‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de BourdeilleChapitre 20 sur 161 · CATHERINE DR MEDICIS · texte numérisé non relu

CATHERINE DR MEDICIS

•seule religion, ci proposer d'abolir l'autre contraire à la leur; rt par ce demandèrent que si on ne la pouvoit abolir par le glaive spirituel, qu'il y fol loi t apporter le temporel. Aucuns ont dict que lareyne •ea avoit gaignés; ce sont abus , car d'aucunes provinces il y en eut force qui apportèrent des cahiers qui ne foi soient rien pour elle. Je ne dis pas qu'elle ne les gaigna par après ; ce qui fut un bon coup de partie et d'esprit ; aussy que ce ne fut paaellequi demanda lesdicts estais : tant s'en faut, les reprouva du tout, d'autant qu'ils diminuoient fort l'auctorité du roy et la sienne. Ce furent ceux de la religion qui les avoient demandés il y avoit longtemps, et voulurent nommément , et le requirent par les articles de la paix dernière , qu'ils fussent appelles et tenus ; àquoy la reyne y repugnoit fort, prévoyant des abus. Toutesfois, pour les contenter et qu'ils crioient tant après ; Ils les eurent à leur confusion et dommage , non à leur profict et contentement , comme ils pensoient ; si bien qu'ils en peindrait les armes. Ce ne fut pas la reyne encor qui en fit le coup.

Bref, ce ne fut pas elle aussy qui les fit prendre lorsqu'on prit Mont-de-Marsan , La Fere en Picardie , et Cahors. Je m'en rapporte à ce que dict le roy à M. de Mioasans , qui i'estoit venu trouver de la part du roy de Navarre, qui le rabroua fort, et luy dict que cependant qu'on le palssoit de belles paroi les, prenoit-on les armes et prenoit-on les villes.

Voylà donc comment cesle reyne a esté motrice de toutes nos guerres et nos feux , lesquels , encor qu'elle ne les eust allumés, elle employoit tous jours ses peines et tous ses labeurs pour les esteindre, abhorrant de voir tant de noblesse et de gens de bien mourir. Et sans cela et sa commisération, tels l'ont baye à mal mortel , qui s'en

leur party ne fleurirait tant qu'il foiet : ce qu'il faut imputer à sa bonté, dont nous aurions maintenant grand besoing ; car , ainsy que tout le monde le dit, et le pauvre peuple le crie: «nous n'avons plus de reyne mere pour « nous faire la paix. » U ne tint pas à elle qu'elle ne se fist, lorsqu'elle vint en Guyenne dernièrement pour en traicter à Coignac, à Jarnac, avecques le roy de Navarre et le prince de Condé. Je sçay ce que luy en vit dire les larmes aux yeux et le*

regrets au cœur, â quoy ces princes n'y vouloient condescendre ; et possible ne verrions nous les malheurs que nous avons aujourd'hui.

On la voulut accuser aussy d'avoir esté complice en la guerre de la ligue. Pourquoy donc eust-elle entrepris ceste paix que je viens de dire, si elle en eust esté? Pourqnoy eust-elle appaisé le tumulte des barricades de Paris , et reconcilié le roy avecques M. de Guyse , pour le faire mourir et tuer, ainsy que nous avons veu ?

Or, pour fin, qu'on desbagoule contre elle tout ce qu'on voudra , jamais nous n'aurons une telle en France si bonne pour la paix.

On l'a fort accusée du massacre de Paris : ce sont lettres clauses pour moy quant à cela , car alorsj'estoisànostreembarquementdeBrauage; mais j'ay bien ouy dire qu elle n'en fut la première actrice. Il y a trois ou quatre autres , que je nommerais bien, qui furent plus ardent qu'elle, et qui l'y poussèrent fort, luy faisant accroire que, pour les menaces que l'on faisoH ieausede la blessure de M. l'admirai on tuerait le roy, elle et sesenfans, et toute sa cour, ou qu'on serait aux armes pis que jamais : en quoy certes ceux de la religion eurent grand tort de faire telles menaces qu'on dit qu'ils faisoient ; car ils en empirèrent le marché du pauvre M. l'admirai, et luy en procurèrent la mort. Que a'ilsse fussent tenus coys, et n'eussent sonné mot, et laissé guérir M. l'admirai, il s'en fust allé après hors Paris tout bellement àsonayse, et n'en fust esté autre chose. M. de La Noue a bien esté de ceste opinion. Et sçay bien que luy et M. deStroize et moyen avons parlé, luy n'ayant jamais approuvé ces bravades, ces audaces et menaces , et mesmes en la cour de son roy et sa ville de Paris, que l'on fiât; et en blasma mesmes fort M. de Telligni son beau frère, qui en estoit des eschauffés, l'appelant et ses compaignons de vrays fols et mal habiles. M. l'admirai n'usa jamais de ces parolles, ainsy que j'ay ouy dire à aucuns, au moins tout fouit. Je ne dis pas qu'en secret et en privé avecques ses plus familliers qu'il n'en parlait hautement. Et voylà la cause de la mort de M. l'admirai et du massacre des siens, et non pas la reyne, ainsy que j'ay ouy dire à aucuns qui le sçavent bien, encor qu'il y ait plusieurs qu'on ne leur sçauroit oster l'opinion de la teste quo

