CATHERINE DE MEDICIS
et altoit avec sa reyne ; si que d'ordinaire pour le moins sa cour estoit pleine de plus trois cens
Aussy les mareschaux des logis et fourriers du roy affirmoient qu'elles tenoient toujours la moitié des logis, ainsy que j'ay veu l'espace de trente-trois ans que j'ay practiqué tousjours la cour sans gueres l'abandonner, fors aux voyages de nos guerres et autres estrangers : mais , estant de retour, j'y estois d'ordinaire; car le séjour m'en estoit fort agréable, comme n'en ayant jamais veu ailleurs plus beau: et pense que par le monde, depuis qu'il est faict, on n'en a jamais veu de pareil : et d'autant que le beau nom de ces belles dames qui assistaient à nostre reyne à décorer sa cour ne se doibt taire, j'en mettray icy aucunes , selon qu'il m'en souviendra , que j'ay veu sur la fin du mariage de la reyne et durant sa viduilé, car auparavant j'estois trop jeune.
Premièrement il y avoit mesdames les filles de France. Je les mets les premières; car jamais elles ne perdent leur rang, et vont devant toutes autres, tant ceste maison est grande et noble, savoir:
Madame Elisabeth de France, despuis reyne d'Espaigne;
Madame Claude, despuis duchesse de Lorraine;
Et madame Marguerite, despuis reyne de Navarre;
Madame la sœur du roy, despuis duchesse de Savoye;
La reyne d'Escosse, despuis reyne dauphine, et reyne de France ;
La reyne de Navarre, Jeanne d'Allebret;
Madame Catherine sa fille , aujourdhuy Madame la sœur du roy 1 ;
Madame Diane , fille naturelle du roy 2 , despuis légitimée , et madame de Castres, et en secondes nopces madame de Montmorency, et puis madame d'Angoulesme ; j Madame d'Anguien , de la maison de Sainctpol et Estouteville, héritière;
Madame la princesse de Condé , de la maison deRoye;
Madame de NeYers , de la maison de Vandosme;
• Henri IV.
• Henri II.
Madame de Guyse, de la maison de Ferrare;
Madame Diane de Poictiers, duchesse de Valent inois;
Mesdames les duchesses d'Aumale et de Bouillon, ses filles;
Madame la marquise de Rothelin , de la maison de Roban ;
Madame de Montpensier, de la maison de Longvy ou Givry ;
Madame l'admirai le de Brion, sa sœur;
Madame de Ricux, sœur de M. de Montpensier;
Madame la marquise d'Elbcuf, sa fille, de la maison de Rieux;
Madame la princesse de La Roche-sur-Yon , vefve du mareschal de Montejan ;
Madame la mareschalle de Sainct-Andrë, de la maison de Lustrac;
Madame la mareschalle de Strozzy,de la maison de Medicis, fort proche de la reyne ;
Madame la comtesse de Sommerive et de Tende, sa fille;
Madame la comtesse d'Urfé , sa proche et grande confidente ;
Madame la mareschalle de Brissac, de la maison d'Estelan en Normandie;
Madame la mareschalle de Termes , du Piedmont;
Madame la cormes table ;
Madame la mareschalle d'Amville , de la maison de Bouillon;
Madame l'admiralle de Chastillon , de la maison de Laval;
Madame de Roye, sœur de M. l'admirai;
Madame d'Andelot,de la maison de Laval, héritière;
Madame de Martigues, dicte avant madamoiselle deVillemontays, grande favorite de la revne d'Escosse;
Madame de Cursol, despuis duchesse d'Urais;
Madame la comtesse de La Rochefoucault,de la maison de La Mirande;
Madame de Randan, sa sœur;
Madame la comtesse de La Rochefoucault en secondes nopces, de la maison de Roye, sœur de la princesse de Condé.
Bref, une infinité d'autres belles dames avoi ceste reyne , dont il ne me peut pas souvenir , quand elle estoit durant quelque temps de son règne et de mariage; puis estant vefve eUe eut 1 les deux reynes ses belles-filles.
