy partir d'icy de Niort le *plusd'harquebusiersque vous pourrez, et allez- «les-moy tailler en pièces; etvoylà aussy tost la « trêve descriée et descousue, sans autrement «se pener.» Ainsy comme elle le commanda aussy tost exécuté ; et les harquebusiers levés, et menés soubs la conduicte du capitaine l'Estelle, allèrent si bien forcer leur fort et leurs barricades, que les voylà tous desfaicts, Sorlu tué, qui estoit un vaillant homme , et Neufvi pris , avec force autres morts, et pris tous leurs drapeaux aussy , ainsy menés à Niort à la reyne ; laquelle usant en leur endroict de ses tours accoustumés de clémence, leur pardonna à tous et les renvoya avecques leurs enseignes et leurs drapeaux mesmes, ce qui guieres peu s'est veu pour lesdicts drapeaux , et chose rare; mais elle voulut faire ce traict par dessus la rareté, ce me dit-elle, aux princes, qui cognun-nt bien qu'ils avoient affaire à une trèshabile princesse, et que ce n'estoit à elle d'adresser une telle mocquerie de luy faire descrier une trêve par la mesme trompette qui l'avoit criée : et luy pensant faire recebvoir ceste honte, elle tomba sur cux-mesmes, leur ayant mandé par les prisonniers que ce n'estoit pas à eux de la désespérer en demandant choses desraisonnables et mal séantes , puis qu'il estoit en sa puissance de leur faire mal et bien.
Voylà comment ceste reyne sceut donner et apprendre la leçon à ceux de son conseil. J'en diroisbien d'autres, mais j'ay à traicter d'autres poincls, dont le premier sera cestuy-cy , pour respondre à aucuns que j'ay veu dire souvent qu'elle avoit esmeu les premières armes, ou estoit cause de nos guerres civiles. Qui en veut voir la source il ne le croira pas ; car le triumvirat , et le roy de Navarre par dessus, ayant esté créé, elle, en voyant les menées qui se pré-
paraient , et le changement que faisoit le roy de Navarre de luy , qui , auparadvant de longtemps huguenot si fort reformé, s'estoit rendu catholique, et que par un tel changement elle eust peur du roy , du royaume et de sa personne, qu'il ne leur mesadvinst , songea et s'esmaya à quoy pouvoient tendre tant de menées , parlemens et collocutions qui se faisoienl en secret : et n'en pouvant au vray tirer le fonds du pot , comme Tondit, elle s'advisa un jour, ainsy que tout le conseil secret se tenoit en la chambre du roy de Navarre, d'aller en la chambre d'en haut dessus la sienne ; et par le moyen d'un sarbacaine qu'elle avoit faict couler subtilement le long de la tapisserie, sans estre apperçue ouyt tous leurs propos. Entre autres elle en ouyt un qui luy fut très-terrible et amer , car il y eut le raareschal de Sainct- André, l'un du triumvirat qui opina qu'il falloit jeter la reyne avecques un sac dans l'eau, et qu'autrement ils ne pourroienl jamais bien besoigner en leur affaire : mais feu M. de Guyse. qui estoit tout bon et généreux , dict qu'il ne falloit pas , et que c'estoit chose par trop injuste de faire mourir ainsy misérablement la femme et la mere de leurs roys, et s'y opposa du tout : de quoy ladicte reyne l'a aymé tousjours, et le monstra bien à ses enfans après sa mort , leurs donnant tous ses Estais. Je vous laisse à penser quelle sentence ce fut pour ceste reyne , et , l'ayant ouye ainsy de ses oreilles, si elle eust occasion d'avoir peur, encor qu'elle s'asseurast de M. de Guyse; mais, à ce que j'ay ouy dire à une de ses plus privées , elle craignoit qu'ils fissent le coup sans le sceu dudict M. de Guyse, comme elle avoit raison ; car, en un acte détestable tel , il se faut doubler d'un homme de bien tousjours , et jamais ne luy communiquer. Ce fut donc A elle à adviser à sa salvation, et employer ceux qu'elle voyoit desjà aux armes 1 , et les prier d'avoir pitié de la mere et des enfans. Voyla toute la cause telle qu'elle est de la guerre civile. Car ellene voulut jamais aller à Orléans avecques les autres, ni leur donner le roy et ses enfans, comme elle pouvoit ; mais elle fut très-aise que soubs le grabouil et rumeur d'armes , elle fust en sauveté, et le roy son fils et ses enfans, comme de raison. Toutesfois , elle pria et lira parolle d'eux que toutesfois et quantes
» Le prince deCondé et les autre» nomme* puissant du parU réformé.
