‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de BourdeilleChapitre 24 sur 161 · STUART · texte numérisé non relu

STUART

avecques une fort belle grâce; mesme que sa langue naturelle, qui de soi est fort rurale, barbare, mal sonnante et séante, elle la parloit de si bonne grâce, et la façonnoit de telle sorte, qu'elle la faisoit trouver très-belle et très-agreablc en elle, mais non en autres.

Voyez quelle vertu avoit une telle beauté et telle grâce, de faire tourner un barbarisme grossier en une douce civilité et gracieuse mondanité ! Et ne s'en faut esbahir de cela, qu'estant habillée à la sauvage (comme je l'ay veue) et à la barbaresque mode des sauvages de son pays, elle paroissoit, en un corps mortel et habit barbare et grossier, une vraye déesse. Ceux qui l'ont veue ainsy habillée le pourront ainsy confesser en toute vérité; et ceux qui ne l'ont veue en pourront a voir veu son pourtraict, estant ainsy habillée. SI que j'ay veu dire à la reyne mere et au roy : qu'elle se monstroit encor en celuy là plus belle, plus agréable et plus désirable qu'en tous les autres. Que pouvoit-elle donc paroistre se représentant en ses belles et riches parures, fust à la françoise ou à l'espaignollc , ou avecques le bonnet à l'italienne , ou en ses autres habits de son grand deuil blanc, avecques lequel il la faisoit très-beau voir ? car la blancheur de son visage contendoit avecques la blancheur de son voile à qui remporterait; mais enfin l'artifice de son voile le perdoit , et la neige de son blanc visage effaçoit l'autre: aussy se fitil à la cour une chanson d'elle portant le deuil, qui estoit telle :

L'on voM, soirt Wanc atonr, En Rrand deuil cl Se pourraencr maincl De bemlè la dtfesse, Tentât le trait cd mais lie son Hl< ml m main; Et Amour, tans fronteaU, Votetlrr «ulour d'elle, Desguisant son bandeau Eri un funèbre voile,

Voylà comment ceste princesse paroissoit en toutes façons d'habits, fussent barbares, mondains , austères. Elle avoit encore ceste perfection pour faire mieux embraser le monde , la voix très-douce et très-bonne; car elle chantoit très-bien, accordant sa voix avecques le luth, qu'elle touchoil bien joliment de ceste belle main blanche , et de ces beaux doigts si bien façonnés ,

VIES DES DAMES ILLUSTRES: -

Tquî ne debvoient rien à ceux de l'Aurore. Que ans , et n'ayant jouy ensemble de leur amour

ract/<.il j)'!lvinf<l>r/> nnnn ilina cas kamifiia 9 »!nn> . />!••.» ■ . '

restc-il d'avantage pour dire ses beautés? sinon ce qu'on disoit d'elle : que le soleil de son Escosse estoit fort dissemblable à elle ; car quelquesfbis de l'an il ne luit pas cinq heures en son pays; et elle luisoit tousjours si bien , que de ses clairs rayons elle en faisoit part à sa terre et à son peuple, qui avoit plus besoing de lumière que tout autre, pour, de son inclination, estre fort esloigné du grand soleil du ciel. Ah! royaume d'Escosse, je crois que maintenant vos jours sont encor bien plus courts qu'ils u'estoient, et vos nuicts plus longues, puis que vous avez perdu ceste princesse qui vous illuminoit ! Mais vous en avez esté ingrats , ne l'ayant sceu recognoistre du debvoir de fidélité comme vous debviez, et comme nous en parlerons ailleurs.

Or ceste dame et princesse pleut tant à la France, qu'elle convia le roy Henry d'en prendre l'alliance, et la donner à M. le Dauphin, son fils bienaymé,qui,de son costé, en estoit esperdumentespris. Lesnopcesdoncen furent solennellement célébrées dans la grande église et le palais de Paris, où l'on vit ceste reyne paroistre cent fois plus belle qu'une déesse du ciel, fust au matin à aller aux espousailles en brave majesté, fust après-disner à se pourmener au bal, et fust sur le soir à s'acheminer d'un pas modeste , et façon desdaigneuse, pour offrir et parfaire son vœu au dieu Hymenée : si bien que la voix d'un chascun s'alloit espandant et resonnant par la cour, et parmy la grand cité, que bien heureux estoit cent et cent fois le prince qui s'alloit joindre avecques ceste princesse; que si le royaume d'Escosse estoit quelque chose de prix, la reyne le valoit davantage : car, encor qu'elle n'eust ny sceptre ny couronne, sa seule personne et sa divine beauté valoient un royaume; mais , puisqu'elle estoit reyne , elle apportoit à la France et à son mary double fortune.

Voylà ce que le monde alloit disant d'elle ; et par ainsy elle fut appelée la reyne dauphine, et le roy son mary roy dauphin, vi vans tousdeux en une très-grande amour et plaisante concorde.

Puis, venant ce grand roy Henry à mourir , vindrent à estre roy et reyne de France, roy et reyne dedeux grands royaumes, heureux et trèsheureux tous deux , si le roy son mary ne fust esté emporté par la mort , ny elle par conséquent restée vefve au beau avril de ses plus beaux

plaisir et félicité, que quelque quatre années.

Voylà une félicité de peu de durée, et à qui la maie fortune pour ce coup debvoit pardonner; mais, la malfaisante qu'elle est, voulut ainsy traicter misérablement ceste princesse, qui, de sa perte et de son deuil fit elle-mesme ceste chanson.

D'un ton fort lamentable, Je jette un deuil tranchant, De perte incomparable , Et en souiptr* cuisans Passe met meilleur! i

Fut-il un tel De dure destinée , Ny ti triste douleur De dame fortunée, Oui mon cœur et mon œil Vois en bierre et cercueil f

Oui, en mon doux printemps Et Heur de ma jeunesse , Toutes les peines sens D'une extresme tristesse, Et en rien n'ay plaisir, Qu'en regret et désir?

Ce qui m'estoit plaisant Ores m'est peine dure, Le jour le plus luisant M'est nuit noire et obscure, El n'est rien si exquis, Qui de rooy soit requis.

.Vay au cœur et à Un portrait et image Qui figure mon deuil En mon patlc visage , De violette* tainl, Qui est l'amoureu

Pour mon mal estranger Je ne m'arreste en place ; Mais j'ay eu beau ehanger, Si ma douleur n'efface, Car mon pis et mon mieux Sont les plus déserts lieux ;

Si en quelque séjour, Soit en bois ou en prée, Soit sur l'aube du jour, Ou soK sur la vespree, Sans cesse mon m-ur seul Le regret i

Si parfois Viens à dresser ma Le doux traict de ses Je vois en une nue;

i je vois en l'eau,

Si je suis en repos , Sommeillant sur ma couche, l'oy qu'il me lient propos.

Je le sens qu'il a

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