VIES DES DAMES ILLUSTRES
Eluabciini 'Au.- trie, et I-ouyse de Lorraine; la reyne de Navarre, sa fille, le miracle du
monde;
Madame la princesse de Navarre, sa bellesœur;
Madame la princesse de Gondé , sa belle-fille, de la maison de Nevers;
Madame de Nevers, sa sœur, héritière de la maison, et i'aisnée;
Madame de Guyse, leur seconde sœur, maryéc eu premières nopces au prince de Portian, et puis avec M. de Guyse ;
Madame de Nevers, de la maison de Montpensier, vefve du comte d'Eu, despuis M. de Nevers ;
Madame de Nevers, de la maison de Bouillon, Guimené;
Madame de Mont lor , sa sœur ; et madame de
Manon, son autre sœur;
Mesdames de Cypierre et Alluye, sœurs, de la maison de Pienne ;
Mesdames de Barbezieux, de Pienne et de Chasteauroux , toutes trois sœurs , de la i de Brion.
Mesdames de Carnavallet, Tune de la i d'Auieville, et l'autre de la maison de U Baume;
Madame de Rouanays, de la maison de Saine t- Blansay, dicte avant madame de Guasteau- Briant, fort favorite de la reyne sa maistresse; Madame de Sauve, sa niepee; Madame de Lenoncourt, <
maryée au second M. de Nevers, et despuis avec M. de Clermont Tallard , et avec M. de Saxonne après ; Madame de Montpensier, de la maison de
Guyse;
Madame de Bouillon , de la maison de Montpensier;
Madame de Longueville, vefve de d'Ariguicn et Nevers ;
Madame la princesse dauphine, de Mezieres et d'Anjou ;
Madame de Gandalie, de la maison de Montmorency ;
Madame d'Espernon , sa fille ;
Madame de Joyeuse , sœur de la reyne ;
Madame de Mercuer, fille de M. de Martigues;
Madame la princesse deConly, de la maison de Lusse;
Madame de Raix de la maison de Dampierrc, vefve de feu M. d'Annebaut, et puis remariée à M. de Raix ;
Madame la comtesse Fiasque , de la de Strozze, fille de Robert Strozze;
Madame de Schomberg ; Madame de Sansac , de la maison de Montberon;
Madame de Bourdeille , de la maison de Mon tberon aussy, fort proches parantes ;
Madame de Lansac, de la maison de Mortemar, et l'autre la jeune, de la maison de Pot lion de Saintrailles ;
Madame d'Assigny et madame de Brissac sa fille;
Madame de Clermont d'Amboisc , vefve de feu M. de l'Aubespine le jeune, de la maison d'Oysel ou Ville Parisis;
Madame de Villcroy, sa belle-sœur, de la maison de l'Aubespine ;
Madame de La Bourdesiere, delà maison de Robertct ;
Madame d'Estree ;
Madame la comtesse de Saiuct-Aignan; Madame de Sourdis ;
Madame d'Arvaut , et madame de Montoyson , ses filles ;
Madame de La Tour, despuis madame de
Madame la mareschalle de Biron,dela maison Glcrmout d'Aulragues, de la maison de Bon de
de Sainct-Blanquart;
Madame de La Vallette, de la maison du Bouchage;
Madame la mareschalle de Joyeuse, sa sœur aisnée;
Madame de Nançay , «on autre sœur; Madame du Bouchage, de la maison de La Vallette;
Madame la duchesse d'Uzais la dernière, delà maison de Clermoat Tallard ;
1 Marseilles;
Madame d'Antragucs, la première, de la maison de Guimenay, et madame d'Aulragues, la seconde , qui est annuit 1 ;
Madame de Yilleclayr la jeune, de la maison de La Marche, ou Bouillon, et l'autre de la maison de La Bretesche ; Mesdames de Mcru et Thoré, l'une de
. J Maintenant.