peste fusée n'eust esté filée de longue main, et

ceste trame couvée. Ce sont abus : les moins passionnés le croyent ainsy, et les plus obstinés et passionnés le croyent autrement; et bien souvent nous donnons cest honneur aux roys et aux grands princes que quelquesfois pour l'événement des choses, et qu'elles sont arrivées, nous les disons prudens et providens, et qui ont bien sceu dissimuler; à quoy ils ont autant songé qu'en tridet.

Pour retourner encor à nostre reyne, ses ennemys luy ont mis à sus qu'elle n'estoit pas bonne Françoise. Dieu le sçait, et de quelle affection je la vis poussée pourchasser les Anglois hors du Havre de Grâce, et ce qu'elle en dit à M. le prince, et comme elle l'y fit aller avecques force gentilshommes de son party, et les compaignies couronnelles de M. d'Andelot, et autres huguenottes, et comment elle-mesme en personne mena l'armée, estant montée ordinairement à cheval comme une seconde belle reyne Marfise, et s'exposant aux harquebusades et canonnades comme ung de ses capitaines, voyant faire tousjours la batterie, disant qu'elle neseroit jamais à son aysc qu'elle n'eust pris ceste ville et chassé ces Anglois de France, hayssant plus que poison ceux qui la leur avoient vendue. Aussy fil elle tant qu'enfin elle la rendit françoisc.

Lorsque Rouen estoit assiégé, je la vis en toutes les colères du monde quand elle y vit entrer le secours des Anglois, qui entrèrent par la galère françoisc qui avoit esté prise un an devant, craignant que ceste place, raillant à estre prise par nous, vinst en la domination des Anglois : aussy poussa-elle fort à la roue , comme l'on dit, pour la prendre; et ne failloit tous les jours â venir au fort Saincte-Calherine tenir conseil et voir faire la batterie que je l'ay veue souvent passant par ce chemin creux de Saincte-Catherine. Les canonnades et harquebusades pleuvoient entour d'elle , qu'elle s'en soucioit autant que rien.

Ceux qui lors y estoient l'ont veu aussy bien que moy. 11 y a encore aujourd'huy force dames ses filles qui l'y accompaignoient, auxquelles le jeu ne plaisoit trop; je le sçay et les y ay vcues ; et quand M. le connestable et M. de Guyse luy remonstroient qu'il luy en arriveroit du malheur , elle n'en faisoit que rire et dire pourquoy elle s'y espargneroit non plus qu'eux, puisqu'elle avoit le courage aussy bon qu'eux,

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mais non la force que son sexe luy desnioit ; car pour la peine elle l'enduroit très-bien , fust à pied ou à cheval. Et pense que dès long-temps ne fut reyne ny princesse mieux à cheval , ny s'y tenant de meilleure grâce; ne sentant pour cela sa dame nommasse en forme et façon d'amazonne bizarre, mais sa gente princesse , belle, bien agréable et douce.