VIES DES DAMES ILLUSTRES
qu'elle les sommerait de poser les armes bas , qu'ils le feraient; ce que neantmuins ne voulurent faire quand il fut au joindre, quelques allées et venues qu elle fist vers eux, et la peine qu'elle prist et le grand chaud qu'elle endura vers Talsy , pour les persuader à entendre à la paix qu'elle avoitdesjàfaicte bonne etseure pour toute la France, s'ils y eussent voulu entendre dès lors : et ce feu , et tant d'autres que nous avons veu allumés du reste des tisons premiers, fussent esleints pour tout jamais en France s'ils l'eussent voulu croire. Je sçay ce que je luy en vis dire la larme à l'œil , et de quel zele elle y procéda.
Yoylà donc en quoy on ne la peut taxer du premier brandon de guerre civile, non plus que de la seconde qui fut à la journée de Meaux ; car alors elle ne songeoit qu'à la chasse , et à donner plaisir au roy à sa belle maison de Monceaux. L'adverlissemtnt vint, que M. le prince et tous ceux de la religion estoient en armes et encampaigne, pour surprendre le roy, sous couleur de luy présenter une requeste. Dieu sçait alors qui fut cause de ceste nouvelle esmeute : et, sans les six mille Suisses qui avoient esté nouvellement levés , on ne sçait ce qu'il en eust esté. Sur la levée desquels ils prirent aucunement le prétexte de l'eslevation de leurs armes, disans et publians qu'on les avoit faict lever et venir pour leur faire la guerre; et ce furent eux pourtant les premiers, je le sçay pour eslre alors à la cour, qui en sollicitèrent le roy et la reyne , sur le passage du duc d'Albe et de son armée, craignans que, sous couleur de trajeter en Flandres, elle ne vinst fondre sur la frontière de France , et disant que c'estoit la couslume d'armer tousjours les frontières lorsqu'on voyoit son voisin s'armer. On ne peut ignorer quelle instance pour cela ils firent au roy et à la reyne par lettres et par ambassades ; et mesmes M. le prince et M. l'admirai vindrent trouver le roy à Sainct-Germain en Laye pour cest effet , comme je le vis. Je voudrais bien sçavoir aussy , car tout ce que j'escris en cecy j'ay veu, qui fit prendre les armes au mardy gras, et qui suborna et sollicita Monsieur , frère du roy , et le roy de Navarre , d'entendre aux entreprises pour lesquelles La Mole et Coconas furent desfaictsà Paris? Ce n'estoit pas la reyne; car par sa prudence elle empescha qu'elles ne prindrent feu, tenant Monsieur et le roy de Na-
varre si serrés dans le bois de Vinoennes, qa'ifs ne purent sortir ; et après la mort du roy Charles, les resserra si bien dans Paris et le Louvre , et grilla si bien pour un matin leurs fenestres, au moins celles du roy de Navarre qui estoit logé le plus bas (je sçay ce que m'en dict le roy de Navarre la larme à l'œil ), et les surveilloit-on si bien qu'il ne purent jamais eschapper, comme ils en avoient volonté : ce qui eust grandement brouillé lEstat, et empesché le retour de Polongne au roy, car ils tendoient fort là. Je le sçay bien pour avoir esté convié à la fricassée, qui est encorun desbeanx traicts qu'aye faict la reyne. Et, au partir de Parts, les mena à Lyon au devant du roy, si dextrementel vigilamment qu'on ne les eust sceu juger prisonniers qui les eust veu ; et allèrent en coche avecques elle ; et toutesfois elle les remit entre les mains du roy qui , pour sa venue, pardonna tout en après. Qui est-ce qui desboacha encor Monsieur , frere du roy, de partir de Paris de belle nuict, sortir de la compaignie du roy son frere qui l'aymoit tant, et se desfaire de son amitié , pour prendre les armes et brouiller toute la France? M. de La Noue sçait tout cela, et les menées qui en commencèrent dès le siège de La Rochelle , et ce que je luy en dis. Ce ne fut donc pas la reyne mere ; car , par un tel et si inopiné deslogement de son fils, elle en prit un tel regret de voir le frere bandé contre le frere et son roy, qu'elle jura qu'elle mourrait en la peine, ou elle les remettrait et rejoindrait comme devant, ce qu'elle fit : car je luy vis dire à Blois, estant sur le parlement avecques Monsieur, qu'elle ne supplioit rien tant Dieu que de luy envoyer ceste grâce de reunion, et après qu'il luy envoyast la mort, et qu'elle la recevrait du meilleur de son cœur; ou bien qu'eflese vouloit
ceaux , sans jamais se mesler plus des affaires de France, voulant parachever le reste de ses jours en tranquillité. Et de faict, le vouloit faire ainsy ; mais le roy la pria de ne s'en oster, car luy et son royaume avoient grand besoing d'elle. Je m'asseure que si elle n'eust faict ce coup la paix, que c'estoit faict alors de la France; car il y avoit lors cinquante mille estrangiers, tant d'un coslé que d'autre, qui eussent bien aydé à I'abbattre et la ruyner.
Ce ne fut donc pas elle ce coup qui fit prendre les armes, non plus qu'aux premiers estats à