CATHERINE
b maison de Gossé, et l'autre dllumieres;
Madame la comtesse de Maulevrier, de la maison de Limeuil ;
Madame de Ragny , de la maison de Cypieire ;
Madame la marquise de la Melleraye, de la maison de Rai» ;
Madame du Fargis, de la maison de Pienne;
Madame de Senerpont, et madame de Beaudine sa fi lie , de la Maison d'Ovarly ;
Madame de Lesigny ;
Madame du Lude, de la maison de La Fayette ;
Madame la comtesse de Sancerre , sa fille ; Madame de Fontaine Guerin, de la maison de Sancerre ;
Madame de Lavardin , de la maison de Negre-
ptibMi
Mesdames la mareschalle de Matignon , de Buffec, de Mallicorne, toutes trois sœurs, de la maison du Lude ;
Madame de La Chas ire ;
Madame de Clcrmont de Lodcve, de la maison de Bcruoy ;
Madame Bourdin ;
Madame de Bruslard;
Madame de Pinard.
Tant d'autres y en a-il , qu'avant en achever le conte je m'en romprois la teste ; plus j'y songerais, la mémoire me varierait : voylà pourquoy je les passe soubs silence. Et si Ton m'inculpe que je ne les mets pas bien en leur rang, quand elles estoient avec leur reync elles les gardoient assez bien, sans avoir la peine de les ranger îcy.
11 Faut venir à ceste heure aux filles que j'ay veues, tant avec la reyne mere qu'avec mesdames les reynes ses belles-filles , et autres grandes princesses de la cour, lesquelles, encore que je les aye veues toutes quasi maryées, je ne les nommeray que filles , aiusi que dès le commancement elles ont esté avec leurs maistresses. Et dirais bien et nommerais tous les gentilshommes aven | ues qui elles ont esté maryées ; mais cela serait trop long a lire et superflu, aussy crois-je que le meilleur temps qu'elles ont eu jamais , et qu'on leur demande, c'est quand elles estoient filles ; car elles avoient leur libéral arbitre pour estre religieuses, aussy bien de Venus que de Diane , mais qu'elles eussent de la sagesse et de
l'habileté et sçavoir, pour engarder l'enflure du
ventre.
En voicy donques aucunes, et des plus anciennes, qui sont une vingtaine, et des premières :
Madamoiselle de Rohan;
Madamoiselle de Piennes;
Madamoiselle de Sourdis;
Madamoiselle de Bourlemont ;
Madamoiselle de Tenie ;
Mesdamoiselles de Cabrianne et Guyonniere, sœurs ;
Madamoiselle de Bourdeille;
Madamoiselle de Rouhet ;
Mesdamoiselles de Limeuil, sœurs, dont l'aisnée mourut à la cour.
Madamoiselle de Charlus ;
Madamoiselle de Brion ;
Madamoiselle dcSainct-BoirelaBclIe, despuis madame La Grande;
Madamoiselle de Sainct-André , très-riche héritière, fille de M. le mareschal de Sainct- André;
Madamoiselle de Montbron , riche héritière de la maison d'Àusances ;
Madamoiselle de Burlan, autrement Tholigny;
Mesdamoiselles d'Auteville, trois sœurs;
Mesdamoiselles de Flammin, de Yelon, Béton, Lcviston, escossoises;
Madamoiselle de Fontpcrtuis ;
Madamoiselle de Torigny;
Madamoiselle de Noyan ;
Mesdamoiselles de Riberac , autrement de Guitiniercs ;
Madamoiselle de Cliasteauneuf;
Madamoiselle de Montai ;
Madamoiselle de La Chastigneraye,l'aisnéc ;
Madamoiselle de Charansonnet ;
Madamoiselle de La Chastre ;
Mesdamoiselles d'Eslanay, les deux sœurs;
Mesdamoiselles de Gertau, les deux sœurs;
Mesdamoiselles de Pons , les deux sœurs;
Madamoiselle d'Atrie.