On a dict d'elle, qu'elle estoit fort espaignolle. Certainement , tant que sa bonne fille a vescu , elle a aymé l'Espaigne ; mais après qu'elle a esté morte on sçait , au moins aucuns, si elle a eu occasion de l'aymer, et la terre et la nation. Bien est vray qu'elle a esté tousjours si prudente, jusques là qu'elle a voulu tousjours entretenir le roy d'Espaigne comme son bon gendre, afin qu'il en traictast mieux sa belle et bonne fille , comme est la coustume des bonnes mères , aussy afin qu'il ne nous vinst troubler la France, ny faire la guerre , selon son brave cœur et naturel ambitieux. D'aucuns aussy ont voulu dire qu'elle n'aymoit point la noblesse de France, et en désirait fort le sang respandu. Je m'en rapporte i tant de paix par elle faictes, combien elle l'a espargné : et , outre cela , qu'on prenne esgard à elle, tant qu'elle a esté régente et ses enfans en minorité , si l'on a veu à la cour tant de querelles et combats comme il s'en est veu despuis ; car elle n'y en a jamais voulu voir; et tousjours afaict d'expresses desfences de ne venir là, et faict chastier ceux qui y contrevenoient. Du despuis , je l'ay veue bien souvent à la cour , quand le roy alloit quelquesfois dehors pour y séjourner quelques jours, et qu'elle demeurait absolue et seule à la cour, du temps que les querelles commencèrent à se rendre communes, et les combats, jamais elle n'en voulut permettre ung, et soudain commandement faict aux capitaines des gardes de faire les défenses, et aux mareschaux et capitaines de les accorder : aussy, pour dire vray, on la craignoil plus que le roy en cela ; car elle sçavoit bien parler à ces désobéis sans et desreglés, et les ravaudoit terriblement.

Je me soubviens qu'une fois, le roy estant aux bains de Bourbon , feu mon cousin de La Chastaigneraye eut une querelle contre Pardailhan. Elle le fit chercher partout pour luy défendre de se battre, sur la vie; mais, ne s'estant peu trouver par deux jours entiers, elle le fit guetter si bien , que , par un dimanche matin , luy,

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estant en l'islede Louviers, attendant son en-

ncray, le grand prevost le vint surprendre là, et remmena prisonnier par le commandement de la reyne dans la Bastille; mais il n'y demeura qu'une heure pourtant ; et après l'envoya quérir, et lui en fit la réprimande moictié aigre , moiclié douce, ainsy qu'elle esloit toute bonne et rude quand elle vouloit. Je sçay bien ce qu elle m'en dit aussy, d'autant que j'eslois pour seconder mondict cousin : que comme le plus aagé je debvois estre le plus sage.

L'année que le roy tourna de Polongne, il s'esroeutunequerelle entre messieurs de Grillon et d'Entraigues, tous deux braves et vaillans gentilshommes, ets'estans appelles et prestsà se battre, le roy leur fit faire défense par M. de Rambouillet, l'un de ses capitaines des gardes lors en quartier , de ne se battre; et fit commandement à M. de Nevers et mareschal de Retz de les accorder, à quoy ils faillirent. La reyne les envoya quérir le soir en sa ebambre ; et, d'autant que leurs querelles touchoient deux grandes dames des siennes, elle leur commanda en toute rigueur, et pria après en toute douceur , de se rapporter à elle tous deux de eur diferent , puisqu'elle leur faisoit l'honneur de s'en mesler, et, puisque les princes, mareschaux et capitaines, avoient failli à leur accord, qu'elle en vouloit avoir la cognoissance et la gloire : par-quoy elle les rendit amys, et les fit embrasser sans autre forme, en prenant le tout sur elle; si bien que, par sa prudence, lesubject de la querelle, qui touchoit un peu l'honneur de ces deux dames, et estoit scabreux, ne fut jamais sceu ny publié. Voylà une grande bonté de princesse : El puis , dire qu'elle n'aymoit pas la noblesse ! Ha ! si faisoit ; elle la cognoissoit et l'eslimoit trop. Je croy qu'il n'y avoit grande maison en son royaume qu'elle ne cognust ; et disoit l'avoir appris du grand roy François, qui sçavoit toutes les généalogies des grandes familles de son royaume, et quand aussy du roy son roary , lequel avoit cela , que , quand il eust veu une fois un gentilhomme, il le cognoissoit tousjours, fust en sa face ou en ses faicts ou en sa resputation.

J'ay vu cesle reyne, souvent et ordinairement , lorsque le roy son fils estoit mineur , prendre la peine de luy présenter elle-mcsme les gentilshommes de son royaume, et luy ramente-

voit : a Un tel a faict service au roy vostre «grand pere, eu tels et tels endroicis, un tel « a voslre pere , » et ainsy de tous les autres ; et commanderde s'en ressoubvenir, et de lesaymer, et de leur faire du bien, et de les recognoislre une autre fois : ce qu'il sceut très-bien faire puis après; car, par telle instruction , ce roy cognoissoit fort bien les gens de bien , de race et d'honneur , qui estoient en son royaume.

