MARIE STUART, REYNE DESCOSSE
JADIS BBTNE DE N05TRK FRANCE.
Ceux qui voudront jamais escrirc de ceste illustre reyne d'Escosse en ont deux très-amples subjects, l'un celuy de sa vie, et l'autre celuy
de sa mort ; l'un et l'autre très-mal accompaignés de la bonne fortune , ainsy que j'en veox toucher quelques points en ce petit discours, par forme d'abrégé, et non en longue histoire; laquelle je laisse à descrire aux plus sçavans et mieux couchans par escrit.
Geste reyne donc eut son père , le roy Jacques, fort homme de bien et de valeur, et fort bon françois ; aussy avoit-il raison. Après qu'il fut veuf de madame Magdelaine , fille de France , demanda au roy François quelque honneste et vertueuse princesse de son royaume pour se remarier, ne désirant rien tant que de continuer l'alliance de France.
Le roy François, ne scachant mieux choisir pour contenter ce bon prince, luy donna la fille de M. de Guyse, Claude de Lorraine, vefve pour lors de feu M. de Longueville, sage, vertueuse et honneste , qu'il fust fort ayse, et s'estima très-heureux de la prendre; et s'en trouva tel après qu'il l'eut prise et espousée, et tout le royaume d'Escosse, qu'elle gouverna fort sagement lorsqu'elle fut vefve, qui le fut en peu (Tannées après son maryage, n'y ayant guieres demeuré avecques luy , non sans luy avoir produict une belle lignée, qui fut ceste belle, et des plus belles pour lors princesses du monde , nostre reyne, de laquelle nous parlons, lcelle, n'estant quasy, par manière de dire, que née, et estant aux mamraelles tettant,les Anglois vi mirent assaillir l'Kscosse, et fallut que sa mere l'allast cachant , pour crainte de ceste furie , de terre en terre d'Escosse ; et . sans le bon secours que le roy Henry y envoya, à grand peine eust-elle esté sauvée; et ce nonobstant la fallut mettre sur les vaisseaux, et l'exposer aux vagues, orages et aux vents de la mer , à la passer en France pour sa plus grande scureté : où certes ceste maie fortune n'ayant peu passer la mer avecques elle, ou ne l'osant pour ce coup l'attaquer en France , la laissa si bien que la bonne la prit par la main. Et , ainsi que son bel aage croissoit , ainsy vit-on en elle sa grande beauté, ses grandes vertus , croistre de telle sorte que , venant sur les quinze ans , sa beauté commença â faire paraistre sa belle lumière en beau plain midy, et en effacer le soleil lorsqu'il luisoil le plus fort, tant la beauté de son corps estoit belle. El pour celle de l'ame, elle estoit toute pareille ; car elle s'esloit faicle fort scavante en latia :
MARIE
estant en l'aage de treize à quatorze ans , elle desclama devant le roy Henry, la reyne, et toute la cour, publiquement en la salle du Louvre, une oraison en latin qu'elle avoit faicte, soubtenant et deffendant, contre l'opinion commune , qu'il estoit bien séant aux femmes de scavoir les lettres etarls libéraux. Songez quelle rare chose c'estoit et admirable de voir ceste sçavanle et belle reyne ainsy orer 1 en latin, qu'elle entendoit et parloit fort bien; car je l'ay veue là : et fut si curieuse de faire faire à Antoine Fochain, deChauny enVermandoisetraddresse à ladicle reyne, une relhorique en françois que nous avons encore en lumière, afin qu'elle l'cntendist mieux et se nst plus éloquente en françois , comme elle a esté, et mieux que si dans la France mesme eust pris sa naissance. Aussy la faisoit-il bon voir parler, fust aux plus grands, fust aux plus petits. Et tant qu'elle a esté en France , elle se reservoit tousjours deux heures du jour pour estudier el lire : aussy il n'y avoit guieres de sciences humaines qu'elle en discourust bien. Sur-tout elle aymoit la poésie et les poètes, mais sur-tout M. de Ronsard, M. du Bellay , et M. de Maison-Fleur , qui ont faict de belles poésies et élégies pour elle , et mesmes sur son parlement de la France, que j'ay veu souvent lire à elle-mesmc en France et en Escosse les larmes à l'œil, et les souspirs au cœur.
Elle se mesloit d'estre poète, et composoit des vers, dont j'en ay veu aucuns de beaux et trèsbien faicts, et nullement rcssemblans àceux qu'on luy a mis sus à avoir faicis sur l'amour du comte de Bothwel : ils sont trop grossiers et mal polis pour estre sortis de sa belle boutique. M. de Ronsard estoit bien de mon opinion en cela, ainsy que nous en discourions un jour , et que nous les lisions. Elle en composoit bien de plus beaux et de plus gentils, et promptement , comme je l'ay veue souvent qu'elle se retiroit en son cabinet, et sortoit aussy tost pour nous en roonstrer à aucuns honnesles gens que nous estions là. De plus , elle escrivoit fort bien en prose , Wrtout en lettres, que j'ay veues très-belles et Irès-cloqucnteset hautes. Tootesfois, quand elle devisoit avecques aucuns j elle usoit de fort doux , mignard et fort agréable parler, et avecques une bonne majesté, meslée pourtant avecques une fort discrète et modeste privauté, el surtout
1 Haranguer.