Madamoiselle de Garatte, sa cousine;
Madamoiselle de La Mirande ;
Mesdamoiselles de Biissacjes deux sœurs;
Madamoiselle Davilla , Cipriole, eschappee du sac de Cuipre1;
i Elle était en effet Cypriote, puisqu'elle était tour
VIES DES DAMES ILLUSTRES
Madamoiselle de Cipierre
Madamoiselle d'Ayelle ;
Madamoiselîe de La Motthe;
Madamoiselle de Vitry 1 ;
Madamoiselle de Foucaud ;
Madamoiselle du Tiers :
Madamoiselle de La Vernay,
Madamoiselle de Beaulieu , de la maison de Brissac, bastarde;
Madamoiselle de Grandmont ;
Madamoiselle du Lude ;
Madamoiselle de La Bretesclie 2 ;
Madamoiselle de Bouillé ;
Madamoiselledc La Chasl igneraye, la seconde ;
Mesdamoiselles d'Estrée, Gabrielle et Diane;
Madamoiselle de Surgieres8;
Madamoiselle de Roslain;
Madamoiselle de Faucheuse ;
Madamoiselle de Rebours ;
Madamoiselle de Ville Savin;
Mesdamoiselles de Barbezieux , les (rois sœurs;
Madamoiselle de Lucé;
Madamoiselle de Cheronne ;
Mesdamoiselles de Bacqueville;
Et pour couronner la fin , madamoiselle de Guysc, fraischement eslevée, très-belle et honneste princesse, et madamoiselle de Longueville , l'aisnée, de mesme vertu.
En nommeray-je encor davantage ? Non; car ma mémoire n'y saurait fournir. Aussy il y en a tant d'autres dames et filles , que je les prie de m'escuscr si je les fais passer au bout de la plume; non que je ne les veuille fort priser et estimer; mais je n'y ferois que resver et m'y amuser par trop, pour vouloir faire fin, et dire que toute cesle compagnie, que je viens à nommer, on n'y cust sceu rien reprendre de leur temps, car toute beauté y abondoit, toute majesté, toute gentillesse, toute bonne grâce; et bien heureux estoit-il qui pouvoit estre touebé de l'amour de telles dames, et bien heureux
de l'historien Davila, Cypriot, comme on le voit dans ta vie. Elle fut mariée à Jean de Hemery ou d'Hemeries, seigneur de Villers, gentilhomme normand.
1 Louise de l'Hôpital , depuis madame de Simien.
» I-ouise de Savonnicres, fille de Jean , sieur de La Rreteschr, et tille d'honneur de la reine Catherine. Elle épousa en juillet 1586 ce même René de Villequier, qui avait tué pour adultère Françoise de La Marck, sa première femme.
* L'une des maîtresses poétiques de Ronsard.
aussy qui en pouvoit escapar. Et vous jure que je n'ay nommé nulles de ces dames et damoisel les qui ne fussent fort belles, agréables et bien accomplies, et toutes bastantes pour mettre un feu par tout le monde. Aussy, tant qu'elles ont esté en leurs beaux aages , elles en ont bien bruslé en bonne part , autant de nous autres gentilshommes de cour que d'autres qui s'approchoient de leurs feux : aussy à plusieurs ont elles esté douces , amiables et favorables et courtoises. Je parle d'aucunes, desquelles j'espere en faire de bons contes dans ce livre avant que je m'en desparte, et d'autres aussy qui ne sont y comprises ; mais le tout si modestement , et sans escandale, qu'on ne s'en apercevra de rien ; car le tout se couvrira soubs le rideau du silence de leur nom : si que possible aucunes qui en liront des contes d elles-mesmes ne s'en desagreront ; car puisque le plaisir amoureux ne peut pas toujours durer, pour beaucoup d'incommodités , empeschemens et changemens , pour le moins le souvenir du vieil passé contente encor.