Ces détracteurs aussy ont dict qu elle n'aymoit point son peuple. Il y a paru. Fust-il jamais tant tiré de tailles, subsides, imposts et autres deniers , tant qu'elle a demeuré gouvernant la minorité de ses enfans, comme il a esté tiré despuis en une seule année? Luy a-on trouvé tant d'argent caché, et aux banques d'Italie, comme l'oncrioit tant : tant s'en faut, qu'après sa mort on ne luy a trouvé un seul sol : et, ainsy que j'ay ouy dire à aucuns de ses financiers et aucunes de ses dames, qu'elle s'est trouvée après sa mort endeblée de huict mille escus , les gages de ses dames , gentilshommes et officiers de sa maison, deubs d'une année, et son revenu d'un an mangé ; si bien que , quelques mois advant de mourir, ses financiers luy remonstrerent ceste nécessité; et elle en rioit, et disoit qu'il falloit louer Dieu du tout et trouver de quoy vivre. Voylà son avarice et le grand trésor qu'elle amassoit , comme l'on disoit. Elle n'avoit garde d'en faire ; car elle avoit le cœur tout noble, tout libéral et tout magnifique et tout pareil à celui de son grand oncle le pape Léon, et du magnifique I^aurcns de Medicis; car elle despensoil et donnoit tout, ou faisoit bastir, ou despensoit en d'honnorables magnificences ; et prenoit plaisir de donner tousjours quelque récréation à son peuple ou à sa cour, comme en festins, bals , danses , combats, courses de bagues dont elle en a faict trois fort superbes en sa vie : l'un qui fut faict à Fontainebleau au mardy gras après les premiers troubles , où il y eut et tournois et rompemenl de lances et combats à la barrière , bref toutes sortes de jeux d'armes, avecques une comédie sur lesubjecl de la belle Genièvre de l'Arioste, qu'elle fit représenter par madame d'Angoulesme et par ses plus honnestes et belles princesses, et dames et filles de sa cour, qui certes la représentèrent très bien , et tellement qu'on n'en vit jamais une plus belle ; puis à Bayounc , à l'entrevue de

VIES DES DAMES ILLUSTRES

la reyne sa bonne fille , où la magnificence fut telle en toutes choses que les Espatgnols qui sont fort desdaigneux de toutes autres, fors des leurs, jurèrent n'avoir rien veu de plus beau, et que le roy n'y sçauroit pas approcher; et «'en retournèrent ainsy édifiés.

Je sçay que plusieurs blasmerent en France ceste despense par trop superflue; mais la reyne disoit qu'elle le faisoit pour monstrer à l'estranger que la France n'estoit si totalement ruynéeet pauvre, à cause des guerres passées, comme il l'estimoit ; et que, puisque pour tels ësbats on sçavoit despendre , que pour les conséquences et importances on leur sçauroit encor mieux faire; et que d'autant plus la France en scroit mieux estimée et redoublée, tant pour en voir ses biens et richesses , que pour voir tant de gentilshommes si braves et si adroicts aux armes, ainsy que certes il s'y en trouva là beaucoup, et qu'il fit très -bon voir, et dignes d'estre admirés.

D'advantage, ilestoitbien raison que pour la plus grande reyne de la chrestienté, la plus belle, la plus honneste et la meilleure, on fist quelque solemnelle feste par dessus les autres. Et vous asscure que si elle ne se fust faict telle, l'cstranger se fust fort mocqué de nous, et s'en fust retourné en opinion de nous tenir tous en France pour de grands gueux. Ce n'est donc pas sans une bonne et juste considération que ceste sage et advisée reyne fit ceste despense. Comme aussy elle en fit une fort belle à l'arrivée des Polonois à Paris, qu'elle festina fort superbement en ses Tuilleries : et après , dans une grande salle faicle à poste et toute entournée d'une infinité de flambeaux , elle leur représenta le plus beau ballet qui fut jamais faict au monde (je puis parler ainsy) , lequel fut composé de seize dames et damoiselles des mieux apprises dès siennes, qui comparurent dans un grand roch tout argenté, où elles estaient assises dans des niches en forme de nuées de tous costés. Ces seize dames representoient les seize provinces de la France, avecques une musique la plus mélodieuse qu'on eust sceu voir; et après avoir faict dans ce roch I c tour de la salle par parade comme dans un 'camp, et après s'estre bien faict voir ainsy, elles viudrent toutes à descendre de ce roch, et testant mises en forme d'un petit batlaillon bizar- •