Or, pour bien considérer combien il faisoit beau v oir toute ceste belle trotippe de dames et damoiselles , créatures plustost divines que humaines, il falloit se représenter les entrées de Paris et autres villes , les sacrées et superlatives nopees de nos roys de France , et de leurs sœurs filles de France, comme celles du roy dauphin, du roy Charles , du roy Henry III , de la reyne d'Espaigne , de madame de Lorraine, de la reyne de Navarre, sans force autres grandes nopees de princes et princesses, comme celles de M. de Joyeuse, qui les a toutes surpassées, si la reynede Navarre y fust esté, puis l'cntrevuede Bayonne, l'arrivée des Polonnois, et une infinité d'autres et pareilles magnificences que je n'aurois jamais achevé de dire, où l'on a veu ces dames parestre les unes plus belles que les autres, les unes plus braves et mieux en point' que les autres ; car, en telles festes, outre leurs grands moyens, le roy et lesreynes leur donnoient de grandes livrées, les unes plus gentilles que les autres.
Bref, on n'eust rien veu que tout beau, tout esclalant, tout brave , tout superbe , que jamais la gloire de Niquée 1 n'en approcha : car on
r i Palau enchanté dans Jrnadis , où Niquée est la ville
de Nicée.
CATHERINE
voyoU tout cela reluire dans une salle du bal, au Pallais ou au Louvre, comme estoilles au ciel eu temps serain. Aussy leur reyne vouloit et commandoit tousjours qu'elles comparussent en haut et superbe appareil, encor que durant sa viduité elle ne se para jamais de mondaines soyes, si-non lugubres, mais tant bien proprement pourtant, et si bien accommodée, qu'elle paroissoit bien la reyne par-dessus toutes.
Il est vray que le jour des nopces de ses deux fils, Charles et Henry, elle porta des robes de vellours noir, voulant, disoit-elle, solemniser la feste par ce signal par-dessus les autres ; mais, estant mariée, elle s'habilloit fort richement et superbement, et paroissoit bien ce qu'elle estoit. Et ce qui estoit très que beau à voir et à admirer, c'estoit aux processions générales qui se faisoient , fust à Paris ou aultres lieux , quelque petit fust-il , que la cour y fust, comme à celle de la Feste Dieu , à celle des Rameaux , portans leurs palmes et rameaux d'une si bonne grâce , et le jour de la Chandelleur portans de mesmes leurs flambeaux, desquels les feux contendoient avec les leurs. En ces trois processions, qui sont les bien fort solemnellcs, certes on n'y remarquoit que toute beauté, toute bonne grâce, tout beau port, tout beau marcher et toute braveté, si que les voyans en demeuraient tous ravis.
Il faisoit beau voir aussy quand la reyne ailoi t par pays en sa litière, estant grasse, lorsqu'elle estoit mariée, fust qu'elle allast à cheval en l'assemblée, ou par pays, vous eussiez veu quarante à cinquante dames ou damoiselles la suivre, montées sur de belles haquenées tant bien harnachées , et elles se tenant à cheval de si bonne grâce, que les hommes ne s'y paroissoient pas mieux, tant bien en point pour habillemensà cheval , que rien plus; leurs chapeaux tant bien garnis de plumes, ce qui enrichissoit encor la grâce, si que ces plumes volletantes en l'air representoient à demander amour ou guerre. Virgille, qui s'est voulu meslerd'escrire le haut appareil de la reyne Didon quand elle alloit et estoit à la chasse, n'a rien approché au prixde celuy de nostre reyne avecques ses dames, et ne luy en desplaise, aussy comme j'ay dict cy devant.
Ceste reyne falote de la main de ce grand roy François, quiavoit introduict ceste belle et
superbe bombance, n'a voulu, rien oublier ny
laisser de ce qu'elle avoit appris , mais l'a voulu tousjours imiter , voire surpasser, et luy ay veu dire trois ou quatre fois en ma vie sur ce subject. Ceux qui ont veu toutes ces choses comme moy en sentent encor l'ame ravie comme moy, car ce que je dis est vray, car je l'ay veu.
Voylà donc la cour de nostre reyne.Que malheureux fut le jour que telle reyne mourut! J'ay ouy conter que nostre roy d'aujourd'huy, quelques dix-huict mois après qu'il se vit un peu avant dans la fortune et espérance d'estre un peu roy assez universel, se mit un jourà discouriravec feu M. le mareschal de Biron, des desseings et projecls qu'il faisoit pour ung jour faire sa cour planteureuse , belle , et du tout assemblable à celle que nostre dicte reyne entretenoit; car alors elle estoit en son plus grand lustre et splendeur qu'elle fut jamais; M. le mareschal luy respondit : «11 n'est pas en «vostre puissance, ny de roy qui viendra ja- «mais, si ce n'est que vous fissiez tant avec Dieu «qu'il vous fist ressusciter la reyne mere , pour «la vous ramener telle. » Mais ce n'estoil pas cela que le roy demandoit, car il n'avoit rien, lorsqu'elle mourut, qu'il hayssoit tant, et sans subjecl pourtant , comme j'ay peu voir : mais il le doict sçavoir mieui que moy.
Que malheureux fust encor le jour que telle reyne mourut , et sur le poinct que nous en avions plus de nécessité et en avons encor !
Elle mourut à Blois de tristesse qu'elle coucou t du massacre qui se fit, et de la triste tra > gedie qui s'y joua, et voyant que, sans y penser, elle avoit faict venir là les princes, pensant bien faire , ainsy que M. le cardinal de Bourbon luy dit : «Hélas! madame, vous nous avez tous «menés à la boucherie sans y penser.» Gela luy toucha si fort au cœur, et la mort de ces pauvres gens, qu'elle se remit dedans lit, ayant esté paravant malade, et oneques plus n'en releva.
On dit que, lorsque le roy luy annonça le meurtre de M. de Guyse, et qu'il estoit roy absolu, sans compagnon , nymaistre, elle luy demanda s'il avoit mis ordre aux affaires de son royaume avant que de faire ce coup. Il respondit qu'ouy. «Dieu le veuille, dit-elle, mon fils !» Comme très-prudente qu'elle estoit, elle prevoyoit bien ce qui luy debvoit advenir, et à tout le royaume.
Il y en a aucuns qui ont parlé diversement de
VIES DES DAMES ILLUSTRES
sa mort, et mesme de poison. Possible qu'ouy, possible que non ; mais on la tient morte cl crevée de despit, comme elle avoit raison.
Elle fat mise en son lict de parade, ain9y que j'ay ouy dire à une de «es dames, ny plus ny moins que la reyne Anne, que j'ay dict par cy devant, et vestue des marna habits royaux qu'avoit ladicte reyne, qui n'avoient servy depuis sa mort à autres qu'à elle ; et fut portée après dans l'église du cliastcau , en mesme pompe et solemnité que ladicte reyne Anne, où elle gist et repose encor.
Le roy l'avoit voulu faire porter à Chartres, et de là à Sainct-Denys , pour la mettre avec le roy son mary dans le mesme cercueil qu'elle luy avoit faict faire, bastir et construire, s) beau et si superbe; mais la guerre qui survint empescha le tout.
Voylà ce que je puis dire à ceste heure de ceste grande reyne , qui a donné certes de si grands subjects pour parler dignement d'elle , que ce petit discours n'est assez bastant pour ses louanges. Je le sçay bien ; mais aussy la qualité de monsçavoirn'y pourrait suffire, puisque les mieux disam y seraient bien empeschés.Toutesfois , pour tel discours qu'il est, je l'appens en toute humilité et dévotion à ses pieds, et ce aussy pour fuir la trop grande prolixité, pour laquelle certes je ne me sens trop capable : mais j espere bien ne me séparer tant d élie en mes discours que je m'en taise du tout, et n'en parle lors qu'il faudra, ainsy que ses belles et nom pareilles vertus me le commandent, et m'en donnent ample matière, ayant veu tout ce que j'ay escrit d'elle, et qui a passé de mon temps;d'autres temps je l'ay appris de personnes fort illustres, ainsy que je le feray voir en tous ces livres.
t reyne qui fut de tant de roys la mere, El dot n y ne* auwy, ensemble de la France, Mourut lors qu'on avoit d'elle le plus d'affaire ; Car oui qu'elle n'a pu luy donner assistance.