rement inventé, les violons mon tans jusqu'à une trentaine, sonnans quasy un air de guerre fort plaisant, elles vindrent marcher soubs l'air de ces violons , et par une belle cadence sans en sortir jamais, s'approcher et s'arrester un peu devant Leurs Majestés , et puis après danser leur ballet si bizarrement inventé, et par tant de tours, contours et destours, d'entrelassores et meslanges , affrontemens et arresta, qu'aucune dame jamais ne faillit se trouver à son tour ny à son rang : si bien que tout le monde s'esbahit que, parmy une telle confusion et un tel desordre, jamais ne faillirent leurs ordres, tant ces dames avoient le jugement solide et la retentive bonne, et s'estoient si bien apprises . Et dura ce ballet bizarre pour le moins une heure, lequel estant achevé, toutes ces dames , représentai lesdictes seize provinces que j'ay dictes , vindrent à présenter au roy, à la reyne, au roy de Polongne, à Monsieur, son frère, et au roy et reyne de Navarre, et autres grands et de France et de Polongne , chascun à chascun une plaque toute d'or, grande comme la paulme de la main, bien esmaillée et gentiment en œuvre , où estoient gravés les fruicts et singularités de chasque province en quoy elle est oit plus fertile, comme : en la Provence des citrons et oranges , en la Champaigne des bleds, en la Bourgongne des vins, en la Guyenne des gens de guerre; grand honneur eertesceluylà pour la Guyenne; et ainsy consécutivement de toutes les autres provinces.

A Bayonne, tels quasy semblables presens se firent en un combat qui s'y fit, que je représenterais bien, et tous lesdicts presens et les dames qui les receurent ; mais cela est long : mais les hommes les donnoient aux dames et icy les dames aux hommes. Et notez que toutes ces in f vent ions ne venoient d'autre boutique ny d'au tre esprit que de la reyne; car elle y estoit maistresse et fort intentive en toutes choses Elle avoit cela que, quelques magnificences qui se fissent à la cour , la sienne passoit toutes les autres. Aussy disoit-on qu'il n'y avoit que la reyne - mere pour faire quelque chose de beau. Et si telles despenses coustoient, aussy donnoient - elles du plaisir ; disant en cela souvent qu'elle vouloit imiter les empereurs romains qui s'estudioient d'exhiber des jeux au peuple et luy donner plaisir, et l'amuser

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autant en cela sans luy donner loysir à mal faire. ^ D'ailleurs . et outre ce qu'elle dclectoit à donner plaisir à ce peuple, elle leur donnoit bien à gaigner; car elle aymoit fort toutes sortes d'artisans et les payoit bien, et les occupoit souvent cliascun en son art, et ne les faisoit point chaumer, et surtout les maçons et architectes ainsy qu'il paroist en ses belles maisons des Tuilleries, imparfaictes pourtant, de Sainct- Mor, Monceaux etChenonceaux. Et aymoit aussy fort les gens sçavans et les lisoit volontiers, ou se faisoit lire leurs œuvres qu'ils luy représentent, ou qu'elle a voit secu qu'ils a voient escrits, et les faisoit achepter, jusqu'à lire les belles invectives qui se faisoient contre elle, dont elle s'en mocquoit et s'en rioit sans s'en altérer autrement, les appellant des bavards et des donneurs de billevesées; ainsy usoil-elle de ce mot.

Elle vouloit tout sçavoir. Au voyage de Lorraine des seconds troubles, les huguenots avoient avecques eux une fort belle et grande coullevrine et la nommoient la reyne mere. Ils furent contrains l'enterrer à Villcnozze , ne la pouvans traîsner à cause de leurs grandes Iraictes et mauvais attelage et pesanteur, qui jamais pourtant ne put estre descouverte ny trouvée.

La reyne Sçachant qu'on luy avoit ainsy donné son nom , elle voulut sçavoir pourquoy. Il y eut quelqu'un, après avoir esté fort pressé d'elle de le dire , qui luy respondit : «Cest , madame, « parce qu'elle avoit le calibre plus grand et plus «gros que les autres.» Elle n'en fit que rire la première.

Elle n'espargnoit point sa peine à lire quelque chose qu'elle eust en fantaisie. Je la vis une fois, estant embarquée à Blaye pour aller disner à Bourg, tout du long du chemin lire en parchemin, comme un rapporteur et un avocat, tout un procès verbal que l'on avoit faict de Derdots, basque, secrétaire favory de feu M. le connectable , sur quelques menées et intelligences dont il avoit esté accusé et constitué prisonnier à Bayonne. Elle n'en osta jamais la veue qu'il ne fust achevé de lire, et si avoit plus de dix pages de parchemin. Quand elle n'estoit point empeschée , ellc-mesme lisoit toutes les lettres de conséquence qu'on luy escrivoit, et le plus souvent de sa main en faisoit les despesches, cela s'appelle aux plus grandes et

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